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ÉTUDES BIOLOGIQUES
SUR
LES GÉANTS
Tous droits résenws.
ÉTUDES BIOLOGIQUES
SUR
LES GÉANTS
P.-E. LAUNOIS
Professeur agrégé, chargé de cours à la Faculté
de médecine, Médecin de l'hôpital Tenon
PIERRE ROY
Ancien interne des hôpitaux
Chef de clinique à la Faculté de médecine
Introduction par M. le Professeur BRISSAUD
Le séant irlandais Cornélius Magbath, mort en 1760,
dont le squelette fut reconnu acromégalique par Cux-
wiNGHAM en 1891. — (Vieille gravure allemande).
PARIS
MASSON ET C'% ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l'aGADÉMIE DE MÉDECINE
120, BOULEVAUD SAIM-GEP.MAIN
1904
i^b0
M. LE Professeur Ed. BRISSAUD
dont les travaux, faits avec la collaboration de notre ami
Henry MEIGE, ont guidé nos recherches, nous dédions le livre
dans leqtiel nous les avons rassemblées.
Juillet 1904.
En inscrivant sur la première page de ce beau livre mon nom
auquel ils associent celui de mon cher collaborateur, M. Henry
Meige, les auteurs, MM. P.-E. Launois et Pierre Roy me font
un trop vif plaisir pour que j'essaie de le dissimuler; ils
m'obligent presque à le rendre public; je m'y résous donc sans
fausse honte.
Ce travail consacre des idées qui, à la première heure,
avaient paru prématurées et téméraires, car elles manquaient
de la véritable sanction scientifique, celle des faits universelle-
ment reconnus. MM. P.-E. Launois et Pierre Roy apportent
les preuves matérielles de ce que nous avions avancé. Si nos
travaux ont — comme ils veulent bien le dire — guidé leurs
recherches, les résultats de ces recherches leur sont tout per-
sonnels. Nous avions procédé par induction; ils ont procédé
par démonstration. Eux seuls ont fait œuvre de savants : ce
livre est bien à eux tout entier.
Voici donc les géants dépouillés de leur antique et fabuleux
prestige. La mythologie cède la place à la pathologie. Ces
êtres qui, par leur taille exceptionnelle, dépassaient le niveau
des humains ne sont en somme que des malades. Leur supé-
riorité légendaire n'est plus qu'un stigmate de déchéance. Plus
ils gagnent en hauteur, plus ils s'écartent des conditions biolo-
giques normales : et, dans la lutte pour la vie, leur infériorité
fonctionnelle n'a pas de plus exacte mesure que leur énormité.
Il y a peu de temps, un original avait légué par testament
une somme destinée à doter chaque année un couple de géants,
dans le décevant espoir de perfectionner notre mesquine espèce
par la sélection méthodique des individus de haute stature. Ce
philanthrope ne savait rien du gigantisme. Parmi les géants,
les uns, véritables « infantiles », sont inaptes à la reproduc-
tion; les autres, les « acromégales, seraient plutôt à décourager :
ils mulliplieraient une race d individus au faciès mastoc, aux
mâchoires énormes, avec des mains en battoirs, des pieds mas-
sifs, et, par surcroît, la double bosse de Polichinelle ». Cette
sélection heureusement irréalisable ne porterait pas d'autres
fruits. Tel n'était pas certainement l'idéal rêvé par l'ignorant
donateur qui, à son insu, évoquait une des plus anciennes
utopies de notre vieux monde, celle de la )itégalanlhropogénésiel
L'anthropologie — qui est une science, quoi qu'on en ait dit
— s'est trompée lorsqu'elle a voulu s'approprier l'étude des
géants. Du fait qu'ils sortent du commun, c'est-à-dire qu'ils
sont monstrueux, ils ne relèvent pas de l'histoire naturelle de
rhomme.
La tératologie était, à la rigueur, plus fondée à la réclamer.
Mais aujourd'hui il n'est plus contestable que le gigantisme
doit faire retour à la médecine. Et s'il a plu à MM. P.-E. Lau-
nois et Pierre Roy d'étudier incidemment les géants au point
de vue anthropologique et tératologique, leur livre prouve
qu'ils ont surtout considéré le gigantisme en cliniciens. Là est
le grand mérite, la réelle originalité.
D'ailleurs, une étude nosographique des géants s'imposait;
on l'attendait, et voici pourquoi : le nanisme vulgaire, qui est
en quelque sorte le contraire du gigantisme, nous était apparu
comme un fait morbide. Les extrêmes se touchent, et il n'est
pas paradoxal de dire que le nanisme et le gigantisme peuvent
être rapportés à un processus analogue, quoique de signe con-
traire. Déjà, depuis quelques années, on avait décrit quelques
types de monstruosités morphologiques bien caractérisés :
d'une partl'acromégalie, d'autre part l'idiotie myxœdématcuse;
et il avait été démontré que ces monstruosités résultent de
l'insuffisance fonctionnelle de certaines glandes préposées à la
régularisation harmonique des diverses parties du corps au
cours du développement. Sur cette origine de l'acromégalie et
de l'idiotie myxœdémateuse, aucun doute ne subsiste. Le
mystère de la croissance normale, ayant pour fin un ensemble
de proportions et de dimensions spéciales à chaque espèce et
communes à tous les individus de cette espèce se trouva donc
IX
subitement éclairci le jour où l'on reconnut que l'atrophie ou
l'hypertrophie des glandes qui règlent et dirigent la crois-
sance, produisent fatalement les anomalies ou les difformités
tantôt de l'idiotie myxœdémateuse, tantôt de l'acromégalie.
Mais, comme il n'est pas de limite entre l'état normal et
l'état morbide, comme les frontières de la maladie sont tou-
jours indécises, il nous a semblé que ces nouveaux types
pathologiques, idiotie myxœdémateuse et acromégalie, ne
représentaient que les degrés extrêmes d'états morbides entre
lesquels il y avait encore place pour des formes intermédiaires,
également pathologiques, quoique moins brutalement tran-
chées. C'est ainsi que nous avons pu — MM. P.-E. Launois et
Pierre Roy veulent bien le reconnaître — établir tout d'abord
la morbidité de V infantilisme. Là où l'on ne voyait qu'un état
morphologique d'origine fortuite, il existe des influences
pathogènes constantes, identiques dans leur mode d'action
nocive à n'importe quelle autre influence pathogène. Il y a des
adultes qui, par la taille, restent infantiles; il y a des infantiles
qui imr leur taille deviennent des adultes, et même plus que des
adultes, puisqu'ils atteignent au gigantisme.
Dans cet ordre de faits, on rencontre donc une série ininter-
rompue de degrés morbides, dont le déterminisme pathogé-
nique est établi désormais d'une façon définitive. Le hasard
ou l'on ne sait quelle mystérieuse influence n'y sont pour rien.
On ne se contente plus, de dire aujourd'hui que tel individu est
resté nain ou est devenu géant en vertu d'une exception écliap-
pant à toute loi. C'est l'exception même qui est expliquée; et la
loi de cette exception a trouvé sa formule.
Donc Nanisme ou Gigantisme sont deux maladies véritables.
C'est cette variation des troubles pathologiques de la crois-
sance qui a fait l'objet des recherches que MM. P.-E. Launois
et Pierre Roy rappellent au début de leur travail.
La première en date de toutes ces constatations, la plus
retentissante, et, il faut le dire, la plus féconde, a été celle à
laquelle M. Pierre Marie a pour toujours attaché son nom.
C'est en effet de la découverte et de l'incomparable description
de Facromégalie que datent les travaux dont se sont inspirées
et nos propres recherches et toutes celles des observateurs, qui
ont depuis lors élargi et prolongé cette voie nouvelle vers un
horizon si vaste et si imprévu.
On ne saurait trop le répéter, le mémoire de M. Pierre Marie a
donné à la pathologie des fonctions de croissance une orienta-
tion et une impulsion dont nul, jusqu'à lui, n'avait eu l'idée.
La relation de cause à effet d'une lésion de l'hypophyse et des
lésions hyperplasiques du squelette est une découverte de tout
premier ordre. Elle équivaut à la découverte des rapports du
myxœdème et des lésions de la glande thyroïde. Dès à présent,
nous voyons cette relation se confirmer d'une façon nécessaire
dans tous les faits normaux et pathologiques qui concernent
l'histoire du développement.
Le rôle des corps jaunes dans révolution de la grossesse en
est une attestation nouvelle.
A l'époque où nous avions énoncé cette formule : « Le gigan-
tisme est Facromégalie de l'adolescence », nous étions loin de
prévoir que la preuve en pourrait être fournie du vivant même
de nos malades. Aujourd'hui, il n'est pas besoin d'attendre
l'autopsie; nous saisissons sur le vif les troubles de l'ostéo-
génic qui engendrent, soit l'infantilisme myxœdémaleux, soit
le gigantisme. Les rayons X nous permettent de distinguer les
lésions et de les étudier, comme si nous avions les pièces du
squelette entre les mains. Grâce à la photographie de l'invi-
sible, MM. P.-E. Launois et Pierre Roy ont pu confirmer l'exac-
titude de nos prévisions. Ils ont eu, en outre, la bonne fortune
de recueillir un nombre respectable de documents anato-
miques, qui sont venus corroborer les témoignages radiogra-
phiques. Aussi, ont-ils pu modifier de la façon la plus heureuse
notre formule initiale, et dire avec plus de précision anato-
mique : « Le gigantisme est l'acromégalie des sujets aux carti-
lages ëpipliysaires non ossifiés, quel que soit leur âge. »
L'accroissement inusité de la taille d'un individu ne justifie
pas la création d'une catégorie distincte. S'il fallait prévoir
pour chaque type de croissance un groupe spécial, on multi-
plierai L à l'infini le nombre déjà trop grand des catégories
arbitraires. Tous les anthropologistes ont jugé cette difficulté
insurmontable.
Il fallait donc chercher, en dehors et au delà des limites de
l'anthropologie, les attributs les moins variables du gigantisme.
C'est sur le terrain de la clinique qu'on a su les découvrir.
Il s'est trouvé précisément que la maladie de Pierre Marie
consistait en une anomalie de l'évolution squelettique, dont le
gigantisme est fréquemment le prélude; et, s'il est bien certain
qu'un acromégalique peut n'être pas géant, il n'est pas moins
certain que le gigantisme emprunte ses traits les plus caracté-
ristiques à l'acromégalie. Le dualisme des deux états n'est
qu'apparent. Par nature, la déviation trophique qui les produit
est la même.
MM. Launois et Roy ont adopté une distinction déjà
proposée par M. Henry Meige dans une étude récente sur le
gigantisme. M. Meige réserve le nom de géants, non pas à tous
les individus d'une haute stature, mais seulement à ceux qui,
outre la haute stature, présentent certaines anomalies térato-
logiques et pathologiques bien définies; l'ensemble de ces
anomalies constitue, avec la taille excessive, le syndrome auquel
doit être réservé le nom de gigantisme.
La langue scientifique peut se permettre de restreindre
ainsi le sens des mots. Elle en a même le devoir. Peu importe
que la langue courante continue à appeler géant tout individu
dont la taille excède sensiblement la moyenne. Après tout,
cette façon de parler a aussi sa raison d'être ; car le gigantisme
ramené à une définition centimétrique comporte des variétés
innombrables. On peut être géant dès la naissance, on peut
avoir été un fœtus gigantesque, on peut être géant à 15 ans,
à 20 ans, à tout âge.... La définition pathologique s'appuie
sur une base bien plus solide.
Le développement anormal de la taille indique simplement
une exagération du processus de croissance; voilà tout le gigan-
tisme. C'est donc l'excès de la fonction ostéogénique qui
constitue l'anomalie pathologique, ou qui va créer la nions-
XII
Iriiosité. Que ce dérèglement de rosléogénic soit précoce ou
tardif, passager ou permanent, la définition n'a pas à s'en
préoccuper : c'est toujours dans la nature intime de ce trouble
que nous devons, nous, médecins, chercher les éléments de
notre définition. En effet, s'il y a des gigantismes passagers,
comment les définir? Les exemples n'en sont pas rares : un
enfant, qui reste de taille ordinaire jusque vers sa douzième
année, et qui soudain, en deux ou trois ans, subit une poussée
excessive de croissance (laquelle d'ailleurs se termine vers la
quinzième année), un tel enfant n'a-t-il pas traversé une crise
passagère de giga7itismel Cela revient à dire que, pendant une
période de sa vie, la fonction ostéogénique a subi une exalta-
tion maladive. Rien de plus.
D'autres fois, elle se prolonge au delà de l'adolescence : la
taille continue de s'élever, elle s'élève encore, elle dépasse
notablement la mesure. Mais c'est toujours la même exaltation
de la fonction ostéogénique. Et lorsqu'elle s'apaise, le sujet
garde forcément ses dimensions acquises. Une fois parvenu à
l'âge adulte, il restera un spécimen de gigantisme définitif.
Mais les choses vont souvent plus loin. Si l'ostéogénèse
conserve son activité au delà de son temps normal, l'adulte,
parvenu à làge où il devrait fixer en quelque sorte sa taille,
continue encore de grandir, et il grandirait indéfiniment, si les
organes qui président à la croissance subsislaient encore ou
se renouvelaient indéfiniment eux-mêmes. Car, normalement
l'allongement squelettique est régi par le processus d'ossifica-
tion dont les cartilages juxta-épiphysaires sont le siège ; et ces
derniers tendent à disparaître vers la vingtième année. Mais
qu'on suppose pour un instant que cette disparition n'ait pas
lieu, et que les cartilages juxta-épiphysaires ne perdent rien
de leur aptitude ostéogénique, la taille continuera de s'ac-
croître. On concevrait, grâce à cet audacieux a priori, la possi-
bilité d'une lujpermégalie squeleUique progressive. Certains géants
seraient ainsi condamnés à grandir à perpétuité. Or, ceci n'est
pas une simple hypothèse. Des faits indéniables (et les plus
significatifs sont rapportés par les auteurs de ce livre)
XIII
démontrent la persistance illimitée des cartilages de conju-
gaison et de leur pouvoir ostéogénique. Sans doute les sujets
ne continuent pas de grandir, dans chaque unité de temps,
d'une quantité égale. Le processus se ralentit, mais il dure. Le
tracé graphique de leur croissance correspond à une asymptote.
MM. Launois et Roy en fournissent ici la démonstration.
Il y a quelque dix ans, nous disions :
« La croissance normale se fait surtout par les cartilages
épiphysaires; mais lorsque ces cartilages sont ossifiés et que la
soudure des épiphyses est irrévocablement parachevée, il n'est
plus possible de grandir. »
C'est donc à la persistance des cartilages juxta-épiphysaires
de conjugaison qu'est dû le gigantisme. Pas d'élévation exces-
sive de la taille sans un excès de la fonction ostéogénique des
cartilages juxta-épiphysaires; pas de gigantisme sans la
persistance au delà du terme normal de ces organes ostéogé-
niques et de leur pouvoir d'ossification.
Mais, ajoutions-nous : « A partir d'un certain âge, fixé
d'avance pour tous aux environs de la vingtième année, les
cartilages épiphysaires s'ossifient et le géant cesse de grandir.
Il n'en est pas moins vrai que le travail pathologique peut
durer plus longtemps encore, et le même géant, qui ne peut plus
grandir, va devenir un acromégalique. »
Il existe donc un gigantisme acromégalique.
L'existence du gigantisme acromégalique est aujourd'hui hors
conteste, et le remarquable faisceau d'observations rassemblé
par les auteurs de ce livre, achèverait de convaincre les in-
crédules, s'il en restait encore. Ilfautlouer MM. Launois et Roy
d'avoir impartialement collationné tant de faits dont la con-
cordance suffit pour que la vérité s'en dégage spontanément.
« Nos études sur le gigantisme, disent MM. Launois et Roy,
entreprises sans parti pris et sans avoir pu prévoir à l'avance
les résultats qu'elles nous donneraient, nous ont tout naturel-
leriient conduits à des conclusions identiques : nous avons
tenu à remonter aux sources, à relire soigneusement et dans
le texte original la plus grande partie de la littérature gigan-
tologique, et nous nous trouvons obligés de déclarer que nous
sommes encore à chercher l'observation précise et complète
d'un géant (squelette, géant vivant ou géant autopsié) qui ne
présente ni déformations acromégaliques, ni tumeur du corps
pituitaire. Nous ne voulons pas affirmer qu'un tel géant ne
puisse se rencontrer; mais en ce qui nous concerne, nous ne
l'avons pas trouvé. »
Toutefois, comme le disait M. Pierre Marie lui-même, s'il
est vrai que, « plus on observe de géants, plus on rencontre
de géants acromégaliques », il n'est pas douteux non plus que
certains individus de taille gigantesque peuvent ne pas pré-
senter les grosses difformités de l'acromégalie. Il nous semblait
à nous plus juste de dire qu'ils ne les présentent jxis encore, et
que les géants de cette catégorie sont des acromégaliques en
puissance. MM. Launois et Roy le disent à leur tour : « Si
tous les géants ne sont pas des acromégaliques, tous ceux du
moins qui ne le sont pas déjà, sont aptes à le devenir. » L'étude
que MM. Launois et Roy ont faite du « grand Charles » et du
« géant Constantin » est, à cet égard, particulièrement démon-
strative.
Existe-t-il donc des caractères propres aux géants qui ne sont
pas encore acromégaliques? Oui, assurément. Ces candidats
gigantesques à l'acromégalie sont marqués de stigmates mor-
phologiques qui s'accordent parfaitement avec l'anomalie des
organes ostéogéniques d'où dépend leur gigantisme. Ces
sujets, chez lesquels la fonction des cartilages juxta-épiphy--
saires sait entretenir son activité au delà de l'âge où elle devrait
s'éteindre, ces sujets, qui, grâce à une lamelle ostéogénique,
conservent une portion de jeunesse déconcertante, ces mêmes
sujets témoignent également par leur forme corporelle, qu'ils
ont gardé nombre des caractères propres à l'enfance; autrement
dit, ce sont des infantiles.
Par conséquent, il existe un gigantisme infantile.
Si l'on peut considérer a priori comme un paradoxe biolo-
gique la coïncidence d'une stature colossale avec une confi-
guration enfantine, rien, au contraire, ne semblera moins
paradoxal si Ton se rappelle à quoi Lient et se réduit cet
accroissement inusité de la taille.
Tant que persistent les cartilages de conjugaison, le sque-
lette n'abandonne aucun des attributs de l'enfance et de l'ado-
lescence. Alors la période de l'adolescence se poursuit avec
l'accroissement en hauteur qu'elle comporte; si bien qu'il est
permis de dire que, si l'on grandit démesurément, c'est par
suite d'un « arrêt de développement ». On voit, en effet, des ado-
lescents de trente ans, comme ce géant Charles, qui a fait
l'objet de tant d'intéressantes observations; on en trouvera
dans ce volume une étude descriptive infiniment curieuse.
Ainsi, avant d'être acromégalique, un géant reste un infantile.
Les caractères de l'infantilisme ont été, depuis ces dernières
années, déterminés avec assez de précision pour qu'on soit
désormais en mesure d'affirmer que tout géant digne de ce nom,
et qui grandit encore^ non seulement n'est pas acromégalique,
mais que, nécessairement, il est un infantile. La radiographie,
en effet, n'a-t-elle pas, dès ses débuts, rendu évident chez tous
les infantiles le retard de l'ossification des cartilages juxta-
épiphysaires?
En résumé, malgré l'élévation inusitée de la taille, beaucoup
de géants conservent les apparences extérieures de l'enfance :
appareil génital incomplètement développé, absence de poils
sur le visage et sur le corps, un pannicule adipeux assez épais,
une voix grêle, la figure d'un enfant vieillot. Chez ces géants
infantiles. MM. P.-E. Launois et Pierre Roy ont prouvé que les
soudures épiphysaires sont exagérément tardives. Tant que la
fusion des épiphyses n'est pas un fait accompli, le sujet reste
encore capable de croître en hauteur. Mais vienne le jour où
l'ossification est achevée, et alors l'intempérance de la fonction
ostéogénique se traduit par des déformations nouvelles : le
géant infantile se transforme en un géant acromégalique.
Ainsi, un trouble général domine le processus morbide qui
aboutit, suivant l'âge, soit au gigantisme, soit à l'acromégalie.
Ce « trouble » n'est, en somme, qu'une exagération de l'ostéo-
génie de croissance. Nous disons « suivant l'âge », et nous
XVI
sommes tout prêt à dire, avec MM. Laiinois et Roy, « suivant
la précocité ou le retard de la soudure des épiphyses ».
Mais quelle est la cause lointaine de ce dérèglement? A
quelle stimulation inusitée riposte la suractivité des cartilages?
Quel est Tagent infectieux? Quelle est la toxine? Quel organe
directeur oublie son rôle et laisse aller sans frein le processus
hyperplasique? Ici, il faut bien l'avouer, nous en sommes
réduits aux conjectures. Et cependant quelques faits d'obser-
vation médicale nous montrent la voie oii l'hypothèse peut
s'engager.
D'abord nous savons que, chez les adolescents, à la suite des
maladies infectieuses, on voit se produire de rapides poussées
de croissance. L'allongement des os semble même précéder et
outrepasser celui des parties molles. Puis, nous connaissons
le rôle non douteux que joue la sécrétion thyroïdienne dans le
développement squelettique. Sous ce rapport, l'histoire du
myxœdème et de l'infantilisme est prodigue de révélations.
Enfin, les altérations de la glande pituitaire sont à peu près
constantes dans l'acromégalie.
Et il semble même qu'il existe certaine étroite corrélation
entre la sécrétion interne de la glande génitale et le développe-
ment du squelette. MM. P,-E, Launois et Pierre Roy ont
recueilli sur ces faits toutes les observations utilisables, mais
elles ne sont pas assez nombreuses pour résoudre dès à
présent le problème.
L'hypophyse, en particulier, nous réserve encore bien des
surprises. Nul n'en a poussé l'étude aussi loin que Ta fait
M. P.-E. Launois. Et si ce livre ne fait pas plus souvent appel
aux belles recherches histologiques de lun de ses auteurs c'est
que l'intention en est exclusivement clinique.
Mais nous pensons ne pas commettre une indiscrétion en
annonçant aux lecteurs qu'ils ne perdront rien pour attendre.
E. BRISSAUD.
INTRODUCTION
« Les ouvrages dans lesquels on rencontre quelques remarques
« relatives à V action des Géants, les écrits mêmes qui ont été publiés
« ex professe sur ce sujet, étaient déjà, il y a plus de deux siècles,
« en nombre très considérable ; et, depuis cette époque, les auteurs
« nont cessé d'en augmenter presque chaque année la longue liste.
« Aussi, en jugeant du résultat obtenu par les efforts qui font
« produit, on n hésiterait pas à prononcer que la science doit
(( posséder depuis longtemps tous les éléments d'un travail complet
« sur les géants et quil ne reste plus maintenant quà recueillir
« quelques faits isolés et, pour ai)isi dire, à glaner sur les pas des
« anciens auteurs. Il n en est rien cependant »
Ces lignes d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire C), qui datent de
1852, expriment toujours la vérité : une étude synthétique du
gigantisme n'a pas encore été ébauchée. De même, Quételet, en
1871, pouvait écrire : « V incurie au sujet des Géants et des Nains
« a été telle qu aucun naturaliste na pris soin, jusqu'à présent, de
« mesurer et de comparer attentivement les proportions relatives de
« ceux qu'il n été à même d'observer » (^).
Une semblable assertion ne peut plus être admise aujourd'hui,
du moins en ce qui concerne les Nains. Dans ces dernières
années, nos connaissances sur ces dystrophiés de la nature ont
été remarquablement précisées par une série de travaux, pu-
bliés pour la plupart dans la Nouvelle Iconographie de la Salpé-
trière. C'est ainsi que, dans l'ancien groupe chaotique des sujets
(') Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des
anomalies de l'organisme chez les hommes et chez les animaux, ouvrage
comprenant les recherches sur les caractères, la classification, l'inlluence
physiolcgique et pathologique, les rapports généraux, les lois etles causcsdes
monstruosités ou Traité de Tératologie. Paris, ISô^, t. \, p. 168.
(-) OuÉTELET, Ant/iropoméirie, p. 30?, 1871.
LAUNOIS ET ROY. 1
2 INTRODUCTION.
(le petite taille, nous avons appris successivement à distinguer
les Nains rachitiques, les Nains hérédo-sypliililiques, les Nai)is
myxœdémateux, les Nains achondroplasiqites, pour ne citer que
les types les mieux caractérisés.
Si les notions que nous possédons sur les Géants sont beau-
coup plus restreintes, cela tient à plusieurs causes, et, avant
tout, à la moindre richesse en documents iconographiques ou
artisliques : les Nains historiques étaient choyés par le seigneur
et admis autour de sa table, sinon pour leur grâce, tout au moins
pour leur esprit et leurs grimaces, tandis que les Géants demeu-
raient à la porte, destinés à en imposer seulement par leur
haute stature.
Mais l'étude des Géants, comme celle des iYrtf/îs, jadis objet
de la curiosité commune, tend à relever désormais et unique-
ment des sciences biologiques et anthropologiques. De plus,
sous rinlluence des travaux de Langer ('), Taruf fi ('), Cunnin-
gham ('), Dana ('), Woods Hutchinson ('), Sternberg C'), Bris-
saud et Meige (^), etc., cette étude est entrée dans une phase véri-
tablement médicale. La littérature gigantologique, jadis riche
surtout de souvenirs bibliques, mythologiques ou fabuleux,
s'est peu à peu accrue d'un grand nombre de documents précis,
de faits rigoureusement observés, et ainsi s'est trouvé comblé
le vœu formulé par Topinard (**) : « Tout Géant demande qu'il soit
dressé de lui une observation complète, comme on fait en médecine ».
Malgré l'abondance des travaux publiés dans ces dernières
(*) Langer, Wachsthum des menschlichen Skelettcs mit Bezug auf den Ric-
sen. Denksr.hr iften cler kaiserl. Académie der Wissenschaften in Wien. Mathem.
naturw. Classe, Bd. XXXI, 1872.
(-) Taruffi, Caso délia maci'osomia. Annali universali di medicina, 1879,
t. 247 et 249.
(^) CuNNiNGHAM, Transaction of Ihe Royal Ivish Academy., 20 janvier 1891,
t. XXIX, p. 555.
('*) Dana, The Journal ofnervous and mental Diseuses^ novembre 1895.
(^) Woods Hutchinson, The American Journal of the médical sciejîres, août 1895,
p. 190. — NeiL)-York médical Journal, 14 juillet 1900.
(^) Sternberg, Die Akromegalie. Specielle Pathologie und Thérapie t)on Nolh-
nagel, Bd. VII, 2. Tlieil. Wien, 1897.
(') Brissaud et Meige, Gigantisme et acromégalie. Journal de médecine et de
chirurgie pratiques^ 25 janvier 1895. — Xouv. Icon. de la Salpétriére, 1897.
Brissaud. Soc. Mécl. des Hôpitaux, 15 mai 1896.
H. Meige, Sur le gigantisme. Comptes rendus du Congrès de Neurologie de
Grenoble, août 1902. — Sur le gigantisme. Archives gén. de Méd.j octobre 1902,
p. 410. .1
(^) Topinard, Éléments d'Anthropologie Générale. 1885, p. 434.
INTRODUCTION. 3
années, il n'est pas encore possible de faire une étude générale
et définitive du gigantisme; il ne nous a pas semblé cependant
téméraire, en présence de la diversité des faits, d'établir
différents groupements et de distinguer les uns des autres cer-
lains types nettement caractérisés.
Les observations que nous avons recueillies, les travaux
dont elles ont été l'origine ('), seront la justification de notre
tentative, que viendra confirmer la lecture des documents que
nous avons rassemblés, comme aussi, nous l'espérons, la publi-
cation ultérieure de faits rigoureusement observés et scientifi-
quement interprétés.
(•) P.-E. Launois et P. Rov, Présenlalion d'un géant infantile. Soc. de Neur.,
6 nov. 1902, et Revue Neurol., 15 nov. 1902. — Gigantisme et infantilisme. Nouv.
Iconographie de la Salpêlricre, novembre et décembre 1902. — Gigantisme,
acromégalie et diabète. Autopsie d'un géant acromégalique et diabétique.
Société de Neurologie, 15 janvier 1905 et Revue de Neurologie, 50 janvier 1905. Nou-
velle Iconographie de la Salpêlrière. juin-juillet 1905. — Gigantisme et castration.
Les modifications du squelette consécutives à l'atrophie testiculaire et à la
castration. Société de Pathologie comparée.^ 9 décembre 1902 et Revue internat,
de médecine et chirurgie, décembre 1902. — Des relations qui existent entre
l'état des glandes génitales mâles et le développement du squelette. Société de
Biologie, 10 janvier 1905. — A. Duirane, P.-E. Launois et P. Roy, Les relations
du gigantisme et de l'acromégalie expliquées par l'àutopsie du géant Constan-
tin. Bull, et Mémoires de la Société méd. des Hôpitaux de Paris, 8 mai 1905. —
P.-E. L.\UNOis et P. Rov, Glycosurie et hypophyse. Société de Biologie, 21 mars
1905 et Archives gcn. de Méd., 5 mai 1905. — P. Rov, Contribution à l'étude du
gigantisme. Thèse de Paris (médaille d'argent), 25 février 1905.
LIVRE PREMIER
CHAPITRE PREMIER
DÉFINITION
Rappeler et critiquer les différentes définitions proposées est
la meilleure manière de poser les données du problème du
gigantisme. En le définissant à notre tour, nous apporterons une
formule dont il nous faudra, en nous basant sur les faits,
justifier l'exactitude, même si nous sommes amenés à détourner
de son acception habituelle le sens du mot géant.
Et tout d'abord, qu est-ce quun géant?
« Un géant est une personne d'une taille démesurée. » (') Cette
définition, empruntée à Yves Saint-Paul, et qui se trouve d'ail-
leurs reproduite dans tous les dictionnaires usuels ou abrégés,
a le mérite de la simplicité. Malgré son apparence un peu trop
exclusive, le terme « dé-mesurée » qu'elle renferme n'est pas
loin d'exprimer, à lui seul et très brièvement, l'idée de trouble
pathologique., que nous voudrions attacher d'une façon irrécu-
sable au mot géant.
La définition donnée dans l'Encyclopédie de Diderot (-) :
« homme d'une taille excessive comparée avec la taille ordinaire des
autres Jiommes » ajoute peu de chose à la précédente. Celle de
Geoffroy Saint-Hilaire(^), « individus dont la taille est très supé-
rieure aux dimensions moyennes deleurrace », apporte un élément
nouveau d'appréciation et établit déjà la distinction entre le
gigantisme endémique et le gigantisme sporadique, qui sera reprise
plus tard par Taruffi (').
F. Delisle ('), de son côté, cherche à être plus précis et plus
(*) Yves Saint-Paul, article Géants in Dict. Larousse illustré.
(*) Diderot, article Géant in Encyrlopédie.
(^) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, loc. cit., vol. I, p. 179.
(•*; Taruffi, loc. cit.
(^) F. Delisle, Dictionnaire des sciences anthropologiques (Hovelacque, etc.).
Paris, 1884-1895.
8 DEFINITION.
scientifique : « Les Géants sont des êtres dont la taille, à Vàge
adulte, est de beaucoup supérieure à celle des individus de la même
espèce et placés dans des conditions analogues d'existence ». Les
mots et à fâge adulte » établissent une nouvelle distinction, sur
la légitimité de laquelle nous aurons à revenir, lorsque nous
étudierons les rapports de T adolescence , de V infantilisme et du
gigantisme.
Les auteurs, dans les formules que nous venons de rapporter,
ont surtout mis en valeur le caractère dominant du gigantisme
et dès lors le plus facile à observer, c'est-à-dire la dimension
démesurée de la taille. D'autres ont cherché à mieux préciser
les modiflcations observées soit dans les différents segments,
soit dans la totalité du corps.
Paul Gauchery (^), définissant « les Géants des êtres chez
lesquels toutes les parties du corps ont subi une augmentation
générale et dont la taille se trouve ainsi supérieure à la moyenne »,
semble avoir surtout cherché à éliminer le gigantisme partiel.
G. Hermann (-) est plus explicite : pour lui, le Gigantisme est
caractérisé par « le développement excessif du corps tout entier,
avec conservation plus ou moins approximative de V harmonie
générale des formes ».
Plus expressive encore est la formule donnée par Larcher (^)
et rappelée plus tard par E. Martin (*) : « Un Géant est un être
qui, exempt d'ailleurs de toute défectuosité dans les caractères
essentiels de f organisation, dépasse notablement par la taille les
autres êtres de la même espèce, parvenus à ïâge adulte. Le Géant,
ainsi défini et dont on peut dire ([u'il est peut-être un être imagi-
naire, doit se montrer tel que f harmonie de structure de ses divers
organes soit manifestement normale, malgré le développement
excessif de la taille. La vigueur physique et la résistance aux causes
de destruction doivent aussi être proportionnées à ce développement
(*) P. Gauchery, Dictionnaire Larousse illustré. Article Gigantisme, t. l\,
p. 845.
(-) G. Hermann, La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences,
des lettres et des arts, par une Société de savants et de gens de lettres, sous
la direction de Berthelot, etc.
(') Larcher, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Arlicles Géant
et Géantisme.
(*) Ernest Martin, Histoire des monstres depuis r antiquité jusciu à nos jours,
1880.
DEFINITION. 9
inusité, la puissance génératrice étant, du reste, au moins égale à
celle (les adultes de même espèce ».
Ainsi compris, le Géant, conservant, malgré sa haute stature,
des formes harmonieuses et proportionnées, représente le type
idéal de l'homme, une sorte de « surhomme », dont un donateur
original avait rêvé de perpétuer l'espèce. Mais ce type idéal
existe-t-il? Larcher avait lui-même prévu que « ce Géant était
peut-être un être imaginaire » et Martin ajoutait : « Ces véritables
Géants n existent pas. Ceux auxquels on donne occasionnellement
et arbitrairement cette appellation ne sont que des êtres qui relèvent
de la tératologie et conséquemment ne sont cjve des monstres ».
C'est à Henry Meige (') que revient le mérite d'avoir considéré
le gigantisme presque toujours, sinon toujours, comme un
syndrome pathologique. « La simple observation, écrit-il, auto-
rise à séparer les individus de grande taille en deux groupes :
« 1° Ceux qui sont simplement des hommes attirant l'atten-
tion par leur taille très supérieure à la moyenne et qui, par
ailleurs, sont complètement normaux : c'est la minorité;
« 2" Ceux qui, outre leur haute stature, présentent un certain
nombre d'anomalies tératologiques ou pathologiques : ce sont
de beaucoup les plus nombreux.
« Les premiers, quel que soit le nombre de centimètres dont
leur taille dépasse la moyenne, ayant une conformation, une
constitution et une santé normales, ne sauraient former un
groupe nosologique distinct, pas plus d'ailleurs que ceux dont
la taille est inférieure à la moyenne. Ce sont des individus
normaux, des hommes très grands ou très petits, la taille
subissant, dans l'espèce humaine, d'amples variations suivant
les races, les pays et une foule de conditions extérieures,
variations appartenant à l'anthropologie.
(( Les spécimens du second groupe sont bien différents : ils
représentent une déviation du type humain sain et normal,
caractérisée par des anomalies morphologiques et des troubles
incompatibles avec la santé. Ce sont à la fois des monstres et
des malades. Il serait à souhaiter que la dénomination de
Géants leur fût réservée ».
Nous basant sur les faits que nous avons observés et d'accord
(•) Henry jMetge. Ioc. rit., p. 410.
10 DEFINITION.
avec Henry Meige sur la signification nettement pathologique
qu'il y a lieu d'attribuer au mot géant, nous avons été amenés
à définir le Gigantisme comme une anomalie de la croissance
DU squelette, se traduisant par une taille excessive du sujet
par rapport aux dimensions moyennes que présentent les
sujets de sa race et entraînant une dysharmonie morpho-
logique et fonctionnelle, caracteristique de cet etat morbide.
Cette formule, dont nous éliminons intentionnellement le
gigantisme normal, très rarement observé d'ailleurs, choquera
peut-être les idées reçues et provoquera les critiques. Et tout
d'abord elle se trouvera exposée aux objections du genre de
celles qui ont été formulées, non sans humour, dans la Gazette
des Hôpitaux ('), au lendemain de la communication qu'avait
faite Brissaud, à la Société Médicale des Hôpitaux sur les
Rapports réciproques de V Acromégalie et du Gigantisme, a Que
ceux de nos lecteurs qui sont de forte taille se rassurent : on
peut être un homme grand sans être un géant et quelques-uns
l'ont bien prouvé et le prouvent encore tous les jours, sans
être précisément un imbécile En somme, on serait un géant
parce qu'on a trop grandi, et on a trop grandi parce qu'on est
acromégalique. Les carabiniers, les cent-gardes étaient-ils
donc des acromégaliques? Pas tous probablement. Alors, pour
M. Brissaud ("), ils n'étaient pas des géants. Mais où finit T homme
grand pour commencer le géant? Si c'est racromégalie qui mar-
que la différence, on arriverait à cette conséquence singulière
que, sur deux hommes de la même taille, un seul est un géant.
C'est, en somme, affaire de définition : pour MM. Brissaud et
Meige, un géant est un acromégalique de grande taille. Un
homme de grande taille, s'il n'est pas un acromégalique, n'est
qu'un homme grand »,
Le critique, très avisé, de la Gazette des Hôpitaux est amené
ensuite à poser, d'une manière très précise, le problème des
caractères différentiels qui séparent l'homme grand du géant.
« Qu'est-ce qu'un géant? A partir de quelle taille est-on un
géant? Au-dessous de combien de centimètres ne l'est-on
plus? » A ces questions Brissaud riposte par d'autres, non
(*) Gazette des Hôpitaux, H mai 1896.
(*) E. Brissaud, Société médicale des Hôpitaux, 15 mai 1896,
DEFINITION. 11
moins difficiles à trancher. « Qu'est-ce que la maladie? A
partir de quel chiffre de pulsations, de quel degré thermique
a-t-on la fièvre? Au-dessous de combien de pulsations, au-
dessous de quel degré thermique ne l'a-t-on plus? » On est
en effet amené à dire qu'il y a entre l'homme grand et le géant
les mêmes et aussi imprécises frontières qu'entre l'état sain
et l'état morbide.
Pour les anthropologistes, comme pour les autres savants,
ces frontières sont difficiles à délimiter; mais, d'après eux, le
seul critérium important, par l'appréciation d'une taille commu-
nément qualifiée de gigantesque, c'est la constatation, dans la
courbe uniformément et régulièrement ascendante qui repré-
sente la lente et continue progression des tailles des individus
d'une même race, d'une brusque ascension interrompant tout
à coup la régularité du graphique. Un brusque écart dans une
série suffisamment étendue, telle est l'anomalie qui permet
d'affirmer le gigantisme. On trouve, par exemple, sur la terre
différentes races dont la taille, comprise entre 1°',25 et 1",99,
représente une ligne de croissance constamment et régulière-
ment progressive; au-dessus et au-dessous de ces limites, la
courbe ne se poursuit plus. « Au-dessous de i"',25 commence
un certain état anormal, souvent pathologique, que l'on appelle
nanisme; au-dessus de 2 mètres, on a un autre état correspon-
dant, appelé le gigantisme » (Deniker)('). C'est donc, à l'aide de
la méthode des séries, que les anthropologistes prétendent
pouvoir déterminer le nombre de centimètres qui, pour une race
donnée, constitue la limite différentielle entre l'homme grand
et le géant.
D'après Quételet ("), qui a abordé cette question, « les géants
et les nains, pris individuellement, sont, en général, consi-
dérés comme des anomalies dans notre espèce; cependant,
quand on observe les choses d'un point de vue plus élevé,
cette idée est-elle bien exacte? Mes travaux sur la taille humaine
m'ont prouvé que l'homme a une grandeur déterminée, for-
mant une espèce de typie. En considérant séparément les indi-
vidus, ils s'écartent plus ou moins de ce type et varient telle-
(*) Deniker, Races et Peuples de la terre, p. 30.
(^) Quételet, loi\ cit., p. 503,
12 DEFIMTION.
ment entre eux, sous l'influence de causes accidentelles, qu'ils
semblent ne pouvoir être rattachés par aucune loi de conti-
nuité. Cette loi existe cependant : j'ai tâché de l'exposer plus
haut [L homme moyen et la loi des grands nombres] et c'est, si je
ne me trompe, l'une des plus curieuses que la nature ait fixées
à notre espèce. J'ai tâché de la mettre en évidence et de mon-
trer que non seulement l'existence des géants et des nains est
une conséquence de cette loi, mais que même leur nombre est
calculable a priori pour une population donnée : dans la chaîne
qui rattache tous les hommes entre eux, ils sont des chaînons
nécessaires, bien qu'ils forment des chaînons extrêmes ».
Mais l'accord est loin d'être complet chez les anthropologistes
et aux opinions précédentes on peut opposer celle de Topi-
nard(') : « Où commence le géant ainsi que le nain, ou, mieux,
comment se répartissent les hautes et les petites tailles extrêmes
dans une mise en série des variations?... Y a-t-il quelque part,
vers les extrémités, un saut, une lacune qui montre que les
variations ordinaires sont finies et que les variations anor-
males, pathologiques, tératologiques commencent? Tout le
secret est là ». Et, plus loin, le même auteur ajoute : « Aucune
ligne de démarcation n'existe entre ce qu'on appelle des
géants et des nains et les tailles physiologiquement hautes ou
basses ».
On revient ainsi à la difficulté, indiquée précédemment, qui
se présente lorsqu'on cherche à établir une distinction entre le
gtkmt et Vliomme grand et à la solution que nous avons pro-
posée. Nous nous croyons, en raison même de la définition que
nous avons donnée, autorisés à confondre les deux critériums
anthropologique (anomalie dans la série numérique) et patholo-
gique (dysharmonie morphologique et fonctionnelle), ainsi que
le fait Deniker, lequel considère le gigantisme comme « une
anomalie le plus souvent pathologique ».
Pour Grasset ("), « un homme qui a plus de deux mètres de
taille ou qui a dépassé cent ans est une exception; ce n'est pas
nécessairement un malade ». Cette remarque fait revivre une
vieille querelle de mots sur la non absolue synonymie des
(•) TOPINARD, loc. cit.
(-) Grasset, Clinique médicale. 4= série, 1905,' chap. xv. La supériorité intel-
lectuelle et la névrose, p. 717.
DÉFINITION. 13
termes exception, anoiimlie, maladie, monstruosilé. Certes
l'homme qui mesure plus de deux mètres de taille n'est pas
nécessairement un malade; aussi faut-il choisir un autre crité-
rium que le nombre de centimètres pour distinguer un géant
et doit-on réserver ce terme pour désigner des dystrophiés
dysharmoniques.
Quant à l'objection philologique, on peut la formuler en se
demandant si on a le droit de détourner un mot usuel de son
acception habituelle. Mais il ne s'agit nullement de changer le
sens du mot géant, mais seulement d'en bien préciser les carac-
tères et les limites ou, comme disent les logiciens, la com-
préhension et l'extension. Restreindre le sens d'un mot en le
mieux caractérisant, ce n'est pas, croyons-nous, compliquer
une langue, mais au contraire l'enrichir et môme l'embellir.
N'est-ce pas là d'ailleurs le mécanisme habituel du perfection-
nement d'une langue que la précision donnée à un terme
scientifique, qui passe ensuite insensiblement dans le langage
courant?
On pourrait, il est vrai, composer un mot nouveau et laisser.
à celui de géant son acception habituelle d'homme très grand.
Mais il y a toujours quelque peine à forger, soit à l'aide du
grec, soit à l'aide du latin, un mot nouveau et à s'en servir
pour désigner une chose ancienne déjà; il n'y a de plus aucun
avantage à surcharger la langue d'un terme destiné à être
compréhensible pour les seuls initiés. Henry Meige(') avait
proposé de remplacer le mot gigantisme par celui de soniatomé-
galie{^), (a-toij.aTo;, corps, [j-syaAoç, grand), qui, bien que correcte-
ment construit, nous paraît peu justiciable d'un emploi
courant.
Parmi les synonymes du mot gigantisme, il n'en est pas qui
semble pouvoir lui être préféré. Autrefois, on disait gcantisme
et c'est l'expression qui était communément employée par
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Les Italiens (Malacarne, Taruffi)
se servent du mot niacrosoniie, mais on peut lui adresser les
(') Henry jVIeige, Société de Neurologie, 6 novembre 1902. Discussion à la suite
de la communication de P.-E. Launois et P. Roy, Revue Neurologique, 15 nov.
1902.
(^) Dana {Journal of nervous and mental Diseases. New- York, novembre 1895,
p. 754), avait déjà employé le terme de somatomégaUe, qui lui avait été suggéré
par le D' Frank. P. Foster.
14 DÉFINITION.
mômes critiques qu'aux termes macrosomatie, proposé par
Breschet, ou soinalomëgalie composé par Henry Meige. Quant
à rappellatioii de méf/asomi(% créée par Manouvrier(') pour
exprimer « le développement du corps dans sa totalité, abstrac-
tion faite du tissu adipeux », il ne peut guère être utilisé dans
ce cas, car, ainsi que le fait remarquer l'auteur lui-même, « il
peut se faire qu'un individu de médiocre stature, mais très
trapu, soit plus mégasome qu'un individu d'une taille élevée ».
Les termes de géant et de gigantisme seront donc conservés
dans l'étude du syndrome pathologique que nous entreprenons.
Bien que son étymologie(") ne rappelle guère que des souvenirs
mythologiques ou bibliques, le mot géant offre, sur tous les
autres ternies qu'on voudrait lui substituer, le grand avantage
d'être très vieux et d'être, pour cette raison, compris par tous.
En modifiant son acception habituelle, en élargissant la défini-
tion abrégée (géant, personne d'une taille dé-mesurée) que
donnent les dictionnaires, nous croyons atteindre une plus
grande perfection scientifique. Nous croyons aussi résumer
d'une façon suffisamment précise les caractères particuliers,
propres au gigantisme dans la formule suivante :
Le gigantisme est une anomalie de la croissance du sque-
lette, SE traduisant par une taille excessive du sujet, par
rapport aux dimensions moyennes des sujets de sa race et
entraînant une dysharmonie morphologique et fonctionnelle,
CARACTÉRISTIOUE DE CET ETAT MORRIDE (").
(') L. Manouvrieiî, Étude sur les rapports anthropométriques et sur les
principales proportions du corps. Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthro-
pologie de PaiHs, 1902, t. 11,0" série, 5"= fascicule, p. 125.
(-) D'après Littrk, le mot géant vient du latin gigantem ou du grec yiyaî,
formé de yr,, terre et de ya;, venant du radical qui veut dire naître (les Géants,
fils de la Terre). Littré donne encore les étymologies suivantes : gaïa (wallon),
gèane, au lieu de géante (gêner), agéian^ ajoan (wallon), jigat (sanscrit) qui veut
dire naître ou marcher. Géant se dit giant en anglais, riese en allemand, reus en
néerlandais.
(5) Dès le xviii^ siècle, on trouve dans le Dictionnaire encyclopédique de
Diderot et d'ÀLKMBERT la phrase suivante : « Lorsqu'ils atteignent 7 à 8 pieds,
les géants sont le plus souvent mal conformés, malades et inhabiles aux fonctions
les plus communes. » La définition que nous proposons est plus explicite et
plus scientifiiiue, mais elle n'est ([uc la confirmation de celte constatation.
CHAPITRE II
ÉTCDE HISTORIQUE ET CKITIQUE
On a de tout temps affirmé la dégénérescence de l'homme et
la décroissance continue de sa taille, comme si « le besoin de
se rapetisser était un trait commun à l'esprit de tous les
peuples ('). » Virgile (^) ne prévoyait-il pas déjà l'étonnement du
laboureur, découvrant dans son champ les ossements gigan-
tesques des premiers êtres humains :
« Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulchris y.
De même Lucrèce (^), traitant de la vieillesse de la terre, la
considérait comme incapable d'enfanter désormais de puis-
sants animaux :
« Jamque adeo fracta est setas, effœtaque tellus,
Vix aniraaha parva créât, quœ cuncta creavit
Stecla, deditque ferarum ingentia corpora partu. »
Mais Juvénal (^) remarquait que cette dégénération de l'espèce
humaine existait déjà du temps d'Homère :
«... Nam genus hoc vivo decrescebat Homero »...
et nos contemporains ne devraient être, à ce compte, que de
malheureux nains.
Comme nous l'apprennent la science et l'histoire, l'homme
n'a pas dégénéré, mais son imagination s'est plue, de tout
temps, à enfanter des légendes. Parmi ces légendes, celles qui
ont trait aux géants, et dont la plupart ont été réunies par
(') Isidore Geoffroy SAiNr-HiLAir.E, loc. ci7.,,I, p. 244.
(-) Virgile, Géorgiques, t. I.
{'^) Lucrèce, De rerum-naturâ. \, %.
(*) Juvénal, Satire, XV, v. 69.
16 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
Garnier('), ne sont pas les moins curieuses, ni les moins inté-
ressantes.
Ces légendes se sont perpétuées jusqu'à nos jours et font
encore partie des fastivités urbaines en France et à rétranger(-).
Entre toutes ces fêtes, la plus connue est celle qui se célèbre
chaque année à Douai : le Gayant y est l'objet d'un culte local
aussi curieux que pittoresque. Il est figuré par un énorme
mannequin d'osier, destiné à rappeler soit un ancien guerrier :
du xv^ siècle qui possédait une vigueur athlétique, soit plus
simplement le symbole de l'ancienne corporation des vanniers.
On le promène de par les rues, pendant les trois jours de la
kermesse de juillet, en compagnie des membres de sa famille,
sa femme ÔMarie Gagenon, son gendre Jacquot, la femme de
celui-ci et ses deux petits-fils Fillon et Binbin. L'attachement
des Douaisiens pour cette coutume locale est si grand qu'ils
se considèrent tous et toujours comme les descendants de
Gayant.
Vers 1850, Metz célébrait encore la procession du Graouilly.
Dans le cortège des fêtes annuelles de Lille figurent toujours
les Géants Lydéric et Phinaert.
Bayeux garde encore le souvenir du Géant Brun le Danois^
qui, après avoir répandu la terreur parmi les défenseurs de la
ville assiégée par les Anglais, conduits par Henri /, avait été
battu, en un combat singulier par le gentil seigneur Bobert
(F Argouges , secondé par sa gente compagne la Fée.
Il n'y a pas longtemps non plus que Dunkerque a cessé de
célébrer, sur le Mont Cassel, à l'époque du Carnaval, la fête du
Beuze ou Bense, géant débarqué autrefois de la Scandinavie.
Ces géants Flamands ont peut-être été importés chez nous par
les Espagnols qui fêtent encore à Barcelone et dans plusieurs
autres villes leurs grands hommes et leurs grandes femmes, la
Noya, la SeTiorita, le Serwrito, la SeTiora et le Caballero grande.
Toutefois, ce n'est pas en Espagne que la légende des géants
a pris naissance; elle est aussi vieille que le monde et de
tout temps, comme dans tous pays, l'homme s'est plu à exagé-
rer les dimensions de quelques-uns de ses semblables. Con-
(') Garnier, Les Nains et les Géants. Paris, 1884.
(-) Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1900, t. XLII, p. 902. La légende
des géants dans les fêtes populaires.
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE. 17
servant, à l'âge mûr, riiiiprcssion qu'il avait reçue dans
reiifaiice, alors qu'il vivait au milieu des adultes grands et
vigoureux, il a créé les Géants.
La Bible (') parle d'une race de Gcanls, produits de l'union
des enfants de Dieu avec les lilles des hommes et mentionne
plus particulièrement, parmi les peuples qui se faisaient remar-
quer par leur grande taille (« C'était un peuple grand, nom-
breux et de haute taille »)('), les Répha'nns ou Cananéens cruels,
les En()ns ou anciens Moabites., les Géants d'Enac ou Enacinis^
« auprès desquels les autres hommes ne paraissaient pas plus
grands que des sauterelles ».
De même, Hésiode elles autres poètes de l'antiquité ont chanté
les Titans ou Fils de la Terre^ nés du sang qui sortit de la plaie
d'Ouranos; ils nous les représentent avec une taille mons-
trueuse, une force proportionnée à leur hauteur; ils leur prêtent
cent mains et des serpents énormes au lieu de jambes. Ce sont
les Titans qui entassèrent Ossa sur Pélion pour escalader le ciel
et assiéger Jupiter jusque sur son trône. Pausanias, Claudien,
Sidoine Appolinaire, d'autres poètes encore se sont plu à nous
faire le récit des combats extraordinaires qui se livraient entre
les Dieux et les Géants ("). Dans leurs Gigantoinacliies^ comme
aussi dans les légendes indoues, bibliques ou Scandinaves, le
thème est toujours le même. C'est toujours la lutte entre la
force violente, brutale, inintelligente et la force divine, ordon-
née et harmonieuse. La victoire revient toujours à cette der-
nière et aussi au moins grand, au plus faible : c'est le petit
David qui terrasse le géant Philistin Goliath, haut de six cou-
dées et une palme; c'est, au moyen âge, le gentil seigneur
d'Argouges qui triomphe, sous les murs de Bayeux, du féroce
géant Brun le Danois. 11 est intéressant pour nous de noter, dès
maintenant, que, dans toutes ces légendes, on prête au géant
une inintelligente naïveté et un corps aux énormes proportions.
« Dans le balancement des éléments de l'organisme, le déve-
loppement des formes est au cVHriment de celui du cerveau.
Les Grecs l'avaient si bien senti qu'ils avaient donné à leur
(') La Cible, Genèse, l. VI. p. 4.
{-} Deltérono.me, cliap. ir.
['*) Les Ci/clopes claienL des dcmi-géanls, comme les héros élaieiiL des demi-
dieux;.
LAUNOIS ET KOY. '2
18 ETUDE HISTORIQUE ET CUITIQUE.
Apollon une taille moyenne et un front large, élevé, où rayon-
nait rintelligence et à Hercule une tète de crétin. » (') Ce con-
traste entre l'arrêt du développement intellectuel et l'hypertro-
phie du corps et des memhres se retrouve dans la plupart des
observations de géants publiées de nos jours.
Toutes ces fables ont été l'occasion de critiques philolo-
giques ou scientiliques. On a cherché à les expliquer et ceux
qui gardent au texte biblique une foi persistante ont cherché
des arguments susceptibles de se concilier avec les données
scientifiques. Dans VEncyclopédie de Diderot, on trouve, par
exemple, cette remarque que les mots hébreux nophel et giboor
(au pluriel nephilim et gibborim) ^ queAes Septanles ont traduits
par le terme de gigantes et nous par celui de géanls, s'applique-
raient d'après Théodoret, Saint-Chrysostome, à des hommes
tombés dans des crimes affreux et plus monstrueux par leurs
désordres que par l'énormité de leur taille. De même, la taille
de six coudées et une palme, attribuée au géanl Goliath et qui
représenterait neuf pieds ('), c'est-à-dire près de 5 mètres, doit
être ramenée à huit pieds, si on en déduit la hauteur du
casque d'airain qui surmontait sa tête. Dans cette taille, ainsi
réduite, on doit voir encore une hyperbole poétique destinée à
grandir le courage et les mérites de David. Ouant au lit de Og,
roi de Basan, auquel le Deutéronome (") accordait une lon-
gueur de neuf coudées, il n'était pas nécessairement pro-
portionné à la taille de son hôte, car les souverains orientaux
affectionnaient tout particulièrement les lits de parade aux
vastes dimensions.
La critique, conduite de très bonne foi, tomba, elle aussi,
dans l'exagération, comme le prouve la communication faite
par Henrion, en 1718, à V Académie doi Inscriptions et Belles
Lettres. Par des calculs très compliqués et pour lui irréfutables,
cet auteur, ancien ecclésiastique, désireux sans doute de con-
firmer scientifiquement le dogme de la chute &'Adani coupable,
élait parvenu à établir la courbe de décroissance progressive de
(') Dictionnaire universel d'histoire naturelle de Cii. d'Orbigny, 1808, t. VI,
p. 5U5.
(-) En France, le pied mesurait 0"\,5248 et le pouce 0'",027. Pour les mesures
anglaises, il y a une légère différence : le pied {fool) mesure 0'",5048 et le
pouce (inclie) 0"',025i.
(^) Deutéhonome. livre III. p. 2:
ETUDE II1ST01!IQLII<] ET CRITIQUE. 19
la taille humaine depuis la création du premier homme jusqu'à
la naissance du Messie. Dans une sorte de tal)leau chronolo-
gique, il avait résumé les dimensions des principaux person-
nages dont parle la Illble ou l'histoire. D'après lui :
Adam mesurait. • . . 12.j pieds '.) ponces, soit 40 mètres 005
Eve . 118 — 0 — — 7,S — 475
Noé 105 — — 55 — 372
Abraham '28 — — 9 — 004
Moïse 15 — _ 4 _ 2'22
Hercule 10 - _ D — 248
Alexandre . . 6 — — 1 — 948
Jules César 5 — — 1 — 620
A l'époque de César., apparut le Messie, et la taille demeura
fixée aux dimensions que présentait celle de l'empereur ro-
main (*). Ces assertions, qui nous font sourire aujourd'hui,
furent qualifiées « d'étonnantes découvertes » et « de sublimes
visions {^) » ; l'anthropologie n'était pas née.
Dès l'Antiquité, en creusant la terre, on mit à découvert des
ossements d'hommes remarquables par leurs grandes propor-
tions, et l'imagination populaire chercha à les personnifier. Le
squelette d'Antée, vu par Sertorius au voisinage de Tanger,
mesurait, au dire de Plutarque (^), soixante coudées de lon-
gueur ; celui d'Or/on, qu'un tremblement de terre mit à décou-
vert en Crète, était long, au dire de Pline ('), de quarante-six
coudées ; celui d'Oreste n'avait pas moins de sept coudées, soit
douze pieds et trois pouces (environ 4 mètres).
Saint Augustin (") avait ramassé, sur le rivage d'Utiqiie, une
dent avec laquelle on aurait pu faire cent dents humaines de
volume ordinaire.
Dans la caverne de Trapani, en Sicile., qui porte encore au-
jourd'hui le nom de Caverne du Géant, on trouva, au xiv'' siècle,
. des ossements qu'on attribua au géant Polijphème. Sous un
chêne déraciné par un orage, aux environs de Lucerne, on
découvrit, en 1577, des ossements appartenant à un homme qui
(') Garnier rapi»roche de ces assertions de Henrion la croyance des Siamois
qui pensent, eux aussi, que " la taille des hommes n'a cessé de diminuer à
mesure qu'ils ont perdu lïnnocence des mœurs primitives et qu'ils finiront
par devenir si petits qu'ils n'auront pas même un pied. » {Loco ritatn, note de
la page 255.)
Ç^) Voir Guyot-Daubès, Nature, 1887, t. I, p. 18.
(5) Plutarque, Vie de Sertorius.
(^) Pline, Histoire naturelle, lib. III, cap. xvi.
(°) Saint AuGUSTi-N, De civitale Dei, t. XV, p. 9.
20 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
aurait mesuré, d'après Plater, dix-neuf pieds de haut. Beaucoup
d'autres trouvailles du même genre lurent faites en (irèce^ en
Sicile, en Boliêine : il s'agissait tant(3t d'un fémur gigantesque,
tantôt d'une tête énorme, tantôt enfin d'un os frontal, dont les
trois dimensions étaient de neuf, douze et cinq pouces (').
En France, on retrouvait, dans le Vivarais, les ossements du
géant Buscort, qui avait été tué par son vassal le comte de
Cabillon et qui ne mesurait pas moins de trente pieds et, dans
les environs de Saint-Germain, ceux du géant Isoret, qui était
réputé avoir mesuré plus de vingt pieds.
De toutes ces découvertes, la plus fameuse fut celle des osse-
ments qu'on supposa appartenir au géant Teulobochus , roi des
Teutons, Cimhres et Ambrons, mort après sa défaite par le consul
rommn Marins, en l'an 105 avant J. -G.; elle fut l'origine d'une
longue et souvent acerbe polémique entre Riolanet Habicot. En
1015, les maçons du sieur de Langon, occupés à tirer du sable
pour bâtir, mirent au jour un tombeau, fait de briques, près
des masures du château situé, en Dauphiné, dans les environs
de Romans. La sépulture renfermait un squelette de vingt-cinq
pieds de longueur ; la largeur d'une épaule à l'autre était de
dix pieds; du dos à la poitrine, l'épaisseur mesurait cinq pieds;
le tibia était long de quatre pieds ; quant aux dents, elles
étaient aussi volumineuses que celles des bœufs. La descrip-
tion complète en était faite par Jacques Tissot, dans un opuscule
intitulé : Histoire véritable du géant Teuioboclius,Vi\v[s, 1(315. On
accourut de toutes parts pour admirer; mais, bien que l'inscrip-
tion gravée sur le tombeau et les médailles à l'effigie de Marins
eussent disparu, si tant est qu'elles aient jamais existé, on par-
tait convaincu. Habicot partageait l'admiration universelle;
Riolan demeurait incrédule et proclamait que les ossements
étaient plutôt ceux d'un éléphant ou de quelque autre animal
inconnu que ceux d'un homme. Leur discussion, qui dura pen-
dant plus de cinq années, fut l'occasion de nombreux pam-
phlets ; la liste en est curieuse à rappeler :
(') Tous ces ossements considérés comme les restes de géants immenses
étaient l'objet d'une grande vénération populaire et souvent placés à la porte
des cathédrales. A la porte de l'église du château de Cracovie, on peut voir
encore aujourd'hui des os de mastodonte, un crâne de rhinocéros « ticho-
rhinus >> et la moitié d'un maxillaire inférieur de baleine. — Langer, Anatomie
der Forrnen défi menschlichen Kôrpers, p. 81.
ETUDE IIISTOHIQUE ET CRITIQUE. 21
I. Gif/anlomacine pour l'époiidre à la Girjantostcologie, par un
escJiolier en médecine (Riolan), 1615, petit i_n-8".
II. Discours apologétique touchant la vérité des géants, contre la
gigantomachie d'un soi-disant escholier en médecine, par L. D. C.
0. D. R. (l'un des chirurgiens ordinaires du roi, Charles Guil-
lemeau). Paris, 1614, in-8".
III. Imposture descouverte des os humains supposés et attribués
au roy Teufobochus, par Riolan. Paris, 1014, in-8^
IV. Réponse à nn discours touchant la vérité des géants, par
Nicolas Habicot. Paris, 1613, in-8".
V. Jugement des ombres d'Heraclite et de Démocrite sur la
réponse d'Ilabicot au discours attribué à Guillemeau. Paris, 1015,
in-8o.
VI. Gigantologie. Discours sur la grandeur des géants, oit il est
démontré que, de toute ancienneté, les plus grands hommes et géants
nont été plus hauts que ceux de ce temps, par Jean Riolan. Paris,
1618, petit in-8".
^ II. Antigigantologie ou contre-discours de la grandeur des
géants, par M. Habicot. Paris, 1018, in-8''.
VIII. Correction fraternelle sur la vie de Nicolas Habicot, oà
Von fait, en passant, la criticpie de ses ouvrages, Jiotamment de la
Gigantostéologie et des autres écrits sur le même sujet. Petit in-8",
s. 1. n. d.
IX. Touche chirurgicale, attribuée à Habicot, avec une satire en
vers français contre M. Riolan, docteur dichotomiste, et des vers
latins sur l'anagramme de son nom [Joannes Riolanus en Laurus
in asino, en asinus in lauro, sine lauro inane). Petit in-8",
s. 1. n. d.
Guvier, par ses admirables travaux, nous ayant appris que la
plupart des fossiles appartiennent à des animaux actuellement
disparus (éléphants, mastodontes, rhinocéros, cétacés, etc.), il
est facile aujourd'hui de faire une distinction entre les osse-
ments découverts à l'intérieur de la terre et de reconnaître
ceux qui appartiennent véritablement à l'espèce humaine. Dans
certains cas, il s'agit d'os humains, mais ces os sont le plus
souvent modilîés, dans leurs dimensions, par une cause patho-
logique. Il en était tout particulièrement ainsi pour certains
22 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
crânes hydrocéph iliques ou rachitiques ('), qui avaient appar-
tenu en réalité à des hommes de taille moyenne ou même à des
enfants. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire cile l'exemple de Moly-
neux (-), qui fut appelé à examiner un frontal véritablement
gigantesque et qu'oi> sut, par la suite, avoir appartenu à un
habitant d\4ms/ei'(]am, dont la taille était pluLôt petite, mais
dont la tête avait acquis des dimensions extraordinaires.
La lumière ne devait être complète que le jour où com-
mencèrent les recherches anthropologiques, basées sur des
données positives. Déjà cependant Norden("') avait fait remar-
quer qu'en exceptant celui qui fut découvert près de Tlicbes, en
1817, conservé au Sir John Soanes Musenni et mesurant neuf
pieds et quatre pouces, les dimensions des sarcophages trouvés
dans les pyramides ne faisaient nullement prévoir que la taille
des anciens Ëgiiptlens eût été plus élevée que celle des hommes
de son époque. Cette assertion fut d'ailleurs confirmée par les
mensurations des momies recueillies dans les catacombes et
hypogées égyptiennes.
Elle l'a été depuis, et d'une façon irréfutable, par les
recherches rigoureuses du genre de celles faites par Manou-
vrier (''') sur les ossements exhumés des dolmens du bassin de
la Seine. Il a pu dresser des tables permettant, étant données les
dimensions d'un os long des membres, de calculer, avec toute
la précision désirable, la longueur totale du squelette auquel
cet os isolé avait appartenu. Grâce à cette méthode, son élève
Rahon(') a constaté que les ossements des dolichocéphales
retrouvés dans les dolmens séquaniens correspondaient à une
taille à peine égale à celle qui appartient à la moyenne des
individus actuels.
Ainsi furent peu à peu ruinées les fables et les légendes c{ui,
pendant si longtemps, avaient satisfait la curiosité. Entre la
manifeste imposture de Jacques Tissot et d'Habicot, si pénible-
(') Journal de médecut,e, décembre 1757 (cité par Vip.ey, in Diet. dea scienceti
médimles. Paris, 1816. Article Géant, t. XVII, p. 548).
(-) MoLYNEUx, Philoioph. Transact., t. XV, n" ti8 et t. XXII, n" 261.
('•) NORDEN, Itin. œgypL, p. 75 (cité par V'irey, loc. cil.).
(M Maxouvrier, Mémoire sur la détermination de la taille d'après les grands
os des membres. Mcin. de la Soe. d'Anthropologie. Paris, ISO^.
(•''•) .1. Rahon, Recherches sur les ossements préhistoriques, en vue de la
rrc OTslitu'ion de la taille. Mëm. de la Soe. d'Anthropologie, 2" série, t. IV, 18QÔ.
ÉTUDE HISTORIQUE ET ClUTIQUE. 23
ment dévoilée par Riolan, et 1er. rigoureuses et scienliriques don-
nées fournies par Manouvrier , Rahon et lesantliropologisles,
il y a plus que la distance qui sépare le xyu/" du xix'' siècle, il
y a Tabîme qui sépare la crédulité du moyen âge des données
de la science contem})oraine.
Mais il restait encore une légende tendant à établir que la
taille humaine avait dégénéré, c'était celle des Patagons; née
des récits des premiers explorateurs du Nouveau Monde, elle fut
généralement acceptée du xvf au xviii'" siècle. On admettait
cjue les habitants de la région la plus méridionale de Y ÀDiériqne
du Sud, appelée Terre ou Pays des Géants et aujourd'hui Pala-
fjonie, étaient tous dune taille démesurée. Dans la relation
du voyage fait par Magellan dans ces parages, en 1519, Harris
rapporte que « le pays exploré est habité par un peuple fort
sauvage et d'une stature prodigieuse. Ces géants faisaient
un bruit effroyable, plus ressemldant au mugissement des
bœufs qu'à des voix humaines. » Plus loin, il s'extasie sur leur
formidable appétit et leur vigueur proportionnée à leur stature,
« car l'un d'eux surmonta les efforts de neuf hommes, quoiqu'ils
l'eussent terrassé et qu'ils lui eussent fortement lié les mains;
il se débarrassa de tous ses liens et s'échappa malgré tout ce
qu'ils purent faire (') ». La mesure du pied de l'un d'eux fut
trouvée de dix-huit pouces de long, « ce qui, en suivant la pro-
portion ordinaire, donne environ sept pieds et demi pour leu!"
stature ».
Ces assertions furent successivement reproduites et ampli-
fiées par les autres navigateurs qui visitèrent les mêmes
régions, tels que les Espagnols Pigafetta, Loise, Sarmiento,
Nodal; les Anglais Gandish, Hawkins, Kimwet; les Hollandais
Sebald de Noort, Lemaire, Spilberg. Des gravures du xviii' siècle
représentent des marins européens atteignant à peine la cein-
ture d'un Patagon, « ce qui, en supposant à VEuropéen une
taille moyenne de cinq pieds ou cinq pieds deux pouces, don-
nerait au moins huit pieds et demi pour la hauteur d'un indi-
gène ».
Ces récits étaient acceptés par les savants de l'époque,
comme le montre le passage suivant emprunté aux Mémoires de
(') Voir BuFFON, Œuvres complètes, édition de 1856, t. IV, p. CG4.
24 ÉTl!|)l<: IIISTOI'JQUP: ]<]T CHITIQUE.
Bachaumont (') et cilé par Garnier : <■ On parle beaucoup d'une
lettre du docteur Maty, médecin très renommé à Londres, à
M. de la Condamine, en date du 18 de Juin, pour la commu-
niquer à VAcadëinie des Sciences. 11 y assure que l'équipage
entier d'un vaisseau de guerre anglais, qui vient de faire le
tour du monde, a vu et examiné cinq ou six mille Patagons de
neuf à dix pieds de haut. Il en conclut à l'existence des géants
en corps de peuple et que ce ne sont point des variétés rares,
individuelles et accidentelles dans l'espèce humaine, comme^
l'ont soutenu nos plus célèbres naturalistes ».
Mais la vérité ne tarda pas à être connue, u Et moi, aussi, je
les ai vus, ces Patagons! s'écrie l'un des compagnons de Bou-
gainville {'~) (Voyage de 1760); les Titans prodigieux dont on
vous parle n'ont jamais existé que dans l'imagination échauffée
des poètes et des marins.... Au surplus, il ne sera pas hors de
propos d'observer, pour porter le dernier coup aux exagérations
qu'on a débitées sur ces sauvages, qu'ils vont errants comme
les Scythes et sont presque sans cesse à cheval. Or leurs che-
vaux n'étant que de race espagnole, c'est-à-dire de vrais bidets,
comment est-ce qu'on prétend leur affourcher des géants sur le
dos? Déjà môme nos Patagons, quoique réduits à la simple
toise, sont-ils obligés d'étendre les pieds en avant.... »
« Ce qui m'a paru gigantesque dans la stature des Patagons,
écrit Bougainville lui-même, c'est leur énorme carrure, la gros-
seur de leur tête et l'épaisseur de leurs membres. »
Quant à leur taille, il a suffi, pour la bien apprécier, de la
mesurer avec exactitude. D'Orbigny, qui vécut pendant huit
mois au milieu des Patagons, dit que la hauteur de ceux qu'il a
examinés oscillait enlre l"\12 et 1"',9'2, dans la vallée du haut
Rio Chico. Topinard, qui a utilisé ces chiffres, trouve une
moyenne de l'",78 et la fait rentrer dans le groupe des tailles
hautes {^).
(1) Mémoires secrets de Bachaumont, 50 juillcl 1750 (ciLé i)ar Garnier, loc. cit.).
(-) Cité par Buffon, loc. cit., p. CC4.
('') Quant aux pieds des Patagons, qui leur valurent leur nom de la part de
Magellan, ils sont petits (27 centimètres pour une taille de l"",90). Mais
Elisée Reclus remarque {Xouv. ijéogr. univ., t. XIX, p. 683) que les Teiiuel-
CHE, descendants probables des Patagons de Pigafetta, portent pendant la
saison froide des guêtres en peau de huanaco, qui forment ainsi une double
chaussure et leur donnent l'apparence d'avoir de grands pieds.
ÉTUDE IlISTOlîinUE ET CIUTIOUE.
25
Vlaming, L. Freycinet (') auraienl aporcu, eux aussi, des
g-éaiils dans les Terres auslrales] ce dernier voyageur fait
remarquer que l'élongation de leur taille était le fait d'une illu-
sion d'optique causée par le mirage.
Peut-être aussi faut-il invoquer, pour appréciei- justement ces
faits, les cannibales
de 10 pieds, que
grandissait la peur
des voyageurs qui
les auraient entre-
vus, et les soldats
hauts de 15 pieds
que certains virent
garder les portes de
Pékin.
Les recherches
minutieuses des an-
thropologistes ont
définitivement ruiné
l'hypothèse d'une ra-
ce soitancienne, soit
actuelle de géants;
elles nous ont ap-
pris aussi que la
moyenne de la taille,
dans les différentes
races humaines, ne dépasse guère l'",75 et que, parmi les
races les plus grandes, se trouvent les Patagons (1"\781, Topi-
nard)et les Écossais de Galloway (1™,70, Deniker) (').
FiG. ] (-). — Les Denkas, populalion des bords
du Haut-Nil.
(*) L.' Freycinet, Voyaje de découverte aux terres australes. Paris, 1815, in-4%
p. 178 (cité par Virey).
(■^) Extraite de V Illustration, \" août 1905.
(^) Tout récemment encore un explorateur signalait l'existence d'une peu-
plade de géants sur la rive droite du Nil, les Denkas. On lit, en effet, dans
Y Illustration du 1" août 1905 :
« Les populations des bords du Haut-Nil, les Schillouks (^') sur la rive
« gauche, les Denkas sur la rive droite, sont d'ailleurs de lamentables échan-
« tillons d'humanité.... Les Schillouks sont grands, mais les Denkas les
(') L'eunuque égyptien, dont Lortet rapporta le squelette à Lyon (voy. p. 157), « parais-
sait venir, dit cet auteur, de la région liaijitée par les Schillouks, peuplade occupant les
territoires situés entre KharLoum et le Bahr-el-Gazcd ».
2G ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQLTE.
Mais si le Gigantisme n'existe pas à l'état endémique, on
l'observe, chez tous les peuples, clans toutes les races, à l'état
sporaclique. De nombreux faits viennent confirmer cette asser-
tion et, parmi les documents, dans lesquels l'imagination tient
encore souvent une grande place, nous choisirons ceux qui
sont plus particulièrement susceptibles de confirmer nos acqui-
sitions les plus récentes. Ils ont été réunis par Garnier (') et par
GouldetPyle (^), et se trouvent souvent rappelés dans les Bévues
périodiques i^'), à l'occasion de l'exhibition de quelque nouveau
phénomène. Ce sont les sources où l'on peut largement puiser,
celles que, comme nous, Henry Meige('') a utilisées pour soute-
nir une thèse conforme à celle dont nous nous proposons d'être
à notre tour les défenseurs .
En abordant l'histoire résumée du gigantisme sporadique ^on est
tout d'abord amené à se demander quelle est la taille maxima
que puisse atteindre un géant. Les chiffres donnés sont toujours
plus ou moins fantaisistes et se trouvent, la plupart du temps,
considérablement réduits par des mensurations précises : aussi
« dépassent encore sous ce rapport et atteignent des tailles invraisemblables.
" Ils ont, en généi'al, plus de 2 mètres de hauteur et leur maigreur accuse
« encore l'impression d'êtres gigantesques qu'ils produisent. Leurs jambes
" sont démesurées. On dirait que, forcés de vivre presque continuellement
« dans les marécages, ils sont peu à peu arrivés à une structure d'échassiers :
" les disciples de Darwin verront là un bel exemple de l'influence du milieu.
" Leur ressemblance avec les grands oiseaux des marais va jusqu'à la façon
" de se tenir debout immobiles pendant des heures sur une seule jambe, l'un
" des pieds appuyé sur l'autre cuisse. On peut voir, par la photographie que
« nous donnons (Fig. 1), que les Denkas constituent l'un des plus curieux spé-
« cimens ethniques dont les explorateurs nous aient révélé l'existence.... Ce
" sont de franches brutes, inaptes, semble-t-il, à tout perfectionnement et
•< demeurées, au point de vue cérébral, au niveau de l'homme des cavernes.... »
En l'absence de toute mensuration précise, il ne semble pas que les récits
des explorateurs qui virent les Denkas doivent bénéficier d'une croyance
supérieure à celle dont les anthropologistes ont montré qu'étaient justiciables
les affirmations des voyageurs touchant les Patagons et les autres popula-
tions géantes. D'ailleurs le docteur Georges Schweinfurth, qui a si minu-
tieusement étudié les mœurs de toutes les peuplades du Haut-Nil et en parti-
culier des Denkas, ne parle nullement de la taille gigantesque de ceux-ci {Ait
cœur de L'Afrique, Im Herzen von Africa. Leipzig, 1874, trad. franc, de Mme H.
LoREAU. Paris, 1875, Hachette).
(') Garnier, loc. cit.
(^) GouLD et Pyle, Anomalies and cnriosilies of mecUcine. Londres et Phila-
delphie, 1898,
("') Dans les Revues périodiques, consulter les articles de Guyot-Daxjbès
(Nature, 1887, t. I, p. 18); de Neuville {Revue des Revues, i"'' janvier 1898) ;
Feindel {Revue rose, 1905); Romme {la Revue, 15 sept. 1905, p. 656).
('*) Henry Meige, loe. cit.
ÉTimE IIISTORTOUE ET CRITIOUE. 27
comprend-on l'imporlance et la justesse de la règle, posée par
les auteurs américains actuels (Dana, Woods Hutchinson), qui
conseillent de retrancher systématiquement trois à cinq pouces
de la taille annoncée par tout géant.
Quételet rapporte, avec des détails suffisamment précis,
l'histoire d'un géant écossais, enrôlé par Frédéric le Grand
dans son fameux régiment; sa taille mesurait 8 pieds et 5 pouces
(^''^G'i). C'est sans doute Tune des tailles les plus hautes parmi
celles qu'on peut considérer comme authentiques ('). La hau-
teur des géants qu'on observe aujourd'hui ne dépasse guère
7 pieds et demi, c'est-à-dire 2'", 47. Mais, dé même qu'on doit
se méfier des supercheries, il ne faut pas, pour avoir des
données exactes, se contenter des mensurations faites dans la
station debout, il faut recueillir encore celles que fournissent
les évaluations obtenues dans la station assise et tenir compte
enfin de la longueur de chacune des parties du corps, de celle
des membres en particulier.
Il est de règle encore de voir vanter l'harmonie des formes
que présentent les géants : celui-ci est « parfaitement droit et
admirablement bâti » ; celuidà possède « des membres d'une
proportion et d'une beauté remarquables » ; cet autre est « si
merveilleux, dans sa constitution, que les curieux, qui l'exami-
nent, n'ont jamais admiré rien de semblable, et ceux qui sont
plus observateurs, déclarent franchement que jamais la langue
de l'orateur le plus éloquent et la plume de l'écrivain le plus
ingénieux ne seraient capables de décrire l'élégance des formes,
la symétrie et les remarquables proportions de ce merveilleux
phénomène de la nature, de même que toute description ne
pourrait donner la satisfaction que l'on éprouve en l'observant
judicieusement» (-)....
Mais, comme nous le montrerons, cette harmonie des formes
extérieures est loin de correspondre à la réalité ; elle n'est
guère que l'infime exception.
(') D'après Langer, il existe dans les environs d'Innsbruck une peinture du
xvP siècle représentant un paysan alsacien qui aurait mesuré 9 pieds 1/2, soit
2-,75.
(^) Extrait de l'avis publié par les journaux du 6 mai 1782, à propos du géant
irlandais Charles Byrne (cité par Garnier). — Comparer ces éloges hyper-
boliques avec les constatations rigoureuses que faisait Cunningham un siècle
plus tard sur le squelette du même sujet (06.s. de Magrath, p. 237).
23 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
Il en est ainsi, d'ailleurs, pour la vigueur et l'appétit (') des
géants, tant vantés par les historiens. Parmi les exploits les
plus curieux qui sont rapportés, nous rappellerons ceux de
l'empereur romain Maximin, célèbre par sa taille colossale
('2", 50 environ) et qui, dans sa jeunesse, vainquit, sans reprendre
haleine, seize des plus vigoureux lutteurs de Route. Il était
capable d'arrêter un char lancé avec une seule main, de mettre
en mouvement une voiture lourdement chargée, de fracasser
d'un coup de poing la mâchoire d'un cheval, de lui casser la
jambe d'un _^coup de pied. Ce môme empereur vidait plusieurs
fois, en une seule journée, une amphore capitoline (vase d'une
contenance d'environ 25 litres), mangeait souvent 40 à 60 livres
de viande, et transpirait tellement qu'il pouvait recueillir dans
une coupejusqu'à 5 setiers de sueur par jour (^). Simon Goulartf)
raconte de son côté l'histoire « d'un homme de démesurée gran-
deur et grosseur, qui mangeait, en peu de morceaux et sans
s'arrêter, une brebis ou un veau, sans se soucier que la chair en
fût cuite, disant que cela ne faisait que lui aiguiser l'appétit ».
Non moins fameux le Géant calabrais du Pape Jules II, « lequel
estoit si grand qu'il passoit en grandeur de beaucoup les plus
hauts hommes de son temps et estoit chose merveilleuse de
voir ce qu'il beuvoit et mangeoit ». Les faits et gestes du Géant
Antoine Payne sont restés célèbres, depuis le xvii*^ siècle, dans
le pays de Cornouailles : « Etant jeune, il prenait plaisir à choisir
deux de ses plus robustes camarades qu'il appelait ses petits
chats et, en emportant un sur chaque bras, à gravir une falaise
voisine afin de leur faire voir le monde, suivant son expres-
sion. Un soir de Noël, il ramena un jeune garçon qu'on avait
envoyé, avec un âne, chercher du bois dans la forêt voisine;
comme il se faisait tard pour rentrer, il prit sur ses épaules,
tout à la fois, l'âne et la charge de bois, et rentra prestement à
la maison ».
Que faut-il penser en réalité de cette harmonie des formes
et de cette vigueur? Sans rappeler le cas exceptionnel du
Géant allemand, vivant sous le règne de la Beine Anne, qui,
(') Une exception est cependant à faire pour l'appétit, souvent très déve-
loppé, chez les géants qui présentent fréquemment de la glycosurie et par
suite de la poljq:)hagie faisant partie du cortège symptomatique du diabète.
("^) Historia Augusta, due à Capitolin (cité i^ar Garmeiî, lue. cit., p. 279).
(^) Simon Goularï (cité par GAUNiEnj.
ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE. 29
sans mains ni pieds, était capable d'enfiler une aiguille, de
couper des gants et d'exécuter avec adresse toutes sortes de
travaux, on peut trouver de nombreux exemples de géants mal
conformés. Tel le Grand Mareschal, qui s'exhibait à Paris, au
commencement du xvii'' siècle, et qui, au dire de Simon Goulart,
« était un homme mal bàii, mais aussi merveilleusement haut et
grand, à comparaison de plusieurs de moyenne taille ».
Marcel Donnât ('), «après la victoire quele/to?/ Louis Douzième
obtint en la journée de Lodi, vit, à l'hôpital de Milan, un jeune
homme qui estoit si grand quil ne pouvoit se tenir debout,
n ayant sceu obtenir assez de nature pour V épaisseur de son corps
et la proportion de ses forces ».
Wiliams Evans, le portier géant de Charles T' à' Angle! erre,
était également sans vigueur.
Le géant allemand, Max-Ghristophle Miller, mesurant 7 pieds
8 pouces (2'", 528), était, « malgré sa force, assez mal conformé,
et sa tête était d'une grosseur tout à fait hors de proportion,
même avec son corps gigantesque ».
Le célèbre abbé italien Bastiani, que Guillaume F'', roi de
Prusse, avait enrôlé de force dans son bataillon de grenadiers
géants, était d' apparence assez lourde, avec une face ignoble et
épaisse.
C'était aussi le cas de la <' jeune fille gigantale » de Simon
Goulart « qui avait grandi exagérément à la suite d'une fièvre
quarte, qui, à vingt-cinq ans, n'avait pas encore ses flueurs, et
qui était un peu laide de visage, noire, d'esprit simple et gros-
sier, et tout le corps pesant ».
Quant à Patrick Gotter, le géant irlandais, qui se montrait à
Londres, vers 1785, sous le nom d'O' Brien. il était loin de pré-
senter les proportions harmonieuses qu'on lui prêtait. « Il est
vraiment d'une très haute stature, dit W. Blair, mais très mal
conformé.... Il a refusé de marcher devant moi, dans son appar-
tement et je pense que c'est parce qu'il avait peur de me
découvrir son extrême faiblesse. Il a V aspect général d'un individu
faible et imbécile, avec le front entièrement bas; autant que j'ai
pu le remarquer, l'espace compris entre ses sourcils et le haut
de la tête, en ligne perpendiculaire, n'excède pas 2 pouces....
(') Marcel Donxat (cilé par Garxieh).
30 ETUDE HISTOKinUE ET ClUTIQUE.
// ina fait C effet cVun énorme enfant malade qui aurait grandi trop
vite; sa voix était faible, son pouls languissant et lourd.... »
Les journaux de Tépoque nous apprennent « qu'il se tenait le
plus souvent assis et s'aventurait très rarement à sortir en
public; quand il se promenait à pied, c'était toujours la nuit)). Un
de ceux qui purent le surprendre dans une de ses promenades
nocturnes et l'observer le décrit dans les termes suivanis :
« // marchait péniblement, les mains appuyées sur les épaules de
deux hommes assez comme il faut et de grandeur ordinaire,
absolument comme nous voyons quelquefois des convalescents
se soutenir sur les épaules d'enfants de huit à dix ans » (^).
Combien ces pénibles promenades, faites de nuit, sont loin des
exploits herculéens habituellement attribués aux géants I
Tous ces exemples, qu'on pourrait multiplier à l'infini, justi-
fient l'assertion de Geoffroy Saint-Hilaire, pour qui <( les
géants sont sans activité, sans énergie, lents dans leurs mou-
vements, fuyant le travail, fatigués presque aussitôt qu'occu-
pés, en un mot, faibles de corps aussi bien que d'esprit Un
grand nombre d'entre eux sont mal conformés et surtout mal
proportionnés {'). » A l'appui de cette assertion, l'auteur
rapporte le cas d'un jeune homme de '22 ans, haut de plus de
sept pieds, aux mains extrêmement longues, à la voix faible,
aux yeux photophobiques et strabiques.
Les tares ne sont pas rares d'ailleurs chez les géants : les
unes sont congénitales, les autres acquises. Il est parlé au
Deuxième Livre des Bois d'un géant qui possédait des doigts sur-
numéraires. « Il se fit une quatrième guerre à Geth, où il se
trouva un homme d'une taille extraordinaire qui avait six doigts
aux mains et aux pieds, c'est-à-dire vingt-quatre doigts et qui
était de la race d'Arapha (^). ))
Les autres tares surviennent plus tard et s'accentuent avec
l'âge. Antonin le Pieux, dont VHistoria Augusta de Capitolinus
rapporte la biographie, « voyant sa taille se voûter à mesure
qu'il vieillissait, avait eu l'idée de se garnir la poitrine d'une
sorte de corset en tablettes de tilleul, afin de pouvoir se tenir
debout en marchant [tiliaceis tabiilis in pectore positis fasciabatur,
(') Cité par Garnier, loc. cit.
{-) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, loc. cit., t. I, p. 182.
{'') Les Rois, livre II, chap. xxi, p. 20, 21 (cité par Henry MeigE; loc. cit.).
ETUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE. 31
ut reclus incederet) ». Cette déformation du thorax est fréquem-
ment signalée par les auteurs contemporains cliez les géants
acromégaliques.
Non moins célèbre était le dos du géant Antoine Payne ; il
était « si large que son maître d'école s'amusait souvent à s'en
servir comme d'un tableau, sur lequel il écrivait à la craie
les exemples qu'il donnait aux autres élèves ».
Parfois cependant le géant était aussi mince que grand :
tel était celui qui s'exhibait à Saint-Pétersbourg , au mois de
juin 'J8'20, et mesurait huit pieds et huit pouces; il était très
mince et d'aspect émacié.
Un autre géant, Peter Tuchain, haut de huit pieds, sept
pouces, n avait pas de barbe et possédait une voix très faible; il
mourut en 1825, à Posen, à l'âge de vingt-neuf ans, d'une
hydropisie de la poitrine.
Parmi les nombreuses infirmités physiques des géants, il en
est une qui les rapproche de celles qu'on observe dans l'acro-
mégalie : c e'àiV augmentation disproportionnée de leurs extrémités
(tête, mains, pieds). Elle a été signalée de tout temps et, sans
remonter à Hérodote qui rapporte que les souliers de Persée
étaient longs de trois pieds, nous rappellerons rexem]i)le de Fem-
pereur géant Maximilien qui « avait le pouce d'une telle grosseur
quH se faisait un anneau du bracelet de sa femme ».
Dans les Chroniques de //o^/ant/epour l'année 1557, Hadrianus
Barlandus rapporte que le géant Nicolas, qui vivait sous John,
comte de Hollande, avait un soulier long de trois pieds, comme
celui dont parle Hérodote.
En Angleterre, vers la fin du xvi" siècle, une chanson popu-
laire célébrait les exploits de Meg la Longue [The life of Long
Meg of Westminster j , jeune fille d'une taille excentrique, née sous
le règne de Henri VIII et « il était passé en proverbe de dire
longue comme Meg la Longue, en parlant d'une personne grande
et mal bâtie». L'augmentation démesurée de ses extrémités
avait déjà frappé les chansonniers de l'époque :
« Ou Meg de Westminster
Avec ses longues jambes
Longues comme celles d'une (jrue,
Ses pieds comme des sabots
Avec une paire d'éperons
Aussi larges que des roues- ».
32 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
Les dimensions du pied de Tonij Payne étaient telles quau-
jourdhui encore, dans le pays de Coriumailles , pour exprimer
ridée d'une chose de grandes dimensions, on continue à dire :
« Cesi grand comme le pied de Tony Payne ».
On a conservé le soulier du geaiiL irlandais Patrick Cotter : il
ne mesure pas moins de dix-sept pouces de longueur.
Plus près de nous, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dit avoir eu
l'occasion d'examiner, en 18'24, un jeune homme de vingt-sept
ans, « ayant plus de sept pieds de haut, atteint de strabisme et
de photophobie, pourvu d'une voix faible et dont les mains
étaient extrêmement longues, même proportionnellement à sa
taille ».
Ces constatations plus ou moins anciennes viendront
confirmer l'opinion que nous exposerons plus loin, en étudiant
les rapports qui relient le gigantisme à l'acromégalie. (Voir
page 159.)
Les tares physiques s'accompagnent souvent de lares men-
tales qui, en raison de leur fréquence, de leurs variétés et
parfois aussi de leur intensilé, n'ont pu être méconnues par
les anciens observateurs.
« Les géants sont, pour la plupart, d'une intelligence très
bornée ; quelques-uns même presque idiots (') » : telle est
l'opinion formulée par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui, pour
la justifier, rapporte, d'après Changeux, le fait suivant conté
par Gui Patin. « A Vienne^ où on avait réuni des nains et des
géants })our l'amusement de la Cour impériale, les premiers,
bien loin de céder et de se soumettre à leurs compagnons, ne
craignaient pas de les provoquer par des moqueries, de les
insulter et de commencer ainsi des disputes dont l'issue sem-
blait devoir être si redoutable pour eux. La querelle s'anima
même, un jour, entre un nain et un géant, au point que, des
injures, on en vint aux voies de fait et, nouveau David, ce
fut le nain qui triompha de cet autre Goliath. »
De cette anecdote, on peut rapprocher la suivante, dans
laquelle Keysler raconte la querelle d'un nain et d'un géant qui
vivaient côte à cê)te, également en Autriche^ à la Cour de
V Archid}ic Ferdinand. « Le nain, voulant se venger des lourdes
(') Isidore Geoffroy Saint-Hil.sire, loc. cil., i. I, p. 1.S2.
ÉTUDE HISTORIQUE El' CKITIQUE. 33
et incessantes railleries du géant, qui le tournait en ridicule,
pria le duc de laisser tomber un de ses gants, quand il se met-
trait à table et d'ordonner à Aijinon de le lui ramasser. 11 se
glissa alors sous le siège de son maître, et quand le pauvre géant
se baissa pour prendre le gant, il lui appliqua sur la joue un
violent soufflet, au grand amusement des assistants et à la
grande honte du malheureux Aijinon, qui ne put dévorer cet
affront et mourut de chagrin, peu de temps après ('). »
Cette inintelligence ne va pas sans certains autres vices ou
tares que la légende a, depuis longtemps, mis en relief. Telles
la cruauté et les violences de l'empereur romain Maximilien,
qui le rendirent odieux et le firent assassiner sous les murs
d'Aquilée, en 258. Telle aussi la folie du géant Daniel, portier
de Cromwell, qu'on dut enfermer à Bedlam, à cause de son
exaltation mystique et prophétomaniaque, en rapport très vrai-
semblablement avec une débilité mentale congénitale.
Certains s'adonnent à l'alcoolisme : Tulot, parlant de la
géante qu'on pouvait admirer à la foire ^aint- Laurent, en 1758,
dit « qu'elle joignait à une excessive insolence le défaut de
s'enivrer perpétuellement ». Ce défaut était aussi celui du
géant irlandais, Charles Byrne, qui, à la suite d'une accusation
de vol, fut tellement affecté qu'il contracta Ihabilude de boire
outre mesure et mourut à l'âge de vingt-deux ans.
Le peu de développement de l'intelligence comme les autres
tares psychiques seront étudiés plus loin (p. 526); mais
aujourd'hui encore s'impose la conclusion formulée par le
chroniqueur qui avait visité le géant espagnol Joacliini Elei-
cegui, haut de 2'", 507, exhibé en 1845, à la salle Montesquieu :
« Sa taille est de sept pieds; on sait peu de chose de son esprit,
qui ne paraît pas contredire l'opinion commune touchant celui
des géants (-). »
(') Cité par G.vrniep,, Uv. cit., p. 273.
('^) Assez fréquemment on entend opposer le cléveloppC'ment intellectuel au
développement physique; on parle couramment de l'intelligence des hommes
de petite taille et l'on a dit plaisamment qu'on trouvait chez les géants •■ plus
de tambours-majors que d'académiciens ... A la suite de la discussion entre
BnissAunet Piehue MAuit; a la Société Médicale dea Hnpilaux de Paris (mai 1806),
sur les rapports du gigantisme et de l'acroniégalie. un chroniqueur, qui
n'était pas médecin, du Daihj l\e^o^!. de Londres (4 juillet 181)0) rappelait, dans
un article intitidé " le Jour des petits hommes ■. {The Day of Small Men), cette
croyance que le développement anormal des tissus musculaire, adipeux et
LAUNOIS ET KOY. 3
34 ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE.
osseux, se fait aux dépens du développement du système nerveux, que les
enfants qui passent les meilleurs examens sont ceux dont la croissance est le
moins avancée, etc., et il citait à l'appui de sa thèse les noms de Turenne,
Louis XIV, Voltaire, Napoléon, Thiers, Guizot, Cavour et Louis Blanc, qui
furent de petits lioinmes, mais surpassèrent de beaucoup les générations
auxquelles ils avaient appartenu. — On pourrait toul aussi bien opposer à ces
noms ceux que donnent Gould et Pyle (Iqc. cit.) d'hommes de grande taille,
sinon de géants, demeurés célèbres à d'autres titres : ce sont, parmi les sou-
verains et les guerriers, Guillaume d'Ecosse, Edouard III, Godefroy de
Bouillon, Philippe le Long, Fairfax, Moncey, Mortier, Kléber, Bismarck, et,
parmi les autres catégories d'hommes célèbres, Rochester, le favori de Char-
les II, Pothier le juriste, le naturaliste anglais Bank, Gall, Brillât-Savarin,
Benjamin CoxNSTAnt, le peintre David, Bellart, le géographe Delamarche, etc.
Ces exemples viennent à rencontre de l'opinion qu'un homme très grand né
saurait devenir un « grand homme ». — Sans vouloir discuter la célébrité,
plus ou moins notoire, ni la taille, plus ou moins élevée, des différents sujets
cités de part et d'autre, cette opposition montre bien qu'il n'y a pas lieu
d'insister sur cette opinion que le chroniqueur du Daily Neios prêtait à Bris-
saud et à Marie, à savoir que la tendance actuelle à obtenir une haute culture
intellectuelle aboutirait dans quelques générations au nanisme. Aussi bien, nous
avons déjà suffisamment insisté sur la constance et l'invariabilité à travers les
âges de la taille humaine : si nous avons sensiblement la même taille que
nos ancêtres, habitants des cavernes (Manouvrier, Rahon, voy. p. 22), il n'y
a aucune raison plausible pour que, toutes choses égales d'ailleurs, nos
descendants ne gardent notre taille, à quelque degré de culture intellectuelle
qu'ils puissent parvenir. — Ainsi la phrase classique, partout citée : Magnus
Alexander corpore parvus erat, ne présente que la valeur d'une curieuse anti-
thèse, littéraire et strictement individuelle, qu'on n'est nullement autorisé à
généraliser.
CHAPITRE III
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE
La définition pathologique, que nous avons précédemment
donnée du gigantisme (voir p. 14), tend à nettement séparer
Vhonune grand du géanl et à montrer que, pour mériter cette
dernière épithète, à laquelle nous voudrions attacher un carac-
tère de monstruosité, non explicitement précisé jusqu'à présent,
il ne suffit pas d'avoir une taille très élevée.
L'objection la plus sérieuse que l'on puisse faire à notre
thèse est celle qui, souvent formulée, l'a été pour la dernière
fois, en 1896, par un critique très avisé de la Gazette des Hôpi-
taux, lorsqu'il disait : « On arriverait ainsi à cette conséquence
singulière que, sur deux hommes de la même faille, un seul est, un
géant » Cette objection ne fait que traduire la pensée beau-
coup plus précise de Manouvrier(') écrivant que : deux statures
égales peuvent être dissemblables quant à leur composition numé-
rique.
Si étranges que puissent paraître les conséquences qui
résultent de notre définition, il nous paraît nécessaire de les
accepter et de reconnaître que, pour être véritablement un
géant, il ne suffit pas d'avoir une grande taille, mais qu'il faut
présenter encore d'autres stigmates dystrophiques.
En réalité, il ne s'agit que d'une convention verbale nouvelle
à introduire dans notre langue, eu égard aux multiples raisons
qui légitiment son adoption.
Parmi ces raisons, il importe tout d'abord de mettre en
valeur celles qui sont d'ordre anthropologique. Pour montrer
comment, au point de vue anthropologique, le géant se dis-
(') Manouvjrier, Étude sur les rapports anthropométriques en général et sur
les principales proportions du corps. Bull, el Mém. de la Soc. dA^ithropologie,
l'J02.
36 ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE.
tingue de riiomme simplement et liarmonieusement grand par
une dysharmonie morphologique caractéristique, il faut tout
d'abord étudier le type liuinahi nonnal, dont le gigantisme repré-
sente inie déviation att/pif/ue et monstrueuse. Il faut aussi rap[)eler
les lois de la eroissance normale^ afin de chercher à bien établir
les anomalies de la croissance gigantesque.
On ne doit pas toutefois s'attendre à trouver ici une précision
absolue, qui n'est possible encore que dans quelques rares
parties des sciences biologiques. Une limite naturelle et tou-
jours facile à reconnaître ne sépare pas, en effet, le groupe des
hommes normaux, petits ou grands, au développement har-
monieux, du groupe des géants dysharmoniques et toujours
plus ou moins monstrueux. Même en se plaçant au seul point
de vue anthropologique, il y a lieu d'insister sur cet argu-
ment, déjà présenté, C[ue7itre Vhomme grand et le géant, il y a les
mêmes et aussi imprécises frontières qu entre Vétat sain et Vétat
morbide. ......
Tout d'abord, le type humain normal, auquel on souhaiterait
des caractères assez nettement tranchés pour que toute défor-
mation en soit nettement et facilement appréciable, n'existe
pas. Nous ne possédons pas, en effet, cet archétype, idéal rêvé
par les sculpteurs et souhaité par les anthropologistes. Le type
humain normal est variable à l'infini, même à ne considérer
que la taille et les différentes proportions du corps; il varie
suivant les races, les pays, suivant aussi un grand nombre de
circonstances coiitingentes ; il se modifie encore suivant des
influences multiples que Manouvrier a montré récemment être
en rapport avec des variations fonctionnelles parallèles (acti-
vité musculaire, genre de vie, quantité et forme de travail, etc.).
Nous sommes donc loin de posséder le type humain normal
et invariable, imaginé par les sculpteurs pour la construction
mathématique de leurs figures, ou désiré par les anthropo-
logistes pour la commodité de leurs recherches, plus particu-
lièrement dans le cas d'anomalies gigantesques.
(c Les artistes, dit Papillault('), soucieux de prêter à leurs
divinités les formes les plus parfaitement belles, convaincus,
. (M Papillault, L'homme moyen à Paris. Varialions suivanl le sexe et suivant
la taille. Reclieiehes anthropométriques sur 200 cadavres. IJull. et Mém. de la
Soc. (ï Anthropologie . 1^02.
ETUDE AMllHOFOI.OdlQUE. 37
comme on Tétait en Grèce, qu'il existait quelque part dans
la pensée des dieux ou dans le monde des idées pures et
réelles, ?m archétype humain, dont nous ne sommes que des
copies imparfaitement réalisées par la matière, essayèrent
de deviner, de retrouver, parmi la variété misérable des
répliques, la forme parfaile dont l'existence idéale ne pouvait
être mise en doute à leurs yeux.
'( Les méthodes qu'ils appliquèrent à cette recherche leur
furent suggérées par les théories philosophiques qui régnaient
autour d'eux. Pythagore avait affirmé que les nombres, et l'har-
monie qui en dérivait immédiatement, constituaient l'essence
des choses. La forme parfaite était celle qui offrait, comme les
figures géométriques, des proportions numériquement définies.
Si les nombres parfaits n'y sont pas toujours contenus, c'est
que les phénomènes sensibles de la matière ne sont que des
apparences obscures et mauvaises. L'artiste a précisément le
rôle sublime de négliger ces contingences pour réaliser la
perfection.
« On devine tout de suite la conclusion pratique que l'on a
dû tirer de ces conceptions : une figure humaine sera parfaite
si elle a des proportions qui obéissent à la loi des nombres, et il
en sera ainsi si une de ses parties fondamentales est contenue
exactement un certain nombre de fois dans les autres. Trouver
cette unité et rechercher le nombre qui représente son rapport
avec les principales parties du corps fut une des grandes
préoccupations des artistes. Pour obtenir ce canon, ils devinrent
donc, comme on l'a déjà remarqué, les premiers anthropo-
mètres.
« Depuis l'époque lointaine oij Pythagore florissait dans la
grande Grèce, les mathématiques et la l)iologie ont fait
quelques progrès. Sa théorie des noml)res nous paraît comme
le premier balbutiement de la raison humaine; l'on sait main-
tenant que les phénomènes biologiques sont trop complexes
pour obéir aux proportions simples qu'avait entrevues le Sage
de Samos, et pourtant ses principes laissent encore des traces
en anthropométrie. On a cherché au xix" siècle, et même dé nos
jours, le canon des proportions du corps humain{^), la règle d'or,
(M Paul Richer, Canon dea prnportiortfi du. corps humain. Paris, 1800.
38 ETUDE ANTHROPOLOGIQUE.
comme dit C. Schmidt(*j, qui pose devant nous le modèle,
éternel et parfait dont les individus se rapprochent plus ou
moins, et Charles Blanc (') affirme, dans son ouvrage, d'ailleurs
très remarquable, qu'an corps bien proportionné est celui dans
lequel un membre ou un segment de membre est la commune
mesure do tous les autres. On ne saurait exposer en termes
plus adéquats la théorie des nombres de Pythagore appliquée à
la fdrmè humaine. »
Aujourd'hui encore, conformément à tous les canons
antiques ou modernes, conformément aux lois établies plus
particulièrement ])ar Vitruve, Albert Durer, Gérard Audran("),
Schadow, Gerdy(^), on admet et on enseigne dans les ateliers
de sculpture les données suivantes :
H Le corps humain est égal à huit longueurs de tête ainsi
réparties :
Du vertex au menton. Une tête
Du menton aux mamelons. —
Des mamelons au nombril —
Du nombril aux organes génitaux —
;: Des organes génitaux au milieu de la cuisse. . . " —
Du milieu de la cuisse à l'épine du tibia. .... —
De l'épine du tibia au milieu de la jambe ... —
Du milieu de la jambe au sol —
« La tête se partage en quatre parties sensiblement égales :
Du vertex à la naissance des cbeveux Une partie
De la naissance des cheveux au bord orbital . . —
Du bord orbital à la base du nez
De la base du nez au menton —
« L'intervalle entre les deux yeux et la largeur à la base du
nez sont chacun égaux à une longueur d'œil. La bouche et
l'oreille sont chacune égales à deux longueurs d'yeux.
(( La longueur de la main et celle du visage (de la naissance
des cheveux au menton) sont égales et forment la neuvième
partie de la taille. La longueur du pied et la circonférence du
poing sont égales et forment la sixième partie de la taille. »
(') C. ScHMiuT, Proportions Schussel Neiies System cler Verhattnisse des mensrh-
lichen Korpen^, 1849.
(-) Ch. Blanc, Grammaire des arts du dessin, 1880.
(^) Gérard Audran, Les proportions du corps humain mesurées sur les plus
belles figures de Vunliquilé. 1805.
(*) ÇrKnn\ , Anatomie des formes extérieures du corps humain. Paris, 1869. i
ETUDE ANïHROPOI.OdlnilE. 39
P. Richer(') a clierché à rectifier ces données, à augmenter
leur précision scientifique, sans diminuer leur simplicité,
indispensable à la pratique journalière et a propose un canon
tout à la fois scientifique et artistique. Mais que la tête soit
comprise 8 fois (Gerdy) ou seulement 7 fois l/'i (P. Richerj
dans la hauteur du corps, que la cuisse, comme la coudée, soit
égale à deux télés ou bien encore que la longueur du stei'num
égale celle du pied, toutes ces analogies présentent un intérêt
plus grand pour les artistes que pour les anthropologistes.
De telles approximations, basées sur des analogies entre
parties assez dissemblables, ne peuvent évidemment repré-
senter que des règles mnémotechniques, destinées tout au
plus à limiter les écarts dus à l'inexpérience ou à l'insuffisance
de mémoire visuelle des débutants. Elles ne peuvent avoir
qu'une valeur relative au point de vue des résultats que doit en
attendre l'anthropométrie rigoureuse.
Quételet(') cependant s'est efforcé, en étudiant avec soin les
différents canons utilisés par les artistes de toutes les époques
et de tous les pays, de montrer qu'ils ne différaient que très
faiblement des mensurations mathématiquement exactes four-
nies par les recherches anthropométriques. La vérité est que
Quételet était, tout autant que les artistes, préoccupé de
prouver l'unité de l'espèce humaine au moral comme au
physique et de retrouver, sous la variété infinie des individus,
la fixité du type humain, autour duquel gravitent de « simples
oscillations harmonieuses ». Aussi, soucieux de retrouver
partout la loi des proportions et des grandeurs, il écrit : « Non
seulement le nombre des géants est limité dans une popula-
tion, mais les individus qui en font partie ou qui s'en rappro-
chent par leur taille, doivent satisfaire à certaines condi-
tions que l'on observe dans les proportionnements de leurs
membres ».
Tout en respectant la méthode de Quételet, qui n'est que
l'application à l'anthropologie du procédé inductif de générali-
sation, sans lequel nous ne saurions dominer l'infinie variété
des faits (tcov psov-rtov oùx so-t'.v sTïi.a-Tr^ij.T, — fluxorum non est
(*) Paul Richer, Canon des proportions du corps humain. Nouvelle Icono-
graphie de la Snlpélrière, 1892, p. 312 et 1 vol. in-8. Paris, Delagrave, 1895.
(-) Quételet, Anthropomélrie, 1871.
40 ETUDE ANTHROPOLOGIQUE.
scientia)^ on doit reconnaître que des conclusions aussi dogma-
tiques que les siennes ne pouvaient être généralement acceptées
par les antliropologistes contemporains, désormais affranchis
de l'obligation de toujours contrôler les canons classiques.
C'est ainsi que, rappelant le cas du statuaire et professeur
Charles Rochet('), qui, tout récemment encore, croyait voir
clairement les intentions du Créateur dans ces harmonies
mystérieuses des nombres et des formes géométriques, Manou-
vrier concluait : « On conçoit donc que, même sans aller aussi
loin, les maîtres aient pu exagérer dans l'esprit de leurs
élèves le respect des canons classiques et que l'observation
des variétés individuelles ait été en grande partie abandonnée
aux cai'icaturisles ».
Il importe que l'étude de ces variétés et anomalies indivi-
duelles soit désormais réservée aux médecins et aux antliro-
pologistes. I^lus particulièrement, en ce qui concerne les
géants, il est nécessaire que l'étude des proportionnements de
leurs membres soit rigoureusement confrontée avec celle des
rapports anthropométriques généraux que présentent les
principales proportions du corps chez l'homme moyen ou
normal.
Les deux remarquables et récents mémoires deManouvrier(^)
et de PapillaultC') nous ont permis d'interpréter les différentes
variations anthropométriques et plus particulièrement celles
qui s'observent à mesure que la taille s'élève.
Les mensurations de Papillault ont été pratiquées sur 200 su-
jets (100 hommes et 100 femmes), de nom français, âgés de
24 à 50 ans, choisis à l'Ecole Pratique de la Faculté de Méde-
cine parmi les cadavres provenant des hôpitaux de Paris et ne
paraissant avoir eu dans leur développement aucune cause de
trouble évidente. Dans les résultats qu'il a donnés, nous négli-
gerons la série féminine, car, dans la majorité des cas, le
gigantisme se montre surtout chez les mâles, et ne retiendrons
que la série des hommes. Pour la commodité de l'étude, on
(*) Charles Rochet, Le prototype humain ou les douze lois fondamentales
de la géométrie des formes. Bull, de la Soc. cV Anthropologie, 1897 (cité par
Manouvrier).
(-) Manouvrier, loc cit.
(5) Papillault, loc. cit.
KTUDE ANTHROPOLOGIQUE. 41
peut, avec l'auteur, les ordonner en trois groupes comprenant
les 50 plus petits, les 40 moyens et les 50 plus grands. Nous
ne nous occuperons que du dernier groupe, désireux de mon-
trer en quoi et comment les géants se distinguent des hommes
les plus grands. On peut, en se dégageant de la complexité pré-
cise des chiffres, résumer de la façon suivante les résultats
que donne Papillault, en ce qui concerne le tronc, les membres
et la tête.
1° Proportions du tronc chez les hommes (jrands. — Les pro-
portions relatives du tronc (du sommet du grand trochanter au
trou auditif) diminuent légèrement quand la taille augmente,
mais d'une quantité moindre que le rachis. Le segment cervical,
du rachis, de même que la hauteur du cou, sont relativement
plus grands; au contraire, cet excès de longueur est compensé
par une diminution relative du segment rachidien dorsal.
2" Proportions des membres chez les hommes grands. — a. Avec
le bassin, c'est le membre infériejir qui s'accroît dans les plus
fortes proportions, compensant ainsi le moindre allongement
du tronc.
b. Le facteur taille exerce une action analogue sur l'allonge-
ment du membre supérieur^ l'excès de développement portant
surtout sur ravant-bras(').
c. La longueur relativement plus faible de la main semble
compenser l'allongement de l'avant-bras. Il en est de même
pour le pied, dont les variations suivent celles du rachis, c'est-
à-dire qu'il s'accroît moins rapidement que les membres infé-
rieurs et, par suite, que la taille.
30 Proportions de la tête chez les hommes grands. — a. On sait,
depuis les recherches de Manouvrier("), que le cerveau ne
s'accroît pas toujours proportionnellement aux autres parties
de l'organisme, c'est-à-dire qu'il est relativement petit chez les
individus de grande taille et relativement grand chez les
hommes petits, chez les femmes et chez les enfants.
C) Papillault fait remarquer à cet égard que la loi de l'excès de croissance
de i'avant-bras dans le cas d'allongement du membre supérieur s'observe non
seulement dans les variations de la taille, mais aussi dans les variations ethni-
ques et que, par exemple, l'allongement par rapport au tronc du membre
supérieur des Hovas, des nègres malgaches ou des nègres africains, porte
également d'une manière élective et prédominante sur l'avant-bras.
(-) Manouvrier, La quantité dans l'encéphale. Mém. de la Soc. d' Antliropo-
logie, 188.5.
42 ETUDE ANTHROPOLOGÎQUE.
h. Ce sont les diamètres longitudinaux qui suivent surtout
l'accroissement de la taille : VéjKiissenr du fronlal, en particu-
lier, augmente très rapidement et, par suite, détermine une
forle saillie glabellaire, laquelle au contraire est très faible ou
nulle chez les enfants. D'où la formule : toute influence
ethnique mise à part, les hommes grands sont relativement phis
dolichocéphales que les petits.
c. Parmi les diamètres transversaux du crâne, ce sont sur-
tout ceux de la base qui augmentent avec la taille; sur la voûte,
il n'y a guère que le diamètre frontal mininimn qui s'accroisse
d'une manière sensible par rapport aux autres diamètres de la
voûte.
d. A la face, le diamètre bizygomatique subit un accroisse-
ment relatif mais notable, tandis que le diamètre transverse de
la région orbitaire, comme tous les autres diamètres qui
dépendent en partie du développement des organes nerveux
centraux, sont au contraire peu influencés par l'allongement de
la taille. La fente palpébrale varie moins encore que l'orbite;
chez les hommes grands, elle est située relativement un peu
moins en dehors que chez les petits.
e. Sur le nez, les variations ethniques prédominent, comme
aussi les variations morphologiques individuelles (nez con-
vexes, ondulés, droits, concaves) et rendent difficiles des men-
surations comparables. Toutefois on peut dire que la hauteur
du nez augmente nettement avec celle de la taille. Il en serait
de même pour la largeur, en négligeant toutefois l'influence
incontestable de la fonction respiratoire.
f. L'augmentation de longueur de la taille influence peu la
hauteur des deux rangées de dents; en revanche, comme la
hauteur de la symphyse mentonnière est augmentée notable-
ment, ainsi que la longueur de la branche horizontale (dia-
mètre gonio-mentonnier), il s'ensuit (Manouvrier) que les dents
sont en retrait sur le menton et qu'il se produit une saillie en
avant du menton ou prognathisme , toujours très appréciable
chez les hommes grands.
Avant d'aller plus loin, nous tenons à montrer le très réel
intérêt que présentent les conclusions de Papillault pour le
sujet qui nous occupe.
ÉTUDE ANTIJHOPOLOdIQUE. 43
Tous les caractères de la croissance normale de l'homme
grand que nous venons d'énumérer, nous allons les retrouver
pour la plupart, mais exagérés morbidement, dans la crois-
sance anormale du géant : aux membres, par exemple, nous
retrouverons l'allongement excessif, par rapport au tronc, et
portant principalement sur les membres inférieurs; à la tête,
nous verrons aussi et la forte saillie glabellaire, signalée plus
haut, et l'augmentation du diamètre bizygomatique, et le pro-
gnathisme du maxillaire inférieur, tous caractères qu'on se
plaît à relever chez les géants acromégaliques(').
Faut-il donc conclure que rien ne différencie, anthropo-
logiquement, le géant de riiomme grand? Il nous paraît
plus légitime d'admettre, comme nous l'avons fait précé-
demment, qu'entre l'homme grand et le géant il y a les mêmes
et aussi imprécises frontières qu'entre l'état sain et l'état
morbide. La Nature, comme disent les philosophes, ne fait
pas de sauts [Natura non facit sallus) : aucun abîme ne sépare
irréductiblement les géants des hommes grands, et les mêmes
caractères se retrouvent chez les uns et chez les autres, peu
sensibles chez ceux-ci et décelables seulement par les très
précises et rigoureuses mensurations anthropométriques, gros-
sièrement accentuées et déjà cl iniquement apparentes chez
ceux-là seuls qui sont les anormaux et les malades, c'est-à-dire
les géants. La difficulté de diagnostiquer les cas intermé-
diaires ou faits de passage ne saurait aller à l'encontre de cette
(') En efîet, les conclusions de Langer (Wachsthum des menschlichen Ske-
leltes mit Bezug auf den Riesen. Denkschriften der Kainerl. Akademie der Wis-
^enchaften in Wien, M alhemat. Naturw. Classe, Bd. XXXI, 1871, S. 1, p. 01) et
de CuNNiNGHAM (The skeleton of the Irish Giant, Cornélius Magrath. Transac-
tions of thc royal Irish Acadou]/, 2G janvier 1891, vol. XXIX, p. 555), sur le
développement et la croissance des géants sont très comparables aux conclu-
sions de Papillault sur les variations des proportions chez les hommes
grands. Sur les crânes de tous les géants, Langer a vu que l'arc mandibulaire
est relativement très développé, au point que, chez beaucoup d'entre eux, le
maxillaire inférieur paraît monstrueux; le crâne reste petit, tandis qu« la face
augmente, plus encore dans sa portion mandibulaire que dans sa portion orbi-
taire ou nasale. Le sternum des géants est ordinairement augmenté en lon-
gueur et en épaisseur. La langue des géants est assez augmentée pour donner
lieu à une prononciation épaisse. Dans quelques cas le larynx et l'os hyoïde
sont très développés. Le périmètre thoracique subit un accroissement paral-
lèle à la taille et parfois dépasse celle-ci proportionnellement. Enfin l'augmen-
tation très notable de la ceinture pelvienne représente l'une des principales
causes du genu valgiim, dont Langer avait déjà noté la fréquence chez les
géants.
lik ETUDE ANTHROPOLOGIQUE.
application particulière d'une loi très générale de la biologie,
partout confirmée.
Si Papillault nous a montré les modifications que présente
l'homme dans « le proportionnement de ses membres » quand
la taille tend à dépasser la moyenne, Manouvrier a, de son côté,
cherché à difTérencier plusieurs types anthropologiques, dont
il nous faut résumer tout au moins les caractères. Il est parti
de ce principe que : « deux statures égales peuvent être dis-
semblables quant à leur composition numérique ».
En utilisant les chiffres recueillis par Etienne Rollet('), à
Lyon, sur 100 cadavres (50 hommes et 50 femmes) d'âge connu
et ceux, beaucoup plus nombreux, qu'il put trouver dans les
ficlies d'identification du service anthropométrique de la Pré-
fecture de Police, il lui fut possible d'établir les principales
données suivantes :
« Lorsque la taille (hauteur du corps) s'élève, toutes les
parties du corps s'accroissent en moyenne-
« Les membres s'allongent relativement plus que le buste. 11
en est de même de leurs divers segments.
« Le membre supérieur s'allonge relativement moins que le
niembre inférieur et devient plus court relativement à ce
dernier.
« Les segments proximaux de chaque membre restent à peu
près proportionnels entre eux.
« Les segments distaux, main et pied, s'allongent moins,
relativement au buste, que les segments proximaux et devien-
nent plus courts, relativement à ceux-ci.
(( Chez l'homme grand, la main diminue un peu relativement
au pied et s'allonge, au contraire, un peu chez la femme
orande. »
D'autre part, en se basant sur les rapports des deux grandes
longueurs (buste et membre inférieur), dont la somme compose
la taille ou hauteur totale du corps et qui entraînent les varia-
(') Etienne Rollet, De la mensuration des os longs des membres, dans ses
rapports avec l'anthropologie, la clinique et la médecine judiciaire. Lyon, 1.S80
ETUDE ANTHROPOLOGIQUE. kb
lions de la taille dans la position assise et dans la position
debout, Manouvrier a distingué deux types d'individus, très
faciles à séparer les uns des autres au premier examen. Vul-
gairement désignés sous les noms d'écliassiers et de courle.s-
cuisses, il propose de leur donner les appellations plus scienti-
fiques de brachijskèlcs et de macroskèles (o-xiAoç, jambe ; fjpayû;;,
court; piaxpôç, long). Ces deux variétés opposées, très commu-
nément observées d'ailleurs, sont en rapport avec le dévelop-
pement quantitatif de l'ensemble du corps et aussi avec l'exagé-
ration de la croissance en longueur des grands os des membres
■par rapport à leur croissance transversale. Cela veut dire, par
exemple, que la niacrosliélie s'observe un peu plus souvent chez
-les hommes grands et surtout chez les hommes grands dont
les os se sont excessivement développés en longueur au détri-
ment de la largeur.
Aussi, à côté de la brachyskélie et de la macroskélic, il y a lieu
•de distinguer deux formes particulières de développement
d'ensemble de l'organisme, insuffisamment représenté par la
-longueur ou hauteur du corps : la méfiasomie et la nncrosomie
(a-à)[jLa, corps; jjiya;, grand; [j-'.xooç, petit). Ces deux manières
d'être seraient mieux représentées par le poids que par la
hauteur du sujet et, d'une façon beaucoup plus précise encore,
par le poids du centimètre de taille. Par exemple, à taille égale,
les brachyskèles ou femmes sont plus microsomes que les macro-
skèles ou hommes.
Si l'on cherche à pénétrer plus profondément le mode suivant
lequel se fait ce développement d'ensemble de l'organisme, on
est amené à distinguer deux modalités très générales de la
croissance : la croissance en long ou macroplaslie et la croissance
en large, transversale ou euryplaslie [tùàt^îv/ , former ; jJLaxpô;,
long; zboùq, large).
Cette distinction, établie dans le développement général de
l'individu, correspond à une modalité différente du processus
histogénétique qui détermine l'accroissement des os, Vossïfica-
lion enchondrale et V ossification périostique.
Sans insister, pour le moment, sur les causes et les consé-
quences physiologiques qui appartiennent en propre à ces deux
types différenciés par Manouvrier, nous tenons à nettement
indiquer que V euryplaslie, qui tient sous sa dépendance la uiéga-
46 ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE
soinie et la bracliyskélie, d'une part, et d'autre part la //iacro-
plastie, dont dépendent la microsomie et la niacroskélie, méritent
également d'être nettement séparées l'une de l'autre au point
de vue pathologique. Les conclusions qui résulteront de nos
études sur le gigantisme démontreront, en effet, que Vacromé-
galie, caractérisée par V hyperostéogénèse périostique, nest que
r exagération morbide de V euryplastie normale^ de même que le
gigantisme^ caractérisé par V hyperostéogénèse enchondrale, nest
que r exagération morbide de la macroplastie normale.
Le dernier type anthropologique, décrit par Manouvrier, est
caractérisé par la rusticité des proportions. Nettement en rap-
port avec la profession des sujets chez lesquels on l'observe
(diminutions organiques par amoindrissement de la sollicita-
tion fonctionnelle), il est en rapport avec l'habitude des durs
ouvrages manuels et s'observe plus particulièrement chez les
hommes, mais aussi chez les femmes qui ont évolué vers la
masculinité. Il se caractérise tout particulièrement par l'allon-
gement excessif des extrémités des membres : les mains, les
pieds sont grands, il y a tendance à la brachycéphalie ; rallon-
gement excessif des membres supérieurs par rapport au buste
incurvé, raccourci, et au membre inférieur, rappelle beaucoup
l'aspect du type anthropoïde. Nous retrouverons ces carac-
tères si particuliers de la rusticité dans certaines variétés
de gigantisme acromégalique.
Pour terminer cette revue anthropologique, il nous reste à
préciser les lois de la croissance normale, à l'époque de la vie où
elle atteint son plein développement, c'est-à-dire à Y adolescence.
« Sans parler des variations extraordinaires telles que le
gigantisme, c'est pendant l'adolescence, semble-t-il, que se
produisent ces allongements excessifs des grands os des
membres qui, d'un sujet issu de parents robustes et de moyenne
taille, font un homme de L",80 et plus, mais court de buste,
efilanqué, malingre, sans vigueur musculaire, et dont l'énergie
intellectuelle et morale peut être aussi atteinte (') . »
(') Manouvrier, Préface au livre de Paul Godin, p. 10,
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE. kl
Eli nous permettant de suivre les phases de la croissance aux
différents stades de V adolescence , le récent ouvrage de Paul
Grodin(') nous a amené à nettement préciser certains caractères,
dont l'anormale persistance à un âge relativement avancé
servira de substratum à l'une des formes principales du gigan-
tisme que nous étudions, le gigantisme infantile.
V accroissement [') des os des membres et Rallongement de la taille
sont sous la dépendance des cartilages juxta-épipitysaires, sur les
deux faces desquels se succèdent des phénomènes histolo-
giques aujourd'hui bien connus.
Lorsque la soudure des épiphyses aux diaphyses est com-
plète, en d'autres termes lorsque l'ossilication a envahi les
cartilages de conjugaison dans toute leur épaisseur, la crois-
sance s'arrête : la taille a acquis des dimensions qu'elle ne
dépassera guère et qu'on peut considérer comme définitives.
Uépoque de la clôture de la croissance est variable suivant les
espèces : relativement précoce chez les animaux, elle est propor-
tionnellement beaucoup plus tardive chez l'homme. 11 existe de
plus, dans l'espèce humaine, des variations en rapport avec le
sexe : révolution complète du phénomène est, en effet, un peu
plus rapide chez la femme que chez l'homme.
Dans les os longs des membres, chaque masse épiphysaire
osseuse résulte de l'extension et de la confluence d'un certain
nombre de points d'ossification (points primitifs, points secon-
daires) dont l'apparition se fait conformément à la loi des fonc-
tions physiologiques formulées par Alexis Julien ("').
Les épiphyses demeurent séparées, pendant un temps
variable pour chaque os, de leurs diaphyses correspondantes
par une bande cartilagineuse plus ou moins épaisse, dont la
disparition est complète entre 22 et 25 ans, ainsi qu'on peut
s'en rendre compte sur le tableau ci-après emprunté aux
classiques.
(') Paul Godin, Recherches anlhropomctriques sur la croissance des diverses
parties du corps. Détermination de l'adolescent type aux différents âges puber-
taires d'après 5G0D mensurations pratiquées sur 100 sujets suivis graduelle-
ment de 15 à 18 ans. Paris, 1U05.
(-) P.-E. Launois, Causes et conséquences de la prolongation de l'ossifi-
cation des cartilages de 'conjugaison, in Comptes rendus de l'Association des
Anatomistes, V" session. Liège, avril 1905.
P) Alexis Julien, Loi de l'apparition du premier point épiphysaire des os
longs. Note présentée à V Académie des Sciences^ le 11 avril 189'2.
48 ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE.
Humérus. Cubitus. RadiLis.
f Épiphysc l femme : 20 à 22 ans .q à 21 ons 10 à lU ans
Membre > supérieure. ) homme : 21 a 25 ans
SUPÉRIEUR. S ÈpipJvyse ) s femme : 20 à 22 ans
{inférieure. ) f honime : 21 a 25 ans
Fémur. Tibia. Péroné.
1 J^P^Pj^y^^ l 17 à 20 ans 18 à 24 ans 19 à 22 ans
Membre ) supérieure. )
INFÉRIEUR. Épiphyse l ^^ .^ 23 ^^^ j^ . ^^ ^^^^ Ij^ ^ jy ^^^^
\ inférieure. )
Topinard, de son côté, donne les chiffres suivants rangés
chronologiquement :
L'extrémité supérieure du radius est réunie au corps
de l'os Vers 15 ans.
L'extrémité supérieure du cubitus est réunie au corps
de l'os — 15 —
Les épiphyses des phalanges des doigts se réunissent
au corps de l'os. — 17 ^
L'extrémité supérieure du fémur est réunie au corps
de l'os — 1<S —
L'extrémité inférieure du tibia est réunie au corps de
l'os — 18 —
L'extrémité inférieure du péroné est réunie au corps
de l'os ~ 18 —
Les épiphyses des métatarsiens s'unissent au corj»s de
l'os — 1!) -
L'extrémité supérieure de l'humérus s'unit au corps de
l'os — 10 —
Les épiphyses des métacarpiens s'unissent au corps
de l'os _ 90 —
L'extrémité inférieure du fémur s'unit au corps de l'os. — 20 —
— — du radius — — 20 —
du péroné — — 20 —
— — du cubitus — — ^20 —
Ces chiffres ('), légèrement approximatifs, correspondent
plutôt au début de l'ossification des cartilages de conjugaison
qu'à leur disparition complète, qui ne s'effectue en général
complètement qu'en un ou deux ans.
En pratique, il faut retenir que l'ossification de tous les
cartilages de conjugaison des os longs est définitive vers l'âge
de 24 à 25. Cet âge correspond à la clôture de la croissance et
la taille ne subit plus ensuite que de très légères variations.
Si, après 25 ans, elle continue à grandir, il y a état patholo-
" (*^) Topinard, 'L''/lni/ij'opo?ojie, p. liô. Paris, 1895. •
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE. 49
gique. Dans ce cas, comme nous avons été les premiers à le
montrer ('), l'examen radiographique des extrémités des os
montre que la diaphyseet l'épiphysedes os longs, se traduisant
par une image opaque, sont séparées l'une de l'autre par une
bande claire plus ou moins épaisse. Celle-ci correspond préci-
sément au cartilage de conjugaison qui continue à être le siège
d'une prolifération active et dont la masse n'a pas encore été
infiltrée par les sels de chaux. 11 est facile, soit à l'aide de
l'écran, soit sur des images radio-photographiques de la main
et de Favant-bras, de constater la persistance des cartilages
juxta-épiphysaires, qui devraient être, depuis plus ou moins
longtemps, disparus. Cette constatation, indice d'une persis-
tance anormale de l'activité proliférative intra-cartilagineuse,
a toujours été facile chez les géants infantiles que nous avons
observés. Elle a été confirmée aussi par l'examen postmortem
des différents os longs du squelette et tout particulièrement
chaz le géant Constantin, dont la description sera faite plus
loin (page 517).
Soit à V École des enfants de troupe des Andelijs [Eure], soit à
V École militaire préparatoire de Saint-Hippolyte-du-Fort [Gard]^
Godin a pu pratiquer un grand nombre de mensurations très
rigoureuses sur 100 sujets, suivis individuellement de 15 à
18 ans, c'est-à-dire à l'époque où le développement atteint
son plein épanouissement. Les tableaux qu'il a pu dresser
sont la confirmation des lois posées par Manouvrier et
Papillault.
11 résulte tout d'abord de ses recherches que le grand
adolescent^ tout comme l'homme grand, a un petit buste et
de grandes jambes : il est normalement, à une période
donnée, brachyskèle. Si l'on compare la hauteur du tronc
(de la fourchette sternale au pubis) à la hauteur totale du
corps, ou si l'on compare la taille dans la station assise avec
la taille dans la station debout, c'est-à-dire la longueur du
buste par rapport à la longueur du membre inférieur, les
résultats obtenus sont les mêmes : à 15 ans 1/2, par exem-
ple, la longueur du membre inférieur l'emporte de 17 centi-
(^) P.-E. Launois et Pierre Roy, Présentation d'un géant infantile. Soc. de
Neurologie, 6 nov. 1902; et Revue Neurologique, 15 nov. 1902.
LAUNOIS ET ROY. 4
50 irrUDK AXTlTROPOLOniQUE.
mètres sur celle de la taille dans la station assise. Deux ans
plus tard, c'est-à-dire à 17 ans l/t2, c'est la longueur du buste
qui l'emporte de 4 centimètres.
11 est donc avéré que cet allongement excessif du membre
inférieur, par rapport au tronc, normal à 15 ans, constitue,
lorsqu'il persiste à l'âge adulte, un stigmate évident à'infan-
lilisnie, que nous avons estimé à bon droit être l'un des carac-
tères les plus importants du gigantisme infantile.
Pendant l'adolescence, les os des membres ne subissent pas
un accroissement continu et régulier. Godin a pu formuler les
lois suivantes :
a. La croissance des os longs des membres procède par
périodes alternatives d'activité et de repos qui se succèdent
avec régularité.
b. Les périodes d'activité et de repos sont contrariées pour
deux os longs difl'érents.. Pendant le semestre où le tibia
s'accroît, par exep^^^^eMé5î^|^<3ste stationnaire, et inver-
sement.
c. Les repoaëfe rjS^kais'mnjemksont utilisés pour le grossis-
sement et réciwrii^quement. L'os lorigvgrossit et allonge alter-
nativement et
Nous avons retroiîVé~i^-âppfr^tion de ces différentes lois en
étudiant la croissance anormale et irrégulière de certains
géants et avons constaté les poussées qu'elle présente et qui
se succèdent, à des intervalles plus ou moins éloignés, même
lorsqu'ils ont atteint l'âge adulte.
Parmi les conclusions de Godin, il en est une qui présente
encore, au point de vue des applications que nous voulons en
faire, une importance très grande. Le poids du centimètre de
taille subit une majoration caractéristique entre quinze et seize
ans, c'est-à-dire à l'âge vrai de la puberté, lequel est fixé par
l'auteur à quinze ans et demi. Il en résulte que « la croissance
est surtout musculaire pendant la puberté et surtout osseuse
avant elle ».
(( La puberté, écrit Godin, n'est pas la période d'élance-
ment aux dépens du gros acquis précédemment, mais bien
la pbase pendant laquelle l'activité de croissance s'em-
ploie, en majeure partie, à grossir et à fortifier l'organisme.
ETUDE ANTHROPOLOGIQUE. 51
en vue du rôle qui va incomber au jeune homme de de-
main. »
Si, par le fait d'un vice de développement prépubéral, l'insuf-
fisance musculaire persiste, si, en d'autres termes, la muscula-
ture ne devient pas adéquate à l'ossature, nous y verrons encore
un stigmate pathologique et, pour le dire de suite, il acquiert
une intensité marquée chez les géants infantiles, macroplastes,
microsomes et hypermacroskèles, et dont le poids n'est jamais
en rapport avec les dimensions exagérées de la taille.
LIVRE DEUXIÈME
55
Les considérations historiqnes, les données anthropologi-
ques sur l'harmonie des formes du corps humain, sur son mode
de développement normal, que nous avons résumées dans les
pages précédentes, vont nous permettre de mieux décrire et de
mieux interpréter les diverses malformations, qui sont le pro-
pre du gigantisme.
L'observation méthodique, l'analyse minutieuse des diffé-
rents géants que les hasards de la clinique hospitalière ont
amenés dans notre service nous ont conduits à nettement les
différencier les uns des autres.
Si tous les géants se font remarquer par une augmentation plus
ou moins démesurée de la taille, les uns conservent^ pendant toute
leur vie, les attributs de V infantilisme (gigantisme et infantilisme) ;
les autres, après avoir crû en longueur, augmentent en épaisseur
tout au moins partiellevient (gigantisme et acromégalie) ; cliez Icà
troisièmes, enfin, on retrouve réunis les caractères particuliers aux
variétés précédentes (gigantisme, infantilisme et acromégalie).
Ces derniers permettent, pour ainsi dire, de faire la syn-
thèse « dans le temps » DES FORMES QUE NOUS AVONS CHERCHÉ A
OPPOSER « DANS l'eSPACE ».
PREMIERE PARTIE
GIGANTISME ET INFANTILISME
Les caractères fondamentaux qui permettent d'établir les
rapports existant entre le gigantisme et Y infantilisme étaient des
plus évidents chez le Géant Charles. Son observation, la pre-
mière que nous avons recueillie et qui a été le point de départ
de nos études biologiques, apporte la justification du groupe-
ment que nous avons proposé. Le Géant Charles peut être con-
sidéré comme le type achevé du géant infantile.
Observation I. (P.-E. Launois et Pierre Roy.)
Le grand Charles (•).
Charles F., âgé de 50 ans, est né à Paris le 1" juillet 1872. Son père,
égoutier, est mort à l'âge de 48 ans d'asthme cardiaque ou pulmonaire ;
il était petit (l'",54). Nous avons vu sa mère, ancienne balayeuse, âgée
actuellement de 55 ans, sourde et emphysémateuse : sa taille ne mesure
que l'",48.
Cinq enfants sont nés de cette union, dont deux avant notre sujet : un
garçon est mort âgé seulement de quelques mois; un second fils,
mouleur en cuivre, âgé de 35 ans, mesure 1",61 ; deux autres sont nés
après lui : une sœur, bijoutière, âgée de 28 ans, d'une taille de l'",54
et un frère de 25 ans, bijoutier, d'une taille de 1™,61. Les deux frères
et la sœur sont bien portants; ils sont mariés et ont des enfants.
Dans la famille directe, on ne note donc que de petites tailles. Mais
un oncle paternel avait, paraît-il, plus de 2 mètres de haut : on a
toujours pensé que c'était de lui que notre géant tenait sa grande taille.
Charles F. est né très grand, ou plutôt très gros, comme le dit son
(') Soc. deNeuroL, G nov. 1902, et Nouv. Icon. de la Salpêlrière, nuv.-déc. 1902.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 57
frère aîné; depuis son enfance il rCa jamais cessé de fjrandir d'une
manière à peu près régulièrement progressive.
A la naissance il dit avoir pesé 21 livres (?). Élevé au sein maternel, il
eut une enfance assez robuste et fut toujours bien portant; il ne fut
pas épargné cependant par les maladies infectieuses et eut successive-
ment la rougeole, la variole à 9 ans, la fièvre typhoïde à Tl ans.
A 12 ans, il fut placé en pension à Auteuil chez l'abbé Roussel, où il
apprit le métier de cordonnier : sa taille devait être déjà remarquable à
cette époque, car il se souvient, qu'en le voyant entrer, pour la première
fois, dans son établissement, le directeur ne put maîtriser sa surprise
et s'écria : « Ce n'est pas un enfant, c'est Un garçon de 20 ans qu'on
nous envoie! » Ayant quitté la pension à 14 ans 1/2, il alla vivre avec
les forains : tantôt il faisait le boniment à la porte des baraques, tantôt
il vantait les mérites des monstres. Il accompagna pendant un certain
temps le géant Thomas Daroy (?), qui, selon son dire, aurait mesuré 2'", 55.
Chez le lutteur Marseille, il faisait la parade ou « luttait à blanc » :
compère dissimulé dans la foule, il demandait un gant, puis dispa-
raissait par la toile; parfois cependant, s'il était nécessaire, il prenait
part à la lutte; mais celle-ci n'était, dit-il, jamais bien sérieuse.
En 1893, reconnu apte au service militaire, il fut incorporé dans un
régiment d'artillerie, en garnison à Givet (fig. 2 et 3).
A cette époque (21 ans) il ne mesurait que l'",86 ('). Pendant trois ans,
il put accomplir tous les exercices militaires sans la moindre fatigue.
Sa force faisait même l'admiration de ses camarades, tout autant que
son appétit formidable. Par ordre du général, il lui avait été accordé
deux doubles rations, c'est-à-dire une quantité quatre fois plus grande
que celle qui constitue l'ordinaire du soldat; il mangeait, par exemple,
chaque jour deux pains réglementaires.
Au moment oîi il quitta le régiment, en 1896, il avait encore grandi et
mesurait l'",94. Sa vigueur était proportionnée à sa taille : exerçant
successivement les professions de charretier ou de déménageur, il
pouvait transporter les charges les plus lourdes avec la plus grande
aisance.
Puis il est à nouveau hanté du désir de vivre parmi les nomades et
retourne dans les foires, non plus comme simple faiseur de boniments,
mais comme phénomène, à titre de géant. Il est devenu « le Grand
(') Si les chiffres des différentes tailles atteintes successivement par Charles
F..., et que nous i^apportons plus loin, n'offrent peut-être pas des gai'anties
irrécusable , en revanche ce premier chiffre est officiellement confirmé par
l'observation de M. Capitan prise en 1893; il suffit à lui seul, et déjà, pour
démontrer la remarquable persistance, après l'eni'égimentation, d'une crois-
sance qui dure encore.
Les figures 2 et 5 montrent la morjihologie du géant Charles à cette époque
et nous remercions MM. Capitan et Papillault de nous avoir autorisés à les
reproduire. Bien que les clichés aient été oxydés par le temps, les images
sont suffisamment nettes pour rendre intéressante leur comparaison avec
les photographies ultérieures.
58
GIGANTISME ET INFANTILISME.
Charles », car sa taille n"a pas cessé de s'accroître : mesurant 1"',',I6 en
1897, 1"',9!» en 1809 (fig. 4 et 5), il atteint '2'",05 en 1901. II parcourt alors
. I
>^4
^i
Fig. 2. — Le grand Charles, à 21 ans (1°,8!3). Fig. ô. — Le grand Charles, à 21 ans (l'-jSC)).
(Face.) (Profil.)
presque toute la France et il narre aujourd'hui encore avec complaisance
GIGANTISME ET INFANTILISME. 59
les succès c|iril obtint dans certaines villes. Il était dailleurs assez
habile metteur en scène, accordait l'entrée libre aux médecins, aux mili-
taires et aux enfants; son titre de « seul géant Parisien » lui assurait,
paraît-il, de grosses recettes.
Depuis quatre ans, il est rentré chez lui : des douleurs, qu'il avait
ressenties pour la première fois à la sortie du régiment et cjui siégeaient
dans les membres inférieurs, ont été en augmentant et lui ont interdit
toute fatigue. Progressivement aussi son genou gauche s'est déformé,
et est devenu le siège d'un genu valcjum, nécessitant l'usage de béciuilles,
dont il se sert aujourd'hui encore pour marcher (*). De violents maux de
tête gênent son sommeil; il s'est mis à maigrir progressivement et il a
vu, non sans une grande tristesse, diminuer ses forces et disparaître la
vigueur dont il était si fier autrefois.
Aujourd'hui, réduit à la mendicité, il promène dans les rues de Paris
son grand corps d'infirme, vendant des lacets ou des chansons.
Etat actuel (octobre I!I02). — Deux faits attirent et retiennent l'atten-
tion dès que le grand Charles retire ses vêtements : c'est cfabord la dévia-
tion si accusée de sa jambe gauche en genu valgum ; cest, d'autre part,
l'cdjsence presque totale de tout signe effectif de puberté.
La hcmteur, dans ta stcdion debout, est de 2"', 04 (-). Mais dans cette hau-
teur, la plus grande part semble due à l'allongement des membres infé-
rieurs : la distance du grand trochanlcr droit au sol est de I"Vl29. Or,
même à ne considérer que les canons artistic{ues des anciens Égyptiens,
très grossièrement approximatifs il est vrai, on voit que chez l'homme
normal, en dehors des différences de races et des autres variations, la
longueur des membres inférieurs représente les 10/19 de la hauteur
totale. Pour une taille de 2^,04, la longueur des membres inférieurs
devrait être de 1"',07; chez le grand Charles ils dépassent de 59 milli-
mètres cette proportion. D'après les tables de Quételet(^), on arrive à
un résultat à peu près identic^ue : chez un homme de 50 ans, pour une
taille de 1"',G8G, la hauteur du grand trochanter est, d'après cet auteur,
de O^jSTG; donc, chez un homme du même âge qui garderait un dévelop-
(•) C'est vers cette époque qu'il fit un séjour à Bicêlre dans le service de
Pierre Marie qui a bien voulu nous autoriser à reproduire les excellentes
photograplîies (flg. 4 et 5) empruntées à Iti collection de Bourneville. Nous
tenons à lui en adresser tous nos remerciements.
('^) Les antliropologistes insistent sur les difficultés que présente la mensu-
ration mathématiquement exacte de la taille chez un sujet quelconque. Ces
difficultés et la variabilité de la stature, déjà manifestes chez l'homme normal,
se trouvent multipliées chez les géants et surtout chez un géant aussi mal
équilibré que le grand Charles, surtout lorsqu'il est privé du secours de ses
béquilles. Tel quel, le chiffre de 2 m. 04, même sujet à l'erreur ou à des varia-
tions, d'ailleurs assez minimes, est intéressant parce qu'il permet d'établir
une comparaison avec les mensurations recueillies antérieurement; leur
progression assez régulière rend manifeste la persistance de l'accroissement
en hauteur, confirmé encore par l'allongement particulier des différents
segments des membres. (Voy. les mensurations détaillées de 1899 et de 1902,
page 68.)
(^) OuÉTELET, Anttiropomélrie, p. 451.
60 GIGANTISME ET INFANTILISME
pement proportionnel et harmonieux des différentes parties du corps,
FiG. i. — Le grand Cliarles à il ans (l",yyj.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 61
avec une taille de 2'", 04, cette mesure devrait être de 1"',0(!I, soit 08 milli-
Fic. a. — Le grand Charles, à 27 ans (1"',99).
62
OIOANTISME ET INFANTILISME.
nièlres on moins de la longueur des membres inférieurs de notre sujet.
L'écart est ici assez marqué pour qu'on puisse négliger les causes d'er-
reur inévitables dans des calculs de ce genre et qu'on soit autorisé à
FiG. G. — Le grand Charles, à 50 ans (i!"',Ul).
conclure que le grand Charles a des membres inférieurs notablement plus
allongés que ne le comporterait sa taille, Au contraire, les dimensions du
tronc semblent voisines de la normale (distance sterno-pubienne :
GIGANTISME ET INFANTILISME.
63
()2 cent.). La lètc seml)lc petite pour un si grand corps (liauleur de la
tète, du vertex au menton : 22"'", 5) (fîg. 6).
La déformation énorme du membre inférieur gauche (la cuisse et la
Fi G.
Le grand Charles, à 50 ans (i"',04)
jambe forment un angle ouvert en dehors d environ 155 degrés) fait que
l'attitude, sans les béquilles, est fortement hanchée; il se produit, par
compensation, une légère scoliose dnrso-lombaire à concavité droite, atti-
64
GIGANTISME ET INFANTILISME.
tude vicieuse qui ne laisse pas de fausser toutes les mensurations
pratiquées sur le tronc ou sur le bassin. A la vérité, le grand Charles
peut marcher sans se servir de ses béquilles ; il fait alors de grandes
enjambées inégales, suivant la jambe sur laquelle repose le poids du
corjDS. A marcher ainsi, il se fatigue vite; aussi, depuis deux ou trois ans,
il a pris l'habitude de s'aider de deux béquilles dont il ne peut plus se
passer : l'une, béquille ordinaire, qu'il place sous son aisselle gauche et
qui n'a de remarquable que sa longueur inaccoutumée (l'",48); l'autre,
plus petite, de moitié moins longue, sur la partie supérieure de laquelle
il s'appuie de la main droite, s'en servant comme d'une canne.
L'inclinaison des épaules, des mamelons, des épines iliaques, ainsi
FiG. 8. — La main du grand Charles comparée à celle d'un adulle normal.
que l'encoche thoraco-abdominale du liane droit et les plis cutanés à ce
niveau, tiennent à l'attitude hanchée, qu'est obligé de prendre le sujet
pour maintenir son équilibre. Le thorax est assez bien conformé ; sa
circonférence au niveau de la ligne mamelonnaire, est de l'",04.
Les quatre membres sont très augmentés de longueur : nous avons
déjà signalé l'allongement disproportionné des membres inférieurs ;
celui des membres supérieurs est à peu près équivalent : la grande
envergure, que l'on sait représenter, avec un léger excès, environ la
hauteur totale de l'individu, atteint ici 2", 09. Les différents segments
des membres sont respectivement assez bien proportionnés. Si l'on
excepte une légère atrophie musculaire du membre inférieur gauche
GIGANTISME ET INFA.^TIL1S^]E.
65
tenant au moindre fonctionnement de ce membre infirme, on peut dire
que le volume des bras et des jambes est régulier et que, ni aux poignets
(circonférence, 19"", 7), ni aux chevilles (circonférence bimalléolaire,
24 cent.), on ne constate d'élargissement notable.
La main est très grande (fîg. 8) : si on la compare à la main d'un
individu normal, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une hypertrophie générale
et sensiblement régulière de tous ses segments, en relation avec le
développement excessif des autres parties du corps. — De même, le
pied est volumineux (fig. 9), sans
être difforme, du moins en ce qui
concerne le pied droit; le pied
gauche, déformé par le fait du
genu valgum, est immobilisé en
équin varus; il est considérable-
ment épaissi, et, dans la marche,
les points d'appui sont constitués
par les orteils et le bord externe.
Les ongles des orteils présentent
une striation transversale, surtout
accusée à l'ongle du gros orteil
gauche, au niveau duquel s'ob-
servent les déformations de l'ony-
chogrippose.
La face , pâle et couverte de
lentigines, est complètement im-
berbe. Il y a une légère asymétrie
faciale, la moitié droite du visage
étant un peu moins développée
que la moitié gauche; le malade
lui-même a remarqué depuis deux
mois environ que la pommette
gauche faisait une saillie plus
grande que la droite. Quant à
l'oreille du côté gauche, elle est
manifestement plus grande que
celle du côté droit : pour une lar-
geur identique de 42 millimètres, le pavillon de l'oreille gauche mesure
75'"", 5 de haut, tandis que la hauteur du pavillon de l'oreille droite n'est
que de 68 millimètres. — Le maxillaire inférieur n'apparaît pas très
augmenté de volume; la bouche est normale et la langue n'atteint pas
des proportions démesurées. Les yeux sont petits et tout ridés. Le
crâne ne présente pas de déformations très évidentes; le front est
cependant assez peu développé. — La voix n'est ni particulièrement
grave, ni particulièrement aiguë, et le grand Charles module avec une
voix à peu près normale les chansons qu'il cherche à vendre.
Le développement de Vappareil génital est tout à fait incomplet : si la
LAUXOIS ET ROY. 5
FiG. 'J. — Le pied du grand Charles.
66
GIGANTISME ET INFANTILISME.
verge paraît bien conformée, elle est de dimensions minimes. Les
bourses, peu développées, renferment deux testicules rudimentaires : le
droit a le volume d'une amande, le gauche n'atteint guère que celui
^^111111
FiG. 10. — Le grand Charles, à 50 ans (â-Oi).
d'une noisette. Le toucher rectal ne permet pas de sentir la prostate;
comme c'est la règle dans l'atrophie testiculaire congénitale, la glande
GIGANTISME ET INFANTILISME. 67
prostatique ne s'est pas développée (M- Au point de vue fonctionnel,
Vanaphrodisie est et a toujours été absolue. II y aurait eu quelques
érections; mais elles n'ont jamais été accompagnées d'éjaculations.
II faut rapprocher de cette atrophie testiculaire les attires signes d'in-
fantilisme. Si quelques rares poils existent dans la région sus-pubienne,
les aisselles et la face sont absolument glabres. La figure imberbe
présente un aspect juvénile tout à fait particulier (-).
Le grand Charles, qui jouissait autrefois d'une vigueur remarquable,
conserve encore aujourd'hui un assez bon développement musculaire;
mais ses forces ont considérablement diminué. Le cjuadriceps fémoral
gauche est notablement atrophié par le fait de l'inaction dans laquelle
il se trouve.
Depuis trois ans environ il a beaucoup maigri; son poids est actuel-
lement de 86 kilogrammes, alors qu'il dit avoir pesé jadis jusqu'à
106 kilogrammes.
L'analyse des urines a été pratiquée par M. Savinel, interne en phar-
macie du service ; elle a donné les résultats suivants :
Élimination en 2i heures
(8 novembre 1902).
Le géant Ciiarles. Adulte normal.
Volume 2500 ce. Yl à 1400 ce.
Couleur, odeur, consislance . . normales
Densité 1020 1020
Chlorures . , 2.>, 5 10 à 20 gr.
Phosphates ¥',"01 2e'',5 à 2e'', 8
Urée 56 gr. 20 à 25 gr.
Cette urine est donc anormale :
1° Par son volume;
"1° Par l'élimination exagérée de chlorures, de phosphates, d'urée.
Or, si l'on fait un coefficient urologique relatif au poids du sujet,
nous trouvons qu'il élimine par kilogramme :
Phosphates 0,051 au lieu de la normale 0,04
Chlorures 0,50 — — 0,17
Urée 0,42 — — 0,40
Cette élimination de chlorures et de phosphates, très exagérée par
rapporta la normale chez l'adulte, serait imputable, d'après les travaux
de MoNFET et Carron de la Carrière (^), à un enfant de 5 à 10 ans.
(*) P.-E. Launois, Castration et atrophie de la prostate, Association française
pour l'avancement des sciences. Congrès de Caen, 1894,
H Toutes ces constatations rendent peu vraisemblables les récits qu'avait
faits le grand Charles en 1899, quand il vantait ses exploits génitaux. Ses
confidences actuelles en démontrent la fausseté. Son frère se plaît d'ailleurs
à raconter la déception <■ d'une dame du grand monde » qui, un beau jour,
sur le champ de foire où il s'exhibait, était venue enlever dans une voiture à
deux chevaux Yimpuissant géant.
(^, Carron de la Carrière et Monfet, L'urine normale de l'enfant. Acad. de
Méd., 20 juillet 1897.
68 GIGANTISME ET LXFANTILISME.
Sans aller peut-être jusqu'à 2:)aiTer d'infantilisme urinaire, il nous a
paru que les faits relevés par M. Savinel étaient intéressants à comparer
avec les autres signes d'infantilisme présentés par le géant Charles.
Il y aurait peut-être lieu de rechercher la formule urinaire de tous les
infantiles, géants ou non. Ce mode d'exploration, venant s'ajouter aux
données fournies par la i^adiographie des cartilages épiphysaires, aide-
rait sans doute à déterminer les troubles de la nutrition qui existent
dans l'infantilisme.
La peau du corps, uniformément glabre, est fine et souple. On relève
la présence de quelques tatouages : une rose se voit sur la face anté-
rieure du thorax, une bague sur l'annulaire droit et une autre sur le
médius gauche.
La sensibilité objective, sous tous ses modes, est intacle; il n'y a pas
de troubles sensoriels. Mais, depuis l'apparition du genu valgum, de
violentes douleurs dans les membres inférieurs persistent jour et nuit.
L'état mental est relativement bon, en dépit de la détresse morale et
surtout physique dans laquelle se trouve le malade : bien que très
sensible à la perte de ses forces et à son infirmité actuelle, il a conservé
quelque gaieté. Il est assez irascible et facile à émotionner; son caractère
un peu fantasque lui a rendu impossible le séjour à Bicôtre, où il avait
été hospitalisé. Sa mémoire excellente lui permet de raconter, en les
amplifiant même, ses anciens succès à travers les foires de province.
Son intelligence est assez développée; c'est lui-même qui composait
autrefois ses boniments.
Si sa chasteté obligatoire l'a mis à l'abri de toute contagion syphili-
tique, sa vie aventureuse l'a exposé aux abus alcooliques : il boit, en
effet, plusieurs verres d'absinthe par jour.
M. Papillault, professeur à l'École d'Anthropologie, a bien voulu com-
pléter et rectifier avec toute la précision désirable, les mesures que nous
avions prises sur le géant Charles. Nous avons pu les rapprocher de
celles qui avaient été recueillies en 1899 par lui, et le tableau ci-dessous
offre ainsi le rare avantage de permettre une comparaison très exacte
des différents chiffres obtenus à trois ans d'intervalle, sur le même indi-
vidu, d'après la même technique, appliquée par le môme obser-
vateur :
Mai 1899. Novembre 1902.
Tronc.
Taille debout 1990 mm. 2040 mm.
Taille assise >. — 960 —
Hauteur du trou auditif au pubis 740 — » —
Hauteur du trou auditif à l'épine iliaque. . 040 — ■> —
Diamètre biacromial 490 — 425 —
Circonférence thoracique 1015 — 1040 —
Circonférence de la taille 892 — 925 —
Diamètre bimamelonnaire 220 — 220 —
Diamètre transverse du thorax >■ — 508 —
Diamètre antéro-postérieur du thorax ... •. — 265 —
Envergure « — 2090 —
GIGANTISME ET INFANTILISME.
69
:Mai I,S99. Novemlirc 1902.
Bassin.
De l'épine iliaque au pubis
Largeur entre les crêtes iliaques
Largeur entre les épines
Membre inférieur clroil.
Hauteur du fémur
Hauteur du tibia
Hauteur de la malléole interne
Longueur du pied
Longueur du 1'='' orteil avec le métatarsien.
Longueur du 2" orteil seul
Longueur du 1" orteil (partie ]il)re) ....
Largeur bicondylienne
Largeur bimalléolaire
Largeur du pied
Membre supérieur gauche.
Hauteur de l'humérus
Hauteur du radius
Longueur de la main
Longueur du médius
Longueur du pouce avec le métacarpien. .
Longueur du pouce seul
Longueur de l'ongle du médius
Largeur de l'humérus (extrémité inférieure).
Largeur du poignet
Largeur de la main
Circonférences.
Cou
Thorax
Taille
Bras
Avant-bras
Poignet
Cuisse : circonférence supérieure à droite.
— — à , gauche
— inférieure à droite.
— — à gauche
Mollet : droit
— gauche , .
Malléoles (droite et gauche)
Tête.
Hauteur naso-alvéolaire
Hauteur naso-sous-nasale
Largeur biangulaire interne (yeux)
Hauteur ophryo-alvéolaire
Largeur biangulaire externe (yeux)
Largeur bimastoïdienne
Diamètre antéro-postérieur glabellaire. . .
Hauteur ophryo-mentonnière
Diamètre antéro-postérieur métopique. . .
Largeur bizygomatique
Largeur bigoniaque
92 1
m m .
mm
505
—
521
. —
265
—
"
—
.520
541
.502
—
509
—
S7
—
79
—
2S7
—
299
—
145
—
..
—
82
—
,.
—
48
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.,
—
108
—
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—
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—
—
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—
- 298
—
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—
118
1/2
124
—
125
126
1/2
72
—
76
16
—
16
—
7i
—
85
—
67
—
69
1/2
97
—
105
570
570
1015
—
1040
—
892
—
925
—
280
—
260
—
271
—
250
—
197
—
197
—
544
—
.,
—
559
—
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—
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—
»
—
599
—
,.
—
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—
575
—
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—
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—
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87
87
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—
64
—
56
—
57
—
102
—
102
—
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—
,.
—
142
1/2
145
—
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—
154
. —
159
1/2
195
_
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—
149
—
116
—
116
—
70
GIGANTISME ET INFANTILISME.
Diamètre gonio-montonnior
Largeur du nez
Diamètre transverse maximum
Diamètre trans verse minimum
Diamètre bitubéral pariétal
Pavillon de l'oreille : largeur : à droite .
— — à gauche.
— hauteur : à droite .
— — à gauche.
Mai 1899.
Novemb
rc 1902
108 mm.
m
nm.
50 —
57
—
156 —
-159
lOi 1/2
„
156 —
„
—
42
_
42
—
_
68
—
75
1 /2
FiG. 11.
Radiographie de la main du grand Charles, montrant la persistance à ÔO ans
des cartilages de conjugaison.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 71
A ne considérer que les trois tailles confirmées par l'observation
scientifîcjue :
21 ans 1 m. 80 (Capitan).
27 ans 1 m. 99 (Papillault).
50 ans 2 m. 04 (Launois et Roy).
on peut donc affirmer que Charles a continué de grandir progressi-
vement depuis Tàge de 21 ans : il a gagné 18 centimètres, en une
FiG. 12. — Radiographie du genou du grand Charles.
72 GIGANTISME ET INFANTILISME.
période de 9 ans; cet accroissement est d'autant plus important à
signaler qu'il s'est fait à un âge où d'ordinaire la taille a acquis ses
dimensions définitives.
Actuellement, bien qiCil ait atteint sa 50° année, il grandit encore. La
persistance de cette croissance nous a été démontrée par l'examen des
épreuves radiographiques de divers segments de son squelette. Sur les
remarquables clichés que nous devons à M. Infroit, on peut nettement
reconnaître la persistance des cartilages de conjugaison et la non-soudure
d'os, dont les plus retardataires devraient être définitivement ossifiés à
24 ou '25 ans. Sur la radiographie du genou gauche (fig. 12), on recon-
naît que le plateau tibial et la tête du péroné sont séparés par un inter-
valle assez large de leurs diaphyses respectives. De même, au niveau
du poignet et de la main (fig. Il), on peut voir un espace clair séparant
nettement du corps de l'os les épiphyses radiales et cubitales inférieures ;
il en est de même encore pour la base des phalanges, des phalangines
et pour celle du premier métacarpien. On sait que l'épiphyse supérieure
du péroné se soude habituellement de 19 à 22 ans, celle du tibia à 24 ans
au plus tard; les épiphyses inférieures des os de l'avant-bras se soudent
à la diaphyse, pour le cubitus, de 20 à 22 ans chez la femme, de 21 à
25 ans chez l'homme; pour le radius, de 20 à 25 ans. Quant aux phalanges
et au premier métacarpien, leur ossification se termine définitivement de
18 à 20 ans, elle soude d'abord les segments distaux, puis les segments
proximaux.
Telle est l'étude anthropologique que nous avons pu faire du
Grand Charles en 1902; mais, si nous l'observions pour la pre-
mière fois, il n'était pas un inconnu pour nombre de médecins.
Gapitan (') l'avait rencontré à l'hôpital de la Pitié, en J895, dans
le service d'Albert Robin, et l'avait montré à ses collègues de la
Société d'Anthropologie; Pierre Marie l'avait aperçu pendantle
court séjour qu'il fit kBicêtre; J. Lucas-Ghampionnière f) lui
avait donné des soins à VIIôtel-Dieu et l'avait présenté à VAca-
démie de Médecine. Papillault (^), enfin, avait utilisé les docu-
ments recueillis sur lui pour ébaucher une étude sur le mode de
croissance d'un géant.
Les données, réunies par chacun de ces auteurs, sont inté-
ressantes à rapprocher des constatations ultérieures que nous
(^) Capitan, Médecine moderne, n" 82, 14 octobre 1895; et Préisentation d'un
géant, Bull, de la Soc. d'Anthropologie, 18 mai 1899.
(^) J. Lucas-Championnière, Présentation d'un géant dont les pliénomènes
de grandissement tardif se caractérisent comme ceux du grandissement des
jeunes sujets. BiUl. de VAcad. de Méd., 9 mai 1899, 5° série, t. XLI, p. 481.
(^) G. Papillault, Mode de croissance chez un géant. Bidl. de la Soc. d'An-
iliropologie, 1" juin 1899.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 73
avons faites de notre côté ; elles montrent, en effet, les modifi-
cations qui se sont succédé et permettent de suivre notre
géant pendant une phase assez longue de son existence.
L'observation, recueillie par Gapitan, a été résumée par lui de
la façon suivante :
« Charles F., fondeur en cuivre, âgé de "21 ans, mesurant I'",86 et
pesant 85 kilogrammes, est le 17' enfant de 20. Il fut admis en août à
la salle Piorry pour des douleurs dans les jambes.
« Antécédents héréditaires {^). — Père. Lutteur de foire, mort à l'âge de
48 ans, assassiné; petit de taille, mais extrêmement fort. Il n'avait que
1",49 de taille mais pesait 98''%ô00. Il s'adonnait à la boisson.
« Mère. Vivante; a 44 ans et pèse 90 kilogrammes, constitution très
forte, petite de taille, nerveuse.
« Frères et sœurs. Charles a 10 frères et 9 soeurs, tous vivants et en
excellente santé, tous petits de taille. 11 y a 7 filles et 9 garçons qui
sont mariés. Les 7 filles ont mis au monde 9 garçons et 2 filles. Les
9 garçons ont mis au monde 8 filles et 9 garçons. Au dire du malade,
cette nombreuse famille jouit d'une santé parfaite.
<c Antécédents personnels. — A 9 ans, notre sujet a la fièvre typhoïde
et la petite vérole. Il entre pour se faire soigner à l'hôpital Trousseau
et il y reste 15 mois. De sa douzième jusqu'à sa seizième année, il
souffre pendant chaque hiver d'un eczéma. A l'âge de 16 ans, il entre
pour se faire soigner à Saint-Louis. Après un séjour de 5 mois dans
ledit hôpital, il en sort guéri.
« A 19 ans, il prend une chaudepisse qu'il guérit au bout de 2 mois.
« Jusqu'à l'âge de 18 ans, sa croissance est normale. Il présente la
taille et l'aspect d'un jeune homme de taille ordinaire. A 18 ans, une
croissance subite commence et débute par des douleurs excessives
dans tous les membres, douleurs qui le mettent au lit pendant 5 mois.
Durant ce temps, il grandit très rapidement et, quand il se releva, sa
taille avait augmenté d'environ 50 centimètres. Depuis lors, il continua
à grandir et il grandit encore.
<c Actuellement c'est un grand garçon dont nous ne décrirons pas la
conformation générale nettement indiquée sur les figures ci-dessus
(fig.2 et 5j. Mais ce qui frappe surtout, c'est l'aspect absolument infantile
de la face, complètement imberbe, et qui est plutôt celle d'un gamin
que celle d'un jeune homme. Ses membres sont assez grêles, son bassin
à type féminin, ses seins assez développés. Il a une absence complète
de système pileux, même au pubis. Les organes génitaux sont nor-
maux mais peu développés, ce sont ceux d'un jeune homme de 14 à
15 ans. Il n'existe pas chez lui de stigmates hystériques. A noter cepen-
dant une hyperesthésie surtout marquée aux membres inférieurs. Au
(') Tous les renseignements sur les antécédents et la famille du malade nous
ont été fournis exclusivement par lui (Gapitan).
74 GIGANTISME ET INFANTILISME.
dynamomètre, malgré tous ses efforts, il ne peut donner que 38 à
droite et 55 à gauche. En somme, on dirait d'un gamin démesuré-
ment agrandi, surtout en hauteur.
« L'analyse morale de ce sujet est assez difficile. II est bavard, van-
tard et cherche à vous tromper. D'une façon générale, son individualité
psychique ressemble à son organisme physique. C'est à ce point de
vue également un gamin, mais un gamin méchant, vantard, orgueilleux,
débauché et brutal. Faisant parade de sa force physique qu'il dit con-
sidérable (nous avons vu ce qu'il donne au dynamomètre), racontant
volontiers ses exploits génitaux, ses batailles. 11 semble d'ailleurs com-
plètement manquer de sens moral. iVvec cela son intelligence paraît
assez bornée, au moins pour les faits d'ordre un peu élevé. Il ne sait ni
lire, ni écrire. Il a pourtant cette facilité d'élocution de l'ouvrier pai'i-
sien et une certaine intelligence pratique d'ordre matériel. Il fait fré-
quemment des excès alcooliques (*).
« En somme, chez ce sujet, il y a une sorte de développement excessif,
suivant ses divers diamètres, pourrait-on dire. II est resté au physique
comme au moral ce qu'il était avant cette poussée. Il s'est simplement
agrandi. C'est un jeune adolescent vu à travers un verre grossissant,
mais fixé au point où il était avant de grandir et ne se différenciant en
rien aujourd'hui qu'il a 21 ans, sauf par sa taille, de ce qu'il était à
17 ans. Aussi pourrait-on dénommer ce cas, d'une façon juste quoiciue
paradoxale dans la forme : un cas d'arrêt de développement par gigan-
tisme. »
J. Lucas-Ghampionnière avait accompagné sa présentation à
Y Académie de Médecine de la note suivante :
« Le sujet que je présente est âgé de 21 ans et sa taille
mesure 2"', 02. Cet homme est vigoureux, bien constitué.
Actuellement, il est dans un état de fatigue et de dépression
qui, joints à une difformité du genou gauche, ne lui permettent
pas de se tenir sur ses jambes sans béquilles. Mais le dévelop-
pement de son système musculaire est assez considérable pour
lui permettre de se livrer comme bateleur à des exercices de
force. C'est ainsi qu'il brise une bouteille de verre entre ses
mains.
« Ce garçon a fait, à 20 ans, son service militaire. Il était
entré avec la taille de r",89. 11 quitta le régiment au bout de
trois ans avec une taille de 1"\94.
« Depuis, il n'a cessé de grandir. Il a aujourd'hui, à 27 ans,
(') Capitan a d'ailleurs étudié ce sujet au point de vue psjchologique dnns
un travail paru dans la Revue de l'École cV Anthropologie en 1895 et intitulé :
Contribution à Vétude de l'influence physique et morale du milieu social sur les
sujets atteints d'arrêt de développement.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 75
2'%02 et il semble bien que sa taille progresse toujours. Il est
du reste le fils d'un géant, dont la taille était, dit-il, de 2"\5!2
et il espère arriver à une taille considérable du même genre.
« J'ai vu cet homme, pour la première fois, au mois d'août
de l'année dernière. Il était entré dans mon service de l'hôpital
pour une entorse de l'articulation tibio-tarsienne gauche qu'il
s'était faite sans avoir exécuté un mouvement bien violent. On
conçoit, à cause de l'immense longueur du levier que repré-
sente le membre inférieur, la facilité qu'un tel sujet doit avoir à
se faire de ces sortes de lésions.
« Ayant eu l'occasion à cette époque de l'étudier attentive-
ment, je pus constater que la jambe malade était parfaitement
droite.
« Depuis cette époque, le sujet a pàti, il a été constamment
souffrant et il a grandi de plus d'un centimètre. En môme
temps, il a souffert de douleurs dans les cuisses et juste au
niveau des condyles du fémur, surtout à gauche.
« Il s'est présenté à moi récemment à FHôtel-Dieu et j'ai pu
constater qu'il s'est développé au niveau de ce genou gauche
un genu valymn, qui n'est pas encore très accentué, mais qui,
cependant, donne lieu à une déformation très nette.
« Ce genu valgum a tous les caractères ordinaires de cette
déformation et il disparaît lors de la flexion du membre.
« La formation de ce genu valgum a accompagné la poussée
de grandissement récemment caractérisée, elle paraît s'accen-
tuer.
« Elle s'est accompagnée d'un état de faiblesse et de malaise
très marqué. Le sujet ne doute pas que, dans ces conditions,
son grandissement ne continue, comme il l'observe depuis plu-
sieurs années.
« On peut voir que ce sujet, lors de cet accroissement tardif
et anormal, présente des phénomènes tout à fait analogues à
ceux qu'on observe chez les jeunes sujets qui grandissent rapi-
dement aux époques normales de l'accroissement.
« Aussi le grandissement se fait chez lui toujours par
poussées successives.
« Chez le géant, comme chez le jeune sujet, l'accroissement
n'est pas le résultat d'un allongement régulier et continu du
squelette. L'accroissement se fait par périodes intermittentes.
76 GIGANTIS:\IE ET INFANTILISME.
« Les périodes d'allongement sont accompagnées d'un état
de malaise, d'un état fébrile souvent, à propos duquel on peut
se demander si la fièvre est le résultat du grandissement ou si
rallongement a été la suite de la poussée fébrile qui s'était
montrée pour d'autres causes. On sait que des maladies
fébriles, comme des maladies éruptives, sont souvent l'occasion
du grandissement.
« Les douleurs, au voisinage des articulations et surtout des
articulations des genoux, ont été ici assez caractéristiques.
« Ce qui caractérise encore très particulièrement notre cas,
c'est le fait de l'hérédité. Ce garçon est le fils d'un père géant
et d'une mère petite. Le père aurait eu, dit le fils, la taille défi-
nitive de 2'", 32.
« Il a eu douze enfants. Le fait d'aptitudes génitales très
marquées chez un géant est déjà intéressant. De ces douze, il
n'y en aurait eu que deux qui auraient présenté des phéno-
mènes de gigantisme.
;< Une sœur, morte à 19 ans, avait une taille voisine de
2 mètres et se montrait dans les foires. Plusieurs des autres
enfants sont morts en bas âge, mais ceux qui ont survécu ont
été de taille plutôt petite. Enfin le sujet que nous observons
est assez régulièrement développé. Ses pieds et ses mains sont
de grande dimension, mais proportionnées à sa taille. La tête
est petite. L'intelligence est suffisante. »
Pure légende que toute la partie de cette histoire qui a trait
aux antécédents héréditaires. Déjà Capitan, qui le jugeait « van-
tard, bavard et menteur », avait appris à se méfier du Grand
Charles. « On remarquera, écrivait-il en 1809, que dans ce qui
a trait à ses antécédents, sur lesquels lui seul a renseigné
M. Championnière, comme il nous avait jadis renseigné, il y a
de nombreuses différences entre ce qu'il racontait en 1893 et ce
qu'il a raconté cette année. Ceci est en rapport avec l'état
d'esprit du sujet que nous avions noté. Oii est la vérité sur ces
points? Nous serions porté à croire qu'en 1893, ayant alors
moins fréquenté les hôpitaux, il mentait moins qu'en 1899.
L'histoire de son père géant nous paraît une invention destinée
à le rendre plus intéressant. »
Pour réduire à néant la fable que le Grand Charles avait ima-
ginée, il suffisait de faire une enquête auprès des siens et
GIGANTISME ET INFANTILISME. 77
d'examiner les divers membres de sa famille encore vivants.
Aucun, pas plus le père qu'une sœur, n'a présenté les stigmates
du gigantisme; il en serait de même de l'oncle, dont le frère de
notre géant nous a dit n'avoir jamais eu connaissance. Il s'agit
donc bien d'une anomalie unique survenant dans une lignée
familiale répondant, tout au moins quant à la taille, aux
données moyennes. Ce cas est bien fait pour rendre suspects
les quelques exemples àliérédilé du gigantisme qui ont été
publiés et qui sont uniquement basés sur le seul témoignage
des sujets observés.
De l'observation du grand Charles, nous retiendrons, pour
les étudier spécialement, trois données principales qui nous
semblent tout particulièrement intéressantes et qui constituent
le trépied anatomo-pliysiologique du gigantisme infantile.
V La persistance^ chez un homme de 50 «ns, de V ossification dans
les cartilages de conjugaison ;
2° Le mode de croissance gigantesque et ses anomalies;
3" L'atrophie génitale, dans ses rapports avec les deux faits
précédents.
CHAPITRE I
LA PERSISTANCE DE L'OSSIFICATION DANS LES CARTILAGES
DE CONJUGAISON
Les épreuves radiographiques que nous avons obtenues sont,
à notre connaissance, les premiers documents précis qui aient
été fournis pour appuyer l'hypothèse, émise depuis longtemps
par Brissaud, de la persistance anormale des cartilages épi-
physaires chez certains géants adultes.
Depuis longtemps aussi on a signalé des poussées de crois-
sance en hauteur, se produisant, sous des influences variables,
chez des sujets adultes qui semblaient avoir atteint leur stature
définitive, et, comme l'accroissement en longueur des os se fait
au niveau des cartilages de conjugaison, il était tout naturel de
supposer, en pareil cas, la persistance anormale de ceux-ci ou
78 GIGANTISME ET INFANTILISME.
le réveil pathologique de TacLivité proliférante de leurs cellules
cartilagineuses.
Dès 1852, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (') distinguait, parmi
les anomalies par augmentation générale de volume, deux
variétés : le géantisme vrai, ou de Tadulte, et les anomalies par
accroissement précoce de la taille. Topinard (^), reprenant plus
tard cette distinction, a pu dire que le gigantisme est causé,
soit par V accélération du développement, soit par la prolongation
de son terme final. Dans le premier cas, le gigantisme apparaît
avant 20 ans, comme l'expression d'une exagération dans le
rythme de la croissance : c'est le gigantisme précoce, passager,
des adolescents dont un grand nombre d'exemples ont été
publiés et dont nous ne nous occuperons pas ici. Dans le
second, le gigantisme est plus tardif, la croissance se proton-
géant anornialenient au delà de son terme normal.
Contre l'opinion de Langer (^), d'après laquelle la plupart
des géants auraient atteint leur taille avant la vingtième année,
les exemples sont nombreux : témoin cette femme, citée par
B. Mosler f), qui, mariée à 10 ans avec un homme qui la dépas-
sait d'une tête, se mit à grandir démesurément jusqu'à atteindre
une taille de l"\9o et à dépasser à son tour son mari, devenu
plus petit de la hauteur d'une tête.
Tous les cas de croissance retardée, c'est-à-dire se pro-
duisant au delà de la limite habituelle de l'accroissement en
longueur du corps, qui est, chez l'homme, comprise entre
18 et 25 ans, ne peuvent s'expliquer que par la persistance
anormale des cartilages juxta-épiphysaires. Si cette persistance
est signalée dans plusieurs observations, il est le plus souvent
difficile de la constater sur le vivant, au travers des parties
molles qui masquent les extrémités articulaires et empêchent
de sentir le relief que forme à la surface de l'os le cartilage
conjugal.
D'autre part, la majorité des squelettes de géants, conservés
dans les muséums, n'étant pas accompagnés de descriptions
{'■) Geoffroy Saint-Hilaire, Trailé de Tératologie, t. I, chap. ii, p. 166.
(-) TopiNARD, Élém. cVAnthr. gén., 1885, p. 454.
(•') Langer, Wachsthum des menschllchen Skeleltcs mit Bezug auf den
Riesen. Denkschriflen d. Kais. Akad. d. Wissensch. Wien, 1872.
(*) B. MosLER, Ueber die sogenannle Akromegalie, Virchow-Fetschrift, Internat.
Beitr. z. Wiss. (cité par Buday et Jancso).
GIGANTISME ET INFANTILISME. 79
cliniques, il est assez difficile de déterminer l'âge (') des sujets
auxquels ils appartiennent et on ne peut se fonder sur la non-
soudure des épiphyses pour le déterminer avec précision. Il
en est ainsi, par exemple, pour le géant du Miltlcr Muséum du
Collège des Médecins de Philadelphie^ décrit soigneusement par
Hinsdale (") : « Sur le sujet dont je vais décrire le squelette,
dit cet auteur, on ne sait rien, sinon qu'il naquit dans le Ken-
tucky. En 1877, le professeur Joseph Leidy fut informé qu'un
corps de géant était à vendre, à la condition qu'aucune question
ne serait posée pour établir son identification — Aucun nom
n'ayant été donné pour ce sujet, je l'appellerai le Géant Améri-
cain » ("). Et plus loin, l'auteur ajoute : « // est probable que le
géant américain avait atteint l'âge de 22 ou 24 ans au moment
de sa mort : les os semblent avoir atteint leur entier développe-
ment, quoicjue les jonctions épiphtjsaires soient encore visibles sur
tous les os longs. »
De même pour la géante lady Aama (Obs. III, p. 114), Woods
Hutchinson note que son âge était de 19 ou 17 ans, « ce dernier
semblantplus probable en raison de l'examen ultérieur qui montre
qu'à peine un tiers des épiphyses du squelette étaient soudées aux
diaphyses; mais ceci, ajoute judicieusement le même auteur, jJeut
aussi avoir été le résultat du développement imparfait de ses tissus ».
Une semblable détermination de l'âge d'un squelette anormal
est à coup sur imparfaite : les radiographies, que nous avons
(') Les géanls atteignent rarement un âge avancé : ils meurent le plus sou-
vent entre 20 et 50 ans. Sur 16 cas où l'âge du décès était rapporté, Dana
en trouve un seul qui soit mort aprè* 50 ans. En se fondant sur les 8 cas
suivants (Charles Byrne, 22 ans; Magrath, 20 ans; Winckelmeyer, 22 ans;
James Toller, 24 ans; la Grande fille de Basle, « en enfance », soit 18 ans;
Thomas Hasler, 25 ans; le Géant de Kentucky, 22 ans; lady Aama, 18 ans),
Woods Hutchinson donne comme âge moyen de la mort des géants, 21,5
{Neiu-York, Med. Journ., 21 juillet 1900). — D'ailleurs Isidore Geoffroy Saint-
HiLAiRE écrivait déjà au sujet des géants : " L'augmentation extrême du volume
de leurs organes semble user en eux les principes de la vie, et la plujDart
périssent comme épuisés, après avoir achevé leur énorme et rapide croissance,
et quelquefois même avant de l'avoir terminée » {loc. cit., t. I, p. 185). —
D'après les importantes statistiques américaines de Gould, citées par Topi-
NARD, la moindre résistance des géants aux causes de mort est bien montrée
par ce fait que la proportion des sujets de 20 à 21 ans qui dépassent 2 mètres
est de 197 pour 1000 000, tandis que, pour tous les âges, la proportion n'est
plus que de 95. Donc 102 de ces 197 sujets mesurant plus de 2 mètres sur
1000 000 d'individus, meurent avant 20 ans.
(^) Hinsdale, Acromegaly. Warren, Détroit, U. S. A., 1898, p. 69.
(^) On retrouve ce même squelette décrit sous le nom de Géant du Kentucky
dans l'article de Woods Hutchinson, in Tlie New-York Med. Journ., July, 1900.
80 GIGANTISME ET LNFANTIf.lSME.
obtenues, démontrent précisément que, chez certains sujets, les
jonctions épiphysaires ne se sont pas encore faites à Fàge de
50 ans.
Il existe cependant quelques squelettes aux épipliyses non
soudées, ayant appartenu à des géants dont on connaît, en
partie du moins, l'histoire, sans qu'on soit fixé sur l'âge exact
qu'ils avaient atteint au moment de la mort. C'est ainsi qu'à
Vienne^ on conserve au Miisée anatomique le fémur du géant.
Bartschen, mesurant 65 centimètres et dont les épiphyses ne
sont pas soudées. Or, Bartschen, soldat dans l'armée turque,
vécut prisonnier pendant un certain temps comme Hajduke et,
(( bien que l'âge de sa mort soit incertain, il est vraisemblable
que les cartilages épiphysaires conservèrent ici leur pouvoir
ostéogène pendant un temps anormalement long » (').
Le fameux squelette du géant irlandais. Cornélius Magrath
(voir fig. 59), si soigneusement étudié par D.-J. Gunningham {'),
a les épiphyses supérieures des deux humérus soudées seule-
ment en partie au corps de l'os; des deux côtés également,
les épiphyses inférieures du radius ne sont pas entièrement
soudées. Toutefois le retard observé dans le processus de
l'ossification est beaucoup moins marqué que chez notre
géant; Magrath étaitnéen 1756, à College-Green, dans le comté
de Tipperary, et mourut le 20 mai 1760, c'est-à-dire à l'âge de
24 ans; on sait qu'à cet âge il peut arriver normalement que
l'cpiphyse inférieure du radius ne soit pas entièrement soudée.
Parmi les plus beaux exemples de retard dans l'ossification
des cartilages qu'il nous a été donné de retrouver, une mention
toute particulière appartient au géant décrit par Buday et
Jancso(''); il est, à bien des égards, absolument comparable à
celui que nous avons observé (voir plus loin le résumé de
son observation, p, 122).
Il s'agit d'un homme, mort à 57 ans, et qui, de taille normale
jusqu'à 20 ans (1"',65), se mit à cette époque à grandir pro-
gressivement jusqu'à l'âge de 55 ans, pour atteindre au moment
de sa mort une stature de 2'", 02. Dans les deux dernières
(1) Cité par Buday et Jancso, Ein Fall von pathologischen Rieseiiwuchs.
Deutsches Archiv. filr Klin. Med., 1898, p. 585.
{-) D.-J. Gunningham, Transactions of the royal Irish Academy, 26 janvier 1891.
(5) Buday et Jancso, lac. cit.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 81
années de sa vie on ne constata plus anciine croissance, fait avec
lequel concorda la constatation, à l'autopsie, d'épiphyses par-
tout ossifiées. En revanche, on trouva les signes d'un retard
très anormal dans l'ossification des cartilages : à la périphérie
de certains os longs, après la macération, une petite zone laissa
reconnaître assez bien le cartilage conjugal : cette liffîie épipluj-
saire se retrouvait ainsi sur les os de l'avant-bras et à l'extré-
mité supérieure du fémur. A l'examen microscopique, on con-
statait une prolifération anormale des cellules cartilagineuses
dans le sens de la longueur de l'os; les cellules cartilagineuses
à l'état de repos ne se trouvaient qu'à la partie superficielle du
cartilage, dans un cinquième seulement de la masse totale,
tout le reste étant encore en activité. Buday et Jancso concluent
à bon droit qu'il s'agit bien là à'iin cas de gigantisme par retard
de r allongement.
Vapplication de la radiographie à Vétude du gigantisme n'a
jamais été, jusqu'à présent, pratiquée d'une façon systématique.
Quelques auteurs y ont eu recours cependant pour établir les
rapports qui relient le gigantisme à l'acromégalie. Ce nouveau
moyen de recherches, applicable à toutes les malformations ou
déformations du squelette, a fourni de précieux renseignements
à Marinesco('), Gastou et Brouardel (-), Gilbert, Garnier et Pou-
pinel(''), Gibson(^), Béclère('), etc., en ce qui concerne l'acro-
mégalie.
Marinesco, par exemple, dans ses recherches sur les mains
acromégaliques, a rapproché et comparé les résultats que lui
ont fournis quatre sujets qu'il a étudiés à l'aide des rayons de
Roentgen : chez trois d'entre eux, qui présentaient la forme
massive de Pierre Marie, il a noté une hypertrophie notable des
métacarpiens et des phalanges, une exagération uniforme de
l'état normal et une augmentation régulière du volume des
épiphyses. Chez la quatrième malade, femme de 55 ans, atteinte
d'acromégalie à forme géante (^), chez laquelle l'affection avait
(') Marinesco, Soc. de Biol., il juin 1896.
(^) Gastou el Brouardel, Presse méd., 29 juillet 1896.
(^) Gilbert, Garnier et Poupinel, Soc. de Biol., 29 janvier 1898.
('*) GiBSON, Acad. de Méd., 22 mai 1900.
(°] Béclère, Presse Méd., décembre 1905.
C*) On verra plus loin (p. 286) ce que Pierre Marie el ses élèves entendent
exactement par forme géante de l'acromégalie.
LAUNOIS ET ROY. 6
82 GIGANTISME ET INFANTILISME.
débiilé à 25 ans, la main était pins longne et moins grosse; la
diaphyse des phalanges était uniformément allongée et l'on
n'observait pas de productions osseuses au niveau des extré-
mités des os. De })lus, l'hypertrophie des parties molles, com-
parativement à celle des os, était beaucouj) moindre que dans
la forme massive. Pour cet auteur, de semblables constatations
faciliteraient la distinction qu'il faut établir entre les deux formes
de l'acromégalie : la forme massive de l'adulte ou à début
tardif, et la forme géante de l'adolescent ou à début précoce.
« Il serait à souhaiter, dit de son côté Henry Meige, dans une
étude récente ('), que l'on fît les radiographies de géants ne pré-
sentant pas de signes d'acromégalie. Il est très vraisemblable
que, pendant tout le temps que se poursuit la croissance en
longueur, on pourra constater la persistance des cartilages de
conjugaison. Ceux-ci, au contraire, auront complctementdisparu
si le sujet présente des déformations acromégaliques. » Réser-
vant pour l'instant la question de savoir si le géant que nous
observons deviendra un jour ou l'autre un acromégalique, nous
nous contenterons de constater que nos épreuves radiogra-
phiques répondent au desideratum exprimé par Meige et
justifient d'une manière éclatante l'hypothèse formulée par lui,
après son maître Brissaud.
C'est encore la radiographie qui nous a permis de constater
la non-soudure des épiphyses, chez un jeune homme de 27 ans,
de taille élancée et présentant de nombreux stigmates de gigan-
tisme infantile.
OiiSKRVATioN II. (P.-E. Launois et Pierre Roy.)
Anorchide hyperinacroskcle de 27 ans C^).
Il s'agit d'un jeune homme de 27 ans, mesurant 1"\86, dans les anté-
cédents duquel nous relevons un assez grand nombre de maladies
infectieuses (rougeole, scarlatine, oreillons), qui ont évolué sans com-
plication et sans retentir sur la croissance. C'est à la suite d'une
(') HE:;r,Y Meige, Siu' le gii^anlisme, Arch. gén. de Méd., oclolire 11102, p. i4'2.
(-) Société de Biologie, 10 janvier lOU.").
GIGANTISME El INFyVNTILISME.
bo
fièvre typhoule intense et prolongée, survenue à l'âge de 10 ans,
que X... s'est mis à grandir rapidement et démesurément.
Paraissant plus grand qu'il ne Test en réalité, à cause de létroilesse
FiG i:
Radiographie de la ma'.ii d un auorcliiiie liypermocroskèlc (non-sondiirc
des épipliyses à 28 ans).
de son tronc et de la gracilité de ses meniljrcs, X... est loin d'être bici;
proportionné; le développement du squelette ne s'est pas lait chez lui
d'une façon harmonieuse. La petitesse relative de la taille assise (0"',(S7"i,
comparée aux dimensions de la taille debout (r",80), ou à l'étendue de la
8^1 GIGANTISME ET INFANTILISME.
grande envergure (l"',9f)), montre que rallongement du squelette est
surtout en rapport avec la longueur excessive des membres inférieurs.
La hauteur du grand Irochanter au-dessus du sol est de J",05 : d'après
OuKTKLRT, cette distance chez un sujet normal âgé de 25 ans, mesurant
I"',G82, ne doit pas dépasser 0"',87o. Elle excède donc, dans ce cas parti-
culier, de 0 centimètres la hauteur qui ne devrait pas dépasser 0"',yG
chez un sujet normalement proportionné d'une taille de 1"',8G.
Comme chez le géant Charles, l'examen radiographique nous a révélé
la persislance, anormale à cet âge, des cartilages de conjugaison. Sur la
radiographie de la main, les épiphyses supérieures des différents
segments phalangiens et du premier métacarpien qui, normalement, se
soudent à la diaphyse entre 18 et 20 ans, demeurent encore séparées du
corps des os par une zone claire, bien que le sujet soit dans sa
vingt-huitième année. II en est de même pour les épiphyses inférieures
des quatre derniers métacarpiens. Les images radiographiques sont en
tous points comparables à celles que nous a fournies le grand Charles,
qui possède encore, à l'âge de 50 ans, des cartilages de conjugaison en
pleine activité.
L'analogie est plus complète encore chez nos deux sujets; car chez
chacun d'eux nous avons trouvé une dystrophie congénitale des testi-
cules. En examinant X.... nous avions été frappés par son visage abso-
lument glabre, sa face juvénile, le décollement de ses oreilles, commun
chez l'éphèbe, sa voix aiguë, l'étroitesse de la partie supérieure de son
thorax (périmètre thoracique, sur la ligne mamelonnaire, 0"',85),
contrastant avec la largeur anormale de son bassin aux lignes arrondies
et empâtées. Ces constatations nous ont amenés à rechercher l'état de
développement de l'appareil génital. Celui-ci est représenté par une
verge tout à fait rudimentaire qu'encadrent quelques poils grêles et
clairsemés, et par des bourses, plus rudimentaires encore : elles sont
petites, llasques, séparées par un raphé médian à peine indiqué; elles
sont complètement vides. La recherche des testicules, soit dans les bourses,
soit dans les régions oit ils peuvent demeurer ectopiques (trajet inguinal,
creux inguinal, fosses iliaques, périnée) , est demeurée négative. Le toucher
rectal n'ayant pu être pratiqué, il a été impossible de constater la
présence des glandes mâles dans le bassin, et de préciser l'état des
parties annexes de l'appareil génital (vésicules séminales, prostate).
Quoi cju'il en soit, réduits probablement à l'état d'organes rudimen-
taires, les testicules doivent exister, puisque le sujet a évolué vers le
type mâle, sans pouvoir toutefois le réaliser complètement.
Le caractère le plus saillant de cette observation peut être
résumé de la manière suivante : Allonç/onent des membres infé-
rieurs et persislance des cartilages de conjugaison chez un anor-
chide de 27 ans, mesurant l"\8G.
La disjonctiondes épiphyses et des diapJiijses, due à la non-ossi-
GKIANTISME ET INFANTILISME. 85
fication dans toute leur épaisseur des cartilages de conju-
gaison, a pu être observée (lireclemenl sur quelques-uns des sque-
lettes de géants qui sont conservés dans les Musées anatomi-
ques. On Ta retrouvée sur certains [Géant Magrath, de Cunin-
gham, Géant Simon Botis, de Buday et Jancso), dont l'âge élait
connu et svu- d'autres, en particulier, le Géant américain de
Hinsdale, dont la durée de la vie n'a pu être déterminée.
On la retrouve encore sur /es squelettes d'eunuques, en particu-
lier sur celui rapporté aVÉqypte par Lortet et conservé à Lyon,
sur celui décrit par Ecker et se trouvant à Fribourq et enfin sur
un troisième qui existe à Heideilljerg et dont Becker a résumé
les caractères principaux. Nous empruntons à Pirsche (') la
description qu'il donne de chacun de ces trois squelettes
d'eunuques.
« A. Sur le squelette d'eunuque, rapporté d'Egypte par Lortet (-), le
retard de l'ossification est des plus accusés au niveau des os longs des
membres. »
Membre supérieur. — A son niveau, on note la persistance des carti-
lages de l'épine de lomoplate, de la tète humérale. de rextréniitc infé-
rieure du cubitus, du radius, des extrémités inférieures des quatre
derniers métacarpiens. L'extrémité supérieure du premier métacarpien
n'est pas encore ossifiée.
Membre inférieur. — Tous les cartilages de conjugaison sont encore
conservés. Exception faite pour les deux premiers métacarpiens qui
sont presque ossifiés.
Bassin. — Cartilage en Y nettement visible.
Colonne vertébrale. — L'ossification est presque achevée partout:
cependant on constate que les traces de soudure sont très récentes. Le
sacrum présente des disques intervertébraux très distincts : les ailes
du sacrum ne sont pas complètement soudées.
« B. Squelette d' eunuque ., décrit par Ecker de Fribourg ('•). Mômes
troubles apportés dans l'ossification. »
Crâne prognathe. Front bas, occiput proéminent.
Membre supérieur. — La tête de l'humérus est séparée du corps de l'os.
On note la persistance des cartilages de conjugaison aux extrémités
inférieures du cubitus, du radius, des quatre derniers métacarpiens.
(') Pirsche, Influence de la castration sur le développement du squelette.
Tlièse de Lyon, 17 décembre 1902.
(-) LoRTET, Allongement des membres inférieurs chez un eunuque. Arch.
cVantlirop. criminelle. Lyon, 1896; et Soc. de Méd. de Lyon, 16 mars 1890..
p) Ecker, Zur Kenntniss des Korperbaues schwarzer Eunucken. Abliancl-
limgen tierausgegeben von cler Lenkenbergisclien Nalurforsclienden Geseltscliaft,
1864,
GKiANTISMJ'] ET INFANTU.ISME.
L'extrémité supén'enro
eniier métacarpien n'est pas encore soudée.
Membre inférieur. — Les cartilages
de conjugaison subsistent tous.
Bassin. — Cartilage en Y existe.
Age du sqnelette : 25 ans.
« C. Scjueleile d'eunuque, décrit
par Becker, d'Heidelberg {^). La con-
servation des cartilages diaphyso-
cpiphysaires est très nettement dis-
tincte. Suivant Becker, on croirait
être en présence d'un jeune iridi-^
vidu de 17 ans: il est surpjrenant
de rencontrer un tel retard dans
rossi/lcation.
Le crâne présente des sutnres in-
tactes, il est très dolichocéphale.
La suture sphéno-basilaire n'est
pas encore soudée.
Membre supérieur. — Les carti-
lages de conjugaison persistentdans
tous les os du membre, sauf aux
extrémités supérieures du cubitus
et du radius.
Membre inférieur. — Cartilages
de conjugaison conservés dans tous
les segments du membre.
Le cartilage en Y du bassin
existe encore; on reconnaît très
facilement les points de réunion
des trois os.
Les disciLies intervertébraux du
sacrum sont distincts, la ligne de
soudure des os est facilement re-
connaissable.
Age du squelette : 2") ans. »
Chez riioiiiine castré, le retard
de r ossification complète des os
longs est très inanifesie. Il est
difficile, pour cette même rai-
son, de nettement déterminer,
FiG. IL — Squelette d'eunuque égyptien.
(LoRTET.) — Allongement dispropor-
tionné des membres inférieurs, absence
de soudure des épiphyses.
(1) Becker, Ueber des Knochensys-
tem eines Gastraten. Archiv fiir Anat.
Leipzig, 1899.
GIGANTISME ET INEANTILISME. 87
en se basant sur l'examen du squelette, l'âge exact d'un
eunuque.
La prolonr/ation de ratification, an delà de ses limites normales,
dans les cartilages de conjugaison et le relard de la, soudure com-
plète des épiphyscs à la diap/ti/se, au niveau des os longs, s'observent
chez les animaux, comme c/uz Vhonnnc^ après la castration.
Oue l'opération soit ^ de convenance » ou expérimentale, les
ti"oubles observés seront d'autant plus marqués qu'elle aura
été pratiquée à un âge plus jeune.
Sellheim ('), qui a utilisé de nombreux matériaux provenant
des abattoirs d'une ville, a constaté que, cliez la truie., il n'y a
jamais ossification complèle des os longs.
De même, chez le bœuf, même lorsqu'il a atteint sa quatrième
année, on trouve un retard très net dans l'ossification. Depuis
les recherches de Bonnet, on sait que celle-ci est complète chez
le taureau âgé de '2 ans. Chez un bœuf de 3 ans 5/4, Sellheim
a trouvé, à l'extrémité inférieure du fémur, un cartilage mesu-
rant encore 2 millimètres d'épaisseur, tandis que chez un tau-
]-eau de même race, l'ossification était tout à fait complète.
De's constatations du même genre ont été faites, d'autre part,
chez les bœufs, par Becker : quand on les sacrifie à l'âge de
trois ans, ou retrouve très nettement les lignes diaphyso-épi-
physaires, qui marquent la soudure très récente des épiphyses.
;< L'ossification était encore si peu avancée, qu'après une ma-
cération de plusieurs mois dans l'eau pure, les diaphyses et les
épiphyses se trouvaient séparées. »
Expérimentant sur des chiens et les tuant quinze mois après
avoir pratiqué la castration, Sellheim observa un allongement
très manifeste des membres postérieurs, un retard notable dans
l'ossification, se traduisant à l'œil par la persistance des cartila-
ges de conjugaison. Il signale les mêmes modifications chez les
chapons, mais fait remarquer, toutefois, que leur persistance
n'est pas d'aussi longue durée que chez les grands animaux.
De même Pirsche (^) qui a repris les expériences de Poncet,
en sacrifiant ses chapons au bout de huit mois, observe une
soudure complète. « La disparition du cartilage de conjugai-
(') H. Sellheim. Castration und Knoclionwachslhum. Beilr. zur Geburtsli. iind
Gynàkol., II, 2, 1899.
(-) Pirsche, lor. cit.
GIGANTISME ET INFANTILISME.
son, écrit-il, n'a rien de surprenant chez ces oiseaux, car, chez
eux, l'ossification est très rapide. »
En revanche, chez le cobaye^ Pirsche a constaté qu'avec le
FiG. lo. — Épreuves racliographiques de fémurs appartenant à des coqs et à des chapons
de la même couvée, sacriliés à 8 mois. (Pirsche.)
même délai de huit mois après la castration expérimentale.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 89
l'ossificalion demeurait inachevée. « Si l'on pratique une coupe
longitudinale de l'os, on remarque la persistance bien accusée
des cartilages de conjugaison chez les animaux opérés; chez lo
témoin, le cartilage est en pleine voie de disparition ('). »
De l'ensemble de ces faits découlent les deux conclusions
suivantes :
Un retcuYÎ plus ou moins marqué s'observe dans V ossification des
os longs des membres chez tous les sujets, surtout mâles, hommes
ou animaux, dont Vappareil génital est incomplet ou absent.
La présence de cartilages actifs dans les os longs des membres, et
plus particulièrement au niveau des épiphyses qui, normalement ^ se
soudent les dernières à la diaphyse, explique f inégal développement
des membres par rapport au tronc et aussi f inégal développement
des différents segments des membres comparés entre eux.
CHAPITRE II
LA CROISSANCE GIGANTESQUE ET SES ANOMALIES
Le caractère le plus remarquable de la croissance, chez le
géant infantile, est sa continuité et sa persistance au delà des
limites normales. Ayant commencé à s'allonger démesurément
à un âge assez souvent difficile à nettement préciser, il continue
à grandir quoiqu'il ait, depuis un temps plus ou moins long,
dépassé l'époque à laquelle la clôture de l'ossification est
complète.
Bien qu'il ait atteint sa trente-deuxième année, le Grand
Charles, par exemple, continue à s'allonger, et l'accroissement
de sa taille, déjà excessive, se fait avec une progression régu-
lière. On ne constate pas, en effet, chez lui, cet accroissement
brusque qui se fait vers 17 ou 18 ans, et qui a été signalé chez
(') Pour toute cette question des modifications entraînées par la castration
dans le jeune âge, voir la très récente et complète monographie de P. J. Mô-
Bius. Uber die Wirkungen der Castration. Halle, A. D. S., 1905. — Cet auteur,
au chapitre Veranderungen der Knochen, rappelle toutes les expériences que
nous venons de mentionner, en particulier celles de Sellheim, et signale aussi
que RuMPF observa le même retard d'ossification des cartilages chez la chienne
castrée. — Mais, d'une manière générale, les effets de la castration chez les
femelles sont beaucoup plus inconstants et difficiles à interpréter.
90 GIGANTISME ET INEANTIUSME.
beaiicoiip de géanls acromégaliques (Henry Meige). A 21 ans,
Capitan no relevait qu'une hauteur de r",8G. Comme beaucoup
de conscrits normaux, il continue à croître pendant ses trois
années de service militaire. A 27 ans il mesurait 1"\99; enfin
dans ces trois dernières années il a encore gagné 5 centimètres.
La persistance de ses cartilages de conjugaison nous permet
de supposer qu'il est susceptible de grandir encore.
Chez le géant, comme chez le jeune sujet, dit J. Lucas-Cham-
pionnière, l'accroissement n'est pas le résultat d'un allonge-
ment régulier et continu du squelette; l'accroissement se l'ait
par périodes intermittentes, s'accompagnant de malaise géné-
ral, de douleurs articulaires, parfois de poussées fébriles. En
tout cas, ce ([u'il est intéressant de noter chez Charles F., c'est
la persistance des douleurs articulaires, très violentes, douleurs
de croissance sans doute, provoquant l'insomnie, et qui l'ont
amené à consulter à l'hôpital.
Le genu valguni, si accusé chez notre sujet, s'est développé
tardivement : nous possédons en effet une photographie prise
au sortir du régiment, qui le représente sous l'uniforme d'un
grand cuirassier, dont la jambe gauche est parfaitement recti-
ligne. En août 1898, Championnière le vit une première fois
dans son service de riiôtel-Dieu, oi^i il était venu demander des
soins pour une entorse tibio-tarsienne gauche; « à cette époque,
la jambe était absolument droite » ; ce n'est donc qu'à l'âge de
27 ans que s'est produite la déformation osseuse qui semble
aller d'ailleurs en s'accentuant. On sait que le genu valgum se
produit d'ordinaire chez les jeunes sujets dont l'accroissement
des membres inférieurs est très rapide, et qu'il est dû au déve-
loppement exagéré et irrégulier de l'extrémité diaphysaire du
fémur. Le seul fait de la production tardive de cette déforma-
tion aurait pu suffire pour affirmer la persistance de cartilage
de conjugaison au niveau de l'extrémité inférieure de cet os. •
La déformation articulaire du genou offre dans un cas de ce
genre un intérêt tout particulier :
1° Le genu valgum a été, en effet, signalé chez les géants :
Langer ('), étudiant leur conformation physique, notait que,
chez eux, la ceinture pelvienne est proportionnellement aug-
(*) Langef, lor. fiL
GIGANTISME ET INFANTILISME. 91
mentée d'une manière très nette et ajoutait que cet élargisse-
ment du bassin contrilniait avec la longueur anormale des
membres inférieurs à produire le {/mu valgiim {Knovh-Kuce des
Anglais"), et expliquait sa fn'quence.
Cunningham('), sur le squelette du géant irlandais Cornélius
Magrath, observa, de son côté, Texistence d'un çjenu valgum
double, surtout accusé du côlé gauche. « Le condyle interne
est extrêmement long, tandis que lexterne est très court. Cette
déformation n'est pas due à l'obliquité originaire de la ligne
épipliysaire, puisque les condyles descendent le long de lignes
qui sont parallèles au grand axe de la diaphyse fémorale. 11 est
plus que probable que l'extrême largeur du bassin peut, en
quelque mesure, être responsable de la déformation. » Gunnin-
gham ajoute que, chez le géant de Saint-Pétersbourg et sur le
squelette de Berlin, n" 5040, il existe également un haut degré
de genu valgum.
Enfin le géant étudié parBuday et Jancso ('), chez lequel nous
avons déjà mentionné le retard dans la soudure des épiphyses,
présentait aussi un genu valgum droit (').
2" D'autre part, l'existence d'un genu valgum a été notée
assez fréquemment chez les acromégaliqiies (Osborne, Middleton,
Schiiltze, Hitschmann, Rosewell Park).
o" Enfin le genu valgum n'est pas rare chez les infantiles
(Henry Meige)(*).
La déformation des genoux se rencontrant à la fois chez les
géants^ chez les acromégaliques et chez les infantiles, il est déjà
permis de penser, par ce seul fait, qu'il existe peut-être d'au-
tres relations entre ces trois états pathologiques.
Chez le géant infantile, la croissance ne porte pas également sur
les différents segments du squelette, il en résulte un développement
(') CUNNINGHAM, ÎOC. cit.
(-) BuDAY et .Jancso, loc. cit.
(^) Au sujet d'un géant contemporain iLépi), qui eut son heure de céléljrité
dans les foires et les hippodromes, une paysanne normande originaire du
même village, Beuville (Calvados), nous écrivait : « Jamais comme lutteur il
n'a connu son maître, surtout quand il luttait à genoux; car il n'avait pas
beaucoup de forces dans les jambes. A 25 ans, c'était ce qu'on appelle un grand
bancal.... »
(*) Henry Meige, L'infantilisme, le féminisme et les hermaphrodites antiques.
U Anthropologie, {. IV. 1S95, p. 21.
92 (ilGANTISME ET INFANTILISME-
irrégidier, tout à fait anormal, dont Papillault (') a pu analyser
les différentes phases. Son mémoire {Mode de croissance chez
un géant) est basé sur les mensurations qu'il a pu faire chez le
Géant Charles, alors âgé de 27 ans.
« Il m'a été permis d'étudier et de mesurer le géant que M. Capitan
avait présenté à la Société dans sa dernière séance. Ce sont les résultats
de cet examen que j'apporte aujourd'hui.
« Je diviserai cette étude en trois parties : dans la première j'exami-
nerai le tronc et les membres; dans la seconde je m'occuperai de la
tète, et enfin dans la troisième j'essaierai de donner quelques aperçus
sur la genèse de cette anomalie.
« I. Élude du tronc et des membres. — Les mesures n'ont qu'une bien
petite valeur documentaire si on ne les compare à d'autres qui soient
prises exactement suivant la même méthode. Cette dernière condition
n'est sûrement remplie que si toutes ont été relevées par le même
opérateur, ou tout au moins par des anthropologistes ayant souvent
opéré ensemble.
ce J'ai donc cherché à mettre ce géant en parallèle avec un type
d'homme normal qui puisse faire ressortir les anomalies qu'une crois-
sance exagérée pouvait avoir produites dans ses proportions.
« Dans ce but j'ai recherché, parmi les 100 cadavres masculins que
j'ai mesurés à la Faculté de Médecine, des individus très grands et en
même temps robustes et bien constitués. Je m'assurais ainsi que leur
taille n'était pas due à un accident de croissance, souvent patholo-
gique, qui fait croître, en longueur seulement, un adolescent, et cela
presque toujours aux dépens de sa robustesse même. Je n'en ai trouvé
que trois, remplissant tout à fait ces conditions. Leur taille élevée
(l",?? en moyenne) n'avait pas été obtenue au détriment de leurs autres
proportions; celles-ci restaient harmonieuses; les muscles étaient même
puissants; c'étaient, en un mot, des géants vrais, c'est-à-dire des
hommes ayant possédé dans leur enfance une capacité de développe-
ment, ou, si Ton aime mieux, une énergie prolilerative de tous leurs
éléments cellulaires, vraiment supérieure à la moyenne.
« Il est vrai que ces cadavres étaient mesurés couchés, tandis que le
géant était debout. Mais il m'a été facile de m'assurer que la différence
de taille que l'on trouve chez un même individu mesuré successivement
dans ces deux positions tient surtout aux modifications du pied : la
voûte s'affaisse et le matelas graisseux de la plante s'écrase sous le
poids du corps dans la station debout, de sorte cjue la dimension de
beaucoup la plus modifiée est la hauteur de la malléole au-dessus du
sol; aussi n'en calculerai-je pas le rapport centésimal. Quant aux
(') G. Papillault, Mode de croissance chez un géant. Bull, de la Soc. d\in-
Ihropolof/ie, l'"'juin 181)9. .' . .
GIGANTISME ET INFANTILISME. 93
segments des membres et du tronc, ils ne subissent que des change-
ments insigniliants, et ce sont eux qui nous intéressent ici.
« Le tableau I donne dans une première colonne A les chiiïres du
géant, dans une seconde B la moyenne des trois cadavres, dans la
dernière le rapport centésimal des deux nombres précédents, montrant
de combien le géant dépasse la moyenne des trois en centièmes de
leur propre taille. Ce rapport manque en regard de quelques mesures,
qui n'ont pu être prises sur les cadavres.
« Par sa taille totale, on voit que le géant atteint un rapport de II."),
ou si l'on préfère, dépasse do 15 centièmes les hommes robustes de
l'",??. S'il avait les mêmes proportions que ces derniers, ce nombre 115
se retrouverait en face de chaque dimension. Ce serait là un cas bien
extraordinaire, car on rencontre, pour chaque individu, des variations
personnelles plus ou moins considérables. Il ne faut donc pas s'étonner
de ne pas rencontrer partout le même rapport. Mais ces variations
offrent un maximum d'écart qu'il est déjà intéressant de noter. Or, nous
voyons qu'elles sont comprises entre 97 et 128 et même 152, c'est-à-dire
que leur écart maximum atteint 51 centièmes, presque un tiers des
dimensions des trois Parisiens. Ce minimum et ce maximum portent
sur des régions faciles à mesurer ; ils se rattachent aux valeurs moyennes
par une suite ininterrompue de nombres intermédiaires, ce ne sont
donc pas des accidents locaux. L'étendue considérable que présente ce
champ des variations nous montre déjà que nous avons affaire à un
individu dont la croissance a échappé aux conditions normales, je veux
dire à cet ensemble d'excitations fonctionnelles et nutritives dont les
relations à peu près constantes déterminent les proportions somatiques
moyennes.
Tableau I. — Mesuret^ du Ironc.
B
Moyenne
Si
de
B = 100
5 Parisiens.
A--=
Géant.
Taille dcbjul t'-oeO l'"770 115
Tronc
Hauteur : trou audilif à pubis .... 0,740 0,740 100
— trou auditif à épine iliaque. 0,048 0,059 98
Largeur bi-acromiale 0,40
Circonférence thoraciquc 1,015
— au niveau de la taille. . 0,892
Bassin.
Hauteur verticale : épine iliaque à pubis 0,092 0,081 11,"
Largeur : entre crêtes iliaques .... 0,.">05 0,511 97
— entre épines 0,265 0,262 100
Membre inférieur droit.
Hauteur : iémur . • 0,,529 0,441 119
— tibia 0,50'.! 0,590 128
— malléole interne 0,087
B
A
Moyenne
■ Si
de
B ^ JOO
Géaul,
5 Parisiens.
A =
0,287
0,256
112
0,14.-
0,!.50
110
0.082
0 ,006
124
0,048
0 ,0470
100
0,i08
0,094
114
0,081
0 ,0658
125
0,126
0,095
152
0,.j81
0,541
111
0,208
0,248
120
0,255
0,200
116
0,1185
0,1045
115
0,125
0,1111
112
0,072
0,0658
112
0,01G
0,016
100
0,074
..
0,067
0,050
115
0 ,007
0 ,0826
117
94 GKiANTISME ET INFANTILISME
Longueur : jiied
— l'^'' orteil avec uiélaLaïaieu.
— 2'" orteil seul
— L'' orteil (partie libre .
Largeur : bicondylienne
— bimalléolaire • • •
— du pied
Membre supérieur.
Hauteur : humérus
— radius ....
Longueur : main
— médius. . .
— pouce avec m..^tacaivie:i .
pouce seul
— ongle du médiu.-i. ...
Largeur : humérus (extrémité infér.'.
— poignet
— main
« Une seconde question se pose dès lors à nous : ces irrégularités
montrent-elles un véritable alTolement dans la croissance de ce géant,
frappant cà et là une partie de l'organisme, au hasard et sans ordre
aucun, ou au contraire obéissent-elles à une loi, peuvent-elles être
systématisées? — Un examen attentif du tableau I va nous permettre
de répondre.
« On voit de suite cjue le tronc est la région ({ui a le moins augmenté.
La hauteur et la largeur du bassin ont à peu près les mêmes dimen-
sions que chez les trois Parisiens.
« Il n'en est plus de même pour les membres, dont tous les segments
sont bien supérieurs à la moyenne B; mais avant d'entrer dans leur
examen détaillé, constatons tout d'abord que le membre inférieur s'est
accru davantage <{ue le supérieur.
« Il y a là un caractère très important à noter, car les troubles patho-
logic[ues de la croissance portent particulièrement sur les membres
inférieurs. C'est ce c|ue l'on peut constater après les maladies fébriles
des adolescents. C'est ce c[u'on trouve également chez les eunuques qui
ont été mutilés avant la puberté. Très souvent je rencontre parmi les
cadavres de la Faculté ce type de dégénéré dont le tronc étroit,
malingre, s'associe avec des membres inférieurs très longs et des
membres supérieurs courts.
« La croissance relative des segments n'est pas moins intéi^essante.
Les segments proximaux, fémur et humérus, ont un rapport beaucoup
moins élevé que les segments distaux. On sait, et j'ai un certain
nombre de mesures cjui en font la preuve, que les statuaires augmentent
la longueur du segment distal dans le membre inférieur; on sait, d'autre
part, que la grandeur de l'avant-bras par rapport au bras est un carac-
I
GIGANTISME ET INFANTILISME. 95
tère simien. Il est curieux de voir une cause pathologique déterminer
du même coup des caractères aussi inverses, et on doit en conclure
qu'il y a bien des retouches à faire dans les classifications les plus
généralement admises des formes esthétiques ou régressives.
« La main et le pied ont augmenté de longueur un peu moins que le
segment distal qui leur correspond. Cet accroissement semble avoir
porté à peu près également sur tous les os qui les composent.
« En résumé, la cause déterminante de ce cas de gigantisme a atteint
les divers segments d'une façon systématique. Elle a eu, dans l'orga-
nisme, une élection spéciale pour les membres, dans les membres pour
le membre inlerieur, dans leurs segments pour le segment distal.
< L'accroissement des os en épaisseur ne montre pas nettement le
parallélisme qu'on serait en droit de supposer entre lui et l'élection
spéciale qu'on observe dans l'allongement, ou, si cette élection agit
encore ici, elle est en grande partie masquée par une loi beaucoup plus
simple : tout le périoste semble avoir reçu une excitation fonctionnelle
à peu près uniforme ; la couche osseuse déposée ainsi sur toute la
surface du squelette détermine forcément dans la forme et l'épaisseur
relative des os des modifications d'autant plus sensibles qu'on observe
des os plus petits. Il en résulte c{ue l'épalssissement des extrémités,
qu'on constate dans certaines maladies osseuses, comme l'acromégalie,
ne tient peut-être qu'à une irritation générale du périoste, causée,
comme on le sait, dans l'exemple que j'invoque, par les produits de la
glande pituitaire. Il en résulte aussi dans notre cas que, lorsqu'un
diamètre ne porte que sur un seul os (longueur bicondylienne du fémur),
c'est-à-dire lorsque le diamètre ne comprend entre ses deux extrémités
que deux membranes périostiques, on constate l'accroissement le plus
faible. L'indice augmente quand le diamètre comprend deux os, c'est-à-
dire quatre membranes périostiques (malléoles, poignet). Enfin, il
atteint son maximum au niveau de la main et du pied quand le diamètre
comprend quatre ou cinq os juxtaposés sur une même ligne. (Voir
tableau I.)
« Ces deux modes d'accroissement, en longueur et en largeur,
obéissent donc chacun à une loi particulière : peut-on entrevoir une
explication satisfaisante de ces processus différents? Pour avoir une
réponse sûre, il faudrait avoir un plus grand nombre d'observations.
Cependant quelques remarques, faciles à faire dès maintenant, vont
nous donner des indications sur cette question.
« Comme nous le verrons plus loin, ce cas de gigantisme n'est qu'une
croissance prolongée ou delà de S07i époque habituelle par une cause anor-
male. Ordinairement, un adolescent qui arrive à l'àge de 17 à 18 ans est
bien près d'atteindre sa taille définitive. Certains de ses cartilages de
conjugaison ont déjà disparu par suite de la soudure des épiphyses,
d'autres sont sur le point de s'arrêter, d'autres enfin vont croître encore
jusqu'à 24 ans. Ces cartilages sont donc à des périodes d'activité très
diverses, depuis l'arrêt complet jusqu'à la prolifération la plus forte. On
96 GIGAMISME ET INFANTILISME.
peut dès lors supposer qu'ils auront, devant une cause pathologique
d'irritation, des réactions fort différentes, et il en résultera une élection
particulière pour les cartilages qui étaient encore en activité, et un
trouble systématique dans les proportions du corps.
« Le périoste, au contraire, a une période d'activité beaucoup plus
longue, puisque les os augmentent d'épaisseur jusqu'à un âge assez
avancé, il réagira donc d'une façon beaucoup plus uniforme. Il est
possible et même probable que cette activité de la couche ostéogénique
du périoste n'est pas exactement partout la même, il y aura donc encore
de sa part une réaction variable suivant les régions devant l'irritation
pathologique. Mais ces variations seront bien moins prononcées que
dans les cartilages, puisque partout le périoste garde le pouvoir de
créer de l'os, tandis que beaucoup de cartilages ont perdu définitive-
ment leur activité.
« On voit donc que les troubles qui surviennent dans la sécrétion
des glandes trophiques doivent imprimer à l'organisme une croissance
très spéciale et dont le mode varie nécessairement suivant l'âge où ces
troubles surviennent. Tous les tissus ostéogènes (cartilagineux oa
périostiques) réagissent suivant le degré d'activité normale qu'ils
possédaient encore au début de la maladie. Il en résulte nécessairement
dans le squelette un défaut de corrélation avec les organes neuro-mus-
culaires qui le meuvent et en temps ordinaire dirigent sa croissance.
C'est donc, dans toute l'acception du mot, un squelette anormal, puis-
qu'il échappe à la loi fondamentale de corrélation qui détermine ses
proportions.
« C'est bien là le cas de notre géant; ses muscles sont restés station-
naires, tandis que son squelette croissait toujours. Par suite, ses forces
ont diminué, il se fatigue très vite, sa force des mains est bien au-
dessous de la moyenne, ses formes encore assez arrondies, comme on
peut le voir sur la photographie (fig 2 et 5), laissent apercevoir diffi-
cilement les saillies musculaires sous la couche assez abondante du
tissu adipeux. Le tableau II montre bien que les membres n'ont pas un
volume en rapport avec leur longueur.
« Ces faits vont nous expliquer la genèse du genu valgiun que le
géant présente du côté gauche, et qui est apparu au cours de sa crois-
sance anormale.
Tadleau II. — Circonférences. -
Cou 0'"570
Thorax 1,015
Taille , . 0,892
Bras 280
AvanL-bras 271
Poignet.. 197
r.Liisse : circonliirencc supérieure uroile . - 544
— — — gauche 559
— — inférieure droite 420
-" • — . _ gauche ■ .599
GIGANTISME KT INFANTILISME.
Mollet : circonférence droite
— — gauclie
Malléoles, des deux cùLés
582
375
240
97
« Remarquons tout d'abord que d'une façon générale le squelette a
acquis une résistance parfaitement suffisante pour remplir ses fonctions
de support. Il ne présente aucune de ces incurvations qui sont les
signes évidents de la faiblesse osseuse. Au contraire les muscles et les
ligaments n'ont pas acquis un développement corrélatit avec celui du
squelette, et sont devenus de plus en plus insuffisants à remplir leur
tâche. Si donc ces parties molles jouent un rôle important dans la
forme et la résistance de certaines régions du squelette, c'est là seule-
ment que nous découvrirons des traces de faiblesse, et elles ne tien-
dront pas au tissu osseux lui-même, mais à des causes cxtéi^eures à
lui, à la faiblesse des membres et des ligaments.
« Nous en trouvons tout d'abord dans les courbes du rachis qui sont
très accentuées. Le sujet avait même beaucoup de peine à se redresser
pendant que je le mesurais.
« Ce fait était dû évidemment à sa faiblesse générale; on sait en
effet que Dlcheane de Boulogne a démontré
depuis longtemps le rôle des muscles dans les
courbures de la colonne vertébrale.
« C'est aussi à la même influence musculaire
que cet auteur rattachait le maintien de la
voûte plantaire. On ne sera donc pas étonné de
constater que notre géant avait sa voûte plan-
taire légèrement affaissée, qu'il avait, en un
mot, une tendance au pied plat.
a Enfin c'est encore à la même cause qu'il
devait l'apparition progressive de son genu
vcdgum. La figure 17 le fera comprendre facile-
ment : la diaphyse fémorale est oblique sur
l'axe des condyles XX, c'est-à-dire qu'elle fait
avec cet axe un angle plus petit que 90°; comme
conséquence immédiate elle fait avec les os de
la jambe un angle A ouvert en dehors et plus
petit que 180". Naturellement le poids du corps,
agissant dans la direction P, va tendre à fer-
mer davantage cet angle A. Examinons ce qui
va se passer chez un adolescent dont les car-
tilages de conjugaison ne sont pas encore sou-
dés. (Pointillé de la fig. 16.)
« Si l'angle A tend à se fermer, ce mouvement
d'inclinaison du fémur sur le tibia va tendre
à séparer en dedans les surfaces articulaires tibio-fémorales ; il en
résulterait une luxation à laquelle vont s'opposer les puissants liga-
ments de l'articulation, ligaments croisés et ligament interne. Par eux
LAUNOIS ET r.OY. 7
Fig. 16. — Les os du mem
lare inférieur avec leurs
épipiiyses noa encore
soudées. (D'après l'ana-
loinie de l'oiiuEU.)
98 GIGANTISME ET INFANTILISME.
l'épiphyse condylienne sera donc maintenue solidement en place sur
l'épiphyse tibiale.
« Mais nous avons un autre point faible, c'est le cartilage de conju-
gaison C D, ciui forme un disque dont la prolifération cellulaire déter-
mine rallongement de Fos. La tendance de Fangle A à se fermer sous
l'influence du poids du corps va déterminer dans la partie externe D de
ce disque une pression considérable, et au contraire dans la partie
interne C une pression négative, une tendance à la disjonction des deux
surfaces osseuses diaphysaire et épiphysaire. Cette différence de
pression dans les deux régions du disque va déterminer une différence
de croissance à leur niveau ; elle sera très faible en dehors et consi-
dérable en dedans, et l'oblicfuité de l'axe fémoral ira en augmentant
jusqu'à la formation d'un genu valgum.... A moins qu'une force contraire
ne vienne annuler l'effet de la pesanteur.
« Nous n'avons pas le choix dans la détermination de cette force : elle
ne peut exister que dans les muscles. Le manchon épais qu'ils forment
autour des os dans le membre inférieur est toujours, dans la station
debout, en un état de contraction ou de tonicité qui agit précisément
au moment oî^i agit la pesanteur. Tous les muscles internes qui partent
du bassin ou du fémur et vont s'insérer sur la jambe (vaste interne,
demi-tendineux, demi-membraneux, jumeau interne etc.), vont avec
leurs antagonistes équilibrer l'action de la pesanteur et corriger
l'influence néfaste c^u'à elle seule elle aurait exercée sur la croissance
des cartilages.
« Si les muscles internes sont trop forts, par suite d'un exercice
continuel, comme dans l'équitation, il peut se faire que cette correction
soit exagérée, et produise une inflexion inverse; si au contraire le
système musculaire est tro[) faible, comme chez notre géant, son action
reste inefficace, et la déformation due à la pesanteur se produit.
« La localisation de cette infirmité sur un membre ou sur un autre
est souvent due sans doute à des causes locales et accidentelles difficiles
à préciser, mais le tableau II nous montre ici bien nettement pourquoi
elle est apparue à gauche : c'est que les circonférences et, par suite, le
développement et la force des muscles étaient nettement plus faibles à
gauche cju'à droite.
« II. Étude de la tète. — L'examen que je viens de faire du tronc et des
membres nous a montré le processus qu'a suivi le trouble pathologic[ue
survenu chez notre géant à la fin de l'adolescence : Il a irrité le tissu
ostéogéniqite en 'proportion de l'activité fonctionne Lie que celui-ci possédait
encore à celte époque. Cette activité étant très variable suivant les carti-
lages, dont certains sont déjà arrêtés, tandis que d'autres sont encore
en pleine prolifération, il en est résulté une grande variété dans l'accrois-
sement des os à leur niveau. Les tissus ostéogéniques d'origine mem-
braneuse, conservant plus longtemps leur pouvoir, ont montré plus
d'uniformité dans leur accroissement. Quant aux autres tissus, ils sont
restés indifférents à cette irritation, et leur état stationnaire a déterminé
<iIGAMISME ET INFAMlfJSME. 99
un défaut de corrélation entre le squelette et le système neuro-muscu-
laire tout entier.
« Appliquons ces données à Tétude de la tête, et essayons d'en déduire
ce qui doit se passer à son niveau.
« Tous les os dont les sutures sont complètement soudées ne pour-
ront plus nécessairement s'allonger; seule leur épaisseur pourra encore
augmenter, puisqu'elle dépend de l'activité périostique.
« Toutes les sutures restées libres vont proliférer, mais la croissance
des os à leur niveau ne sera plus déterminée, comme à l'état normal,
par le développement du cerveau qu'ils renferment, ou par celui des
muscles qui prennent insertion sur eux; comme dans le tronc, elle
échappera ici aux corrélations fonctionnelles et dépendra de l'activité
que possèdent encore les sutures entre 17 et 18 ans.
« Voyons maintenant si le tableau 111 confirme ces hypothèses. Les
mesures y sont sériées suivant leur ordre de décroissance relative chez
le géant. Les dernières sont donc celles qui présentent chez lui le
moindre développement; elles nous prouvent immédiatement le défaut
de corrélation fonctionnelle que je signalais plus haut dans le squelette :
le crâne s'est accru indépendamment du cerveau, et les os de la voûte,
s'étendant au niveau des sutures sans subir de pression interne, n'ont
pas augmenté leurs courbures; il a dû même en résulter une sorte de
pression négative tendant à effacer les courbures qu'ils avaient déjà.
Aussi la distance qui sépare les bosses pariétales est-elle chez lui bien
inférieure à notre moyenne, dont elle n'atteint que les 9'i pour 100. Je
n'ai pu prendre les bosses frontales, complètement effacées, comme on
peut s'en rendre compte sur la photographie n" 2, qu'il est très inté-
ressant de comparer avec celle que M. Capitan a fait prendre en 1895
et dans laquelle le front est manifestement plus droit, et possède des
bosses frontales encore visibles. Le transverse maximum tombait très
bas chez lui, immédiatement au-dessus de l'oreille, et s'il est un peu
plus développé que le diamètre bi-tubéral, c'est à cause précisément de
sa proximité de la base du crâne, dont l'influence se fait déjà sentir
sur lui.
Tadleau III. — Mesures de la tèle, sériées d'après la déeroissanee de leur indice — •
B
Hauteur naso-alvéolaire
Hauteur naso-sous-nasale
Largeur bi-angulaire interne (yeux). .
Hauteur ophryo-alvéolaire
Largeur bi-angulaiie externe (yeux). .
— bi-masloïdienne
Diamètre antéro-po&térieur glabellaire
Hauteur ophryo-mentorvnière
B
A
Moyenne
Si
de
B = 100
GéauL.
ô Parisiens.
A =
mm.
mm.
87
74,5 ■
116
04
56,7
112
30
3i,2
lii
102
95,2
107
96
91,5
104
14^2,5
141
101
199
196
101
154
155,5
101), ?■
100 GIGANTISME ET INFANTILISME.
B
A
Moyenne
Si
de
B -■= 190
Gûaiil.
5 Parisiens.
A =
mm.
mm.
195
195,5
99 , 7
145
145,5
99 ,6
116
117
91,1
108
i09,5
9<S , 6
5li
50,7
9<S,0
156
105,5
95,4
104,5
109,7
95,2
136
147,5
92
Diamèlre antéro-postérieui' métopii{ue.
Largeur bi-zygomalique
— bi-g'oiiiaque
Diamèlre gonio-mentonnier
Largeur du nez
Diamètre transverse maximum. . . .
— frontal minimum.
— bi-tubéral pariétal
« II faut tenir compte, ici, je le sais, des variations individuelles; il est
probable que si on sériait les mesures d'un autre individu atteint de la
même alTection, elles ne tomberaient pas exactement à la même place
que celles-ci, mais le sens général lïen serait certainement pas changé,
parce que les mesures se sont placées, dans notre sériation, en groupes
trop nettement systématiques pour qu'ils soient l'effet du hasard.
« C'est ainsi que nous venons de constater que les deux mesures le
plus étroitement liées au développement cérébral ont l'indice le plus
faible et sont restées bien au-dessous de la moyenne. Le diamètre
métopique n'atteint pas encore cette dernière et d'un autre côté il est
de A millimètres plus petit que le D. glabellaire, ce qui est en rapport
évident avec l'effacement des bosses frontales. Mais sa valeur est encore
trop forte et n'est pas l'expression exacte du développement cérébral :
on verra en effet plus loin que l'occipital fait une saillie en arrière qui
augmenle la longueur totale du crâne, et qui ne tient nullement à un
accroissement du cerveau.
« Sont encore au-dessous de la moyenne les diamètres qui portent sur
un os dont les points d'ossification se soudent bien avant la puberté.
C'est ainsi que la mandibule, par ses dimensions transversales
(D. bi-goniaque) et par sa longueur (D. gonio-mentonnier) est restée
au-dessous de la moyenne.
« La largeur du frontal rentre dans le même cas. Les deux os, soudés
de bonne heure, avaient des dimensions transversales en rapport avec
le volume médiocre du cerveau; ils les ont conservées au milieu de la
croissance générale.
« Nous pouvons maintenant comprendre la largeur bi-zygomatiquc.
Elle présente chez l'homme deux sortes de variations bien différentes :
l'une est fonctionnelle, et dépend des muscles masticateurs (ce n'est
pas le cas, ici) ; l'autre est i)urement mécanique et dépend de Fécartc-
ment des os qui la soutiennent, frontaux en avant, et temporaux en
arrière. C'est ce qui s'est passé chez le géant, aussi voyons-nous son
indice être intermédiaire entre celui du bi-mastoïdien, et celui du
frontal minimum.
« Toutes les sutures restées libres se sont au contraire accrues et
suivant la même loi que l'étude seule du tronc nous avait révélée; oh le
GIGANTISMI^ ET INFANTILISMK. 101
voit de suite en parcourant la première moitié du tableau III. Tous les
diamètres comprennent dans leur étendue une ou plusieurs sutures qui
restent libres pendant toute l'adolescence. Mais d'un autre côté il est
évident que leur accroissement n'est nullement proportionnel au nombre
des sutures, puisque c'est la hauteur naso-alvcolaire qui a l'indice le
plus élevé. Dans la tète comme dans le tronc l'extension des os a
dépendu de l'activité des sutures à l'époque où les troubles patholo-
giques sont survenus.
« Il n'est pas facile de savoir quelle est au juste cette activité dans
l'adolescence; cependant on peut s'en faire une idée très apjjroximative
en tenant compte de l'état des sutures avant et après la période que
nous examinons. Après elle, l'activité des sutures nous est révélée par
l'époque plus ou moins tardive de leur soudure; avant elle, leur activité
nous est indiquée par la croissance du crâne à leur niveau depuis la
naissance. Examinons d'abord cette dernière, de beaucoup la plus
importante, en comparant, comme je l'ai fait dans le tableau IV, des
crânes de nouveau-nés avec des crânes d'adultes : l'indice de la troisième
colonne représente la croissance de l'adulte depuis sa naissance, la
valeur de cet accroissement étant représentée pour chaciue diamètre en
centièmes de sa longueur chez le nouveau-né.
A
Tadleau IV. — Mesures sériées d'après la décroissance de leur indice —■
A
B
20 crânes
Si
oO crânes
de
B = 100
d'adultes.
nouveau-nés.
A =
in m.
mm.
68,9
21,8
516
40,1
'18,8
261
84,5
56,1
254
129,7
61,2
211
25,9
12,2
195
25
14,05
178
145,5
84,2
170
181
108,1
167
90,4
58,6
164
61,2
45,5
155
Hauteur naso-alvéolairo
— naso-spinale
— ophryo-alvéolairo
Largeur bi-zygomatiquc
— du nez
— bi-orbitaire interne .....
Diamètre Iransverse maximum ....
— antéro-postéileur glabellairc
— frontal minimum
Distance bi-tubérale frontale
a Ce tableau ne nous dit pas à c{uelle époque se fait la croissance,
mais il nous donne une indication précieuse sur l'accroissement relatif
des diamètres et par suite sur l'activité totale des sutures qui leur
correspondent. Si les sutures de notre géant ont réagi proportionnelle-
ment à l'activité C[u'elles possédaient encore, il est déjà probable que
l'activité totale de chaque suture indiquée par le tableau IV et l'activité
de ces sutures vers l'âge de la puberté doivent avoir une dépendance
assez étroite, d'où résultera un certain parallélisme entre les sériations
des tableaux III et IV. Mais ce parallélisme doit être encore bien plus
étroit si on se rappelle une loi de croissance sur laquelle le D' M. Holl
102 GIOANTIS^IE ET INFAMIi ISME.
a insisté tout particulièrement Tannée dernière (•) : les translormations
du crâne ont lieu surtout à deux périodes, pendant la première et
pendant la seconde dentition. Comme cette dernière s'étend jusqu'à la
puberté, on doit en conclure cjue les sutures qui prolifèrent le plus
dans cette transformation étaient encore, pour la plupart, en activité au
moment où le gigantisme a débuté.
a En fait les deux tableaux montrent dans leur sériation une analogie
remarcjuable tout à fait en accord avec les déductions que je viens de
laire. La hauteur de la face est dans les deux cas en première ligne; le
diamètre frontal minimum et la distance bi-tubérale (frontale ou
pariétale, c'est à peu près la môme chose) sont les dernières.
« Mais il y a également des différences, on devait le prévoir, car s'il y
a, comme je le disais plus haut, une dépendance entre l'activité
générale de chaque suture pendant la période totale de sa croissance
et son activité à l'Age de la puberté, cette dépendance n'entraîne pas
une similitude complète. C'est ici qu'il faudrait tenir compte de l'époque
où chaque suture se ferme : celles cjui se soudent le plus tôt devant
être déjà presque arrêtées au moment qui nous occupe. Mais les diffé-
rences entre nos deux tableaux peuvent aussi tenir à des variations
individuelles spéciales au géant, et pour faire le départ entre ces deux
ordres de facteurs, il faudrait avoir assez de sujets pour avoir une
moyenne stal)le. C'est pourciuoi, négligeant ces différences, je retiendrai
seulement la loi générale qui ressort de la grande ressemblance
qu'affecte l'ordre de ces deux sériations : le géant s'éloigne de notre
moyenne dans le même sens que l'adulte s'éloigne du nouveau-né, loi
qui peut s'exprimer d'une manière plus précise, dans les termes
suivants : les sutures qui prolifèrent le plus pendant la période de crois-
sance sont aussi, d'une façon générale, celles (jui ont montré le plus
d'activité dans la formation du gigantisme.
« La forme générale de la tête répond tout à fait au mode de crois-
sance cpie je viens d'analyser : d'une façon générale elle accentue les
différences cjui séparent l'adulte de l'enfant, mais avec quelcjues carac-
tères spéciaux sur lesquels j'appellerai l'attention.
« Elle s'éloigne au maximum de l'enfant par la largeur de la base
et l'étroitosso de la voûte dans tous les sens, par l'allongement de la
face, la snillie de la glabelle cjui est considérable, l'effacement des
bosses frontales.
« Mais le menton est en retrait, comme le faisaient prévoiries dimen-
sions de la mandibule, et le sus-occipital fait une saillie très brusque
en arrière et si considérable qu'elle est parfaitement visible sur la
photographie de profil (fig. o).
« Cette saillie est un caractère très intéressant, car on sait qu'elle se
rencontre plus souvent chez certaines races. Je ne peux pas m'étendre
(*) Ueljer G''!^lMsbildung, par le professeur M. IIoll, in Grnz, in MitlheUunrj-
en der Anthrop. Gescll., in Wien, 1898.
GIGANTISME ET INFANTILISME.
103
outre mesure sur sa genèse. Celte question peut cependant être éclairée
sur quelciues points par les renseignements que nous possédons sur
notre g-cant. Remarquons d'abord qu'il ne faut pas confondre la saillie,
dont je parle ici, avec la simple projection du sus-occipital en arrière
de l'inion. Cette dernière est parfaitement compatible avec une courbe
de profil parfaitement régulière. Examinons, au contraire, le dessin
ci-joint (fig. 17), c{ui représente un acroniégalique appartenant à
l'École d'Anthropologie. On voit que la courbe est interrompue au
nijeau du lambda : le bord supérieur du sus-occipital lait une saillie
Fig. IS. — Crùne acromégaliqnc desLiné à monlrer le ressaut post-Iainbdoïdien.
(D'après Papill.itilt.)
en arrière des pariétaux, et il en résulte une sorte de ressaut à ce
niveau, toujours très sensible au toucher. Cette différence de niveau
entre les deux os est si prononcée sur le géant, qu'on l'aperçoit très
bien malgré la chevelure, sur la photographie en profd (llg. 5).
« Examinons maintenant la jihotographie faite en '1894. 11 est assez
difficile de la comparer avec la plus récente, parce que les positions ne
sont pas exactement les mêmes. De face, la tête est plus inclinée en
avant dans la photographie ancienne, et, en profil, elle est plus tournée
à droite. Leur comparaison attentive peut nous révéler cependant
quelcjnes transformations importantes acquises pendant les cinc{ ans
qui les séparent, et durant lesquelles le géant a encore grandi de
15 centimètres. D'une façon générale on peut dire cjne la deuxième
photographie s'éloigne de la première dans le même sens et suivant
les mêmes caractères que le géant s'éloigne de la moyenne dans le
tableau 111 ou cjue l'adulte s'éloigne du nouveau-né dans le tableau IX.
Quant à ce C[ui regarde la saillie post-lambdoïdienne, on ne l'aperçoit
pas sur la photographie faite en 1894. La tête semble être alors parlai-
lOi GICANTISME ET INEAMILISMI' .
lemenl rét;ulièi'e, quoique les cheveux Tussent alors plus courts. Peut-
être la difleronce de position la masquerait-elle un peu, mais il paraît
évident que. du moins, elle était beaucoup moins prononcée. C'est là
un fait très important puisqu'il nous révèle que ce caractère est acc{uis,
au moins en grande partie, dans la dernière période de croissance du
géant, c'est-à-dire qu'il est apparu dans la période nettement patholo-
g-i({ue. Nous pouvons déjà en conclure avec une entière certitude que
les muscles masticateurs ou ceux de la nuque n'y sont pour rien, car
nous savons que le système musculaire s'est très affaibli depuis 1894.
Nous pouvons en dire autant du cerveau : toutes nos mesures nous
ont prouvé que cet organe était resté stationnaire et d'un volume très
ordinaire. Voilà un second point très important, puiscjue Broca, dans
son travail sur les crânes des Eyz-ies{^), pense que la saillie post-
lambdoïdienne se produit « lorsque, pendant l'enfance, le volume du
cerveau s'accroît plus rapidement que de coutume ». C'est très nette-
ment le contraire ici, il s'est produit après l'enfance, il ne dépend pas
de la croissance cérébrale.
« A quoi peut-on l'attribuer? Je pense que des facteurs très différents
peuvent intervenir, mais, avant de les passer en revue, examinons
d'abord le mécanisme immédiat de cette malformation. Elle est mani-
festement le résultat d'une disjonction entre le bord supérieur du sus-
occipital et le bord postérieur des pariétaux. Comme la saillie qui lui a
succédé, cette disjonction était d'autant plus prononcée cju'on se rap-
proche de la pointe occipitale; elle devient nulle au contraire dans les
environs de l'astérion. Si donc on envisage le crâne dans sa position
normale, c'est-à-dire en place sur ses condyles, on peut dire que cette
saillie est due à un mouvement de bascule soit de l'occipital en arrière,
soit des pariétaux en avant.
« Cet examen théorique nous conduirait donc à admettre deux types
très différents de crânes affectés de cette anomalie ; les uns auraient
un occipital très faible, c|ui s'affaisserait autour de son point d'appui,
condyles et colonnes vertébrales. Les autres auraient au contraire des
os très développés, un occipital résistant, et ce serait le reste du crâne,
C{ui, pour une cause à déterminer, basculerait en avant.
« Ces deux types existent en effet. Je ne sais s'ils peuvent à eux seuls
expliquer tous les cas de saillies post-larabdo'ïdiennes; peut-être
pourra-t-on invocjuer quelciuefois la soudure prématurée de certaines
sutures de la région antérieure. Mais je pense que la grande majorité
des cas rentrent dans les deux types que je viens de décrire.
« Un premier se présenterait donc chez les crânes dont l'occipital ne
peut suffire à sa tâche de support. Cette variété n'est pas une vue de
l'esprit, j'en ai prouvé l'existence à l'état normal dans mon travail sur
la base du crâne (''). Les cas de déformation plastique n'en sont que
l'exagération; l'acromégalique c{ue je reproduis ici en est un exemple.
(') Broca, Mémoires, t. II, p. 189.
(-) Étude morphologique de la base du crâne. Didl. Soc. cVAnlhrop., 1898.
I
GIGANTI^S^IE ET INFANTILISME. 105
Les os de la base du crâne sont très minces et n'ont 1)li résister au
poids du cerveau. L'occipital a basculé en arrière et forme une saillie
très marquée. J'ai rencontré encore cette saillie sur des hydrocéphales
anciens, sur des crânes pathologiques, celui de Mazarin entre autres,
tous présentant l'enroncement de la base du crâne, c'est-à-dire l'affais-
sement de l'occipital autour de ses condyles.
« Le second type est bien différent. Les crânes sont robustes, les
condyles font une forte saillie au-dessous de la base crânienne, les
méats auditifs, au lieu d'être à peu près au même niveau que lebasion,
comme dans la figure, sont situés beaucoup au-dessus de lui; tout
nous montre que l'occipital a résisté facilement au poids qu'il doit
supporter. Dès lors la saillie n'a pu se former que par un déplacement
en avant et en haut des pariétaux, mais il semble à première vue diffi-
cile de comprendre ce mouvement. C'est pourtant celui qui a dû se
produire chez notre géant.
i Supposons un crâne dont la dentition soit achevée; les muscles
masticateurs vont s'arrêter dans leur développement. Dès lors le crâne
antérieur (face, frontal, sphénoïde) n'aura plus aucune tendance pour
se porter en avant, puisque la cause déterminante de cette impulsion,
les muscles masticateurs, n'agit plus, et la suture basilaire, qui
rend possible ce mouvement, va se fermer, puisqu'elle est devenue
inutile.
« Cependant les autres sutures de la base peuvent encore proliférer
et déterminer à leur niveau un accroissement notable des os ; la suture
temporo-occipitale si épaisse, si longtemps libre, sera particulièrement
active. Cette croissance peut survenir pour les causes les plus diverses :
pour une cause pathologique, comme chez notre géant, ou par suite
d'un accroissement des muscles de la nuque, C{ui se feront de la place
en repoussant en haut l'inion externe, et en écartant transversalement
les os de la base; enfin elle peut tenir à une simple corrélation avec le
reste du squelette qui continue à grandir.
« Cette activité des sutures déterminera non seulement un élargisse-
ment de la base, mais aussi un mouvement des temporaux en avant et
en haut, par suite de la direction oblique de la suture temporo-
occipitale.
« Si la suture basilaire était libre, il y aurait un glissement total des
temporaux et du crâne antérieur en avant de l'occipital, les pariétaux
s'étendraient un peu, et la courbe resterait bien probablement régu-
lière. Si, au contraire, la suture basilaire est soudée, les sphénoïdes
s'opposent à ce glissement en avant, et il en résulte un mouvement de
bascule en haut et en avant exécuté par les temporaux et par les parié-
taux qu'ils supportent. Le crâne augmente de hauteur, en môme temps
que se forme le ressaut au niveau du lambda, en même temps aussi
que la base s'élargit. Le crâne tend, par suite, à devenir ogival, si on
le regarde de face, et en profil il perd la régularité de sa courbe.
a II semble bien que c'est le processus qui a agi chez le géant, et je
106 GIGANTISME ET INFANTILISME.
serais bien tenté d'invoquer encore une action analogue dans des
crânes magdaléniens.
« III. Pathogéme. — Maintenant que j'ai analysé le mode de crois-
sance qui s'est produit dans ce cas de gigantisme, il restei'ait à décou-
vrir quelle est la cause déterminante de tous ces troubles. Venant
après des pathologistes tels que MM. Lucas-Championnièbe et Capitan
qui ont observé ce géant dans les bôpitaux, il m"est difficile d'ajouter
quelque chose.
« On ne peut rien tabler sur les renseignements du malade, dont
Fintelligence est très méJiocre, et qui ment comme tous les dégénérés.
II se nomme F..., est âgé de 27 ans, son gigantisme aurait débuté vers
18 ans. Son habitus peut, au contraire, nous donner des indications
utiles. Je ne reviendrai pas sur la forme générale du corps et de la
tète décrite plus haut: j'ajouterai seulement que les oreilles sont déta-
chées, le lobe est visible, elles ont 72""", 5 de long et 41 de large. La face
est sans expression, Lintelligence semble avoir bien diminué depuis
quelques années, elle a suivi sans doute la même décroissance c{ue la
force musculaire.
« Ce qui frappe le plus c'est l'état d'infantilisme où est resté le sujet :
la barbe mancpie totalement, le corps est tout à fait glabre, quelques
poils ont cependant poussé au pubis depuis l'âge de 22 ans. C'est éga-
lement à cet âge c[ue la puberté serait apparue, les désirs vénériens
étant toujours restés fort peu développés. C'est du moins ce c|ue je lui
ai fait avouer et il faut reconnaître cjue c'est tout à fait en accord avec
l'état des organes génitaux. La peau cjui les recouvre n'est pas plus
pigmentée que sur le reste du corps, les testicules sont petits, la verge
au-dessous de la moyenne.
" Est-ce cet infantilisme qui aurait déterminé la croissance exagérée
de F...? On serait tenté de l'admettre. Otto Ammox, dans son étude sur
l'infantilisme en Bavière (M, n'a-t-il pas trouvé c{ue les jambes sont
relativement plus longues chez les infantiles parce qu'elles continuent
à croître au lieu de s'arrêter, comme c'est l'habitude, au moment de la
puberté ou peu après? Ne sait-on pas que chez les eunuques mutilés
dans l'enfance, la taille devient supérieure à la moyenne surtout par
l'allongement des membres inférieurs? Tout cela est vrai et cependant
les infantiles et les eunuques ne deviennent pas des géants de deux
mètres.
« C'est pourquoi il me semble cju'on doit invoquer un trouble plus
profond. Infantilisme et gigantisme ne sont ici probablement que des
résultats concomitants d'une cause que je n'ai pas la prétention de
découvrir, mais qui, sans doute, a son siège dans une de ces glandes
trophicjues dont les variations fonctionnelles influent si puissamment
sur la croissance générale de l'organisme. 11 serait naturel de penser
tout d'abord à la glande pituitaire, mais il ne me semble pas que ce
(*) Voir Anthropologie, 1896, p. 284.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 107
soit un cas très net d'acromégalie. Rien n'empêche d'ailleurs d'ad-
mettre ici un cas mixte où viendrait converger l'influence de plusieurs
glandes trophiques parmi lesquelles les testicules ont pu jouer leur
rôle.... Malheureusement nous entrons ici dans le champ des hypo-
thèses actuellement invérifiables. »
De celle élude si précise de Papillault, que nous avons tenu à
reproduire intégralement, on peul dégager les conclusions gé-
nérales suivantes :
Chez- vu géant infantile,
a. Le tronc est proportionnellenient a peu près normal et l allon-
gement anormal porte surtout sur les membres;
b. Les membres inférieurs sont proportionnellement plus accrus
que les membres supérieurs :
c. Les segments proximaux des membres [fémur, humérus) sont
moins accrus proportionnellement que les segments distaux;
d. La main et le pied sont un peu moins accrus que le segment
distal correspondant .
Il serait superflu d'insister sur l'analogie de ces conclusions,
particulières au géant Charles, avec celles, beaucoup plus géné-
rales, qui se dégagent des plus récents travaux de Manouvrier
et Papillault sur les variations des proportions du corps suivant
la taille. (Voir chapitre III du livre I, page 40).
Déjà, à l'époque où il observait le géant Charles, Papillault
concluait que le trouble systématique, constaté dans les dilîé-
renles proportions de son corps, devait s'expliquer par des
modifications existant dans l'état des différents cartilages juxta-
épiphysaires, qui, par suite, réagissaient inégalement à la
cause anormale et inconnue qui excitait et prolongeait leur
activité proliférative.
Nos recherches radiographiques sont venues pleinement
confirmer celle hypothèse : les cartilages, dont les rayons de
Rûntgen nous ont montré la persistance, sont précisément ceux
qui, à l'étal normal, s'ossifient le plus tardivement (épiphyscs
voisines du genou, épiphyses éloignées du coude). C'est au
niveau de ces cartilages encore actifs que s'est produit en trois
ans l'allongement des différents segments des membres que
rend plus évident la comparaison des chiffres recueillis en
108 GIGANTISME ET INFANTILISME.
1890 et en 1902. Cette comparaison montre, de plus, que les
différents segments des membres ne se sont pas accrus d'une
manière égale et proportionnelle, et, à cet égard, il semble que
les conclusions de Papillault, exactes en 1809, ne le soient peut-
être plus autant en 1002.
En ce qui concerne le membre inférieur droit, il semble tout
d'abord que l'allongement n'ait pas été très considérable .■ le
grand trochanter, qui élait il y a trois ans à une hauteur
de l'",118 au-dessus du sol, est aujourd'hui à l'",129; il n'a
donc subi qu'une augmentation de 11 millimètres. Mais il faut
tenir compte de l'affaissement de la voûte plantaire (la hauteur
de la malléole interne, de 87 millimètres, en 1800, n'atteint plus
aujourd'hui que 79 millimètres); il reste ainsi pour le segment
fémoro-tibial un allongement global de 19 millimètres, qui se
répartit de la manière suivante : en trois ans, le fémur a gagné
12 millimètres et le tibia 7 millimètres. Pour apprécier cet
allongement, il faut encore observer que les mesures ont été
prises sur le membre inférieur droit, resté rectiligne, mais qui,
ayant à supporter seul tout le poids du corps, s'est certaine-
ment moins accru que le membre inférieur gauche. En exami-
nant les photographies, il apparaît nettement que ce dernier,
tout difforme et inaccessible qu'il soit aux mensurations pré-
cises, aune longueur supérieure à celui du côté droit, et cela en
négligeant même l'inclinaison compensatrice du bassin. Quant
au pied (droit), sa longueur a augmenté d'une manière appré-
ciable (12 millimètres). Mais à droite comme à gauche le pied
et les orteils sont trop déformés par les altitudes vicieuses pour
qu'on puisse songer à comparer avec quelque précision des
mensurations prises dans des conditions par trop différentes et
par trop variables.
11 n'en est pas de même pour les mesures prises sur le
me))ibre supérieur {ga.uche); elles sont susceptibles d'une assez
suffisante rigueur : la longueur totale du membre supérieur,
comprise entre l'acromion et l'extrémité du médius, qui était en
1899 de 912 millimètres, est aujourd'hui de 965 millimètres;
elle s'est donc accrue de 51 millimètres. La répartition de l'ac-
croissement sur les différents segments du membre peut être
indiquée de la façon suivante :
Mai 1899.
Nov.
1902.
AccroissemenL
581 mm.
.i.22
mm.
+ 41 mm.
2U8 —
21)8
—
+ 0 -
255 —
245
—
+ 10 -
118 1/2
12i
—
+ 5 1/2
GIGANTISME ET INFANTILISME. 109
Humérus
Radius
Main
Médius
En comparant ces chiffres, on remarque que l'allongemenL a
porté principalement sur l'humérus, puis sur la main et les
doigts, épargnant pour ainsi dire le segment anti-hrachial.
Par ce mode de croissance, tout à fait anormal, notre géant
échappe clone aux règles posées il y a trois ans, comme aussi
aux règles très générales de la croissance chez les hommes
grands. Il est en effet admis que l'allongement porte sur les
segments distaux des membres plus que sur leurs segments
proximaux, et moins sur les extrémités (mains, pieds) que sur
les segments distaux (Papillault).
Parmi tous ces désordres d'une croissance gigantesque qui
semble ne suivre aucune loi, nous signalerons particulièrement
l'énorme développement qu'ont atteint les membres inférieurs.
Cet allongement des membres inférieurs réalise un type tout à
fait particulier de géant, de taille un peu plus qu'ordinaire
{Q"',9Q) quand il est assis, grand échassier, haut sur pattes
quand il est debout (2'", 04). Ce type diffère totalement de
celui des géants au grand tronc, ou tout au moins au tronc
développé proportionnellement avec le reste du corps, type
qu'on retrouve surtout chez les géants acromégaliques et dont
le géant tambour-major que nous avons étudié (voir observa-
tion YIII, page 159) est un bel exemple.
Cet allongement excessif des membres inférieurs est à
rapprocher de celui qui a été signalé, depuis longtemps déjà
chez les eunuques opérés avant la puberté et aussi chez les
jeunes animaux ayant su])i la castration de convenance ou
expérimentale. Ce rapprochement nous conduit à rechercher
les rapports qui peuvent exister entre l'atrophie génitale
observée chez les géants infantiles et les troubles divers du
développement squelettique.
110 GIGANTISME ET INFANTILISME.
CHAPITRE III
ATROPHIE GÉNITALE ET INFANTILISIVIE [')
De même que le gcnu valgiim peut se rencontrer fréquemment
chez les infantiles, les acromégaliques et les géants, de même
l'atrophie génitale peut s'observer dans ces trois variétés cle
dystrophie :
1'' Dans V acromëgalic . — Dès les premières descriptions qu'il
donna de la maladie qui porte justement son nom, P. Marie a
insisté sur les troubles des fonctions génitales [arrêt des règles
chez la fe)niiu% impuissance chez llionnne, etc.); ils ont été
retrouvés par tous les auteurs, français et étrangers, qui se
sont occupés de cette affection. Dans son tableau synoptique
des symptômes de l'acromégalie, Sternberg('), place, parmi les
signes subjectifs constants, la perle de rinstinct sexuel et la
rapproche de la polyphngie et de la polydipsie; parmi les
signes objectifs, inconstants, il signale Valrophie des testicules,
susceptible de coïncider parfois avec l'hypertrophie du pénis.
Après avoir décrit les hypertrophies localisées caractéris-
tiques de l'afTection, "Woods Hutchinson s'exprime ainsi au sujet
des modifications observées dans la sphère génitale :
« Un autre symptôme singulier et très constant, constituant
ainsi l'unique exception à la loi régionale de ces hypertrophies,
est la diminution des fonctions sexuelles, qui se rencontre dans
environ 05 pour 100 de la totalité des cas, diminution qui peut
même s'étendre à la taille des organes externes; ceux-ci,
d'après mes recherches, n'ont jamais été trouvés hypertro-
phiés, bien qu'ayant subi d'ordinaire un développement moyen.
En réalité, on les a trouvés imparfaitement développés et au-
dessous de la taille moyenne dans beaucoup de cas, et spé-
(') D'une manière générale et dans une proportion beaucoup plus sensible
que ne le comporterait la légère différence de la taille moyenne chez l'homme
et chez la femme, le gigantisme s'observe bien plus souvent dans le sexe mascu-
lin : sur 14 cas étudiés, Dana, trouvait 10 hommes. Nous-mêmes, parmi toutes
les observations que nous avons colligées, nous n'avons retenu que 5 obser-
vations de femmes géantes.
("^) Sternberg, Die AkroïnegSilie, Specielle Pathologie und Thérapie [No thnagel),
VII Band, II TheiL 1897.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 111
cialeinent dans ceux on la/Jcvlion s'esl nwnlrce à un lUfc rclali-
vcuient peu avancé, (^hez la grande majoi'il('' des femmes, la
menstruation devient irrégulière et finalement se supprime
entièrement; tandis que chez (50 pour 100 environ des hommes
l'appétit sexuel, subissant dans un petit nombre d'exemples un
accroissement temporaire de vigueur, finit par diminuer nette-
ment et rapidement pour, en dernier lieu, disparaître; cette
diminution peut, comme je l'ai dit, s'accompagner, de l'atrophie
du pénis et des testicides. En fait, cet affaiblissement sexuel
est un trait si frappant de la maladie qu'une des plus récentes
théories pathogéniques est celle de Freund, qui en fait le })rin-
cipal facteur étiologique et considère l'affection comme due à
un arrêt de développement sexuel. Mais comme cet affaiblisse-
ment n'est vraiment présent que dans environ 60 pour 100 des
cas, et comme il ne se montre dans la grande majorité que
longtemps après l'établissement non seulement de la puberté,
mais même de la conception, chez la femme, ou de la période
d'activité génitale, chez l'homme, on le regarde maintenant
comme un effet et un symptôme })lutôt que comme une cause
de la maladie ('). »
Enfin Hinsdale('), dans sa monographie sur l'acromégalie
écrit :
« Les organes génitaux externes peuvent être hypertrophiés,
tandis que l'utérus et les testicules sont trouvés atrophiés. Il
est commun de trouver que la menstruation a cessé au début de
l'affection. Dans la forme géante de ïacromégalie, comme dans la
forme ordinaire, la stérilité est Vétat habituel. »
2" Dans le gigantisme. — En dehors des rapports jusqu'à
présent discutés entre l'acromégalie et le gigantisme, il est un
fait généralement constaté chez les géants, c'est leur impuissance.
Cette impotence fonctionnelle n'avait pas échappé à Isidore
Geoffroy Saint-Hilaire(^), qui l'avait signalée de la façon sui-
(') Woods Hutchinson, New Yorlc Med. Journ., 12 mars 1898, p. Ôii.
(2) HiNSDALE, lue. cit., p. 16.
(;') IsiDor.E Geoefhoy Saint-Hilaire [Ujc. cit.) avait déjà insisté sur les rap-
ports intimes qui existent entre la puberté et la croissance : le corps ne cesse
de grandir que lorsque l'appareil i^énital a achevé son évolution; l'accroisse-
ment exagéré se produit chez les géants jiarce que « l'ajjpareil sexuel n'ac-
complit son évolution qu'avec une lenteur extrême et s'arrête même sans avoir
acquis son état de perfection "■
112 GIGANTISME ET INFANTILISME.
vaille : « Le point par lequel les géants se rapprochent le plus
des nains et justifient le mieux l'idée de Ghangeux('), c'est
qu'ils sont ordinairement impuissants, comme ceux-ci, et sont
très promptcmcnt énervés par les plaisirs de l'amour. Le
défaut d'aptitude des géants aux fonctions génératrices ne sau-
rait au reste étonner chez des êtres épuisés et affaiblis par la
rapidité et l'excès de leur accroissement et s'explique beau-
coup mieux à leur égard qu'au sujet des nains. » Il avait de plus
constaté que le pénis du géant irlandais Patrick 0 Bryan, mort
à 20 ans, qu'on conserve au Muséum du Collège des Chirurgiens à
Londres, ne surpassait pas les dimensions normales de cet
organe. « Chez quelques géants, ajoute encore l'auteur de l'his-
toire des « anomalies», f érection esl même presque impossible(-). »
Il n'est pas toujours facile de faire un examen détaillé de
l'appareil génital d'un géant et de savoir comment s'accom-
plissent ses fonctions; cependant plusieurs observations ren-
ferment des détails assez circonstanciés sur ce sujet. Dana('),
par exemple, dans sa description du géant Péruvien, mort à
50 ans avec une taille de 7 pieds 8 pouces, noie qu'il avait un
pénis extrêmement petit, mesurant 5 pouces de long. De même,
chez le Chinois, géant acromégalique de 25 ans, observé par
Matignon ('), « la verge est petite, les testicules microscopiques,
à peine des haricocèles ». Le géant examiné par Henry Meige(')
dans le service de Gilbert, homme de 59 ans, mesurant r",l)(i,
déclare n'avoir aucun appétit sexuel. BonardiC') remarque chez
un géant acromégalique qu'il lui avait été donné d'observer :
« Le sens génésique a subi chez le malade une atteinte notable :
indifférence complète })Our les plaisirs vénériens; érection
• (/) CiiANGEUX, auLeur d'un Traité des exlrîmes ou Éléments de la science de la
réalilé (17lJ7), dans lequel il s'efforce de démonlrer l'analogie nécessaire qu'il
y a entre les extrêmes dans tous les domaines : i^hysique, moral, etc., a fait
une application particulière de ce principe dans sa Dissertation sur les nains
et les géants. Journ. de Phys., t. XIII, SitppL, p. 167, 1778.
(2) Isidore Geoffroy Saint-Hilatre, Histoire générale et particulière des
anomalies de l'organisation chez l'homme et chez les animaux, ou Trailé de
Tératologie, t. I, p. 185 et note 2.
(^) Dana, Tlie Journ. of nervous and mental Diseuses, nov. 181)5 (Ohs. X. ji. '227).
('*) Matignon, Un cas d'acromégalo-gigantisme. Méd. moderne, 0 nov. 1897,
p. 705 (Obs. XVIII, p. 275).
(^) Henry Meigë, Sur le gigantisme. Arch. géa. de Méd., ocl. 1902, p. i3l
(Obs. XXVII, p. 558).
(G) BoNARDi. Il Mor(jagni, n" 9, 1809 (Obs. XXIX. p. 'M).
GIGANTISME ET INFANT[L1SME. 113
incomplète et fugace. » Chez le géant Constantin, dont on trou-
vera plus loin l'observation complète (voir page 517), l'inap-
pétence sexuelle était également en rapport avec une atrophie
congénitale des testicules : « les testicules étaient petits, atro-
phiés, infantiles, écrit Dufrane [de Mons); Constantin n'avait
jamais eu de désirs sexuels. Il nous a rapporté également
(( que plusieurs fois des étudiants, après l'avoir excité par
'( l'alcool, l'avaient fait provoquer par des femmes et cela sans
« aucun succès » D'autres observations sont non moins expli-
cites à cet égard : S. Garnier et Santenoise ont publié une note
sur le « cas tératologique complexe d'un aliéné {gigaîitisme,
féininisme, cryptorchidie) », où il est dit : « Les bourses sont très
réduites et ne contiennent pas trace de testicules ; on a beau
enfoncer le doigt aussi avant que possible dans le canal
inguinal, déprimer la paroi abdominale à ce niveau, on ne
perçoit absolument rien qui puisse faire soupçonner la présence
de ces organes. La verge est très petite, longue de 6 centi-
mètres avec une circonférence à sa racine de 7 centimètres.
Nous n'avons pas pu savoir comment fonctionnent ces organes
génitaux, le malade étant trop troublé pour pouvoir répondre à
cet égard ('). »
Mais parmi toutes les observations publiées, celles qui
méritent avant tout d'être rapprochées des nôtres ont été
recueillies par Woods Hutchinson et Buday et Jancso(^).
Elles mettent également en valeur V association de Vatrophie
génitale et du gigantisme.
Voici l'observation de Woods Hutchinson :
(1) Garnier et Santenoise, Arch. de NeiiroL, mnrs 1898, p. 203. — L'intérêt
très grand qui semblerait, d'après son titre, devoir s'attaclier à cette obser-
vation est un peu diminué par le fait que le malade qualifié géant ne
mesurait que 1 m. "1; que son féminisme ne se justifiait peut-être pas par
l'hypertrophie réelle des glandes mammaires et qu'enfin l'examen micro-
scopique de l'appareil génital, enlevé à l'autopsie, manque absolument. De
plus, il y est fait mention d'un développement exagéré de la face, sans que le
mot d'acromégalie y soit même prononcé.
(^) Les exemples d'atrophie génitale chez les géants pourraient être multipliés à
l'infini : les sujets observés par Fritsche et Klebs, Sirena, Caselli, d'autres
encore, présentaient également une diminution dans le volume ou dans les
fonctions de leur appareil génital, contrastant avec le développement gigan-
tesque de leur squelette (Obs. XVII, XLVII, XLIX, p. 269, 583, 391).
LAUN0IS ET ROY.
lU
GIGANTISME ET INFANTILISME.
Obskrvation III. (Woods Hutchinson).
Un cas d'acroniégalie chez une géante {lady Aarna) ('.)
Vers le milieu de février 1895, « Lady Aama », une géante française,
vint en notre ville pour être exhibée dans un « muséum ». Au bout
d'une semaine elle tomba malade et mourut le 27 du même mois.
FiG. 18. — La géante française Lady Aama. (Woods Hutchinson.)
On entama des négociations avec la troupe dont elle faisait partie et
son corps fut acheté parle Muséum de l'Université de VÈtat d'Jowa. Ainsi
je fus conduit à examiner cette très intéressante anomalie.
(M Woods Hutchinson, The American Journ. of the Med. Sciences, août 1895,
p. 190. '
GIGANTISME ET INFANTILISME. 115
« Lady Aama » avait été annoncée comme ayant plus de 8 pieds de
haut (2", 44). Mais ce n'était là que l'exagération habituelle aux géants
qui se montrent en public et nous ne fûmes pas surpris de trouver, en
la mesurant soigneusement cinq jours après sa mort, que sa hauteur,
ou, plus exactement, sa longueur était strictement de 6 pieds et
7 pouces 5/4 (2"', 02), quoique, à la vérité, elle ait pu dépasser légère-
ment celle-ci, alors que la voûte plantaire était mieux formée et que les
disques intervertébraux n'étaient pas aplatis. Les mesures furent
prises entre deux perpendiculaires à la table sur laquelle le corps repo-
sait, menées respectivement par le sommet de la tête d'une part, par
le talon et la plante du pied d'autre part.
Son nom de baptême était Emma-Aline Batallaid; elle était née en
France au pied du Jura, son âge variant, d'après les déclarations de ses
sœurs, entre 19 et 17 ans ; ce dernier semble plus probable en raison de
l'examen ultérieur qui montra qu'à peine un hers des épiphyses du sque-
FiG. 19. — La géanle française Lady Aama sur la table d'aulopsie. (Woods hutchinson.)
lette étaient soudées aux diaphyses ; mais ceci peut aussi avoir été le résultat
du dévelopjpement imparfait de ses tissus. La plus vieille épiphyse soudée
était celle de l'extrémité inférieure du tibia (18" année, Quain).
La cause de sa mort était, disait-on, une consomption l'apide qui
n'avait duré que six mois; mais une enquête soigneuse montra que ses
forces avaient toujours été en diminuant depuis quatre ou cinq ans, et
qu'elle était morte presque subitement. Elle fut exhibée encore trois
jours avant sa mort, qui semble avoir été causée par une attaque de
grippe ou de bronchite aiguë, mort survenue par syncope au cours
d'une forte c{uinte de toux. Elle souffrit très peu durant sa maladie,
mais sa faiblesse musculaire était si grande que, plusieurs semaines
avant sa mort, elle était obligée de se soutenir, étant debout, sur des
tiges fixées dans le plancher. En fait, la mort semble avoir été causée
par un état de collapsus général, hâté par une grippe.
Elle était la quinzième enfant d'un pauvre laboureur, tous les autres
étant de taille normale; une sœur l'accompagnait et déclara que la
taille avait été en augmentant jusqu'à sa mort.
Son intelligence était véritablement pauvre, mais en aucune façon
anormale.
116 GIGANTISME ET INFANTILISME.
Le corps était exti'èmement amaigri et la première chose qui attira
notre attention fut la petite taille apparente de la poitrine et du tronc
comparés dans l'ensemble avec les membres grandement allongés.
Ceci d ailleurs est d'accord avec ce qui est, à mon avis, la règle en
pareil cas, à savoir que les géants sont grands et Les nains petits surtout
par les jambes, le corps étant dans les deux cas très voisin de la
normale.
Cette impression fut confirmée par les mensurations qui montrèrent
que la longueur des extrémités inférieures du sommet du grand
troclianter au bord inférieur du calcanéum était de 47 pouces (l^jiO), -
c'est-à-dire près de (>0 pour 100 de la hauteur totale, tandis que la
moitié de cette hauteur se trouve d'ordinaire située un pouce au-
dessous de ce niveau, au bord supérieur de la symphyse (Ouain).
D'après les canons du Blanc (Mathias Duval, Anatomie artisliqur)
établis par les anciens artistes égyptiens, la longueur des membres
inférieurs, depuis ce point, devrait représenter les 10/19 de la hauteur
totale; dans le cas d'AAMA elle devrait être de 41 pouces 'i/ô {l"',Olj),
c'est-à-dire 5 pouces (0"\15) en moins que la mesure constatée. La même
chose existait aux membres supérieurs (de l'acromion à l'extrémité du
médius), qui, d'après les mêmes canons, auraient dû représenter les
8/19 de la stature et mesurer 55 pouces 1/5 (0",85), alors qu'ils mesu-
raient 57 pouces (0"',94).
Le môme rapport est retrouvé dans les mesures des os du thorax, le
sternum mesurant 8 pouces 1/4 (O'-j^l), c'est-à-dire à peine un quart
de pouce plus long que celui d'un adulte normal (Mathias Duval), et
la clavicule 7 pouces (G'", 18) ou seulement un pouce au-dessus de la
même moyenne. Le degré de cet allongement des jambes, respon-
sable de la taille excessive, peut être mis en valeur en comparant la
longueur des membres inférieurs de lady Aama avec leur longueur
moyenne dans sa race, qui serait les 10/19 de 5 pieds, 5 pouces 2
(1",65) (QuATREFAGEs), c'cst-à-dlrc 54 pouces 3 (0'°,87), soit une diffé-
rence de 12 pouces 0 (0'",52) ou près des 5/4 de l'excès total de la
hauteur.
Le second fait notable fut chez elle la taille disproportionnée et la
forme particulière de ses mains et de la mâchoire inférieure. Les
mesures d'ailleurs confirmèrent cette impression; la main, au lieu
d'être d'accord avec les canons artistiques, 1 10 de la hauteur totale,
c'est-à-dire égale à 7,9 pouces (0™,20), était longue de Tl pouces 25
(0"',285), c'est-à-dire près de 1/7 de la taille; elle avait en outre la forme
spéciale en battoir, avec des doigts carrés du bout, et de largeur uni-
forme sur toute leur longueur. Les pieds, au lieu d'être les 5/J9 de la
taille, soit 12 pouces 6 (G™, 52), mesuraient 15 pouces 75 (0",55). D'autre
part, non seulement la mâchoire, mais aussi les os du nez étaient
manifestement élargis. La mâchoire inférieure mesurait 6 pouces 1/4
(0'",10) de l'angle à la symphyse, au lieu de 3 pouces 5/4 (G™, 095) qui
est la longueur normale des adultes mâles. Quant au crâne, il fut trouvé
GIGyVNTISME ET INFy^NTILISME. 117
à peine au-dessus de la moyenne, mesurant 21 pouces 1/8 (0'",5G) de
circonférence au lieu de 20 pouces (0"',51) (longueur normale chez la
femme).
// ny avait absolument rien de visible sur le tronc au-dessus du pubis
qui indiquât le sexe, les glandes mammaires étant presque complètement
absentes et la circonférence de la poitrine n'ayant que 2 pouces (0'",05) en
moins que celle des /tanches.
Les mamelons étaient aplatis et petits ; leur dissection montra à peine la
trace du tissu glandulaire et du ligament èuspenseur. — Les téguments du
corps étaient épaissis et terreux, mais sans rien autre d'anormal, et les
cheveux étaient minces et épais, mais de longueur à peu près nor-
male.
Autopsie. — Éniaciation extrême. Cœur légèrement au-dessus de la
taille normale, ventricule gauche élargi, valvules dilatées, péricarde
normal.
Poumons. — Normaux, sauf pour la taille, qui semble au-dessous de
la moyenne. Coloration pâle, collapsus complet. Pas d'adhérences pleu-
rales.
Rate. — Considérablement augmentée. Poids : 2 livres. Pulpe gri-
sâtre. Capsule épaisse et surface lobulée.
Reins. — Normaux; capsule non adhérente.
Foie. — Légèrement augmenté, mais sain par ailleurs.
Capsules surrénales augmentées.
Glande thyroïde. — Taille et apparence normales.
Le cerveau était pâle et ramolli; mais, en raison de l'impossibilité de
faire une autopsie près d'une semaine après la mort, il fut trouvé dans
un tel étal de désintégration qu'on ne pût le retirer en entier.
Ceci fut surtout marqué au sommet du lobe temporo-sphénoïdal
gauche, qu'on retira sous forme d'un amas de débris ramollis. Pour la
même raison, le corps pjituitaire,. qui 'était grandement ^augmenté de
volume, fut retiré de travers et sa forme et son contour furent complè-
tement détruits.
Les dimensions^ qu'on estime être environ celles de la dernière phalange
du pouce, peuvent toutefois être estimées d'après celles qu'avait atteintes la
fosse pituitaire, celle-ci mesure, en effet, 1 pouce 1/4 (0",032) d'avant en
arrière et 1 pouce 1/2 (O^jOoQ) transversalement.
Le poids du cerveau, après durcissement dans l'alcool pour permettre
son maniement, était de 50 onces, soit 8 onces au-dessous du poids
moyen chez la femme.
Les ventricules latéraux apparurent quelque peu dilatés, le sommet
de la corne antérieure était élargi et arrondi et la cavité du 3" ven-
tricule bien prolongée en bas dans l'infundibulum. 11 n'y avait pas
de foyer hémorragique et les méninges étaient saines. Les circon-
volutions, scissures et les proportions générales étaient normales, sauf
un épaississement particulier avec compression en arrière des lobes
temporo-sphénoïdaux obligeant le tiers antérieur de la scissure de
118
GIGANTISME ET INFANTILISME.
Sylvius à se diriger presque verticalement el à repousser le gyrus
unciforme à Tintérieur.
UanomaUe la plus frappante fut trouvée dans les organes génitaux. Le
mont de Vénus et les grandes lèvres étaient aplatis et peu développés. Le
clitoris avait presque un dsrai-pouce de diamètre et était extrêmement proé-
minent, avec de grands replis clitoridiens, d\m jjouce 1/2 (O^jO^) de lon-
gueur, présentant une ressemblance assez vraisemblable avec un petit pénis
imparfaitement développé; ce fut là sans doute V origine des bruits courant
pendant la vie dAama qu'elle était une hermaphrodite.
Le vagin était petit et étroit^ admettant à peine V index.
L'utérus avait une longueur de 1 pouce 1/4 {0"',0'52) et une largeur de
2/3 de pouce (0",02), environ la taille et la forme de la dernière phalange du
petit doigt; il pesait 2 drachmes.
Les trompes de Fallope étaient difficiles à reconnaître, et leurs extrémités
abdomincdes n avaient que 5 ou 4 fibres 'rudimentaires {aucune ne s'atta-
chant à r ovaire). Les ovaires
étaient représentés par de pe-
tites masses granuleuses de la
taille de Vongle d'un doigt,
adhérentes à la face posté-
rieure du ligament large.
Le squelette. — Après
avoir enlevé les parties mol-
les, les os furent macérés et
nettoyés, dans l'espoir de les
monter pour le musée ;
mais leur état spongieux et
criblé était tel qn'il sembla
douteux qu'ils fussent assez
résistants pour soutenir les
fils métalliques et supporter
leur propre poids. L'ensem-
ble du système osseux parut
être en état d'ostéoporose; un simple attouchement aurait délogé
les dents de leurs alvéoles, les côtes et les os faibles se seraient tordus
au moindre effort et les disques épiphysaires sur les corps des ver-
tèbres auraient été dérangés avec le doigt. En fait, il apparut litté-
ralement qu'il n'y avait pas dans tous les matériaux osseux de ce
squelette gigantesque de quoi faire une bonne et solide charpente
osseuse de taille moyenne.
Les os, quoicjue beaucoup plus grands, étaient à peine plus durs c{ue
normalement, le radius, l'omoplate et le péroné, par exemple, n'excé-
dant le poids moyen des os sains c[ue de 10 pour 100.
FiG. 20.-
■Crâne de la géante française Ladj' Aania.
(Woods Hutchinson.)
GIGANTISMK ET INFANTILISME.
119
Le squelelle.
Circonférence au niveau de la glabelle
Distance entre les apophyses orbitaires externes. . . .
De l'arcade sourcilière à la symphyse
De l'angle du maxillaire inférieur à la symphyse ....
Longueur de l'os nasal
Largeur de l'os nasal
De la glabelle à la protubérance occipitale
Largeur index 74
Hauteur index 76
Pouces.
mm.
21 1/8
55.'j
5 1/8
150
6 5/4
170
G 1/4
loO
1 1/4
50
.3/4
20
7 5/4
198
Un très frappant exemple de l'état de raréfaction, pour ne pas dire
de l'état caverneux, des os est visible dans l'état des sinus frontaux,
qui forment d'énormes cavités mesurant 2 pouces (0",05), transversale-
ment à droite et 2/8 ou 3/8 de pouce (O^jOl) à gauche, contre 5/4 de
pouce (0",02) d'avant en arrière et 1/2
pouce (0'",012) en profondeur, le tissu
osseux étant réduit à une simple écaille
de l'épaisseur d'une feuille de papier.
Le même état se retrouvait dans le
sinus maxillaire, criblé sur la tubéro-
site, tandis que l'écaille du temporal
était si épaisse que la rainure pour
l'artère méningée moyenne formait
une perforation longue de 1/2 pouce
(0°',0r2) à droite. L'apophyse zygoma-
tique est réduite en un point à l'épais-
seur d'un carton.
A part la grande taille de la fosse
pituitaire, la seule altération remar-
quable à l'intérieur du crâne est le
peu de longueur et l'épaississement
antéro-postérieur du rocher, s'ac-
compagnant d'un trou auditif interne
presque double de la taille normale et placé très bas sur la face posté-
rieure. Ceci a presque l'air d'être le résultat de la pression d'un corps
pituitaire hypertrophié pendant la vie embryonnaire, empêchant l'ac-
croissement du rocher en dedans et en avant et produisant son aug-
mentation transversalement. Comme si c'était le cas, le canal caro-
tidien est considérablement plus grand que normalement, 5/8 de pouce
(0'°,01) dans le diamètre antéro-postérieur, tandis que le foramen jugu-
laire est de ce fait si repoussé en bas que son diamètre, comme on peut
le voir à l'intérieur du crâne, est réduit à droite à moins de 2/5 de ce
qu'il est, sur la face inférieure du crâne, et à gauche à moins de 1/5. A
droite un éperon osseux se projette à travers l'ouverture et à gauche il
y a une fente allongée et irrégulière.
FiG. 21. — Base du crâne de la géante
française Lady Aama. (Woods Hut-
CHIiNSON.)
120 GIGANTISME ET INFANTILISME.
Les grandes dimensions des os du nez et la largeur de l'extrémité
supérieure de la gouttière lacrymale sont très visibles. Le canal lacrymal
est, relativement dilaté, ne mesurant, au niveau du plancher de l'orbite,
pas .moins |de 5/8, de pouce (0'",01) transversalement et 1/4 de pouce
(0",008) d'ayant en arrière.. Une sonde de femme ordinaire en argent
(n°i J<S) peut'y être facilement introduite dans le nez.
L'état criblé des deux bords alvéolaires supérieur et inférieur et le
relâchement des dents sont également très visibles. Les deux incisiyes
supérieures; la canine, les bicuspides etia première molaire ont disparu
à gauche et les alvéoles sont atrophiées, tandis que les dents qui
restent sontelles-mèmes ébranlées dans leurs alvéoles ou ont' de larges
cavités dans leurs couronnes. Un appareil était porté pendant la vie à
la mâchoire supérieure.
Bassin et troxc.
Bassin.
Pouces, mm.
Circonférence parles crêtes iliaques .
Distance entre les épines iliaques antéro-supérieures. .
Détroit supérieur
Détroit inférieur
Profondeur
Diamètre transverse
Diamètre antéro-postérieur
De la symphyse pubienne à la tubérosité de l'ischion. .
De la crête iliaque à la tubérosité de l'ischion
De l'épine antéro-supérieure à l'épine postéro-supérieure
De l'épine antéro-supérieure à l'épine postéro-inférieure
De la crête iliaque à l'échancrure sciatique
Longueur du sacrum avec le coccyx (extérieurement). .
— — — (intérieurement), .
Grand diamètre du trou sacro-sciatique
Diamètre de l'acetabulum : 2 pouces 1/4 (55 mm.) et . .
Profondeur de l'acetabulum : 1 pouce 5/4 (45 mm.) et. .
Profondeur de la symphyse pubienne
Vertèbre lombaire (4-).
Entre les 2 sommets des apophyses transverses ....
Corps 2 1/4 pouces (57 mm.)
Tronc.
De l'épine de l'atlas au sommet du coccyx, en suivant les
.courbes . . • 42 1065 '
Longueur du sternum.; . 8 1/4' 210 ;
Longueur de la clavicule 7 180 ;
Omoplate (de l'angle' inférieur au sommet de l'acromion). 10 1/2 ,270
Le sternum présentait une perforation centrale arrondie d'un diamètre
de .1/5 de^pouce (0°',01) ,dans la, 5° pièce du glaive et la 4° pièce était
fendue'et élargie a son extrémité. L'épiphyse acromiale était en deux
pièces, ' '
58
965
15
580
6 1/2
165
6
155
7
180
6 1/2
165
7
,180
6 1/2
165
11
280
8
205
9 1/2
240
7
180
10 1/2
266
9 1/2
■240
2 5/4
70
2 1/2
65
1 1/2
40
2 5/4
70
5 5/4
145
2 5/4
70
GIGANTISME ET INFANTILISME. 121
, . - Membre supérieur.
Pouces, mm.
Longueur totale Ô7 940
Humérus 1.^ l/'t 390
De l'olécràne à l'extrémité du médiu.s. ... . 2'> 5S5
Cubitus ■. . 11 Ô/4 500
Radius 11 1/8 282
Métacarpien et doigt médius 9 5/8 245
Métacarpien (5") . 57/8 99
Phalange (S-) 2 5/8 65
Membre inférieur.
De la tête du fémur au calcanéum 47 1/2 1265
Fémur (de la tète au condyle interne) 23 1/4 590
De la fosse du ligament rond au bord externe du grand
trochanter. : 5 5/4 145
Largeur aux condyles 51/2 140
Du grand au petit trochanter , 5 1/2 140
. Du grand trochanter au condyle interne 22 3/4 580
Circonférence du col fémoral 6 5/4 170
— de la tête. . . 8 205
. — du milieu du corps. 55/8 155
Tibia.
. Longueur (de la lubérosité interne à la malléole interne). 18 5/8 470
Largeur du tibia et du péroné à la cheville 4 100
Circonférence au milieu du corps 5 5/8 155
Pied.
Longueur 15 .5/4 550
Hauteur de la voûte tarsienni- . 4 1/4 110
Circonférence du pied 10 1/2 267
Longueur du l""^ métacarpien 3 75
■ II y avait une saillie distincte, d'aspect velvétique, sur la face postéro-
interne des deux tibias au tiers moyen. >
Je me suis risqué à ranger ce cas dans Facromégalie en m'appuyant
sur les bases suivantes :
\° Le développement excessif et la forme spéciale des mains, des
doigts, des pieds, de la mâchoire, des os du nez et des sinus frontaux;
•2° L'hypertrophie du corps pituitaire et les dimensions énormes de
là fosse pituitaire ; .
. 5" L'histoire de , la déchéance intellectuelle et de l'affaiblissement
permanent et progressif des forces, aboutissant à la mort par syncope.
122 GIGANTISME ET INFANTILISME.
Observation IV. (Buday et Jancso.)
Un cas de gigantisme pathologique {Simon Botis) (').
(Observation résumée.)
Simon Botis, 55 ans, catholique grec, célibataire, exerçant la profes-
sion de porcher, entre à l'hôpital le 24 mai 1894 (Fig. 22). Tous les
membres de la famille sont de taille moyenne. Les parents étaient
alcooliques; ils sont morts. Un frère et une sœur sont morts en bas
âge de maladies indéterminées. Un frère, âgé de 25 ans, domestique,
est d'une taille moyenne.
Il eut une enfance chétive, mais ne fut atteint d'aucune maladie; et à
17 ans il était développé comme un homme de 20 ans. A cette épocjue il
se livra à des excès génitaux; d'après les renseignements recueillis, il
eut deux maîtresses, avec lescfuelles il pratiquait le coït quatre à six fois
par nuit, et cela pendant deux années. Au bout de ce temps, des
troubles commencèrent à se manifester : l'éjaculation suivant immédia-
tement l'érection, il ne pouvait plus satisfaire ses maîtresses; puis, il
eut encore quelques érections, mais sans éjaculation. A 20 ans (1879) il
était tout à fait impuissant et depuis il est resté tel.
Cest à ce moment quil commença à grandir d'une manière anormale.
En effet, lorsqu'il se présenta à 20 ans pour la première fois devant le
conseil de revision on recueillit les mesures suivantes :
Taille ]"',63
Périmètre thoracique 0 80
Un an plus tard, au second conseil de revision, on trouvait :
Taille 1"',69
Périmètre thoracique 0 86
Enfin, lors du troisième conseil de revision, ces mesures avaient
encore augmenté.
Taille 1"\72
Périmètre thoracique 0 91
II fut reconnu inapte au service militaire pour son genou bancal et
une carie du talon droit. En effet, il avait eu à 18 ans, au niveau du
pied droit, un œdème, avec suppuration et fistules, qui nécessita un
premier séjour à la clinique chirurgicale. En décembre 1889 il revint
pour des accidents similaires : carie nécrotique du tibia droit, nécessi-
tant l'ablation d'un séquestre. Il pesait alors 110 kilos et était si grand
qu'il ne pouvait coucher dans un lit ordinaire. II sortit guéri et se remit
à garder les porcs.
(') Buday et Jancso, Ein Fall von pathologischen Riesenwuchs, Deutsches
ArcJiiv. filr klin. Med., 1898, p. 385.
GIGANTISME ET INFANTILISME.
123
En avril 1894 il se produit une nouv
sans douleurs dans les autres ex-
trémités, et c'est pour cela qu'il
entre à notre clinique.
État actuel (24 mai 1894). —
Simon Botis est un homme de
taille gigantesque : il mesure 1"\98
et pèse 114 kilogrammes.
Au premier abord on remarque
que le corps est augmenté dans
toutes ses dimensions et que tout
chez lui est gigantesque : sque-
lette, peau, musculature.
La peau, pâle au visage, brune
sur les avant-bras et la paume de
la main, présente une consistance
normale, en dehors des adhéren-
ces cicatricielles de la jambe
droite; nulle part elle n'est plus
épaisse, durcie ou ridée qu'à l'état
normal.
Les cheveux sont noirs et courts;
moustache rare ; pas de barbe. Les
poils du creux de l'aisselle et du
pubis sont suffisamment longs et
fournis.
Tête. — La partie crânienne de
la tête est à peine plus grande qu'à
rétat normal, mais la partie fa-
ciale est réellement augmentée,
aussi bien en largeur qu'en lon-
gueur; en particulier le nez, les
os malaires et les maxillaires,
aussi bien le supérieur que l'in-
férieur, semblent énormes, au
point que le visage produit dans
son ensemble une impression très
désagréable et répugnante.
Le crâne, augmenté en largeur
et en longueur, est un peu aplati en
ellepoussée à la cheville droite,
FiG. 2'2'('). — I-e gt'juiL Simon
(BuDAY et Ja^'cso.)
Bolis.
arrière : le front est étroit (^).
(•) Extraite des Deulsch. Arch. fur kiin. iVIecL, 1898.
(-) Les auteurs donnent en une série de tableaux une foule de dimensions
recueillies avec le plus grand soin, tant sur le vivant que sur le cadavre.
Nous n'avons reproduit parmi leurs mensurations que celles qui nous ont
paru les plus intéressantes et nous ne donnons qu'un résumé très abrégé
de la très longue observation de Buday etJANCso qui remplit plus de 68 pages
(petit texte) des Deulsch. Arch. fiir klin. Med. -
124 GIGANTISME ET INFANTILISME.
L'élargissement de la partie supérieure du visage est due :
1° A l'énorme élargissement de la racine et de la partie osseuse
du nez;
2° A la saillie notable des os malaires.
Par contre, l'allongement porte surtout sur la croissance des maxil-
laires supérieur et inférieur.
Le nez, très fort, est courbé; sa pointe regarde un peu à gauche; son
dos est très élargi, en particulier à l'extrémité inférieure de la partie
osseuse, tandis que la racine et la partie cartilagineuse sont un peu
plus rétrécies. Le septum membraneux n'est pas dévié.
Par suite de Télargissement du nez, les yeux sont très éloignés l'un
de l'autre (distance biangulaire interne : l""Ji, au lieu de la nor-
male : 5'"",9).
Le maxillaire inférieur présente un accroissement gigantesque, par
suite duquel les dimeaisions suivantes sont très augmentées :
Hauteur entre le point mentonnier et le vertex . . . 50 "",8
Diamètre mento-occipital 25 ">
Circonférence maxima de la tête, passant par le
point mentonnier, le bord antérieur de la racine
des oreilles et le vertex 80
Les lèvres sont à peine plus épaisses que normalement. Longueur de
la bouche fermée : 6'="', 3.
Les oreilles sont petites et bien conformées.
Tronc. — La cage thoracique est augmentée dans tous les sens. La
partie supérieure est aplatie; l'inférieure est fortement bombée en avant
et sur les côtés. — Les clavicules sont épaisses, longues et fortement
courbées. — Les côtes, larges et épaisses, sont plus recourbées à droite
qu'à gauche; du côté gauche, les premières côtes sont plus fortes que
les dernières. Les côtes inférieures forment avec leurs cartilages un
angle droit, et la conjugaison des cartilages et des côtes est marquée
par de petites nodosités dures et perceptibles à la palpation.
La colonne vertébrale, dans sa portion dorsale, est courbée vers la
droite, en allant de la 5" à la 6' vertèbre dorsale. Elle est un peu
courbée en arrière.
Les épaules sont horizontales : scapxdse alatœ.
Membres supérieurs. — Plus longs qu'à l'état normal : l'allongement
porte sur tout le membre, mais est frappant surtout aux mains, qui
semblent disproportionnées relativement au reste du membre. Muscu-
lature faible et flasque. — Tous les os semblent, à la palpation,
augmentés non seulement en longueur, mais dans toutes leurs dimen-
sions. Mais cet accroissement n'est pas proportionnel sur tous les os :
ainsi l'axe longitudinal de la main est incliné vers le bord radial de
l'avant-bras, comme si la croissance du radius était restée en retard sur
celle du cubitus. Les deux mains sont très grandes, surtout très
longues ; la forme en est cependant tout à fait proportionnée, en sorte
que, malgré leur grandeur, elles ne sont pas sans élégance. Les doigts
GIGANTISME ET INFANTILISME. 125
sont longs, leurs articulations non épaissies, leurs ongles conformés
normalement. Seul, le petit doigt a sa première phalange fléchie, et ses
mouvements d'extension, actifs ou passifs, sont abolis.
Membres inférieurs. — Augmentés également dans toutes leurs dimen-
sions; mais le plus frappant est l'accroissement des pieds. A la face
antérieure de la jambe droite, cicatrice profonde résultant de la carie
osseuse ancienne et de l'ablation du séquestre. Genu valgum droit, avec
forte projection en avant du condyle interne; épaississement notable
de la moitié inférieure du tibia droit. La jambe gauche, non difforme,
est plus longue et plus grêle que la droite. Les deux pieds semblent
trop grands pour le reste du corps : un certain degré de pied-bot varus
du côté droit.
Les facultés psychiques ne présentent pas d'anomalie frappante.
L'intelligence est plus grande qu'on ne pourrait le croire d'a|)rès la
physionomie : en effet, la saillie énorme des pommettes, l'écartement
des yeux, le front borné et la mandibule énorme lui donnent l'aspect
d'un idiot. Mais il répond avec intelligence aux questions cju'on lui
adresse, s'intéresse aux maladies de ceux qui l'entourent, s'occupe et
noue volontiers conversation avec eux; il gagne souvent aux jeux de
curies, etc.
Organes des sens normaux. Sensibilité à tous les modes intacte.
Réflexes normaux. Force musculaire au dynamomètre un peu diminuée.
La marche, comme aussi tous les mouvements et gestes sont pénibles,
le moindre mouvement coûtant une très grande fatigue. Le malade
boite, en raison de l'inégalité de ses jambes.
La respiration se fait la bouche ouverte. Les deux côtés de la poitrine
se soulèvent également; type costal plutôt qu'abdominal, — 18 respira-
tions par minute. Toux et expectoration, sans bacilles de Koch à
l'examen. Légère submatité aux deux sommets.
Cœur et pouls normal : 72 à la minute.
Le sang examiné au microscope a été trouvé normal comme nombre,
forme et couleur des globules rouges et blancs.
Cavité bucco-pharyngée très augmentée. Il manque quelques dents.
Amygdales un peu volumineuses. La langue est plus longue, plus large
et plus épaisse que normalement.
Bon appétit, un peu plus considérable que celui d'un homme normal.
Pas de soif exagérée.
Urine normale, D : 1012. Ni sucre, ni albumine.
Les organes génitaux externes ne sont pas plus grands que ceux d'un
homme normalement développé. Longueur du pénis : 10 centimètres;
circonférence : 9 centimètres. Bourses non épaissies. Testicules petits.
Marche delà maladie. — Le malade resta à la clinique du 24 mai 1894
au 25 septembre 1890, date de sa mort.
51 mai 1894. — Ouverture spontanée de deux petits abcès au niveau
de la jambe droite. Guérison rapide.
Août 1894. — Amygdalite. Végétations adénoïdes. Extirpation en des
126 GIGANTISME ET INFANTILISME.
séances répétées de plusieurs polypes du nez; mais la respiration reste
gênée, plusieurs gros polypes nasaux n'ayant pu être extirpés.
Octobre 1894. — Apparition de la polydypsie (12 litres d'eau environ)
et de la polyurie : 13 litres d'urine claire, de densité 1027, donnant la
réaction du sucre et déviant le polarimètre de 5 pour 100.
Novembre 1894. — Pneumonie de la base gauche, pendant laquelle
la quantité d'urine tomba à 5 ou 4 litres et la teneur en sucre à 1 ou
2 pour 100.
Mars 1895. — 9 à 1(J litres d'urine par jour; teneur en sucre : 0 ou
6.5 pour 100.
Août 1895. — Le malade a maigri de 12 kilogrammes (poids : 102 kilo-
grammes); mais sa taille s'est accrue d'un centimètre (1",995). Les cir-
conférences thoraciques ont diminué d'une façon assez notable, ainsi
que la circonférence des membres. Toux et expectoration. Anémie et
diminution des forces.
Janvier 1896. — L'amaigrissement continue (poids : 90 kilogrammes).
Signes très nets d'infiltration des deux sommets, malgré qu'on continue
à ne pas trouver de bacilles de Koch dans l'expectoration. Le sucre a
disparu des urines, dont la quantité oscille entre 2 et 3 litres 1/2 par
jour. Il n'a pas reparu jusqu'à la mort. Opothérapie thyroïdienne
(50 centigrammes de thyroïdine) sans résultat appréciable.
Mars 1896. — Fièvre hectique. Dans les crachats, bacilles de Koch et
fibres élastiques. La déchéance se précipite (poids : 70 kilogrammes).
25 septembre 1896. — Mort dans le marasme par suite du progrès des
lésions tuberculeuses des deux poumons.
Autopsie (*) {pratiquée le 24 septembre 1896). — Longueur du corps
dans le décubitus dorsal : 2™, 02. Poids : 7i kilogrammes.
Cerveau : poids (y compris l'hypophyse) 1615 grammes. Tumeur plus
grosse qu'un, œuf de poule formée par r hypophyse augmentée de volume;
cette tumeur repose pour la plus grande partie sur la selle turcique
très élargie ainsi que sur les parties voisines du sphénoïde et du
frontal. Elle a 7 centimètres de longueur sur 5 centimètres de largeur.
Elle empiète sur le sommet du lobe temporal et la partie antérieure du
pont de Varole. On la trouve constituée de deux parties : l'une, anté-
rieure, petite, et l'autre plus grande, postérieure, réunies par une partie
moyenne plus mince, sur les côtés de laquelle se trouve une petite
gouttière, qui reçoit le nerf optique. Les deux tractus du nerf optique
et le chiasma sont couverts et aplatis par la tumeur; mais, bien que
comprimés, ils ne présentent ni atrophie, ni changement de coloration.
Les nerfs olfactifs et la partie postérieure des lobes frontaux sont
comprimés par la portion antérieure enclavée de la tumeur. La hauteur
de celle-ci est de 5 centimètres de haut en bas. Elle ne pénètre pas dans
les ventricules; la commissure blanche est intacte.
La structure histologicjue de l'hypophyse normale ne se retrouve que
(') Très résumée.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 127
dans la partie moyenne. Dans les autres parties, on note une proliféra-
tion intense, avec des figures cellulaires désordonnées et un tissu
conjonctif épaissi. Il ne s'agit donc pas d'une simple hypertrophie,
mais véritablement d'une tumeur qui est plutôt un angio-sarcome qu'un
adénome ou qu'un adéno-sarcome.
Quelques vestiges de thymus; mais, d'après l'examen microscopique,
on ne peut pas dire que ce soit une persistance anormale.
Poumons : dégénérescence caséeuse des sommets: nodules et cavernes
communiquant avec les bronches; quelques tubercules disséminés dans
les bases. L'examen microscopique a révélé très nettement la nature
tuberculeuse de ces lésions.
Langue : Il°",05 de long sur 8 de large.
Cartilage thyroïde : longueur ; {]"",!.
Cordes vocales : longueur : 2"=™, 8.
Le corps iAyroïc^e n'est pas sensiblement accru : 578%05. Rien d'anor-
mal à l'examen microscopique.
Pharynx très augmenté.
Bâte : 840 grammes. Capsule épaissie. Coloration brun pâle. Consis-
tance dure. Prolifération du tissu conjonctif.
Reins très augmentés ; poids du rein droit : 298 grammes ; du rein
gauche : 515 grammes. Consistance plus dure que normale. L'examen
histologique montre des traces de népJirite; l'épithélium des tubes uri-
nifères est granuleux; on trouve des cylindres à l'intérieur des canaux,
de la dégénérescence hyaline des glomérules et de l'augmentation du
tissu conjonctif périglomérulaire.
Les capsules surrénales ne sont pas très augmentées; mais leur struc-
ture est à peu près normale.
Foie: 2960 grammes. Congestion muscade, avec infiltration graisseuse
des zones périphériques des acini. Quelques granulations tuberculeuses
miliaires disséminées dans le tissu conjonctif.
Estomac et intestins augmentés dans toutes leurs dimensions. Lon-
gueur : intestin grêle (10", 70), gros intestin (ô™,80). Quelques lésions
tuberculeuses dans l'intestin grêle et le côlon ; tubercules caséifiés dans
les ganglions mésentériques.
Testicules très diminués de volume, au contraire de tous les autres
organes, dont on a vu l'augmentation. Testicule droit : d^\b ; gauche :
["■I^^b. — Atrophie testiculaire sans inflammation : ni la capsule, ni le
tissu conjonctif ne sont hypertrophiés. Atrophie des canaux séminifères,
sclérosés et ratatinés : épithélium très bas; cellules indifférentes, atro-
phiées, ne présentant aucune apparence de travail de spermatogénèse.
Pas de spermatozoïdes dans les canaux. // s'agit en somme dune atro-
phie testiculaire primaire, semblable à celle de certains tuberculeux.
Prostate petite et pâle.
Muscles atrophiés et pâles, en particulier les gastrocnémiens, dans
lesquels on trouve quelques trichines encapsulées.
Moelle épinière à peu près normale, sauf un peu d'hyperémie dans la
128
GIGANTISME ET INFANTILISME.
portion lombaire, avec sclérose commençante de la partie médiane des
cordons de Goll et de la partie inférieure des cordons latéraux.
Nerfs ■périphériques. — Sur les coupes du sciatique, on note un peu
d'ati'ophie des fibres nerveuses; les fibres normales sont en minorité;
le tissuTibreux l'emporte sur le tissu ner-
veux; mais il n'y a pas trace d'inflamma-
tion.
i^ - '^B^H^H ^^ atrophie, ni dégénérescence grais-
seuse des nerfs optiques.
Articulations. — Arthrite déformante des
grandes articulations avec déformations
caractéristiques, surtout à la hanche. Corps
étranger articulaire libre (souris articu-
laire), formé de tissu cartilagineux de la
hanche droite. Synoviale villeuse et hyper-
trophiée aux articulations des membres
^^ supérieurs. Au niveau de la tibio-tarsienne
%_^,^mi^B droite, les cartilages sont augmentés, mais
il n'y a pas trace d'inflammation tubercu-
leuse présente ou passée.
Squelette (fig. 25). — Les diaphyses sont
grandes, mais à peu près normales. Pas
d'exostoses, sauf quelques ostéophytes aux
os de la jambe. Les épiphyses sont plus
inégales que les diaphyses; leurs vaisseaux
sont plus larges. Insertions musculaires
très saillantes, notamment celle du biceps
sur le radius, celle du sous-clavier à la cla-
vicule. Les os sont très légers, car la sub-
stance compacte corticale est anormale-
ment mince; en revanche la cavité médul-
[|V ^^ laire est extraordinairement développée;
elle se poursuit jusque dans les épiphy-
FiG. 23('). — Le squelette du géant ses, oîi les travées osseuses forment un
Simon Boiis. (Buday et Jancso.) ^éscau fin en toile d'araignée. Ostéoporose
remarquable, accentuée dans les petits os,
particulièrement ceux du tarse, au point que la substance corticale a
une consistance parcheminée et garde l'empreinte du doigt.
Crâne. — Augmentation disproportionnée de sa portion faciale par
rapport à sa portion crânienne, bien que celle-ci ne soit pas tout à fait
normale. Epaisseur de la voûte crânienne : 4 à 7 millimètres.
A l'intérieur du crâne, selle tarcique aplatie et très élargie.
Dislance des trous optiques 56 mm.
Distance des apophyses cHnoïdes antérieurs. ... 45 —
Distance des trous ronds 51 —
(*) Extraite des Deutsch. Arch. fur. klîn. Med., li
GIGANTISME ET INFANTILISME. 129
Au fond de la selle turcique, l'os est très aminci au-dessus du sinus
sphénoïdal, mais non perforé. La grande fosse plate qui en somme tenait
lieu de selle turcique se continue avec la partie postérieure des fosses
cérébrales de l'os frontal et de la lame criblée, car l'hypophyse ne trou-
vait pas de place suffisante dans
la selle turcique et débordait en
avant, de même qu'en arrière, sur
la partie basilaire de l'occipital.
Le trou occipital semble très pe-
tit (diamètre sagittal : 51 millimè-
tres; diamètre transversal : 52 mil-
limètres).
Toutes les parties du temporal
sont très augmentées : le conduit ^^ ^^, .
auditif externe est long de 57 milli- ^^ - Xm^Kk "^ li
mètres (au lieu de la longueur nor- HU ' ^
maie : 15 millimètres). ^^®^ i
Face (fig. 24). — Les maxillaires
supérieurs sont très augmentés ^^^ \\>5^ -«
(distance de la suture fronto-nasale ^^B * ^ ."ô » ^ ^ ^
au bord alvéolaire : 10'^'°, 2). Les ^^^k
fosses nasales montrent un tel de-
gré d'allongement et d'élargisse-
ment cju'il est à peu près sans exem-
ple : les os nasaux sont doublés
de largeur (15 millimètres), et de
longueur (42 millimètres). Hauteur l'ic 24('). — Le crâne du géant Simon
] cr -n- -t T) i Botis. (BUDAY Ct JaNCSO.)
du nez : 84 milhmetres. L antre
d'Higmore s'est accru en propor-
tion des maxillaires supérieurs. Les molaires sont surtout augmentées
en hauteur.
Le maxillaire inférieur est plus augmenté dans son corps que dans
ses branches :
Hauteur du corps du maxillaire inférieur 46 mm.
Longueur du bord inférieur 107 —
Diamètre bigoniaque 122 —
Diamètre bicondylien 145 —
Le bord inférieur est épaissi et saillant en avant, l'angle du maxil-
laire est plus ouvert que normalement (158° au lieu de 120°).
Colonne vertébrale. — Scoliose à deux courbures : convexité gauche
cervico-dorsale, convexité droite dorsale inférieure. Pas de cyphose à
proprement parler. Les corps des vertèbres sont augmentés surtout
dans la portion cervicale.
Thorax. — Augmenté notablement dans toutes ses dimensions, sur-
(') Extraite des Deutsr.h. Arch. fiir Klin. Med., 1898.
LAUNOIS ET ROY.
130
CIGVN'IISMK ET INI'7\NT[IJSMR.
tout dans le diamètre sagittal. La partie iulerieure droite est saillante
en avant. — Augnientalion des côtes et des clavicules.
Membres supérieurs. — Les deux humérus en comparaison des autres
os longs sont courts, surtout le gauche, qui est à peine plus long qu'à
l'état normal; le droit est de 3"'", 5 plus long que le gauche; l'asymétrie
est frappante. — Au contraire des bras, les avant-bras sont très longs;
mais les os ne sont pas très gros. Contrairement à la normale, l'apo-
physe styloïde radiale descend moins bas que la cubitale ; le cubitus
FiG. 2o('). — Le crùuc du géaiiL Simon Bolis. (Blday el Jancso.}
étant plus long que le radius, il en résulte une inclinaison de la main
sur le côté radial de l'avant-bras ; la grosse épiphyse inférieure du cubi-
tus est très saillante (manus valga). — Les métacarpiens et les pha-
langes sont très longs, mais le rapport des parties entre elles n'est
guère modifié.
Bassin. — Augmenté dans toutes ses dimensions, mais surtout dans
les diamètres transversaux, par suite de l'élargissement du sacrum et
du fort allongement de la branche horizontale du pubis.
Membres inférieurs. — La longueur des fémurs est encore plus exa-
gérée qu'on ne pourrait l'attendre d'après la longueur du corps. Le
fémur gauche est plus long de l''",5 que le droit. L'extrémité inférieure
du fémur droit présente les déformations caractéristiques du genu
(') Exlrailo de* Deutsche Arclilv. fiir Klin. Med., 1898.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 131
valgum. Les jambes sont encore plus allongées que les cuisses. Vestiges
de la carie antérieure du tibia droit. — Les pieds ne sont pas allongés
en proportion des jambes, ni des autres parties du corps. Pied droit en
varus équin. Il n'y a d'ostéophytes qu'aux phalanges unguéales.
De tous ces faits, en particulier de celui de Buday et Jancso
qui, à tant d'égards, est si comparable aux nôtres, on peut
conclure que chez les géants, plus souvent encore que chez les acro-
mégaliqites, il existe de V atrophie génitale (^).
Réciproquement, pour ainsi dire, il est une autre donnée non
moins intéressante à signaler, c'est que l'infantilisme peut
s'observer chez les sujets de taille élevée.
Si le plus souvent l'infantilisme s'accompagne d'arrêt de
développement du squelette, on peut parfois noter un accrois-
sement excessif des os (Henry Meige)(^). Il y a peu de temps,
le professeur Joffroy(^) évoquait le souvenir de Lorain montrant
à ses élèves un cuirassier de haute stature, qu'il ne craignait
pas de considérer comme un infantile. Otto Ammon(^), à la
suite d'une longue enquête sur l'infantilisme et le féminisme,
poursuivie dans les conseils de revision de Bavière, concluait
que « l'infantilisme se manifeste chez les sujets de toute taille,
depuis les plus petits jusqu'aux plus grands ».
(') Le mariage des géants a été encouragé à toutes les époques et pour des
motifs divers par tous les " montreurs et propriétaires » de géants, aussi bien
que par Frédéric le Grand [voir le récit de son amusante déconvenue, par
DiEUDONNÉ Thibault, cité par Garnier {loc. cit., p. 505)] et par le donateur
original, plus généreux qu'éclairé, qui laissa sa fortune à la ville de Rouen
pour enrichir un couple de géants. — En fait, dit Woods Hutchinson {Neiv
York Journ., 21 juillet 1900), sur 50 géantes, pas plus de 2 ou 5 furent mariées,
et parmi les géants une très faible proportion quitta le célibat. Et, parmi ceux
dont l'histoire nous est connue, aucun, sauf peut-être Winckelmeyer, ne laissa
d'enfants.^ C'est FAmérique qui se vante (Gould et Pyle, loc. cit.) déposséder
le plus grand couple du genre humain {the tallest married couple knoivn to
mankind) : le 17 juin 1871, en effet, on maria à Saint-Martin-des-Champs, à
Londres, le captain van Buren Bâte, du Kentucky et miss Anna Swann, de la
NouvelIe-Écosse, tous les deux hauts de 7 pieds. — Mais, comme dit Henry
Meige (Arch. gén. de Méd., oct. 1902; et Congr. des Neurol. Grenoble, 1902), on
ne nous parle pas de la descendance de ce couple de géants. — « Les tailles
exceptionnellement grandes ou petites sont des productions anormales, dit
Deniker (/îaces et peuples de la terre, p. 30) : la stérilité avérée des nains et des
géants suffirait à elle seule à le prouver. »
(^) Henry Meige, Sur les l'apports récijiroques de l'appareil sexuel et de l'ap-
pareil squelettique Journ. des connais, méd., 14 mai 1896, p. 164.
(') JoFFROY, Soc. de Neurol. de Paris, 7 juin 1900. Discussion à la suite de la
communication de Babinski.
('*) Otto Ammon, L Anthropologie, 'ç. 285, 189G.
132 GIGANTISME ET INFANTILISME.
Il convient d'ailleurs de rapprocher tous ces faits des modifi-
cations que l'ablation des glandes génitales imprime au sque-
lette et qui sont connues depuis longtemps ('). Constatées par
les vétérinaires, d'une façon courante, chez les animaux domes-
tiques, elles sont plus fréquemment observées chez les mâles
que chez les femelles; s'il en est ainsi, c'est parce que l'opéra-
tion se pratique plus souvent chez les premiers.
En supprimant d'une façon plus ou moins précoce, chez les
animaux mâles, les glandes génitales, en leur faisant subir la
castration dite de convenance, on cherche à modifier leur orga-
nisme, à imprimer des changements non seulement à leur
caractère, mais encore à leurs formes extérieures, à leurs fonc-
tions physiologiques; on tend, en d'autres termes, à les appro-
prier davantage aux exigences de la domesticité.
Bouley("), étudiant les modifications que la castration
imprime à l'organisme des animaux mâles, les résume de la
façon suivante :
u Pratiquée de bonne heure, la castration arrête le dévelop-
pement du squelette, et conséquemment celui des masses
musculaires auxquelles il sert de support; sous son influence,
la tête s'allégit, les membres s'affinent, le corps demeure plus
svelte dans ses proportions générales; les animaux mâles
tendent, en un mot, à se rapprocher par leurs formes et même
par leurs attributs des femelles de leur espèce. Ainsi le cheval
hongre ressemble à la jument par l'ensemble de ses formes : il
en a le hennissement, moins accentué que celui du mâle entier,
et surtout plus rare, la physionomie plus douce et moins
expressive, l'encolure plus effilée, la crinière moins touffue et
garnie de poils plus soyeux, etc.
« Le bœuf se rapproche de la vache; sa voix n'a pas le timbre
sonore et retentissant de celle du taureau. Sa tête, plus étroite
par le sommet et plus allongée, supporte des cornes longues et
recourbées comme celles de la femelle de l'espèce; cette
expression d'énergie un peu sauvage qui appartient au mâle de
(•) P.-E. Launois et P. Roy, Gigantisme et castration. Les modifications du
squelette consécutives à l'atrophie testiculaire et à la castration. Communica-
tion à la Soc. de Pathol. Comparée, 9 déc. 1902; et Revue internai, de mcd. et de
chir., -10 déc. 1902.
(^) BouLEY, Diction, de méd., de chir. et d'hyg. vétérin., t. IIL p. 90, 1857.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 133
cette espèce, en pleine puissance de ses aptitudes génitales, est
complètement éteinte en lui. Son encolure plus grêle, son
poitrail plus étroit, son ossature moins volumineuse et plus
élancée, tout dénonce l'influence profonde que la castration a
exercée sur son organisme.
(( Chez le mouton, les appendices frontaux, organes désor-
mais inutiles, ne se développent pas, mais, en revanche, la laine
devient plus longue et plus soyeuse; les défenses avortent chez
le jeune porc châtré de bonne heure, enfin la crête du coq cha-
ponné se flétrit et se décolore, et les éperons dont ses pattes
sont armées pour l'attaque et la défense, ou bien avortent, ou
bien s'arrêtent dans leur développement. »
Si Bouley ne fait que signaler les modifications que la
castration détermine dans l'ossature des animaux mâles, Lôrtet (')
met en valeur l'allongement qui s'observe du côté des membres
inférieurs après l'ablation des testicules. « Les ailes du chapon,
écrit cet auteur, ne sont pas plus développées que celles du
coq; mais les pattes, très élancées chez ce volatile castré, lui
donnent une apparence toute particulière. Le taureau, toujours
bien plus bas sur jambes que le bœuf de sa race, a surtout des
membres postérieurs peu élevés, tandis que c'est l'allongement
des membres postérieurs qui, chez le bœuf, redresse la ligne du
dos qui est généralement descendante sur le taureau. »
Déjà, en 1877, A. Poncet('), opérant sur de jeunes animaux,
lapins, chats, etc., de la même portée et du même âge, dont les
uns étaient castrés et les autres restaient indemnes, et qui
étaient sacrifiés au bout de trois mois ou trois mois et demi,
avait signalé que l'hyperaccroissement des os était surtout
marqué pour le squelette des membres inférieurs : « Les os des
castrats sont plus forts, mais surtout plus longs que ceux des
lapins étalons. La différence de longueur est notable et se
constate à première vue. Elle m'a paru plus accusée encore
(6 à 8 millimètres) pour certaines parties du squelette; c'est
ainsi que les fémurs, les tibias, les os des îles ont subi un
accroissement plus marqué que les autres os. »
(') LoRTET, Allongement des membi'es inférieurs chez un eunuque. Arch.
cVAnthrop. crim. Lyon, 189(3; et Soc. de Méd. de Lyon, 16 mars 1896.
(-) PoNCET, Influence de la castration sur le développement du squelette,
Congrès de VAssoc. franc, pour l'avanc. des se, session du Havre, 26 août 1877.
— Sur la castration. Soc. de Méd. de Lyon, 23 mars 1896.
134 GIGANTISME ET INFANTILISME.
A la coupe, la substance compacte semble un peu augmentée
de volume et le canal médullaire est agrandi. Les os sont plus
droits qu'à l'état normal, les inflexions et les courbures y sont
absentes ou peu accusées.
Ces expériences de Poncet, qui remontent déjà à 1877, ont
été confirmées à l'étranger, notamment par celles de Sellheim('),
et reprises récemment en France par les élèves de Poncet :
Briau('), sur une même portée de jeunes chiens, castre les
uns à 15 jours et sacrifie les castrés avec les témoins à l'âge de
6 mois : le poids du squelette du chien castré est de 240 grcimmes]
tandis que le squelette du témoin ne pèse pas plus de 175 grammes.
Sur les cliiennes^ les résultats sont très semblables et confirment
cette influence incontestable de la castration sur lliypermégalie
squeh'ttique.
Pirsche("') résume de la manière suivante les résultats de ses
expériences :
Chez tous les animaux castrés observés dans les expérimentations,
le squelette subit un allongement notable {exception faite pour les
écjuidés oii le cas est très discuté par les vétérinaires). Le fait que
les animaux témoins sont plus petits que les animaux castrés expé-
rimentalement peut cire considéré comme constant.
Uhyperaccroissement porte principalement sur les membres posté-
rieurs; il est également plus accusé pour le tibia.
Chez les cliapons, la différence de longueur est de 8 millimètres
pour les fémurs et 18 millimètres pour les tibias.
Chez les cobayes, la différence est de 5 millimètres pour les
fémurs et de 4 millinuHres pour les tibias.
De même, L. Guinard(*) note que, d'une manière générale, la
castration pratiquée chez les animaux jeunes, avant qu'ils aient
atteint leurs formes définitives, allonge les rayons osseux; le
train antérieur reste étroit pendant que les parties postérieures
s'élargissent, en sorte que leurs formes, dans leur ensemble,
sont moins trapues et moins ramassées.
(') Sellheim H.. Castration und Kiiochenwachsthum. BciLr. zur Geburtsli und
Gynàkol, II, 2, 1899.
(-) Briaii (du Creusot), De linfluence de la castration testiculaire et ova-
rienne sur le développement du squelette. Gaz. Iiebd. de Méd. et de C/iir.
15 août 1901.
(^) PiRSCHE, loc. cit., p. 56.
('m L. GIII^^\RD, Article Castration du Dictionnaire de pliysiologie de Ch. Ri-
CHET, t. Il, p. 470.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 135
Toutes ces constatations dépassent le domaine de Texpéri-
menlation; elles tendent à prouver la réalité de /V<//on^t^//i(^n/ r//(
Irain postérieur chez les animaux, quand ils ont été castrés avant
que leur squelette ail atteint son développement complet.
Mais elles sont applicables également à l'homme, quand il est
castré jeune ou au moment de la période de la puberté; feunu-
(/ne se fait avant tout remarquer par Vallo)i<iement cvaqéré de ses
membres injérieurs.
Cette anomalie a été pour la première fois scientiliquement
observée par E. Godard ('); dans ses Violes de voyage^ il décrit de
la façon suivante l'habitus extérieur des eunuques égyptiens :
« Les eunuques sont maigres, de grande taille, hébétés. Leurs
jamtjes sont monstrueuses par leur longueur. Les nègres du pays
peuvent être grands, mais jamais disproportionnés comme les
eunuques. M. le D'' Rossin, à qui je demandais la raison de ce
fait, me disait qu'il n'avait lieu qu'au moment de la puberté.
Ainsi un eunuque d'Alim-Pacha, qui a de longues jambes, était
fait comme les autres quand il était jeune. Les jambes n'ont
grandi d'une manière démesurée que depuis le moment de la
puberté. »
Dans le portrait qu'il trace du chef eunuque d'une grande
princesse, le même observateur écrit : « C'est un grand gaillard
qui a près de six pieds; il est grand, maigre et paraît gelé;
il a de grands doigts allongés et osseux. On dirait que la castra-
tion détermine u)t grand développement du corps. »
De Amicis('), Matignon (^), Hikmet et RegnaultC), Korsakow(')
ont, chacun de leur côté, confirmé et complété cette descrip-
tion.
Dans une lettre adressée à PirscheC^) et reproduite par celui-
ci, Matignon a précisé les observations qu'il avait faites sur la
grande taille des eunuques chinois, attachés au Palais Impérial.
« Avant la dernière guerre de Chine, je n'ai eu qu'un nombre
(') E. Godard, Observations médicales cl scientifiques. Éyvple eL Palestine.
Paris, 1867, p. 115.
(-) De Amicis, Constantinople. Paris, 1885.
(^) Matignon, Les Eunuques du Palais Impérial. iJull. de la Société d'Antlno-
pologie, 7 mai 189G, p. 325.
(*) Hikmet et Regnault, Les Eunuques du Sultan. Bullet.de la Société d'Aii-
Itiropologie, 1901, fasc. 5.
(•^) KoRSAKOw, Med. Wochenschrit't. Berlin und Leip-Jg, 1898.
(") PiRSCHE, loc. cit., p. 1*2.
136 GIGANTISME ET INFANTILISME.
limité d'eunuques clans mon hôpital, cinq ou six au maximum.
Deux avaient été castrés avant la puberté. Ils avaient seize à
dix-sept ans et étaient d'une taille bien au-dessus de la
moyenne pour leur âge.
« Après la prise de Pékin par les alliés, j'ai pu voir plusieurs
groupes d'eunuques dans le Palais. Ces eunuques étaient très
grands; ils avaient au moins 1 m. 80. Quelques-uns étaient
encore très jeunes et avaient été opérés en bas âge.
« S'il y a un rapporta établir entre la castration précoce et
le développement de la taille, je puis vous citer encore un fait
très probant.
« Quand, le 16 août, nous pénétrâmes, avec une avant-garde
de marsouins, dans le parc du Palais Impérial, un groupe
d'eunuques se porta à notre rencontre et se prosterna à nos
pieds. L'un d'eux s'approcha de nous, implorant la pitié; c'était
un homme de haute stature, mesurant au moins 1 m. 85. Je le
montrai à quelques camarades et lui demandai depuis combien
de temps il avait été castré. Il avait subi l'opération vers l'âge
de dix ans.
« J'ai remarqué un eunuque d'aussi haute taille. C'était à
Séoul. Il se tenait, vraiment imposant, derrière V Empereur de
Corée, un jour où je fus reçu par le souverain. Sa haute fonc-
tion permet de supposer qu'il avait été castré de bonne
heure. »
De même l'eunuque, que l'un de nous(^) put étudier à Paris
et qui avait été castré avant la puberté, se faisait remarquer par
une haute taille et par un allongement tout à fait dispropor-
tionné de son arrière-train.
Beaucoup plus précises que ces simples appréciations sont
les mensurations anthropométriques qui ont été faites sur des sque-
lettes d'eunuques.
Les premières ont été pratiquées par Rollet, au Laboratoire de
médecine légale de la Faculté de Lyon, sur le squelette d'eunuque
égyptien, rapporté par Lortet et dont voici l'observation :
(') P.-E. Launois, Castralion et atrophie de la prostate. Ass. française pour
avancement des sciences. Congrès de Caen, 1894.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 137
Observation V. (Lortet.)
Allongement des membres inférieurs dû à la castrcdion chez un eunuque
égyptien (').
Eunuque âgé de vingt-quatre à vingt-cinq ans probablement et parais-
sant venir de la région habitée par les Schillouks, peuplade occupant
les territoires situés entre Khartoum et le Bahr-el-Gazal. La peau était
d'un vert de bronze foncé. Le crâne est petit, mais bien conformé,
quoique le prognathisme maxillaire et dentaire soit des plus prononcés.
La mensuration exacte des os des membres a fourni les résultats
suivants :
Fémur droit 555 millimètres.
Fémur gauche 550 —
Tibia droit 465 —
Tibia gauche 464 —
Péroné droit 442 —
Péroné gauche 445 —
Humérus droit 572 —
Humérus gauche 372 —
Cubitus droit 325 —
Cubitus gauche 524 —
Radius droit 306 —
Radius gauche 305 —
En recherchant la taille du sujet par la mensuration de ces os longs,
on trouve que, d'après la méthode Rollet,
Le fémur indique une taille de 'l™,9i
Le tibia — 1"',99
Le péroné — 2"', 02
L'humérus — 1"',88
Le cubitus — 2"', 07
Le radius — 2"', 09
La longueur du membre inférieur indiquerait donc une taille de
l'",99, celle du membre supérieur, une taille de 2 mètres.
Or la taille du squelette rapporté à Lyon est de 1",79. La différence,
dit M. Rollet, entre la taille d'un individu et celle de son squelette
étant d'environ 5 centimètres, le sujet devait donc mesurer, de son
vivant, i",82.
Quoiqu'il soit difficile d'indiquer exactement la taille de sujets à
stature extrême, à l'aide de la mensuration des os, ajoute cet auteur, il
est cependant permis dans notre cas, en raison de l'écart considérable
entre la taille déterminée par le calcul et la taille réelle, d'avancer qu'il
s'agit d'un individu présentant un allongement anormal des membres.
(') LoRTET, Allongement des membres inférieurs dû à la castration. Archives
d' Anthropologie crirninelle. Lyon, 1896, p. 501.
138
GIGANTISME ET INFANTILISME.
Or, c'est bien le
FiG. 26. — SqueleUe d'eunuque égyptien.
(LoKTET.) — Allongement dispropor-
tionné des membres inférieurs, absence
de soudure des épipbyses.
ens chez les eunuques, comme il est li'ès facile de
s'en assurer par Tobservation sim-
ple. L'excès de longueur, chez notre
sujet, porte principalement sur les
os longs. Il est moins marqué
pour l'humérus.
Le thorax paraît court coni[)aré
à la longueur des membres abdo-
minaux et à la taille totale.
Le bassin est très petit, presque
atrophié. Les trous ovales sonL
très grands et ne laissent entre eux
qu'une symphyse pubienne étroite.
Les os longs sont tous excessive-
ment grêles, féminins, et ne pré-
sentent point les crêtes saillantes
destinées aux insertions muscu-
laires.
L'humérus est relativement court;
le radius et le cubitus sont longs
et faibles. Les métacarpiens, très
allongés ainsi que les phalanges,
constituent une main longue, étroi-
te, prescfue simienne.
Le fémur, très faible, ne présente
pas de courbure. Le tibia et le
péroné, tous deux très grêles, sont
d'une longueur tout à fait exagé-
rée. Les pieds sont plats, comme
ils le sont chez presque tous les
nègres. Les phalanges et les méta-
carpiens sont longs et grêles.
L'allongement insolite des mem-
bres porte donc, comme le démon-
trent les mensurations de M. Rol-
LET, sur les membres postérieurs.
« Pour mettre en lumière
celle disproporlion étonnante dos
membres inférieurs par rapport à
la taille, écrit Pirsche (M, nous
utiliserons un squelette de race
(*) I^lRSCllE. loc. cil.. \>. 1 i.
GIGANTISME ET INFANTILISME. 139
nègre {Echillouks). Nous comparerons les mesures obtenues
avec celles de deux squelettes de même race et de même âge.
Nous aurions peut-être pu emprunter des tables basées sur
des mensurations de squelettes nègres, mais nous avons craint
que les sujets employés fussent de race différente. Pour être
plus logique, nous réduirons à une même mesure toutes ces
mensurations et nous reporterons au nombre 100 les résultats
obtenus. Ce sera un moyen de comparaison plus schématique
à la fois et la disproportion apparaîtra plus évidente entre les
deux catégories d'individus.
« Le squelette n° 1 de nègre normal est âgé de vingt ans; le
squelette n" '2 de nègre normal est âgé de vingt-trois ans; celui
du castrat, de vingt-deux ans.
« Ce squelette d'eunuque a été étudié au laboratoire de M. le
professeur Lacassagne.
« La taille des nègres normaux est pour le squelette n" 1 de
151 centimètres, de 160 centimètres pour le n" 2, de 180 centi-
mètres pour le castrat.
« Les mensurations suivantes des divers segments de
membre ont été prises exactement d'après la méthode pro-
posée par Ollier.
RAPPORT EN 100.
Humérus
Cubitus.
Radius .
Fémur .
Tibia. .
Eunuque Nègre n° 1 Nègre n° 2 Eunuque Nègre n° 1 Nègre n° '
180. loi. Ï(i0. 100. 100. 100.
57,2 28,5 50.0 20,66 18,81 19,25
52.5 26,6 25,5 17,9 16,9 15,94
50.6 25,6 2i.O 16.9 15,58 15,00
55,5 59,9 45,0 29,7 26,54 28,81
46,5 54,7 56.5 25,72 22,9 22,89
« Ecker, de V Université de Frihour(j[^), publie, de son côté, une
observation intéressante faite sur un squelette d'eunuque
nègre. Les mensurations des segments de membre ont été
prises suivant la méthode d'Ollier et nous avons procédé par
comparaison avec les deux squelettes de nègres normaux et de
même race.
La taille du squelette est de l'",85 et la castration a été pra-
tiquée en bas âge.
(') EcKEP,, ioe. cil.
UO GIGANTISME ET INFANTILISME.
RAPPORT EN JOO.
Eunuque
Nègre n° 1
N
ègre n°.2
Eunuque
Nègre n° 1
Nègre n° S
185,9.
loi.
160.
100.
100.
100.
Humérus.
36,5
28,5
50,0
19,9
18,81
19,25
Cubitus. .
5-2,2
25,6
25,5
17,5
16,9
15,94
Radius . .
50,0
25,6
24,0
16,5
15,58
15,00
Fémur . .
55,(5
5!), 9
45,0
30,9
26,34
28,81
Tibia. . .
47,0
54,7
56,5
25,6
22,9
22,89
« Si nous nous en rapportons aux mensurations, nous remar-
quons que le rapport des segments du membre supérieur à la
taille est légèrement plus élevé chez l'eunuque que chez les
nègres normaux. Le rapport des divers segments des membres
inférieurs à la taille est au contraire surprenant. Nous insis-
tons sur la longueur exagérée des fémurs et des tibias. Un an-
thropologiste, à qui l'on confierait de tels os pour déterminer la
taille d'un individu supposé inconnu, n'hésiterait pas à lui
accorder une taille de 2 mètres, après avoir consulté les tables
de mensurations. La conséquence de celte interprétation serait
donc une erreur.
« Enfln, sans vouloir pousser plus loin l'étude du rapport des
segments de membre à la taille, nous citerons les conclusions
aussi probantes du P'' Becker dlleidelberg ('). Après avoir étudié
un squelette d'eunuque de race nègre (i"\85) et l'avoir comparé
aux squelettes de nègres normaux et de même race, il arrive
aux conclusions suivantes :
« Par suite de la longueur exagérée du fémur et du tibia, il
existe une disproportion très grande entre les membres infé-
rieurs et la taille. »
La môme systématisation aux membres inférieurs du gigan-
tisme des eunuques orientaux se retrouve chez les SJwptzys (^),
ou ^Blanches Colombes », secte mystique de castrés volontaires,
habitant certains districts de la Russie : ils se font remarquer
(1) Becker, loc. cit.
(-) Les Skoptzys sont des fous religieux qui s'estiment les seuls vrais chré-
tiens parce qu'ils rachètent le péché originel d'Adam et d'Eve parrémasculation
{Skoptzys à deux cachets). Les premières sectes de ces castrés volontaires se
montrèrent au début du xviv siècle, sous Catherine H et Alexandre /"^ Stein
en a compté, en 1866, plus de 5500 en Russie ; vers 1880, ils avaient émigré et
vivaient en Roumanie. On en compte aujourd'hui plus de 16 000 (Mantegazza).
— Voir E. Teinturier, Les Skoptzys, Prog'î'ès médica/, 1876-1877.
GIGANTISME ET INFANTILISME.
l^il
par un allongement tout à fait disproportionné des jambes par
rapport aux cuisses.
Pelikan ('), conseiller privé de l'Empire, président du Conseil
de Médecine, a, dans une série de rapports, résumé les résul-
FiG. 27. — Portrait d'un Skoptzy (-).
tats des différentes enquêtes sociales et médicales faites sur les
Skoptzys. lia reproduit, en particulier, les mensurations recueil-
lies par le médecin légiste Merschejwski, qui compara dix-sept
(') GeriLhtliclî Mediciniscli Untersuchungen uher das Skophzenthum in Russ-
land. Deutsch von Iwanoff. Giesen, 1876. — Voir aussi le Mémoire de E. Tein-
turier, loc. cil.
(■-) Photographie communiquée par Mme G.
U2 GIGANTISME ET INFANTILISME.
squelettes de Skopizys adultes, opérés de trois à cinq ans, avec
vingt-six squelettes normaux de la même race.
Les moyennes obtenues ont été réunies dans le tableau sui-
vant :
Skopizys. Hommes normaux.
Taille 1G90 millimètres. 1656 millimètres.
Bras et avant-bras. 550 — —
Tibia 476 — —
Ces chiffres démontrent la réalité, chez les castrés volon-
taires, d'un allongement global de la taille, portant surtout sur
les membres et en particulier sur les membres inférieurs.
E. Pittard ('), de Genève, a, tout dernièrement, poursuivi des
recherches anthropométriques du même genre sur les Skopizys
de la Dobrocija. Parmi les conclusions qu'il nous a gracieuse-
ment communiquées, nous retiendrons les suivantes, qui nous
intéressent plus particulièrement.
« 1" La taille absolue des castrats est ici plus grande que
celle de leur groupe ethnique. »
« 'I" Celte augmentation de la taille provient d'un allonge-
ment du membre inférieur. »
Parmi les chiffres qu'il a recueillis, nous citerons les sui-
vants qui montrent l'existence d'un gigantisme infantile véritable
chez- les Skoptzijs :
Longueur nljsoUie
Taille Tfiille des membres
deijout. assise. inférieurs.
l"'' groupe (10 individus glabres) . . . 1751"'"',8 1278""", G 875™'", 4
'■1'- groupe — " .... 1718"'-, 8 1277""", 6 844""", 2
,")■= groupe (10 individus avec pilosité). 1704""", 2 1287""', 0 818""". 2
Ces données se trouvent justifiées et complétées dans la
note suivante communiquée tout dernièrement à V Académie des
Sciences par Laveran, au nom de E. Pittard.
« On possède quelques indications anthropométriques très
clairsemées et quelques renseignements descriptifs, relatifs
aux modifications causées par la castration. La présente étude
apporte une importante contribution à la connaissance de ces
(') E. Pittard, Communication écrilc; et La casiration chez l'homme et
les modifications qu'elle apporte. Comptes rendus de ^Académie des Sciences,
8 juin 1905, p. 1411. — Anthropologie de la Roumanie. Les Skoptzys. Modifi-
cations anthropométriques apportées par la castration. In Bulletin de la So-
ciété des Sciences de Bucarest, 1905.
GfriANTISME ET INFANTILISME. U3
modifications. Elle est basée sur l'examen de trente hommes
appartenant à la secte des Skoplzys.
« Cette secte religieuse est formée, en Tespèce, presque
FiG. 28. — Un groupe de femmes Skoptzys (').
entièrement par les Grands-Rnssiens ou Velikorouses. Elle a été
fondée vers le milieu du xvni'' siècle. Elle comprend des indi-
vidus dont la castration est complète ou incomplète. Lors-
qu'elle est complète, la verge et les testicules sont enlevés
(') Photographie communiquée par Mme C.
144 . GIGANTISME ET INFANTILISME.
en un ou deux temps. Quand elle est incomplète, un testicule
seul ou les deux sont enlevés. Les châtrés complets s'appellent
« les blanches colombes » ; seuls, ils sont dignes de monter sur
le cheval blanc de l'Apocalypse.
« Les Skoptzys ont été violemment poursuivis en Russie, où
la secte a pris naissance. Dans le Drobodja, où ceux cpii figu-
rent ici ont été étudiés, ils vivent paisiblement dans quel-
ques hameaux.
« L'étude anthropométrique de trente de ces individus
(hommes) permet d'émettre les conclusions suivantes :
« 1" Chez les individus châtrés avant l'apparition de la
puberté, l'enlèvement des testicules amène une augmentation
de la taille. Cette augmentation est assez sensible pour que la
stature moyenne des eunuques dépasse, et de beaucoup, celle
du groupe ethnique auquel ils appartiennent.
(( 2" Dans cette augmentation de la taille, c'est le membre
inférieur qui prend la plus forte part. Le buste se développe
relativement peu, tandis que les jambes, au contraire, s'allon-
gent beaucoup.
(( Ces faits ont déjà été relevés chez quelques géants et dans
des squelettes, très rares, d'eunuques.
« Le rapport de la grandeur du membre inférieur au buste
est bien plus grand, à taille égale, chez les châtrés que chez
les individus normaux.
« 5" La longueur des membres supérieurs est aussi relative-
ment plus grande chez les châtrés que chez les normaux.
« 4" Au contraire, la hauteur de la tête est relativement plus
petite chez les châtrés que chez les normaux.
« S*' Le diamètre antéro-postérieur maximum du crâne, qui,
normalement, suit une marche d'accroissement proportionnel
à la taille, présente chez les eunuques Skoptzys un dévelop-
pement inversement proportionnel.
c( 6° Le diamètre transversal maximum du crâne, de même
que le diamètre antéro-postérieur, suit un développement inver-
sement proportionnel à l'élévation de la taille.
« 7" La castration restreint donc la croissance du crâne. Elle
restreint donc aussi la croissance de l'encéphale.
« 8" Elle retarde ou restreint également la croissance du front
dans le sens transversal. Le développement du frontal minimum,
GIGANTISME ET INFANTILISME. 145
qui est, chez les normaux, proportionnel à l'élévation de la
taille, devient inversement proportionnel.
« 9" La castration fait ressentir ses effets sur le développe-
ment en hauteur du crâne (diamètre auriculo-bregmatique). Ce
développement est d'ordinaire inversement proportionnel par
rapport à la taille. Cet ordre de croissance demeure, mais il
subit un retard.
« 10° Elle amène un retard et probablement un arrêt à un
certain moment dans le développement latéral de la face (repré-
senté par les diamètres bijugalet bizygomatique), et dans celui
de la hauteur du visage. C'est surtout la partie inférieure du
visage qui serait affectée, et probablement, en particulier, la
hauteur du corps du maxillaire inférieur.
« 11° Chez les castrés, la région ophryaque paraît moins
développée.
« 12° La castration cause un arrêt dans la croissance du nez,
surtout en hauteur.
« 15° Elle semble, au contraire, produire un allongement du
pavillon de l'oreille.
« En résumé, et sansqu'il soit possible, avec un tel matériel
d'études, de saisir le processus modificateur dû à la castration,
nous pouvons dire que :
« I. Cette opération diminue, augmente ou restreint la crois-
sance absolue et relative du buste, de la tête, du crâne dans les trois
dimensions principales, du front, de la face, latéralement et en
hauteur.
« IL Cette opération augmente ou accélère la croissance absolue
et relative de la taille en totalité., celle du membre inférieur, du
membre supérieur, probablement de Voreille.
« Tous ces faits mériteraient d'être étudiés empiriquement
sur de plus grandes séries d'hommes, et expérimentalement
sur des animaux. »
On est tout naturellement amené à rapprocher cet allonge-
ment de l'arrière-train que présentent les animaux castrés et les
eunuciues de celui que nous avons observé au niveau des
membres inférieurs chez les géants infantiles.
LAUNOIS ET ROY. 10
146
GIGANTISME ET INFANTILISME.
Topinard avait noté, de son côté, que chez les géants, comme
chez les nains, c'étaient les membres qui s'allongeaient ou se
raccourcissaient démesurément, tandis que les proportions du
crànc et du tronc ne s'écartaient guère de la normale : étant
assis, un nain paraît toujours plus grand et un géant plus petit
qu'ils ne sont l'un et l'autre en réalité.
Le grand Charles, par exemple, véritable castrat congénital
en raison de l'atrophie de ses testicules, est, comme nous le
FiG. 2<J. — La Qéaule Russe.
disions, grand à la façon d'un chapon, d'un bœuf ou d'un eunuque.
Par la simple inspection, on est frappé de la petitesse relative
de son tronc : la taille assise n'est que de 0'",96. Les membres
inférieurs, au contraire, sont démesurément longs : celui du
côté droit, qui n'est pas déformé et qui, ayant à supporter
tout le poids du corps, s'est certainement moins accru que le
GIGANTISME ET INFANTILISME. 1kl
membre gauche, mesure néanmoins, du grand trochanter au
sol, l'",29. D'après les canons artistiques des anciens Égjjptiens^
très grossièrement approximatifs du reste, la longueur des
membres inférieurs doit représenter environ les 10/19 de la hau-
teur totale, pour une taille de 2'", 14, elle devrait être inférieure
de 6 centimètres à ce qu'elle est chez lui.
La même disproportion entre le développement des membres
inférieurs et du tronc se retrouve chez notre géant infantile de
l'observation II (page 82). Elle avait, comme on le verra plus
loin, atteint son maximum chez le géant Constantin.
Elle est toujours très apparente sur les gravures ou pho-
tographies qui représentent les géants et rendue plus évidente
encore par les comparaisons que Ton peut faire entre les diffé-
rentes parties de leur habillement et par les témoins normaux
placés à côté d'eux pour rendre plus apparente leur excessive
grandeur (*).
Il est intéressant de noter qu'on la retrouve aussi bien chez
l'homme que chez la femme, comme en témoignent les deux
curieuses observations suivantes.
Observation VI. (Virchow.)
Le (jéant Winkelmeievy^).
Par l'intermédiaire de ^I. B. Fraenkel, j'ai eu, il y a environ
14 jours, l'occasion de faire connaissance de M. Franz Winkel-
meier, que Ton appelle d'habitude Franzl, et qui est originaire
de la Haute-Autriche. Le propriétaire de l'établissement Con-
cordia, M. Holf Dûssel, a eu la grande amabilité de me per-
mettre de mesurer le jeune géant et de le conduire aujourd'hui
devant la société.
(') Woods HuTCiiiNSON (N.-Y. Méd. joum., 1898) fait remarquer que le milieu
du corps de la Géante Russienne arrive à l'épaule du sujet normal placé à côté
d'elle : très grossièiement, on peut calculer que la distance de la crête iliaque
au sol représente chez elle les 2/5 ou 66 pour 100 de la hauteur totale, au
lieu de la normale 55 pour 100; c'est-à-dire que les 4/5 de l'excès total sur la
taille moyenne d'une femme normale de sa race et de son âge portent sur la
partie du corps située au-dessous de la ceinture, autrement dit sur les mem-
Ijres inférieurs.
(2) Verhandlungen der Beriiner anthropologischen Gesellschaft, 25 oct. 18S5.
Zeitschrifi fiir Ethnologie, 1885, p. 469.
148 GIGANTISME ET INFANTILISME.
WiNKELMEiER cst Èigé de 20 ans, né à Matiikiwpen, dans la Ilaule-
Autric/ie; d'une manière générale, il a une structure corporellef*) très
régulière, cependant il a un faciès pâle et une musculature quelque peu
faible. Cela paraît être en relation avec sa croissance rapide, car,
d'aj^rès ses dires, il a été, comme enfant, d'une grosseur ordinaire; ce
n'est que vers répoc|ue de la puberté qu'il s'est mis à grandir anorma-
lement ; aujourd'hui nous ne pouvons affirmer si la croissance^ chez lui,
est définitivement arrêtée. Dans sa famille, il n'a point connu de parents
qui fussent de taille considérable.
Il est si anormalement grand que les appareils de mensuration, avec
Iesc[uels je voulais procéder à l'examen, ne suffisaient point. Je dus
ra'aider de divers artifices, et il peut se faire que, de la sorte, quelques
inexactitudes se soient produites. Les résultats généraux ne seront
cependant pas influencés considérablement.
Je mets, à la fin, dans un tableau comparatif, les mensurations que j'ai
effectuées, il y a plus de 20 ans, chez le Géant Murphy, dans la mesure
toutefois où elles peuvent être mises en parallèle avec les mensurations
que je rapporte à l'heure actuelle. J'y ajoute les mensurations corres-
pondantes d'un compatriote, très grand, âgé de 52 ans, du nom de
Lentz, ciue j'ai prises le 14 mai 18CG.
Delà nous déduirons que Franzl, non seulement est le plus grand
des trois, mais aussi celui dont les formes structurales ont conservé le
mieux leur proportionnalité. La longueur de son corps (2"', 278) dépasse
de 58 millimètres celle de Murphy. Il y a à la vérité quekjues exemples
d'une taille plus considérable; un Kalmuk, dont le squelette est con-
servé à Paris, au Musée Orfda, mesure 2", 53 et un Finnois, nommé
Cajanus, 2'",85 (TopixARD, Anthropologie, p. 436). Toutefois la majorité
des géants connus reste au-dessous des mesures de Franzl. Ainsi, dans
le travail très étendu de Langer [Wachsthum des menschlichen Skeletes
mit Bezxuj au f de a Riesen, Wien., 1871, Seite 5, 91), le Géant d'Ixxs-
BRUCK, de la région de Tridence, mesure 2'", 226; le Géant de Pétersbourg,
qui doit sortir de Poméranie, mesure 2", 195,
C'est peut être un effet du hasard que, justement, l'on connaisse
en Autriche un grand nombre de géants. A propos du maxillaire
inférieur de la caverne de Schipka, on a insisté sur la haute taille
de la population morave; je veux attirer l'attention sur ce fait c[ue
les parties ouest et sud des Etats impériaux ont fourni également,
comme cela ressort du livre de Langer, des géants très remarqua-
bles, auxquels désormais nous pouvons ajouter Franzl.
En ce qui a trait aux rapports proportionnels de sa structure, je veux
(1) Bien que Virchow prétende que Winkelmeier soit un géant bien pro-
portionné, la main qui. sur ses photographies, nous montre la liauteur de sa
hanche atteste que les membres inférieurs représentent 64 pour 100 de sa
hauteur, au lieu de la normale 5.5 pour 100. (Woods Hutchixsox, loc. cit.).
— ■' Ses jambes étaient si longues qu'il préférait s'asseoir sur un comptoir
ou une commode que sur une chaise. >> (Guyot-Daubès, Nature, 1887, 1,
p. 18.)
GIGANTISME ET INFANTILISME.
149
tout d'abord signaler que la longueur de son pied est contenue 6,0 fois
dans la hauteur du corps.
Chez Lentz, on trouvait 6,7; chez Murphy, 7,1; chez le squelette
dlnnshruck de même 7,1; chez celui de Pétersbourg, seulement 6,0.
J'omets l'exposé plus détaillé des autres parties; mais je voudrais
mettre en relief que l'affirmation de Langer, à savoir que tous les
géants ont une tète relativement petite, ne peut s'appliquer ici. Chez
les personnes que j'ai mensurées, le périmètre horizontal aussi bien
que les diamètres transverses dépassent la moyenne et cela, non seule-
FiG. 30('). — Les variations de la taille humaine (portrait du géant Winkelmeier).
ment pour ce qui a trait à la face, mais aussi pour ce qui se rapporte
au cerveau; sous un seul rapport cependant se montre une diminution
relative, je veux dire pour ce qui a trait à la longueur de la base du
crâne; la distance de la racine du nez à l'orifice auditif se trouve être
chez Franzl et Murphy moindre que chez Lentz ; chez celui-ci on note
à la vérité des dimensions élevées. En regard de la longueur gigantes-
que du crâne de Franzl (217 mm.) tous les diamètres de largeur,
même la distance des angles maxillaires et la largeur du front, sont
bien en arrière de celles que l'on observe chez Murphy et même chez
Lentz. Aussi, c'est pourquoi j'insiste sur ce surprenant aspect de la
tête de Franzl, qui saisit d'autant plus si l'on considère la longueur
gigantesque du tronc et des extrémités.
(1) Extraite d'un ai'licle de Dana, Les géants et le gigantisme. Sc.ribner's
Maga:,ine, février 1895.
[urphy.
Lenlz.
205
197
'162,5
167
79,2
84,7
127,5
126
153
150
40
41
116
105
65
59
150 GIGANTISME ET INFANTILISME.
MENSURATIONS DE LA TETE
Winkelmeicr
Longueur maxima 217 ^
Largeur maxima 161
Rapport de la longueur avec la largeur. 741
Largeur du front 115
Hauteur de la faee :
A 225 220 187
B. — Hacine du nez jusqu'au menton. 149 145 109
Milieu de la face (racine du nez jusqu'à
la bouche) 96 78 69
Largeur de la face :
a. Arc zygomatique . 157 165 148
b. Saillie de l'os malairc 91
c. Angle maxillaire 118
Distance des angles internes de l'œil. . 46
— externes — 114
Nez : hauteur 71
— largeur 67 » »
— épaisseur 41 »
Bouche : largeur 62 »
Oreille : hauteur 75 71 64
Distance de l'orilice auditif à la racine
du nez 141 140 155
Périmètre horizontal 615 040 612
MENSURATIONS DU CORPS
Winkelmeier. Murphy. Lentz.
Hauteur totale 2278
Klafter weite 2503
Hauteur du menton 2052
— de l'épaule 1991
— du coude 1499 » »
— de l'articulation du poignet . . 1091
du médius 836
— du nombi'il 1448
— de la crête iliaque 1525 1590 1154
— de la symphyse pubienne . . . 1297
— du trochanler 1555
— de la rotule (bord supérieur). . 761
du malléole externe 105
— du vertex en station assise. . . 1012
— de l'épaule, 689
Largeur d'épaule 505
Pourtour de la poitrine 1120
Main : longueur (médius) 261
— largeur (4 doigts) 116
Pied : longueur 558
— largeur 155
2220
1905
2550
1970
2000
1645
.223
1025
703
555
90
35
475
402
..
402
215
191
415
87
310
285
GIGANTISME ET INFANTILISME.
151
Observation VIL (Woods Hutchinson.j
La [jéanle du Missouri (').
Je découvris Miss Ella Ewixg, géante du Missouri, à une foire d'un
État de l'Ouest. Je regrette extrêmement d'être incapable de donner
des mesures exactes de ce cas, ce qui provient, en partie, de la pudeur
naturelle de la jeune fille en question, et, en partie, de la répugnance
bien connue des sujets de ce genre exhibés à se prêter à des mensura-
tions exactes. On déclarait qu'elle
mesurait 8 pieds, 8 pouces, qu'elle
avait 25 ans et pesait 250 livres.
Comme le D' Dana a déclaré que
son expérience lui avait montré,
qu'avec cette classe de sujets on
pouvait obtenir un résultat ap-
proximativement exact en dédui-
sant 3 à 5 pouces de la hauteur
qu'ils annoncent, cela lui donne-
rait une hauteur probable d'en-
viron 7 pieds 9 pouces. D'après
mon estimation personnelle et les
méthodes si grossières qu'il me
fut permis d'employer, en compa-
rant sa hauteur avec celle d'indi-
vidus normaux de taille connue
se tenant à côté d'elle, elle devait
avoir dans les environs de 7 pieds
6 pouces. Tout en refusant de
me permettre c[uelc{ue autre men-
suration, j'eus cependant le pri-
vilège d'avoir une conversation
prolongée avec miss Ewing, et
elle sembla parfaitement dési-
reuse de me donner toutes les in-
formations qui étaient en son
pouvoir. D'après son rapport, elle
n'avait pas commencé à grandir
au-dess'us de la mesure normale jusqu'à l'âge de 9 ans, lorsque, rapide-
ment, elle s'éleva presque à sa taille actuelle, quoiqu'elle n'eût pas
encore apparemment atteint la limite de sa croissance, puisqu'elle avait
gagné 1 pouce pendant la dernière année. Sur la photographie donnée
ici, je pense que l'augmentation disproportionnée des membres infé-
rieurs et supérieurs des deux côtés est si frappante, qu'il n'est besoin
FiG. 51. — La géante du Missouri, miss
Ella Ewing. (Woods IIltchinson.)
(') New-York Mecl. Journ., juillet 1900.
%
152 GIGANTISME ET INFANTILISME.
d'aucune vérification par des mensurations. En fait, rallongement
effrayant de ses membres inférieurs était si apparent que fêtais poussé à
soupçonner que sa liatiteur 'avait été augmentée par (juelque manière d'é-
chasses. Pour dissiper ce soupçon, les investigations directes m'étaient
naturellement interdites, en raison de son sexe; mais après une obser-
vation attentive, je réussis à avoir une bonne vue de ses pieds, C{ui dis-
sipa en môme temps tous mes soupçons antérieurs sur l'emploi possible
d'échasses ou de pieds artificiels. Ils étaient de taille si énorme et si
grossière que chez aucune femme de ii'importe quel âge, géante ou non,
on n'aurait pu les imaginer, et son refus de me permettre de les mesurer
fut extrêmement catégorique. On remarcjuera toutefois que les mains,
sur la seconde photographie, descendent apparemment au-dessous du
niveau normal, au milieu du fémur; mais ceci est dû sans doute à ce
fait que ce membre aussi est grandement augmenté en longueur; ce
que montre bien l'envergure de ses bras étendus qui n'est pas inférieure
à 10 pieds 'l pouces, développement disproportionné, même par rap-
port à la taille, et qui rappelle celui des singes anthropoïdes. Ea lon-
gueur de la main, de l'articulation du poignet à l'extrémité du doigt
médius était de 10 pouces, en excès de près d'un pouce sur la propor-
tion du rapport avec l'estimation de sa taille. Mais c'est dans ses
autres dimensions c[u'elle devient caractéristique : elle a, en effet, une
circonférence qui n'atteint pas moins de 10 pouces, et les doigts, sans
être énormément épaissis, ont l'aspect en saucisse si particulier de
la forme moyenne dans l'acromégalie. On ne permit aucune mesure de
la mâchoire ou d'une autre partie de la face, mais l'impression donnée
par la seule inspection fut que la mâchoire inférieure, le nez et les os
malaires avaient visiblement un développement excessif, en compa-
raison du front et du crâne; et nous pensons que cette disproportion se
montre très suffisamment sur les photographies.
Miss Ewixt; était née dans le Missouri, fille unique de parents
dont les tailles sont respectivement de 7 pieds 1 pouce et de 5 pieds
1 pouce 1 '2; ils semblent tous deux normaux. Elle ne se souvient d'au-
cune maladie, en dehors des affections habituelles de l'enfance, sa crois-
sance ayant débuté peu après une attaque de rougeole, et le seul fait
intéressant dans ses antécédents était une fracture du tibia (de sa
cheville, comme elle disait), deux ans auparavant, simplement en sau-
tant d'un tronc d'arbre de '■2 pieds de haut. Elle me dit que l'os s'était
consolidé sans déformation, mais ne me permit pas de m'en assurer.
Malgré l'absence d'examen de sa bouche, sa parole était nettement
épaissie et presque bégayante, ce qui faisait deviner une langue élar-
gie. Son intelligence, bien ciue normale, semblait être à peu près celle
d'une fille delà campagne de 15 ou 14 ans. Elle n'avait aucun trouble
do la vue, et niait l'existence de maux de tête, mais avouait qu'elle se
fatiguait aisément. Il n'y avait aucun symptôme qui pût déceler quel-
que augmentation du corps pituitaire. Aucune cyphose n'était révélée,
et la jeune fille déclarait elle-même se trouver en parfaite santé.
GIGANTISME ET INFyVNTILISME. 153
Bien qu'il soit impossible de faire défînitiveinent état d'aussi mai-
gres données, pourtant, en raison de l'impression i'rappante causée par
l'aspect de la jeune lille, de l'excessif développement des deux extrémités
supérieures et inférieures (i), de la forme des mains, des dimensions
disproportionnées des deux mâchoires, ainsi que du nez, de la parole
embarrassée, je serais porté à regarder ce cas comme une forme légère
d'acromégalie, dont je m'efforcerai de suivre le développement ultérieur.
Les observations que nous avons recueillies et interprétées,
les faits que nous avons colligés dans la littérature médicale,
nous ont amenés à rapprocher l'un de l'autre deux troubles
dystrophiques de l'évolution, assez disparates pour qu'il sem-
blât téméraire, au premier abord, de les réunir dans une
description commune, le gigantisme et Vinfantilisme.
Nous avons défini le gigantisme : une anomalie de la croissance
du squelelle se traduisant par une taille excessive du sujet par
rapport aux dimensions moyennes de sa race et entraînant une dys-
harmonie morphologique et fonctionnelle, qui est caractéristique de
cet état morbide.
D'autre part, suivant la définition classique, telle que la
formule Henry Meige ('), linfantilisme est une anomalie de déve-
loppement caractérisée par la persistance, chez un sujet ayant
atteint ou dépassé l'âge de la puberté, de caractères morphologiques
appartenant à f enfance.
Rapprochant l'une de l'autre ces deux définitions, nous con-
sidérerons le gigantisme infantile comme une forme particulière
de gigantisme, dans laquelle la dysharmonie morphologicjue et fonc-
tionnelle caractéristique se traduit par la persistance, chez un sujet
ayant atteint ou dépassé Vâge de la puberté, de caractères morplio-
logiques appartenant à V enfance. Le plus important, au point de
vue de la croissance gigantesque, de ces caractères prépubéraux
anormalement persistants est la non-ossification des cartilages
épiphysaires.
En donnant au terme infantilisme son acception la plus large,
nous avons cherché à nous mettre à l'abri des critiques et en
(') Comme chez Winkelmeier, Woods Hutchinson calcule que la portion
du corps située au-dessous de la crête iliaque représente, chez miss Ella
EwiNG, 64 pour 100 de la hauteur totale.
(-) Henry Meioe, L'Infantilisme. Revue générale in Gazette des Hôpitaux.
22 fév. 1902, p. 207.
154 GIGANTISME ET INFANTILISME.
particulier de celles formulées par Brissaud('), qui estime, à
bon droit, que l'atrophie génitale ne suffit pas pour constituer
l'infantilisme et qu'il faut donner à ce terme un sens à la fois
plus compi'éhcnsif et plus précis. « Latrophie testiculaire
acquise, observée chez un certain nombre d'infantiles, écrit-il,
n'est pas la cause de l'infantilisme, mais la conséquence des
circonstances qui ont créé l'infantilisme. » Multiples, en effet,
sont les causes d'atrophie des organes génitaux; mais, parmi
ces causes, il en est une seule que nous voulons retenir, c'est
celle qui détermine leur arrêt de développement. L'atrophie
congénitale des glandes génitales ne va jamais sans s'accom-
pagner d'autres stigmates morpbologiques; il en résulte que
les sujets, qui en sont porteurs, n'aj^ant pas subi l'évolution
pubérale habituelle, demeurent, à l'âge adulte, ce qu'ils étaient
au sortir de l'enfance. Ils restent enfants, mais continuent à
grandir, et, cela, souvent d'une façon démesurée; ce sont bien
des géants infantiles. A côté des malformations du squelette
(allongement de la taille, allongement surtout marqué des
membres inférieurs, genu valgum), on retrouve chez eux les
différents caractères propres à l'infantilisme (absence de pilo-
sité, troubles du chimisme urinaire, stigmates psychiques).
« Mais, dit encore Brissaud, l'infantilisme se complique de
gigantisme, même chez des sujets dont le développement sexuel
ne laisse rien à désirer : l'anorchidie ne prédispose, en somme,
ni au gigantisme, ni à l'infantilisme. » — Il y a lieu de nette-
ment préciser cette objection qui s'adresse au gigantisme
infantile, tel que nous le comprenons. Assurément, ni l'anor-
chidie, ni l'atrophie testiculaire ne s'accompagnent nécessai-
rement et toujours de gigantisme. Mais ce que nous croyons
avoir établi par nos observations, ce que Poncet et ses élèves
ont démontré par leurs recherches expérimentales, c'est que
l'atrophie testiculaire congénitale ou prépubérale, de même
que la castration pratiquée avant l'époque de la croissance,
détermine toujours des modifications du squelette et en parti-
culier un allongement anormal des os des membres inférieurs.
{*) E. Brissaud, Leçons sur tes Maladies du système nerveux. 2- série, 1897.
p. 421 et Société de Neurologie. 7 juin 1900. Discussion à la suite d'une commu-
nication de Babinski (tumeur du corps pituitaire sans acromégalie avec arrêt e
développement des organes génitaux).
\
GIGANTISME ET INFANTILISME. 155
Il se peut que cet allongement, localisé à rarrière-train, n'aille
pas jusqu'à produire, chez l'homme, la taille communément
appelée gigantesque, comme le démontre notre observation II
(page 82), oii l'hypermacroskélie n'avait produit que la taille
pourtant déjà élevée de 1"',8() chez un anorchide dont les carti-
lages de conjugaison n'étaient pas encore ossillés à plus de
27 ans. Mais la réalité des relations qui existent entre l'état
des glandes génitales et le développement du squelette n'en est
pas moins nettement démontrée.
Le type de gcant infantile, que nous avons cherché à isoler, est
loin d'ailleurs d'être une rareté (^), comme ont pu nous en con-
vaincre nos investigations bibliographiques. De plus, si on veut
bien oublier, pour un instant, les inhabituelles dimensions de la
taille qui, aujourd'hui encore, lui méritent communément l'appel-
lation de géante, on reconnaîtra que le développement dispropor-
tionnel et dysharmonique du squelette est d'observation assez
courante. Ne sont-ce pas, en effet, les disproportions constatées
entre la longueur du tronc et celle des membres qui ont amené
Manouvrier à distinguer les hrachyskèles et les inacroskèlesl (Voir
page 45.) A côté de ces types normaux, il y a des types anor-
maux caractérisés par une véritable exagération morbide : les
hypermacroskèles , en particulier, quelle que soit leur taille globale,
représentent assez nettement le type du géant échassier, que
nous avons voulu isoler sous le nom de géant infantile.
De même que Brissaud et H. Meige(^) ont décrit une forme
à'acroniégalie transitoire, s'observant chez la plupart des adoles-
cents à Vépoque de la mue, adolescents qui se font remarquer
« par de grands pieds, de larges mains, un nez volumineux,
une voix indécise, parfois grave, et par des organes génitaux
exubérants », de même on pourrait décrire une sorte de gigan-
(') Le Professeur Hutinel, tout récemment, voulait bien nous faire part
qu'un jeune infantile de 17 ans, haut de 'l'",85, était venu lui demander des con-
seils. En même temps qu'il constatait le petit volume des testicules, il appre-
nait que ce sujet, en proie à des attaques épilepliformes fréquentes depuis 3 ans,
avait perdu son père du fait d'une tumeur de la base de l'encépliale, développée
probablement aux dépens de l' hypophyse.
(-) E. Brissaud et H. Meige, Journal de médecine et de chirurgie pratiques.
25 janvier 189,"), p. 75.
56
GIGANTISME ET INFANTILISME.
tisme passager de Fâge hujrat^ se traduisant, non pas tant par
l'excessive hauteur de la taille, que par le dysliarmonieux
développement des membres inférieurs par rapport au dé-
FiG. 52('). — Les
ardes du corps qui accompnii'nnient Guillaume II à Rome
(le plus grand a 2"',C(5).
veloppement du tronc, par un genu valgum simple ou
double, etc. Ces éphèbes, Iransltoirement échassiers, hyperma-
croskèles (Manouvrier) , du genre pe-^/y^/ter (Landouzy) (-), et dont
(') Extraite de La Vie illustrée, 16 moi 1905. — Comparer le faciès du plus
grand garde alleiuand avec celui de notre grand Charles, type de géant
infantile. (Fig. 6 et 10, pages 02 et 66.)
(-) Landouzy a insisté sur la fréquence, chez ces éphèbes « peupliers •>, delà
tuberculose pulmonaire, qu'on trouve également notée dans un assez grand
nombre d'observations de géants.
1
à
GIC.AXTISME ET INFANTILISME. 157
le développement génital est Iroulilé, se rapprochent en tous
^"' m
FiG. 53.
Un géant infantile avec genu valgum rencontré dans les rues
de Constantinople (').
(') Au voisinage de la Sublime Porte, à Stamboul, se lient habituellement un
géant infantile, Hussein, âgé de '20 ans. Il a grandi démesurément depuis l'âge
de 12 ans et appartient à une famille, dont tous les membres sont de taille
ordinaire. Ses mains sont énormes, sa face est élargie, les maxillaires sont
très développés, les lèvres épaisses laissent entrevoir des dents larges et
écartées les unes des autres. Le thorax est voûté et présente une légère
cyphose.
La station debout est très difficile et la marche n'est possible qu'à l'aide
de béquilles, à cause d'un genu valgum droit, qu'on a cherché à redresser.
Il répond aux (juestions qu'on lui pose d'une voix aiguë et se plaint d'une
céphalée frontale continue. 11 ne semble pas présenter de troubles visuels.
Le visage est complètement glabre : il n'a pas été possible de recueillir de
renseignements sur l'état de son appareil génital.
La hauteur de la taille n'a pu être mesurée; elle avoisine 2 mètres, malgré
la déformation cyphotique du dos et on pourra l'apprécier par comparaison
avec celle du guide, placé à côté de lui et qui mesurait I"\72. (Note et photo-
graphie recueillies en octobre 1905, au cours d'un voyage par le docteur
E. GÉRAUDEL et gracieusement communiquée par lui.)
158 GIGANTISME ET INFANTILISME.
points des géants infantiles. Mais, tandis que chez eux, le
développement génital se faisant normalement par la suite, la
dysharmonie morphologique n'est que passagère, elle demeure
permanente chez nos dystrophiés géants et ils restent de
grands enfants, aux glandes génitales atrophiées, conservant,
à Tàge adulte, des cartilages juxta-épiphysaires encore fertiles.
(Voir notre observation II, page 82.)
L'existence de ce (/iganlisme passage?' de V adolescence, qui,
d'après les recherches de Godin(') commence normalement à
disparaître à partir du premier semestre de la seizième année,
nous paraît donner une explication très plausible des cas de
gigantisme de V enfance, ou précoce [Pédoniacrosomie de Sacchi ('),
dont on rapporte de temps en temps des exemples.
En nous basant sur les documents qui précèdent et sur
les considérations que nous avons développées, nous croyons
pouvoir conclure :
Qu'il existe un type de gigantisme infantile, se caractérisanl par
la continuité de la croissance à Uâge adulte {persistance des carti-
lages juxta-épiphysaires), par la modalité tout à fait particulière de
cette croissance [allongement disproportionné des membres, surtout
des membres inférieurs), par ses anomalies [genu valgum) et aussi
par la coexistence d'une atrophie des glandes génitales et des prin-
cipaux stigmates de f infantilisme.
Pour donner plus de brièveté à cette formule, on peut dire
que le gigantisme infantile est le gigantisme observé chez les sujets
adultes, dont les épiphyses ne sont pas soudées.
(') GoDiN, loc. cil. (Voir livre I, chap. III, p. 4!).)
(-) Sacchi., Un cas de gigantisme infantile avec tumeur du testicule. Riv.
sperim. cli frenalria. vol. XXI, I, '189o, p. 149.
DEUXIEME PARTIE
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE
A la variété de gigantisme infantile, dont nous avons clierché
à nettement préciser les caractères particuliers, on peut en
opposer une autre, non moins facile à différencier, et à laquelle
convient l'appellation de gigantisme acromégalique, proposée par
Brissaud.
Chez un sujet de haute taille, on voit apparaître, à un âge
variable, une hypertrophie des extrémités (nez, langue, men-
ton, verge, mains, pieds), et une augmentation de volume plus
ou moins étendue et plus ou moins marquée des os du crâne et
de la face. Ces déformations, en pareil cas secondaires, sont
caractéristiques de l'entité morbide qui a été, pour la première
fois, isolée, en 1886, par Pierre Marie (') et décrite par lui sous
le nom d'acromégalie (axpov, extrémité, [jiya}.o^, grand).
Le plus bel exemple anatomo-clinique que nous puissions
clioisir pour démontrer l'association morbide du gigantisme
et de l'acromégalie est celui du tambour-major K..., dont l'his-
toire clinique a été publiée par Achard et Lœper (') et dont il
nous a été donné de faire l'autopsie (').
Observation Mil. (Achard et Lœper, P.-E. Launois et Pierre Roy.)
Le tamhour-major A'....
I. Observation clinique D'Achard et Lœper. 1900. — Ko..., âgé de
54 ans, charpentier, entre le li avril 1900 à Thôpital Tenon, salle
(') Pierre Marie, Reoue de Médecine, avril 1886.
(^) Achard et Loeper, Soc. de Neur., o mai 1900 et Nouv. Icon. de la Salpê-
trière, juillet-août 1900, p. 598.
(^) I^.-E. Launois et P. Roy, Soc. de Neiirol., 15 janvier 1905; et Nouv. Icon.
de la Salpêtrière, mai-juin 1905.
160 OKÎANTISME ET ACROMEGALIE.
Bichat, n° 10. Sa haute stature attire immédiatement l'attention.
Pieds nus, il mesure 2™, 12. 11 paraît avoir atteint cette taille depuis
Ynge de 21 ans. A 18 ans, il n'avait que 1"',70; puis, d'après son dire, en
2 ans, sans cause apprécialile, sans maladie aiguë, sa taille s'éleva
de 0'",20.
Au conseil de revision, il l'ut inscrit comme mesurant déjà plus de
2 mètres. Il accomplit son service militaire et remplit l'emploi, pour
lequel il était tout désigné, de tambour-major.
Il est d'une famille où les grandes tailles sont haliituelles. Sa sœur
a l'",80; son père, mort à 05 ans, d'une maladie indéterminée, avait
l'^Oî); un de ses oncles paternels avait 2", 10. Mais les autres oncles et
tantes paternels (au nombre de 8) n'étaient pas d'une stature exagérée.
Quant à sa mère, elle est de taille moyenne; sa santé est bonne; elle
n'a pas fait de fausse couche et n'a pas eu d'enfant mort en bas âge; la
syphilis ne paraît pas exister dans les antécédents héréditaires du
malade.
Dans ses antécédents personnels, on ne relève qu'une légère otite
moyenne du côté droit, qui persiste depuis ■) ans, en donnant lieu par-
fois à l'écoulement d'un peu de liquide louche. Il est venu consulter à
l'hôpital pour quelques douleurs qu'il éprouvait dans les jambes. Là
on reconnut pour la première fois l'existence d'un diabète sucré, qui
paraît, d'ailleurs, de date assez récente.
L'examen des formes permet de constater une certaine disproportion
entre diverses parties du corps.
A la tête, le profil de la face rappelle un peu celui du polichinelle : le
nez est long, pointu, arqué, un i)eu recourbé vers la lèvre supérieure;
le menton est un peu relevé « en galoche ». De face, ce qui frappe sur-
tout, c'est l'enfoncement des fosses temporales et la saillie exagérée
des pommettes. La mensuration donne les résultats suivants :
Longueur de la tète, du vertex au menton 27 cent.
dont 11 cent, pour le front (0 jusqu'à la ligne des
cheveux).
— 8 — pour le nez.
— 8 — pour le menton.
Tour de tète 62 cent.
Diamètre frontal 15 —
— ])ijugal 18 —
— bizygomatiquc ■ • • 1^ —
— antéro-postérieur 25 —
Distance des doux fosses temporales 14 1/2
— des deux apophyses masto'ides 18 —
Il y a donc une disproportion très grande entre la largeur du front
et celle de la face. Le reste du crâne paraît normal, cependant la protu-
bérance occipitale est très saillante et la partie postérieure de l'occi-
pital tombe presque à pic sur la nuque. Les oreilles sont petites par
rapport aux autres parties de la face, leur lobule n'est nullement
allongé. La langue, très étalée, mesure 6"™, 5 d'un bord à l'autre.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
161
Le cou mesure à sa base 0"',r)0 de tour. Le corps thyroïde n'est pas
saillant; le larynx est moyennement proéminent. Pas de scoliose.
FiG. 54. — Le géant K., tambour-major au 101° régiment d'infanterie de ligne.
Le thorax présente la forme d'un baril. Le sternum, à l'union du
corps et de la poignée, et la partie terminale des 2'' et 5" côtes forment
un relief très prononcé. Les clavicules ne présentent pas d'hyperostose.
LAUNOIS ET ROY. 11
162 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Le thorax paraît très développé par rapport à l'abdomen et les fausses
côtes descendent très bas, presque au contact des crêtes iliaques.
Tour du lliorox, sous les aisselles 106 cm.
— à la partie moyenne 111 —
— à la base 118 — ■
Longueur du sternum 28 —
— de l'abdomen (de la pointe de l'appendice
xyphoïde à Fépine du pubis) 40 —
Distance de l'ombilic à l'appendice xyphoïde ... 19 —
— à l'épine du pubis 21 —
Aux membres, les proportions sont à peu près normales, sauf aux
mains dont la largeur est exagérée, surtout à cause de l'allongement
des doigts. Ceux-ci ont des extrémités carrées, à peu près aussi larges
que la racine. Au membre inférieur, on remarque que la longueur
totale est bien proportionnée, mais que la cuisse, au lieu d'être aussi
longue que la jambe, est plus longue qu'elle.
Les orteils sont bien conformés, mais le gros orteil est étranglé à sa
racine et étalé en spatule à son extrémité.
Mesures calculées
d'après les canons
de proporlions.
Longueur totale du membre supérieur (du
fond de l'aisselle à l'extrémité du mé-
dius) ni em. 81 cm. (.5 têtes).
Longueur de l'avant-bras r)2 — 55 5/4
— de la main 24 — 20 l/i
— du médius 15 —
Largeur de la main 12 —
Longueur totale du membre inférieur (du
grand trochanter au sol) 108 — 108 cm. (4 têtes).
Longueur de la jambe (du pli du genou
au sol) . ."il — 54 —
Longueur de la cuisse 57 — 54 —
— du pied (du talon au gros orteil) ôi — 55 5/4 (1 1/4).
— du gros orteil 10 —
Largeur du pied (au niveau des tètes
métatarsiennes) 14 —
Circonférence du cou-de-pied 29 —
Les bras écartés en croix mesurent 2", 10, c'est-à-dire presque exacte-
ment, comme à l'état normal, la taille du sujet.
Les organes génitaux sont bien proportionnés et bien conformés.
Si le gigantisme s'est manifesté chez cet homme de 10 à 20 ans, il
semble que l'accroissement excessif des mains et de la largeur de la
face soit apparue vers 18 ans. A cette époque, dit-il, son nez était
déjà long, mais plus fin et moins proéminent que 2 ans après. Les
tempes se sont creusées au même âge et cette dépression s'est accen-
tuée depuis. Enfin la saillie des pommettes, très peu développée à
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
163
17 ans, est devenue considérable à ce moment i^). Le menton même se
serait un peu relevé et allongé. Il est impossible de savoir si l'allonge-
FiG. 35
Le géant K., en 1900. Fig. 56. — Le géant K., en 19C0.
(D'après Achard et Loeper.)
ment et l'élargissement des doigts remontent à la même époque ou
s'ils se sont faits peu à peu.
Les troubles fonctionnels du diabète paraissent remonter seulement à
9 semaines. A cette époque, il commença à uriner en abondance, jus-
qu'à 4 et 5 litres par jour. Cependant, depuis 1 an déjà, il a un peu de
(') Nous avons pu voir des photographies faites pendant que le malade
nccomplissait son service militaire : la saillie des pommettes y parait moins
accentuée qu'aujourd'hui. L'une de ces photographies est reproduite dans la
figure 5i.
164 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
polyurie. En même temps, la soif est devenue impérieuse et le malade
absorbait plusieurs litres de liquide dans la journée. Très gros mangeur
de tout temps, il ne paraît pas avoir un appétit plus développé qu'au-
trefois; il éprouve un goût particulier pour le pain et les féculents et
mange relativement peu de viande. Il a maigri depuis cjuelque temps
et pèse T10''*"',500. — En rapport avec le diabète on note un prurit cu-
tané, quelques douleurs lancinantes dans les jambes, une sensation de
FiG. Ô7. — La main du géant K., comparée à celle d'un adulte normal.
(D'après Achard et Loeper.)
sécheresse permanente de la bouche, une disposition des gencives à
saigner facilement, une certaine frigidité génitale : marié depuis 4 ans,
il n'a, d'ailleurs, pas d'enfant. Il éprouve assez rarement de la cépha-
lalgie, n"a pas de troubles visuels; l'ouïe est un peu affaiblie à droite,
en raison sans doute de l'otite moyenne signalée plus haut. Les
réflexes rotuliens sont très affaiblis. Il n'y a pas de troubles de la sen-
sibilité. La réflectivité et la sensibilité plantaires sont normales.
Les jambes présentent des varices très accusées.
Les téguments du cou et du dos portent plusieurs petites tumeurs
de molluscum. Il existe une petite hernie épigastrique.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
165
L'exaixien des viscères ne révèle rien de pathologique. La voix a un
timbre grave.
Urines du 14 avril : 6200 centimètres cubes en 24 heures. Densité,
J055. Sucre : 586 grammes en 24 heures. Pas d'albumine ni d'urobiline.
Traces d'indican.
Mis au régime des viandes et du lait, le malade est pris d'un peu de
diarrhée, pour laquelle on lui fait absorber un peu d'opium (10 centi-
grammes d'extrait). En même temps, l'urine tombe à 2 litres 500 et
2 litres le 20 avril, et le sucre disparaît presciue entièrement (4 grammes).
FiG. 58. — La]^langue du?géanl K. (D'après Achard et Loeper.)
C'est seulement dans les urines émises quelques heures après le
déjeuner et le dîner qu'on peut en déceler la présence.
Il en fut de même après la cessation de l'opium jusc[u'au 22 avril.
Ce jour-là le malade mangea en assez grande quantité des féculents
(pommes de terre, biscuits); le lendemain le sucre remonta à liù^^o en
24 heures. Une injection de 10 grammes de glycose sous la peau fit
monter la ciuantité de l'urine à 5 litres et celle du sucre à 165 grammes.
Le malade quitte l'hôpital le 8 mai.
II y rentre le 18 mai, se plaignant de douleurs dans les membres
inférieurs et la région lombaire, et d'une certaine lassitude générale. Il
a repris son travail, mais il se fatigue vite et est incapable d'un long
effort.
166 (ilGANTISME ET AGR01\1É(;AL1E.
Les urines sont relativement peu abondantes : 1500 centimètres cubes
seulement en 24 heures. Elles contiennent 14 grammes de sucre par
litre (soit 21 grammes par jour). Le taux de Furée et des chlorures
est normal (i^^lb de chlorures et 17s'', 21 d'urée par litre). Le point
cryoscopique est de — lo,52. Il n'y a pas trace d'albumine, un peu d'in-
dican. Le malade a toujours un peu de diarrhée.
Aux membres inférieurs, les réflexes patellaires sont très diminués;
à droite la disparition est prcscjue complète. Le réflexe plantaire est
très affaibli et les orteils se fléchissent peu à la suite du chatouillement
de la plante des pieds.
Phénomène nouveau, la sensibilité est diminuée dans tous ses modes-
aux pieds et aux jambes jusqu'à une ligne circulaire passant au-dessus
des condyles fémoraux. La piqûre est peu perçue, et avec un certain
retard.
La mensuration du malade, faite de nouveau, a donné 2", 10 de hau-
teur le matin au réveil, et environ 1 centimètre de moins dans Faprès-
midi.
On met le malade au régime mitigé des diabétiques et on lui donne
de O^'^Oo à 0^', 10 d'extrait thébaïque chaciue jour. La glycosurie devient
à peine perceptible le matin, elle reparaît légère dans la journée et
s'accuse surtout à la suite des repas. Le sucre ne dépassait pas
5 grammes par jour. L'urine était en moyenne de 1000 à 1100 centi-
mètres cubes.
Le malade sort de Fhôpital le 8 Juin.
11. Compléments a l'observation clinique (P.-E. Launois et Pierre
Roy, 1903). — A partir de juin 1900, K..., qui n'avait, depuis son retour
du régiment, guère pu exercer sa profession de charpentier, vit sa santé
péricliter. 11 devint un commensal habituel des différents hôpitaux pari-
siens, séjournant successivement à S aini- Antoine , à Tenon, à Necker{^).
Il eut à souffrir, en effet, d'une otite moyenne droite, d'hémorroïdes,
de douleurs rhumatoïdes dans les membres inférieurs. La glycosu-
rie, jointe aux autres manifestations habituelles du diabète, la toux
en rapport avec des lésions tuberculeuses des poumons, la suppura-
tion due à une fistule anale, enfin des troubles nerveux divers furent
(1) Rendu, qui l'étudia à Vhupilal Necker, concluait dans une leçon faite le
14 juin 1900 (ses notes nous ont été obligeamment communiquées par son fils
H. Rendu), qu'il correspondait à un type de géant pur, bien proportionné et
exempt de troubles fonctionnels, c'est-à-dire sans acromégalie.
Quant à la pathogénie du diabète nerveux, qu'il avait constaté après AcHAnn
cL LoEPER, Rendu relevait l'absence de céphalée et de troubles visuels contre
l'hypothèse d'une tumeur pituitaire; il portait cependant un pronostic sombre,
malgré une absence transitoire de glycosurie et l'apparente conservation des
masses musculaires.
Rendu fait aussi mention de trois crises vertigineuses, sans convulsions
ni perte de connaissance et qui rappellent les troubles d'obnubilation intel-
lectuelle et les manifestations nerveuses que nous devions observer Tpeu de
temps avant la mort.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
167
les différents incidents pathologiques qu'il présenta avant de venir
échouer pour la dernière fois à Vhôpital Tenon, dans notre service.
C'est au sortir de celui de Lejars, qui venait de l'opérer d'une fistule
anale (Avril 1902) que Pierre K... entra salle Barlh et fut couché au
lit nM7.
A cette époque, il est encore assez musclé, mais cependant considé-
rablement amaigri. La disparition de la couche graisseuse sous-cutanée
FiG. 59. — Le géant K., un mois avant sa mort (Mai 1902).
rend plus apparentes, en certaines régions, les saillies osseuses : à la
face, en particulier les deux os malaires forment de chaque côté, au
niveau des pommettes, des proéminences très accusées (Fig. 40). 11 en
est de même des deux rebords supérieurs de l'orbite. Le crâne, qui n'a
pas subi le même développement que la face, semble petit; par le pal-
per, on constate en arrière l'exagération du ressaut post-lambdoïdien.
Le nez s'est arqué, le menton, caché en partie par de longs poils, est
devenu plus saillant et plus pointu. La figure rappelle celle du poli-
chinelle classique.
Le diagnostic de manifestations acromégaliques, qui pouvait être
douteux deux ans auparavant, s'impose actuellement.
168 r.IGANTISME ET ACROMEGALIE.
La taille s'est affaissée, le thorax s'est infléchi en avant; le tronc peut
encore être redressé, mais aux dépens de contractions musculaires qui
exagèrent considérablement les douleurs éprouvées spontanément dans
les masses musculaires lombo-sacrées.
Il existe en même temps un état marqué de lassitude générale, qui
pousse K... à rester au lit pendant la plus grande partie de la journée,
bien que sa couche soit, par son exiguïté, peu en rapport avec les
dimensions exagérées de sa stature. On constate quelques troubles
parétiques du côté des membres supérieurs et une certaine inhabileté
des mains. Des crises névralgiques (céphalalgie, névralgie intercostale,
arthralgies) s'accompagnent de douleurs plus ou moins intenses qui-
gênent et vont même jusqu'à empêcher le sommeil. K.... se plaint
d'éprouver de temps en temps des palpitations qui s'accompagnent de
sensations pénibles dans la région précordiale supérieure. L'appétit est
conservé, mais considérablement diminué, si on le compare à ce qu'il
était autrefois. La soif est toujours vive ; il urine de 5 à 6 litres par
jour; son urine renferme de 40 à 50 grammes de glycose par litre et
50 à 60 centigrammes d'albumine. Bien c{ue la ration alimentaire soit
aussi copieuse que possible, l'amaigrissement fait de jour en jour
des progrès marqués ; il est en rapport avec une diarrhée abondante,
datant de plusieurs mois et indiquant par elle-même des troubles de
l'assimilation. En même temps il est devenu triste, apathique; il ne
sort guère de sa torpeur que pour donner des marques d'une irascibilité
manifeste.
A partir du 15 mai, K... se plaint d'une recrudescence de ses douleurs
précordiales; elles s'irradient dans le bras gauche et affectent le carac-
tère paroxystique des crises angineuses. Cependant l'examen du cœur
ne permet de constater aucune modification sthétoscopique : au moment
des accès, les battements cardiaques sont augmentés de fréquence,
mais non irréguliers.
L'auscultation du poumon permet de percevoir la progression rapide
du ramollissement du sommet gauche (submatité sous-claviculaire,
respiration soufflante, craquements provoqués par la toux).
Le 28 mai, au matin, le malade est incapable de répondre aux
questions qu'on lui pose; il ne s'exprime que par monosyllabes et se
plaint d'un assez grand malaise. Le soir, il se trouve mieux et explique
qu'il entendait bien les questions posées le matin, mais était dans
l'impossibilité absolue d'y répondre.
Le lendemain, 29 mai 1902, il semble en meilleur état que la veille;
pourtant il garde un visage un peu hébété; dans la nuit, il a souillé
ses draps de ses matières fécales. — Le même jour, il est pris brusque-
ment à 1 heure 1/2 de l'après-midi d'une crise convulsive généralisée, à
caractère épileptiforme. D'autres crises semblables se succèdent à des
intervalles plus ou moins rapprochés et deviennent bientôt subin-
trantes. — A 5 heures du soir, le malade est dans le coma; il s'est
mordu la langue, une écume sanguinolente sort de ses lèvres, les extré-
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 169
mités sont cyanosées, le corps est recouvert d'une sueur froide; le
pouls reste cependant assez fort et bien frappé. De 3 en 5 minutes, les
membres en résolution sont agités de secousses convulsives toniques,
puis cloniques; la figure grimace, les yeux, injectés de sang, demeurent
fixés en haut. Cette crise convulsive, d'une durée de deux minutes
environ, fait place au coma absolu et celui-ci ne tarde pas à être inter-
rompu par un nouvel accès.
Une saignée de 400 grammes, pratiquée au bras, et suivie de l'injection
sous-cutanée de 500 centimètres cubes de sérum artificiel, ne modifie
en rien la succession de ces manifestations; la mort survient le soir
même à 10 heures 1/2.
Autopsie du géant acromégalioue et diabétique Pierre K... (P.-E.
Launois et Pierre Roy, 1903). — L'autopsie a été pratiquée le lende-
main, 18 heures environ après la mort.
A l'ouverture de la cavité thoraco-abdominale, ce qui attire tout
d'abord l'attention c'est l'inégalité des proportions respectives du
thorax et de l'abdomen, inégalité qui d'ailleurs avait été remarquée
pendant la vie (page 162). Si la cavité abdominale a conservé des pro-
portions à peu près normales, la cavité thoracique s'est au contraire
considérablement agrandie. 11 en résulte que la masse intestinale, qui a
suivi le développement gigantesque des autres parties du corps, semble
à l'étroit dans un abdomen trop petit pour la contenir. Les différents
segments du tractus intestinal, considérablement élargis, ont perdu
leurs rapports normaux : Vs iliaque, très dilaté, présentant une circon-
férence de 27 centimètres, se trouve refoulé sous le foie; il semble
que cette portion de l'intestin ait pris la place de l'estomac et se trouve
située en avant du côlon transverse, qui, lui aussi, a subi un dévelop-
pement énorme : il mesure 26 centimètres de circonférence. Le dia-
phragme refoulé forme une voûte à courbure très accusée.
Malgré l'énorme développement extérieur du thorax, les poumons
sont peu volumineux. Dans le lobe supérieur de chacun d'eux, plus
particulièrement à gauche, existent des lésions tuberculeuses à diffé-
rents degrés d'évolution : à côté de granulations confluentes, on
rencontre des masses caséeuses en voie de ramollissement.
Le cœur est volumineux : débarrassé de ses caillots, il pèse
510 grammes. La hauteur du sillon interventriculaire, mesuré depuis la
pointe du cœur jusqu'au sillon interauriculo-ventriculaire, est de
13 centimètres. La largeur maxima, mesurée suivant ce dernier sillon,
est de 14 centimètres. L'anneau de la valvule mitrale a une circon-
férence de 11 centimètres.
Tous les organes abdominaux ont subi un développement véritable-
ment gigantesque; ils ne présentent pas toutefois d'altéralions macro-
scopiques :
Le foie pèse 4650 grammes et mesure 42 centimètres de largeur sur
10 centimètres de hauteur.
170
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
La rate pèse 570 grammes et mesure 17 cenlimètres de hauteur sur
1 1 centimètres de largeur.
Les reins sont également vo-
lumineux : le droit pèse 590
grammes et mesure 17 centi-
mètres de hauteur sur 10 cen-
timètres de largeur; le gauche
pèse 525 grammes et mesure
16 centimètres de hauteur sur
10 centimètres de largeur.
Le pancréas atteint le poids'
de 250 grammes.
La glande thyroïde, sur le vi-
vant, ne paraissait pas extrême-
ment développée. Achard et
Loeper avaient constaté que la
circonférence à la base du cou
était de 50 centimètres et
noté l'absence de toute saillie
thyroïdienne. Nos constata-
tions ultérieures n'avaient fait
que confirmer les leurs. Cepen-
dant, à l'autopsie, c'est la glan-
FiG. iO. — Le corps thjTOïde du géant, K
(face antérieure). Poids : 230 grammes.
de thyroïde qui nous a paru,
avec la glande pituitaire, pré-
senter le développement le
plus excessif. Elle constitue
une masse dure, ferme, très
facile à isoler des parties voi-
sines. Dans son ensemble, elle
a conservé la forme et les dis-
positions qu'elle présente à
l'état normal. Ses caractères
anatomiques sont d'autant
plus faciles à observer que
son hypertrophie est des plus
marquées. Débarrassée de ses
enveloppes celluleuses, elle
pèse 250 grammes : son poids
est donc dix fois plus élevé que
le poids de la thyroïde chez tra-
duite ; on sait en effet que
le poids de la thyroïde de
l'homme oscille entre 18 et
25 grammes (Fig. 40 et 41).
Des deux lobes, unis par l'isthme, qui ne présente pas de prolonge-
FiG. il.
Le corps tliyroïde du géant K.
(face postérieure).
Gir.ANTISME ET ACROMÉGALTE.
171
ment de Lalouette, le gauche descend plus basque le droit. Les dimen-
sions respectives de ces deux
lobes sont les suivantes :
Lohe droit.
Hauteur
9 cm.
Largeur
4 —
Épaisseur
6 —
Lobe gauche
Hauteur
13 cm.
Largeur
5 —
Épaisseur
5 —
La face interne de chacun
d'eux est excavée et forme
une gouttière moulée sur le
tube trachéal. Le bord posté-
rieur du lobe gauche se pro-
longe en arrière de celui-ci
sous forme d'une languette
aplatie.
Quant à l'isthme qui unit
les deux lobes, il mesure
-4 centimètres en hauteur et
'2 centimètres en largeur.
Dans la région normale-
ment occupée chez le fœtus
par le thymus existaient, dis-
séminées au milieu du tissu
cellulo- adipeux, de petites
masses ayant une consistance
assez ferme, de coloration
gris jaunâtre. En raison de
leurs caractères macrosco-
piques, on pouvait supposer
qu'elles correspondaient à
des vestiges anormalement
persistants de la glande thy-
mique. L'examen microsco-
pique, c[ue nous rapportons
plus loin, ne devait pas con-
firmer cette hypothèse.
L'ouverture du crâne est rendue très difficile par l'épaississement
acquis par les parois osseuses. Cet épaississement, inégal d'ailleurs,
atteint, en certains endroits de la voûte pariétale, près de 2 centimètres. A
la région antérieure, les sinus frontaux sont considérablement élargis.
FiG.
^.^^^''
2. — Squelette du médius droit du géant K.,
comparé avec celui d'un adulte normal.
172 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
La masse encéphalique n'a pas subi un accroissement proportionnel à
celui des autres viscères. Elle ne pèse dans sa totalité C[ue 1550 grammes,
et, dans ce chiffre global, 170 grammes correspondent au poids du cer-
velet et 20 à celui du bulbe.
Les méninges sont saines.
En soulevant en avant les hémisphères, pour les extraire, on constate
FiG. 1-3. — Face inférieure du cerveau du géant K, montrant, en avant du cliiasma, le
prolongement de la lumeur du corps piLuitaire qui s'enfonce, par la scissure interhémi-
sphérique, à l'intérieur du lobe frontal droit.
la présence d'une tumeur pédiculée, située à la face inférieure du cer-
veau. En raison de sa friabilité, cette tumeur menaçait d'être dilacérée
au cours des manœuvres de Tablation, qu'elle rendait d'ailleurs impos-
sibles ; aussi dut-on se résoudre à en sectionner le pédicule.
Le cerveau étant enlevé, il fut facile de retrouver une partie de la
tumeur enclavée dans la selle turcique et occupant le lit de l'hypophyse.
Cette portion de la tumeur, de consistance assez molle, de coloration
grisâtre, a le volume d'une grosse noix. Elle remplit complètement la
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
173
loge osseuse qui s'est agrandie pour la recevoir : le diamètre transversal
de la selle turcique est en effet de 40 millimètres.
L'examen détaillé de la face inférieure du cerveau, indispensable
pour préciser les relations de la tumeur avec les différentes parties de
l'encéphale, ne fut pas sans causer quelque surprise. 11 était à supposer,
en effet, que le pédicule de la tumeur était constitué par la tige pitui-
taire considérablement hypertrophiée. Celle-ci présente, sur la surface
de section, un épaississement notable de ses parois, en même temps
qu'un élargissement marqué de son canal central, dont l'orifice est des
FiG. ii. — Segment postérieur d'une coupe frontale du cerveau du géant K, montrant le
prolongement de la tumeur hypophysaire à l'intérieur du ventricule latéral droit dilaté.
— Par un artifice de dessin, on a figuré en position, sur la photographie, la portion de la
tumeur comprise à l'intérieur de la selle turcique, de manière à faciliter la compréhen
sien des rapports généraux de cette tumeur. Lors de l'autopsie, on dut sectionner le
pédicule qui unissait les deux portions de la tumeur et menaçait d'être dilacéré au
cours des manœuvres de l'ablation du cerveau.
plus apparents à l'œil nu, mesurant 2 millimètres environ. Ainsi aug-
mentée dans ses dimensions, la tigepituitaire forme un mamelon creusé
à son centre et occupe sa position normale en arrière du chiasma des
nerfs optiques. En avant de ce chiasma, on trouve la surface de section
d'une masse ayant le volume du pouce et mesurant 2'''",5 dans son dia-
mètre transversal et 4 centimètres dans son diamètre antéro-posté-
rieur. Cette masse n'est autre qu'un prolongement de la tumeur qui,
partant de la région antérieure de l'hypophyse et passant entre les
deux nerfs optiques, sans les comprimer, s'enfonce, par la scissure
interhémisphérique, jusque dans le lobe frontal di^oit.
174 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Sur une coupe frontale de riiémisphère droit, on retrouve la tumeur
qui remplit la cavité du ventricule latéral correspondant, ti'ès dilatée.
Elle forme, à ce niveau, une masse allongée, cylindrique, haute de
5 centimètres, large de S'^.S. Elle tranche par sa coloration grisâtre sur
les parties blanches environnantes et la consistance assez ferme de la
zone périphérique permet aisément de l'isoler. La portion centrale est
occupée par une sorte de gelée à reflet cérulescent, analogue à du mu-
cus. Il semble cju'un produit de sécrétion se soit accumulé dans le centre
même du prolongement intraventriculaire de la tumeur hypophysaire.
Examen histologioue. — L'examen histologique des différents viscères
n"a pas montré de lésions bien caractéristiques. Toutefois il nous a
paru intéressant de résumer les différentes constatations que nous
avons faites avec l'obligcantconcours de M. Lefas, interne des hôpitaux.
Foie. — II n'existe pas de sclérose proprement dite; les espaces
portes ne présentent rien de particulier; il n'existe pas d'artérite.
En de rares points, on voit un peu de tuméfaction des cellules endo-
théliales des capillaires; ces derniers sont un peu dilatés et renferment
dans leurs parois quelques granulations pigmentaires.
Les noyaux des cellules hépaticjues sont inégaux; quelc[ues-uns,
volumineux et clairs, sont en voie de chromatolyse. Il y a de plus une
dégénérescence graisseuse modérée, répartie irrégulièrement, en même
temps que de la dégénérescence granuleuse et, par place, granulo-pig-
mentaire du protoplasma cellulaire.
Reins. — Il existe une sclérose nette au niveau de la substance médul-
laire; elle se retrouve, mais plus légère, dans la substance corticale,
où elle semble plus marquée qu'elle ne l'est réellement à cause de la
dilatation des capillaires renfermant une fine émmlsion granuleuse,
produit de la dissolution des globules rouges par le formol.
Les glomérules ne sont pas entourés de sclérose et il n'y a pas de
lésions évidentes du revêtement capsulaire. Les capillaires sont dilatés
à l'intérieur des glomérules et renferment de fins granula pigmentaires.
Ces grains de pigment sont abondants dans l'endothélium et la
lumière des capillaires de la substance corticale. Les artères en col-
lapsus ne montrent pas de lésions.
Les tubes contournés sont désordonnés, les uns possèdent des cel-
lules hypertrophiées, les autres des cellules de dimensions normales.
Toutes ces cellules ont des contours fusionnés, et présentent un contenu
granulo-graisseux, avec un certain nombre de pigments , leurs noyaux
ne sont pas visibles.
Dans cette substance corticale, on trouve des alvéoles remplis de
cellules du type cubique à noyau bien coloré, à protoplasma assez
large; certaines de ces cellules ont des contours nets, une forme en
raquette et renferment deux et même trois noyaux.
Quelques alvéoles de ce genre se retrouvent dans la substance médul-
laire, mais en très petit nombre.
Les branches de Heidenhain et les tubes droits sont sains, mais leurs
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 175
cellules sont en désordre et, dans les branches larges, les cellules gra-
nuleuses, mais à noyau visible, sont fusionnées par leurs contours.
Capsules surrénales. — On note une grande dilatation des capillaires de
la substance centrale. Les glomérules apparaissent très nets dans la
substance corticale; leurs cellules, bien limitées, sont, par places, en
voie de dégénérescence muqueuse. Le tissu conjonctif est relativement
abondant dans la région corticale et, en ce point, il existe quelques
petits îlots embryonnaires.
Rate. — On ne note rien de particulier, sauf un peu de sclérose, les
corpuscules de Malpighi ne sont pas très volumineux, le pigment est
assez abondant dans les corpuscules et dans les capillaires de la
pulpe (»).
Testicule. — II existe une sclérose interstitielle diffuse et régulière-
ment périartérielle ainsi qu'autour des capillaires intertubulaires. Les
cellules des tubes séminifères présentent de la dégénérescence granulo-
pigmentaire ; elles ont une forme en raquette et renferment un noyau
ovalaire volumineux; quelques-unes renferment deux et môme trois
noyaux. Les capillaires dilatés renferment un peu de pigment, qu'on
retrouve également à l'intérieur des veines et dans leurs parois. L'épi-
didyme paraît normal.
Corps thyro'ide. — Les vésicules, assez larges, inégales, renfermant
de la substance colloïde, ont leurs cellules en voie de fonte muqueuse
et de chromatolyse; elles sont séparées par quelques larges bandes
conjonctives. On remarque la présence du pigment dans les vésicules
et le tissu interstitiel.
Système nerveux (-). — Bien qu'il n'y ait pas d'épaississement des
méninges, il existait au niveau de la pie-mère des petites plaques dures
et résistantes en assez grand nombre. L'examen histologique a montré
qu'elles étaient formées non seulement de tissu fibreux adulte, mais
surtout de tissu osseux.
L'étude du cerveau a montré son intégrité : les cellules pyramidales
étaient nombreuses, grandes et bien colorées; il n'y avait pas d'infd-
tration embryonnaire.
On ne constate aucune lésion au niveau du bulbe ni de la protubé-
rance.
A la région cervicale de la moelle^ il n'y a ni sclérose, ni épaississe-
ment des méninges rachidiennes, mais on observe, outre une prolifé-
ration marquée de Fépithélium de l'épendyme, une certaine diminution
dans le nombre des cellules des cornes antérieures : ces dernières, normales
d'aspect et de dimensions, sont en moyenne au nombre de 6 pour le
groupe antéro-externe, 10 pour le groupe antéro-interne et 7 pour le
groupe postérieur. Mais cette diminution du nombre des cellules est
(') Une regrellable erreur de technique, consistant dans le séjour trop pro-
longé dans le formol, a empêché l'examen de. la structure fine du pancréas.
(-) Nous remercions bien sincèrement Ivlippel et Lefas, qui ont bien voulu
se charger de l'examen du svstcme nerveux.
176 GIGANTISME ET ACROMEGAEIE.
surtout marquée à la région dorsale, où Ton en compte en moyenne
5 pour le premier, 5 pour le second et 2 pour le groupe postérieur. De
plus, à ce niveau, la lumière de l'épendyme renferme des cellules épi-
théliales libres. Sur certaines des préparations relatives à cette région
on voit dans la substance blanche, en dehors de la corne postérieure,
quelques grosses cellules isolées, arrondies, qui paraissent être des
cellules névrogliques. A la région lombaire on trouve delà prolifération
^^^
^ ^*-
^c1
; ^ -a
>'''%<,4 '^ j.-' ' --.^VVHV-j. - r.--!,--,^,^
FiG. i5. — Tumeur de l'Iiypophyse. l'rolongemeni inLra-vcnlriculaire.
(Faible grossissement.)
c, cordons épitliéliaux complètement remaniés par la prolifération des cellules glandu
laires devenues presque toutes atypiques. — v, vaisseaux capillaires dont la gaine
conjonctive est extrêmement hypei'trophiée.
de l'épendyme, avec desquamation cellulaire. On compte en moyenne
17 cellules motrices dans le groupe externe, G dans le groupe interne
et 6 à 7 dans le groupe postérieur. Nulle part, dans la moelle, on ne
note de sclérose; en quelques points de la région dorsale on voit seu-
lement de la dilatation des vaisseaux situés à la jonction des deux
cornes, avec épaississement, comme cela se rencontre fréquemment
dans les moelles séniles. Les racines sont normales. Les coupes por-
tant sur le filum terminale ne montrent rien de spécial.
Tumeur cérébrale. — L'examen histologique de cette tumeur a été
pratiqué en deux régions distinctes :
ï" Portion contenue dans la selle turcique.
GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
177
A. Certains points montrent encore la structure presque typique de
la glande pituitaire. On voit des tubes épithéliaux plus ou moins nets ;
ces cordons sont délimités par des parois conjonctives non hypertro-
phiées, mais on n'observe pas la fine trame conjonctive, parfois intra-
cellulaire, que l'un de nous (') a décrite dans l'hypophyse de la femme
enceinte et que Ion peut considérer comme normale.
Les capillaires sillonnant les travées sont à peu près normaux.
Les cellules qui forment la masse du tube appartiennent presque
FiG. 46. — Tumeur de l'hypophyse. Prolongement intra-ventriculaire.
(Grossissement moyen.)
c, cordons épithéliaux complètement remaniés par la prolifération des cellules glandu-
laires devenues presque toutes atypiques. — v, vaisseaux capillaires dont la gaine
conjonctive est extrêmement hypertrophiée.
toutes au type éosinophile. Il n'y a pas du tout de cellules cyanophiles.
Il y a peut-être quelques éléments sidérophiles(-).
Les éléments éosinophiles sont caractérisés par un noyau de 4 y.
environ, régulièrement arrondi, riche en chromatine. Leur proto-
plasma est teint en rose.
Certains de ces éléments sont assez petits, d'autres au contraire sont
(*) P.-E. Launois et P. Mulon, Communication à YAssoc. des Anatom. Liège,
avril 1903.
(^) La coloration caractérisUque n'a pas été faite (voir P.-E. Launois, Comptes
rendus Soc. de BioL, mars 1903;.
LAUNOIS ET ROY.
12
178:
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE.
assez volumineux (15 à IS ij.). Leur lorme générale est polygonale par
pression réciproque; on trouve des cellules arrondies qui corres-
pondent à des cellules saines; mais elles sont rares : la plupart des
éléments sont plus ou moins polygonaux.
B. En certains points enfin les cellules, toujours du type éosino-
phile, prennent une forme
allongée, étirée; le cytoplas-
ma effilé s'accole à celui des
cellules voisines de façon à
former des masses pleines
sans travée conjonctive. Dans
ces endroits on ne rencontre
plus que de très rares cellules
éosinophiles de forme ty-
pique. Ce sont ces points qui
établissent une transition vers
une autre portion de la tu-
meur que nous étudierons
plus loin : on reconnaît en-
core l'épithélium de la glande,
mais il est en pleine végéta-
tion, il s'organise atypique-
ment.
On trouve la preuve très
nette de cette végétation dans
l'existence de nombreux élé-
ments plurinucléés. On ob-
serve en effet toujours parmi
les éléments éosinophiles (V)
des cellules à 2, 5, 4 et jus-
qu'à 7 noyaux. Ces noyaux
sont toujours ronds, petits,
riches en chromatine. Mais
FiG. iJ. ~ Tumeur de l'hypophyse. Portion con-
tenue dans la selle turcique. (Fort grossisse-
ment.)
Les éléments rappellent encore la forme des élé-
ments cellulaires normaux de l'hypophyse. Pres-
que toutes ces cellules sont des éosinophiles;
certaines d entre elles sont plurinucléées (a), sans dans le VOisinage On trOUVe
que l'on trouve nulle part de division karyoki- ^es éléments dont les noyauX
netique. II ny a pas de cellules cyanophiles. ' i- '». i
Quelques éléments par leur irrégularité et sur- étrangles peuvent être abSO-
tout par leur noyau pâle rappellent les cellules lument considérés comme en
sidérophiles (s). ...... -. •
voie de division amitosique.
Nulle part nous n'avons pu
relever une disposition qui rappelle les figures de la division karyoki-
nélique.
Au milieu des éléments éosinophiles que nous venons d'étudier on
trouve çà et là quelques cellules à gros noyau vésiculeux, clair, qui
(') Cet aspect justifie l'opinion émise par l'un de nous, à savoir que les
cellules éosinophiles sont la forme primordiale d'où proviennent les autres
types cellulaires de l'hypophyse (P.-E. Launois et P. Mulon, loc. cit.).
GIGANTISME ET ACHOMEGAEIE.
179
1^
^' Cù
^^
Q -
sont vraisemblablement des cellules sidérophiles. Ce sont les seules
cellules qui indiquent un processus physiologique au sens de cette
glande.
Nous pouvons en effet nous résumer en disant que cette région de
la tumeur montre un épithélioma encore typique qui rompt la trame
conjonctive où il était contenu et dont les éléments tendent à s'éloigner
de leur forme normale : en un mot, c'est un épithélioma primitif au
début.
2° Prolongement intra-ventriculaire de la tumeur à l'intérieur du, lobe
frontal droit.
A un faible grossissement, on voit que le prolongement intraventri-
culaire de la tumeur est formé
d'une nappe cellulaire assez
vascularisée : cette vasculari-
sation donne en certains points
(notamment au voisinage de la
partie colloïde que la section
macroscopique du cerveau
avait décelée au centre du pro-
longement intraventriculaire),
un aspect de cordons épithé-
liaux séparés par des vaisseaux
sinueux assez régulièrement
disposés. Dans d'autres points
on n"a pas cet aspect et on voit
seulement çà et là, dans la
nappe cellulaire, la section lon-
gitudinale ou transversale d'un
vaisseau. Ces vaisseaux sont,
dans les parties périphériques
de ce prolongement intra-ven-
triculaire de la tumeur, de
grandes dimensions.
C'est en somme l'aspect gé-
néral de la glande normale,
sauf que les tubes sont beau-
coup plus larges et que les
vaisseaux sont beaucoup plus
visibles.
A un grossissement plus
fort, on voit que ces vaisseaux
n'ont pas l'apparence de capillaires : tous possèdent, en dehors de leur
endothélium, normal et bien conservé, quelques assises de fibres con-
jonctives; c'est une sclérose, une hypertrophie considérable delà mince
lame conjonctive des travées entourant les capillaires à l'état normal.
II y a une couche interne d'éléments fibro-plastiques absolument remar-
.f^^.
C? '^ '^ '-l
d
vj
FiG. 48. — Tumeur de l'hypophyse. Portion con-
tenue dans la selle turcique. (Fort grossisse-
ment.)
La préparation montre en cet endroit des cellules
qui commencent à s'éloigner tout à fait du type
normal, marquant ainsi le passage vers l'épithé-
lioma.
180 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
quable. Les vaisseaux les plus petits, situés au centre du prolongement
ventriculaire, ont une paroi conjonctive relativement plus épaisse,
étant donné leur calibre, que les vaisseaux de la périphérie. Ceux-ci
sont dilatés, remplis de globules rouges; ils renferment de nombreux
globules blancs, mono et poly-nucléaires, ainsi que des cellules épithé-
liales, assez nombreuses, parfaitement conservées et bien colorées,
identiques à celles c{ui constituent la tumeur et cjue nous allons
décrire; c'est ainsi cju'on voit un gros vaisseau, tout à fait périphé-
rique, oblitéré par un véritable thrombus leucocyticjue.
La tumeur épithéliale apparaît formée de cellules étroitement pres-
sées les imes contre les autres et traversées par un réticulum fibrillaire
extrêmement délicat cjue l'on ne voit que par dissociation. Ces cellules
présentent des formes diverses qui toutes se rapportent à la forme poly-
gonale. Cet aspect se voit nettement sur la périphérie des préparations
que l'on a légèrement dissociées par écrasement, car dans la masse de
la tumeur les cellules sont déformées par pression réciproc[ue : c'est
ainsi C[u'il en existe de triangulaires, de presque cubiques, d'ovalaires à
contour légèrement brisé, de polygonales vraies. Leurs dimensions sont
à peu de chose près identicjues; leur protoplasma granuleux se teinte
en rose pâle par l'éosine, en jaune, brun, rouge par le picro-carmin;
leur noyau arrondi, occupant le tiers ou le quart du corps cellulaire,
souvent excentrique, se colore fortement par le carmin et l'hématoxy-
line. Cependant, en examinant de près, on reconnaît qu'il existe des
éléments en nombre variable suivant les points examinés et cjui
répondent aux types suivants :
a. Cellules à deux noyaux isolés ou accolés en sablier (en petit
nombre).
b. Cellules ovalaires, larges, à protoplasma se colorant mal, réticulé,
granuleux, à noyau plus ou moins excentrique, déformé, mal coloré.
Ces cellules, nombreuses, représentent des éléments en dégénérescence
colloïde.
c. Cellules à noyau en karyolyse (assez rares).
d. Cellules à noyau géant paraissant occuper la totalité ou les trois
quarts du corps cellulaire; Elles sont relativement nombreuses en cer-
tains points isolés de la tumeur et représentent des éléments en karyo-
kinèse, des cellules sidérophiles atypiques, probablement.
e. Cellules à trois noyaux (rares).
Les cellules libres dans quelques vaisseaux affectent le type général
que nous avons décrit au début comme le plus habituel.
Au voisinage de la portion colloïde située au centre du prolongement
ventriculaire, les cellules sont presque toutes en dégénérescence
colloïde, avec disparition ou mise en liberté du noyau.
(Quant à la partie colloïde elle-même, elle n'a pu être coupée, car elle
s'est rétractée et détachée lors du durcissement.)
On est frappé de la similitude des cellules de cette tumeur avec celles
du corps pituitaire normal et la seule dénomination qui semble convenir
GIGANTISME ET AGROMÉGAI.IE, 181
à la tumeur est celle d'épithélioma primitif du corps pituitaire. Quant à
la dégénérescence colloïde, elle n'a rien que de très normal dans les
épithéliomas dérivés des cellules qui normalement ont une sécrétion,
soit muqueuse, soit colloïde (corps thyroïde, estomac, gros intestin, etc.).
La tumeur végétait, mais n'envahissait pas le cerveau : elle se laissait
facilement détacher des parois du ventricule et les coupes microsco-
piques des portions des hémisphères contiguës à la tumeur (lobe
frontal) ont montré l'intégrité des circonvolutions et de la substance
blanche.
Les résultats de l'examen macroscopique et microscopique
pratiqué sur les différents organes du géant Pierre K. nous
permettent de mettre en valeur quelques-unes des particulari-
tés qui nous ont paru les plus intéressantes.
La première, et non la moins importante, est que l'observa-
tion de K.... se rapproche en tous points de celles, déjà nom-
breuses, qui peuvent servir aujourd'hui à édifier la description
biologique des géants acromégaliques à tumeur hypophysaire.
En 1900, on pouvait encore douter que le malade fût vérita-
blement un acromégalique ; il ne présentait que quelques-uns
des stigmates de la maladie de Pierre Marie et ces stigmates
étaient très atténués. Pourtant Brissaud n'hésitait pas, dès
cette époque, à reconnaître en K.... un « petit acromégale » et à
rappeler que, pour lui, le gigantisme et Vacromégalie étaient une
même affection dont les manifestations extérieures dépendaient de
Vépoque d' apparition des phénomènes de croissance excessive, c"" est-
à-dire de Vétat des cartilages de la conjugaison (') ». En 1902, peu
de temps avant sa mort, les déformations caractéristiques
s'étaient très nettement accusées; l'examen de la face en parti-
culier, avec la saillie anormale des os malaires, la courbure
exagérée du nez, la proéminence marquée du menton, l'hyper-
trophie accusée de la langue, la déformation caractéristique du
thorax, les dimensions inusitées des mains et des pieds, ren-
daient le diagnostic indiscutable.
D'autre part, la tumeur hypophysaire est capable, pour nous,
d' expliquer non seulement Vacromégalie, mais encore le gigan-
tisme.
Le géant acromégalique K... ressemble à tous ceux dont
(') E. Brissaud, Discussion à la suite de la présentation d'AcHARo et Loeper.
Soc. de NeuroL, 5 mai 1905.
182 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
robservation a été publiée, par les déformations de son squelette,
par la présence d'une tumeur pituitaire et présente, comme
certains d'entre eux, des modifications anatomiques dignes
d'être signalées :
\° C'est ainsi qu'on a pu constater, chez lui, l'existence de
plaques osseuses méningées spinales. Elles ont été, pour la pre-
mière fois, observées par Henrot (*) chez un géant acroméga-
lique dont l'un de nous recueillit l'histoire clinique et fit
l'autopsie le 128 janvier 1877. Duchesneau ('), Finzi ('), Sain-
ton et Staté (") les ont, de leur côté, retrouvées et, pour ce
dernier observateur, elles seraient la cause déterminante des
douleurs à caractère névralgique observées chez certains acro-
mégaliques {forme douloureuse de Vacromégalie).
2" Comme chez nombre de géants (Constantin (^), Simon
Botis ("j, etc.), on a rencontré chez K.... des lésions de tubercu-
lose pulmonaire. Cette infection par le bacille de Koch trouve
une facile explication dans la contagion à laquelle notre sujet
fut exposé pendant les séjours répétés et plus ou moins prolon-
gés dans les différents services hospitaliers.
5° Parmi les constatations faites à l'autopsie, une des plus
intéressantes est Y hypertrophie énorme du corps thyroïde
(250 grammes), qui resta cependant inaperçue pendant la vie.
Les altérations similaires de cet organe ont été déjà signalées
chez les acromégaliques et ont une grande importance au point
de vue de la pathogénie (page 540).
i° Quant àla tumeur cérébrale qno. nous considérons ici comme
la cause commune du gigantisme et de l'acromégalie, il nous
faut avant tout faire remarquer que, malgré son volume
énorme, elle demeura presque silencieuse pendant la vie. Sa
présence ne se traduisit, en effet, que la veille de la mort par
l'apparition de crises convulsives épileptiformes. Malgré son
(') Henrot, Notes de clin. méd. Reims, 1877 et 1882 (observ. reproduite par
P. Marie. Nouv. Icon. de la Salpêtrière, 1888, p. 251, et 1889, p. 255).
(-) Duchesneau, Étude anatomique et clinique de l'acroméi^alie. Thèse de
Lyon, 1891-92.
(^) Finzi, Sopra un caso di acromegalia. Ospedale civile di Badia-Polense.
Bologne, 1897.
('*) Staté, La forme douloureuse de l'acromégalie. Obs. X, in Thèse de Paris,
1900.
(") Dufrane, P.-E. Launois et Pierre Roy. Soc. méd. des hôp., 8 mai I90">.
(") BuDAY et Jancso, lac. cit.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 183
enclavement entre le pédicule de la pituitaire et le prolonge-
ment intra-cérébral de la tumeur, le chiasma des nerfs opti-
ques avait échappé à toute compression : il avait subi un élar-
gissement transversal, mais les fibres nerveuses qui entrent
dans sa constitution avaient probablement conservé leur fonc-
tion physiologique, ainsi que le démontre Tabsence complète de
phénomènes oculaires. « On ne trouve pas les signes de com-
pression qui permettraient d'incriminer la présence d'une tumé-
faction de l'hypophyse », avaient dit Achard et Lœper en 1900.
Leur assertion, confirmée par Rendu, restait encore exacte deux
ans plus tard, c'est-à-dire dans les derniers mois de la vie. S'il
en était ainsi, c'est que la tumeur, ainsi que nous l'apprit l'auto-
psie, gênée dans son expansion par la base osseuse du crâne,
s'était développée dans le ventricule latéral droit, en pleine
substance blanche. Notons, tout de suite, que dans aucun des
cas de tumeur hypophysaire, observés à l'autopsie des géants
ou des acromégaliques, on ne trouva un prolongement intra-
hémisphérique analogue.
Au point de vue histologique, la tumeur est un épithélioma
primitif du corps pituitaire \ cette variété histologique serait
très rare, si l'on s'en rapporte à la statistique publiée par
Parona (voir p. 189) (^).
5° Enfin, dans ce cas particulier, il faut remarquer que le
gigantisme n'a pas seulement porté sur le squelette, mais
encore sur les principaux viscères qui, sans présenter d'altéra-
tions histologiques notables, ont subi une augmentation de
volume plus ou moins considérable, caractérisant le véritable
gigantisme viscéral.
Sans parler du corps thyroïde dont l'hypertrophie (250 gr.)
a été mentionnée plus haut, le foie (4500 gr.), la rate (570 gr.),
le pancréas (250 gr.), les reins (590 et 525 gr.) sontgrandement
augmentés de volume.
Ce gigantisme viscéral a déjà été relevé chez un certain
nombre de géants (Fritsche et Klebs (-), Dana ('), Sirena (^),
(*) Parona, Rivista critica di clinica medica, M et 18 août 1900.
(^) Fritsche et Klebs, Ein Beîtrag zur Pathologie des Riesenvmches (obs. du
géant Peter Rhyner, reproduite par P. Marie, loe. rU.).
(^) Dana, loe. cit.
(*) Sirena, Riforma medica, 1894, vol. "2, p. 783.
184 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Dallemagne ('), Buday et Jancso, (")) et chez un certain nombre
d'acromégaliquos, du type géant ou non (Linsmayer ("'), Bourne-
ville et Regnault (''), Chauffard et Ravaut ("), etc.). Chez tous
ces malades, le foie, la rate, le pancréas, les reins étaient dou-
blés ou triplés de volume; chez quelques-uns, l'intestin, le
cœur, la moelle même (Linsmayer) avaient subi un développe-
ment parallèle C').
Il est à noter que chez tous aussi le cerveau avait conservé à
peu de chose près le poids qu'il présente chez un adulte normal.
Notre géant ne faisait pas exception à la règle, établie depuis
longtemps par les anthropologistes, à savoir que « la partie qui
subit le moins de changement dans ces constructions extrêmes
(nains et géants) est justement la tête (') ».
Le problème qui se pose en présence du gigantisme viscéral
est celui du mécanisme intime de sa production. S'agit-il d'une
splanchnomégalie secondaire au développement gigantesque
du squelette, ou bien, plus vraisemblablement, n'est-ce pas la
même cause qui tient sous sa dépendance les hypermégalies
viscérales et l'hypertrophie des extrémités (acromégalie) ou de
tout le squelette (gigantisme)? La malade de MM. Chauffard et
Ravaut, qui ne mesurait que l'^",53, « n'avait pu gigantifier son
squelette en raison de l'âge avancé (19 ans), auquel les pre-
miers symptômes acromégaliques s'étaient montrés; elle n'avait
réalisé son gigantisme que sur ses viscères ». Quoi qu'il en soit
de la réalité de cette explication donnée par les auteurs, en
particulier de la prétendue impossibililé pour un squelette de
(*) Dallemagne, loc. cit.
P) Buday et Jancso, loc. cit.
(») Linsmayer, Wiener klin. Woch., p. IG, 1894.
'('*) Boup.neville et Regnault, Bull. Soc. Anat. de Paris, 51 juillet 1896.
(°) Chauffard et Ravaut, Acromégalie avec diabète sucré, tumeur du corps
pituitaire et gigantisme viscéral. Bull. Soc. méd. des Hop., 25 mars 1900.
(") Récemment J. NoÉ essayait d'établir Vinfluence prépondérante de la taille
sur la longueur de l'intestin [Soc. de BioL. 20 décembre 1902), montrant qu'en
dehors de toute différence alimentaire, il existait un rapport inverse entre la
taille, ou mieux, le poids et la longueur de l'intestin. — De même, Richet et
Maurel {Soc. de Biol., 10 janv. 1905) ont établi que le poids du foie est, lui aussi,
en raison inverse de la taille. — Tous ces auteurs, il est vrai, ont envisagé
presque exclusivement les variations de la taille dans la série animale, et non
les variations de la taille dans la race humaine : par exemple, la souris a
55 mètres d'intestin par kilogramme, tandis que le cheval n'en a que 0 m. 06.
— Voir aussi les objections de Lapicoue aux règles énoncées ci-dessus {Soc.
de Biol., 10 janv. 1905).
C) OuÉTELET, Anthropométrie, 1871. p. 298.
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE. 185
19 ans de faire du gigantisme ('), il est bien certain que, dans
le cas de Ravaut, il ne pouvait s'agir d'une hypertrophie viscé-
rale secondaire à un développement squelettique gigantesque.
On est ainsi amené à attribuer la splanchnornégalie à la même
cause que Vacromégalie^ c'est-à-dire à l'existence de la tumeur
pituitaire, révélée par Tautopsie.
6" De même que la splanchnomégalie, le diabète qui existait
chez notre géant nous paraît être une conséquence directe de
la tumeur hypophysaire. La fréquence bien connue du diabète
dans l'acromégalie nous explique son existence chez le géant K
Quant aux relations qui existent entre les tumeurs de l'hypo-
physe et la glycosurie, elles constituent un intéressant pro-
blème, dont on trouvera plus loin l'exposé (voir p. 195).
CHAPITRE PREMIER
L'HYPOPHYSE DANS L'ACROMÉGALIE ET LE GIGANTISME
ACROMÉGALIQUE
Avant d'aborder l'étude symptomatologique du gigantisme
acromégalique, il ne sera pas inutile de consacrer une de-
scription détaillée à l'altération anatomique, tout à la fois la
plus fréquente et la plus frappante, que l'on observe chez les
acromégaliques comme aussi chez les géants acromégaliques.
U altérât ion de f hypophyse est presque constante dans Vacronié-
galie; elle ne fait jamais défaut dans le gigantisme acromégalique.
Parmi les statistiques les mieux documentées sur ce sujet,
la première place appartient à celle qu'a publiée, en 1900,
Woods Hutchinson (') ; elle comprend les résultats fournis par
48 autopsies d'acromégaliques. Sur ce nombre, on a constaté
(') Voir les exemples que nous avons rapportés de gigantisme par prolon-
gation de la croissance, c'est-à-dire par retard anormal de l'ossification des
cartilages épipliysaires, révélée par la radiographie. P.-E. Launois et Pierre
Roy. Nouv. Icon. de la Salpêtriére, n" 6, nov.-déc 1902, p. 540.
(-) Woods Hutchinson, La glande pituitaire envisagée comme facteur de
l'Acromégalie et du Gigantisme. New York med. Journ.. 12 mars, 2 avril 1898
et 21, 28 Juillet 1900.
186 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
44 fois, soit dans la proportion de 92 pour 100, l'hypertrophie
caractéristique du corps pituitaire. Plusieurs des cas négatifs
publiés sont, eux-mêmes, discutables : c'est ainsi que, parmi les
faits classés comme appartenant à Tacromégalie et dans les-
quels l'hypophyse avait conservé ses dimensions normales, on
remarque celui qui, publié par Sarbo('), concerne un malade,
tout à la fois tuberculeux et syphilitique et dont ni la mâchoire,
ni tenez, ni les lèvres ne paraissaient augmentés de volume;
le crâne présentait d'ailleurs les altérations de l'ostéite simple.
La même objection peut être faite à l'observation des frères
Hagner, publiée par Friedreich et Arnold (-) : la mâchoire, le nez,
les lèvres, la langue avaient conservé, chez eux, leurs propor-
tions normales; on constatait seulement une hypertrophie
étendue à tous les os du corps et produite par un processus
d'ostéo-périostite. On peut se demander avec Pierre Marie si
ces altérations généralisées du squelette n'étaient pas le ré-
sultat d'une ostéo-arthropathie hypertrophique d'origine pul-
monaire. Le seul cas d'acromégalie où l'hypophyse paraissait
normale, tout au moins en ce qui concerne ses caractères mor-
phologiques, est celui de Bonardi(^).
Le montant de l'hypertrophie hypophysaire est très variable,
mais toujours très considérable. D'après les données des ana-
tomistes, d'après celles de Boyce(*), de Comte(^), de CaselliC'),
de l'un de nous ('), le poids moyen de la glande pituitaire, chez
l'homme adulte, est de O^^SO et présente des variations allant
de O'^oO à O^'^ôO. A l'autopsie des acromégaliques, le poids
de l'hypophyse a été rarement inférieur à 5 grammes et on l'a
vu atteindre jusqu'à 51 grammes.
La plupart des observations publiées ne donnent pas le
(1) Sarbo A., firost lietiL, Budapest, 1889, vol. XXXVI; et Pest. med. rliir.
Presse, Budapest, 1892, vol. XXVIII, p. 575.
P) Arnold, Akromegalie, Pachyakrie oder Osteitis"? Ein anatomischer Bericht
uber den Fall Hagnert. Ziegler's Beilrdge zur pathologischen Anatomie und zur
allgemeinen Pathologie, 1891, X, 5, 1.
(^) BoNARDi, Riforma medica, 1895, II.
(*) BoYCE et Beadles, Journ. of Bacteriology and Pathology, 1892, vol. I,
p. 223 et 559.
(^) Comte, Contribution à l'étude de Vhypophyse humaine et de ses relations avec
le corps thyroïde. Thèse Lausanne, 1898.
(^) Caselli, Étude anatoniique et expérimentale sur la physiologie pathologique
de la glande pituitaire. Reggio-Emilia, 1900.
Ç) P.-E- Launois, L'hypophyse humaine.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 187
poids exact atteint par la glande hypertrophiée, mais men-
tionnent seulement les dimensions très accrues de la fosse
pituitaire qui la contenait.
La selle turcique est assez mal limitée en avant et sur les
côtés : la divergence des apophyses clinoïdes antérieures, par
exemple, peut varier sans qu'il y ait une corrélation nécessaire
avec le volume du corps pituitaire. Mais les variations nor-
males de la selle turcique ne dépassent guère les suivantes :
Le diamètre antéro-poslérieur varie de 0,10 à 0,15 millimètre.
Le diamètre transverse — 0,10 à 0,20 —
Tandis que, dans toutes les autopsies d'acromégaliques, oi^t
ces dimensions sont consignées, elles sont toujours considé-
rablement augmentées et on constate que :
Le diamètre antéro-postérieur mesure. . . . 0,25 millimètre.
Le diamètre transverse — 0,55 —
Les comparaisons les plus diverses ont été faites pour
donner l'idée approximative du volume atteint par la glande
hypertrophiée : Godlee rapporte que la glande avait les dimen-
sions d'une cerise ; Rolleston, Roxburg et Collin, Strœbe,
Thomson, celles d'une noix; Dallemagne, celles d'un œuf de
pigeon; Rothmell, celles d'un œuf de poule; Caton et Paul,
celles d'une mandarine, etc.
Le corps pituitaire hypertrophié mesurait, dans les cas sui-
vants :
2"", 2 de longueur sur L
2 8 - 3
1 5 — 7
4 — 2
11 — 7 et 6
Quant aux dimensions de la selle turcique, elles ont donné
6 de largeur. .
. (Bailey).
S —
(Brigidi).
—
(Broky et Baruch).
—
(Dana).
2
(Henrot).
— .
(HOLSTi).
—
(Packard).
_..
(SCHIILTZE).
—
(SiGURiNi et Caporiacco).
5 —
(Smyth).
5 —
(Strumpell).
9 ■ —
(Tamburtni).
188 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
25 centim. do longueur sur 50 centim. de largeur. (IIolsti).
50 — — 42 — — (Henrot).
28 — — 58 — — (Brigidi).
32 — — 58 — — (Pierre Marie).
50 — — 51 — — (Dana).
51 — — 57,5 — — (Woods Hutchinson).
Pour avoir une opinion satisfaisante de la fréquence de
l'hypertrophie hypophysaire dans l'acromégalie, il faut tenir
compte des résultats fournis par l'analyse symptomatique
des malades pendant leur vie. Dans 60 pour 100 des cas, on
constate en effet des signes non douteux de tumeur intra-crâ-
nienne (céphalée, obnubilation cérébrale, phénomènes vertigi-
neux, etc.) et on connaît la fréquence des troubles visuels,
en particulier de l'hémianopsie bitemporale, observés quand la
tumeur hypophysaire exerce une compression sur le chiasma
optique.
L'examen radioscopique, comme nous le verrons plus loin,
permet aussi d'apprécier les modifications survenues dans le
domaine de l'hypophyse.
D'ordinaire, la forme de la glande pituitaire hypertrophiée
est conservée; parfois cependant elle apparaît lobulée par une
série de plis transversaux, occupant plus particulièrement ses
parties antéro-inférieures.
La consistance varie avec la nature histologique de la
tumeur : le plus souvent elle est assez ferme pour comprimer
les parties voisines et élargir la fosse qui la loge, et même pour
amener l'usure des parois osseuses. On peut aussi la trouver
molle et friable, au point que son extraction soit rendue labo-
rieuse (Henrot et P. E. Launois, P. E. Launois et P. Roy). Elle
peut même avoir une consistance fluide, comme dans le cas rap-
porté par Duchesneau, oii la glande, réduite à une coque, for-
mait une cavité distendue par un liquide de coloration vineuse.
En raison de sa grande vascularisation et de son pouvoir
proliférant, la tumeur pituitaire non seulement déforme, creuse
les os et dilate la selle turcique proportionnellement aux dimen-
sions qu'elle acquiert, mais elle est capable encore d'exercer
une compression plus ou moins marquée sur les parties situées
dans son voisinage : chiasma optique, sinus caverneux, artère
carotide, nerfs de la 111% de la IV'' paire, nerf ophtalmique de
Willis, circonvolutions unciformes, bandelettes olfactives.
i
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 189
circonvolutions orbitaires, pédoncules cérébraux et même à
distance capsule interne, couche optique et protubérance, etc.
On a vu la compression exercée être assez intense pour déter-
miner l'atrophie complète du chiasma optique.
Quant à la nature histologique de la tumeur, elle est diversement
interprétée. Dans 19 autopsies d'acromégalie où elle a été suffi-
samment indiquée et que rapporte Woods Hutchinson, on a
constaté les modifications suivantes :
BuRY (1890) " Gliome contenant des kystes. «
HoLSTi (1890) " Masse pulpeuse de tissu embryon-
naire. »
Tamburini (1892) " Hypertrophie (adénome) de la totalité
de la glande. »
Cepeda (1893) '■ Hypertrophie pure. »
Claus et Strichï (1893) .... « Glande en voie de nécrose. — Vestiges
de tissu lymphoïde. »
BoLTz (1893) " Adénome. »
Caton et Paul (1894) " Sarcome avec cellules embryonnaires. »
Dallemagne (1895) " Masse sarcomateuse très vasculaire,
formée de petites cellules avec noyaux
se colorant fortement. •>
Dallemagne (1895) ■• Dégénération kystique de la portion ner-
veuse. — Développement exagéré des
acini de la portion buccale. »
Dallemagne (1895) " Hypertrophie delà portion nerveuse ("?),
avec nombreuses zones dégénérées. »
RoxBURG et CoLLiNS (1896) ..." Hypertrophie apparente du lobe posté-
rieur (?) de caractère glandulaire. »
Dana et Brooks (1897) « Masse formée de tissu embryonnaire de
nature douteuse, mais vraisemblable-
ment adénomateuse. »
Hansemann (1897) " Sarcome à cellules ovalaires. »
Uhthoff (1897) " Tumeur sarcomateuse. »
Dalton (1897) " Hypertrophie ou sarcome. »
RoLLESTON (1897) " Sarcome à cellules arrondies. >-
Godlee-Lawrence (1897) . . . . ■■ Agrandissement des cellules normales. »
Osborne (1897) '• Masse pulpeuse kystique, vraisembla-
blement sarcomateuse. »
Woods Hutchinson (1893-1905). « Furieux effort d'hypertrophie glandu-
laire excessive, efTortrelativementheu-
reux dans la portion corticale de la
glande, moins heureux dans la zone in-
termédiaire, échouant dans un désor-
dre chaotique de cellules néoformées
et aboutissant à un simple exsudât
hémorragique au centre de la glande,
et qu'on retrouve à un degré plus fai-
ble dans la constitution de la pitui-
tairc normale. »
190 (UGANTISME ET ACROMEGALIE.
A cette nomenclature des examens histologiques rapportés
par Woods Hutchinson, on doit joindre un certain nombre de
faits récents, publiés depuis son mémoire. Parmi les plus dé-
monstratifs, nous citerons ceux de Buday et Jancso (1898)
(angiosarcome), de Ghauîîard et Ravaut (1900) (néoplasie sar-
comateuse), de Caselli (1900) (adénome), de Pierre Marie et
Ferrand (1901) (adénome).
Parona(') décompose de la manière suivante les 57 cas de
tumeur pituitaire qu'il a rassemblés :
Adénosarcome 45 pour 100
Adénome 26,5 —
Sarcome 19,4 —
Angiome 5,4 —
Nombre d'autres variétés de dégénérescences liistologiques
peuvent s'observer, l'épithéliome en particulier; la présence
d'une tumeur épWiélialc inlracéphalique suffit d'ailleurs pour affir-
mer son origine pituitaire.
L'incertitude des observateurs, quand il leur faut préciser la
nature exacte des modifications qu'ils constatent, tient à
l'ignorance dans laquelle ils se trouvent sous le rapport de la
structure cytologique de l'hypophyse normale. Celle-ci a été
l'objet, dans ces dernières années, de nombreuses recherches
parmi lesquelles nous citerons celles de Caselli, de Comte, et
de l'un de nous (^).
Si telle est la fréquence de l'hypertrophie hypophysaire dans
l'acr oméga lie, il nous suffira, pour montrer sa constance dans le
gigantisme acromégaligue^ de rapporter la statistique suivante,
basée sur les résultats de 10 autopsies, la plupart récentes :
Gigantisme acromégalique.
(Henrot, 1877) Tumeur du corps pituitaire.
(Fritsche et Klebs, 1884). . . Tumeur de l'hypophyse.
(Dana, 1895) Hypertrophie glandulaire excessive du corps
pituitaire.
(Dallemagne, 1895) Sarcome du corps pituitaire.
(^) Parona, Rivista critica di clinica medica, 11 et 18 août 1900. (Noie clinique
et anatomique sur un cas d'acromégalie avec angiosarcome de l'hypophyse.)
(-) P.-E. Launois. L'hypophyse humaine.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 191
(Woods IIuïciuNsox, 1895) . . Glande piluitaire très ;iugmenlée. de volume.
(Bol RNEviLLE et F. Regnault,
1897) Tumeur du corps piluitaire. '
(BuDAY et Jancso. 1898). . . . Angiosarcome de l'hypophyse.
(Caselli, 1900) Volumineux adénome du corps pituilaire.
(P.-E.LAUNOisetP. Roy, 1905). Épithélioma du corps pituitaire avec pro-
longement dilatant à l'excès le ventricule
latéral droit.
(A. DiiFR.\NE, P.-E. Launois et
P. Roy, 1905) Tumeur volumineuse du corps pituitaire.
A ces résultais il faut ajouter ceux fournis par l'examen des
différents squelettes de géants acromégaliques conservés dans
FiG. i9. — RaiJiographie du crâne du grand Charles, montrant Tinégale épaisseur des
parois du crâne, la dilatation des sinus frontaux, le ressaut post-lambdoïdien et
l'agrandissement de la selle turcique.
les musées, montrant toujours une augmentation dispropor-
tionnée de la selle turcique (Langer), et par l'étude des géants
du même genre, actuellement encore vivants, mais présentant
des signes fonctionnels (céphalée, troubles de la vue, etc.) ou
192 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
des signes physiques (radiographie de la selle turcique,
Béclère), qui attestent l'existence d'une tumeur ou tout au
moins d'une hypertrophie du corps pituitaire.
Pour expliquer la constance de l'hypertrophie de l'hypo-
physe dans l'acromégalie, Gauthier ('), et quelques obser-
vateurs avec lui, ont pensé que cet organe était augmenté de
volume en tant qu'àxpov et au même titre que toutes les autres
extrémités du corps. La même objection serait applicable au
gigantisme acromégalique.
Pour la réduire à néant, il suffira de rappeler qu'il est dans
l'encéphale un autre organe atrophié, la glande pinéale, que
l'on doit, pour de nombreuses raisons, rapprocher de l'hypo-
physe et considérer également comme un vestige ancestral,
lequel, ni dans l'acromégalie, ni dans le gigantisme acroméga-
lique, ne présente aucune augmentation de volume. Elle
faisait complètement défaut chez notre tambour-major et, si
elle n'est pas mentionnée dans le protocole des autres
autopsies minutieusement rédigé, c'est qu'elle n'existait pas.
Toutefois nous devons à la vérité de dire que chez le géant
observé par l'un de nous à VHôlel-Dieu de Reims^ en 1877, Henrot
a constaté que la glande pinéale avait au moins le double de
son volume normal.
D'autre part, si l'hypophyse était modifiée simplement en
tant qu'extrémité, les modifications observées dans sa structure
histologique seraient toujours les mêmes et on ne compren-
drait pas la multiplicité et la variabilité des altérations cellu-
laires et de développement signalées à son niveau.
Plus ou moins hypertrophiée, mais toujours modifiée dans sa
structure, telle est l'hypophyse que l'on rencontre chez les
acromégaliques et chez les géants acromégaliques. Les lésions
dont elle est le siège entraînent secondairement des troubles
dans sa fonction et on est amené ainsi, en se basant sur des faits
et non sur des hypothèses, à reconnaître, avec Woods Hut-
chinson, « dajis V hypertrophie du corps pituitaire, la base patho-
logique commune de V acromégalie simple et du gigantisme acromé-
galique ».
(^*) Gauthier, Progrès médical, 1890, n° 21.
GIGANTISME ET AGROMEGALIE. 193
On peut résumer les données fournies par Télude biologique,
symptomatique et anatomo-pathologique, dans la formule sui-
vante :
L'acromégalie et le gigantisme acromégalique constituent
UN syndrome hypopiiysaire.
CHAPITRE II
GLYCOSURIE ET HYPOPHYSE (i)
Le curieux problème des relations qui unissent la glycosurie aux
tumeurs de l'hypophyse, et dès lors au gigantisme et à Vacromégalie^
a été, à Vétranger, dans ces dernières années, Vohjet d'un certain
nombre de travaux, ainsi qu'en témoignent nos recherches
bibliographiques. Nous avons été amenés à l'aborder à notre
tour, à Toccasion de nos études sur le gigantisme acromégalique
et en particulier à propos du tambour-major K. dont la glyco-
surie, constatée, pour la première fois, deux ans avant sa mort
(en avril 1900), persistait pendant le séjour qu'il fit dans notre
service du 15 avril 1902 au 29 mai, date de son décès. La gly-
cosurie, chez lui, ne montrait plus alors les mêmes oscillations
qu'à son début : elle se maintenait, sans grandes variations
journalières, entre 40 et 50 grammes de sucre par litre, pour
une quantité quotidienne de 3 à 6 litres d'urine.
Par le diabète qu'il présentait, le tambour-major K. ne con-
stituait pas une exception : plusieurs géants, dont l'histoire
fut publiée par Caselli, Buday et Jancso, Dallemagne, présen-
taient aussi de la glycosurie.
Si nous ne mentionnons que ces observations, c'est qu'elles
sont récentes et bien établies; mais il est probable, sinon
certain, que le nombre des géants diabétiques est relativement
assez élevé. Le diabète paraît bien avoir existé chez le géant
scrofuleux observé par Alibert (^), qui « était tourmenté d'une
soif si vive quil buvait jusqu'à dix-huit bouteilles d'eau pure tous
les jours », et qui « urinait parfois avec tant d'abondance qu'il pro-
(') P.-E. Launois et P. Roy, Glycosurie et Hypophyse. Soc. de Diol., 21 mars
1903, et Arch. gén. de Méd., 5 mai 1903.
(*) Alibert, Traité des maladies de la peau, t. II, p. 517.
LAUNOTS ET ROY. iù
194 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
(luisait une sorte cVinondation dans les lieux oii il se trouvait ».
La glycosurie peut donc s'observer dans le gigantisme; il nous
faut rechercher si on la constate aussi chez les acromégaliques.
Les auteurs qui ont recherché cette coexistence sont assez
unanimes à cet égard : la glycosurie s'observe fréquemment au
cours de Tacromégalie. On la constate dans le tiers ou même
la moitié des cas, disait Pierre Marie dans une leçon récente
(11 décembre 1902). Les statistiques publiées semblent, au
premier abord, infirmer cette estimation : sur 97 cas d'acromé-
galie qu'il a réunis, Hansemann (') ne mentionne que 12 fois
le diabète. De même Hinsdale ('), dans sa monographie basée
sur l'analyse de 150 cas, ne trouve que 14 diabétiques. Celte
disproportion entre les estimations du plus autorisé des au-
teurs et les consciencieuses statistiques rapportées s'explique
par ce fait que, dans un grand nombre de cas d'acromégalie,
on n'a pas toujours analysé l'urine.
Aussi l'affirmation de Pierre Marie garde-t-elle toute sa
valeur si on la complète en disant que la glycosurie a été
notée dans plus de la moitié des cas... oi^i elle a été recherchée.
Dans ce chapitre, qui a surtout pour but d'établir les rap-
ports existant entre la glycosurie et les altérations de l'hypo-
physe, nous ne ferons qu'indiquer les observations d'acromé-
galie, non suivies d'autopsie, où fut relevée la glycosurie;
ce sont les cas de Chadbourne (^), Ghvostek(^), Finzi(^), Kalin-
dero f), Lancereaux ("), Pierre Marie (^), Marinesco ("), Schaffer ('"j,
A. Frankel ("), etc.
(') Hansemann, Sur l'acromégalie. Berl. klin. Woch.. 1897, n° 'iO. p. -il7.
(-) Hinsdale, Acromegaly , 1898, p. 20.
(^) Chadbourne, Un cas d'acromégalie avec diabète. Neiv-York med. Journal,
2 avril 1898, p. 449.
(*) Chvostek, Un cas d'acromégalie avec glycosurie alimentaire, hémoglobi-
nurie, etc. Wiener klin. Woch., 2 nov. 1899, n" 44 J. p. 1086.
(•■•) FiNzi, Riforma medica, 25 avril 1901, p. 254.
C) Kalindero, La Roumanie médicale, mai-juin 1894, obs. 1.
(') Lancereaux, Des trophonévroses des extrémités ou acrotrophonévroses.
— La trophonévrose aciomégalique ; sa coexistence avec le goitre exophtal-
mique et la glycosurie. Sern. méd., 1895, p. 61.
(**) Pierre Marie, obs. 5 et 5 in Souza-Leite. Thèse de Paris, 1890.
(3) Marinesco, Un cas d'acromégalie avec hémianopsie bitemporale et dia-
bète sucré. Soc. de bioL, 22 juin 1895.
(*o) Schaffer, Zur Casuistik der Akromegalie Ncurol. Ccntralblalt, i" avril
1903, p. 296.
(11) A. Fr.\nkel, Soc. de méd. int. de Berlin, 1" avril 1901. Gaz. hebd. de méd.
et de cliir., n" 51, p. 365.
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE. 195
En revanche, nous croyons devoir retenir et résumer l'his-
toire des 16 malades acromégaliques et diabétiques dont V autopsie
a été pratiquée (^). 11 nous semble d'ailleurs qu'il y a grande
importance a faire remarquer que dans ces seize cas on ne vit
jamais manquer la tumeur pituitaire, qui est d'ailleurs la base
pathologique de la Maladie de Pierre Marie.
Nous avons résumé ces 16 observations dans le tableau
suivant où ont été mises en valeur les particularités cliniques
et anatomo-pathologiques les plus importantes.
Des faits ainsi rassemblés, il résulte avec évidence que la
glycosurie se rencontre trop fréquemment chez les sujets,
géants ou non, porteurs d'une tumeur du corps pituitaire pour
qu'il n'y ait là qu'une simple coïncidence. On est amené tout
naturellement à établir une relation de cause à effet entre le
diabète observé chez notre géant acromégalique et l'existence
de la volumineuse tumeur du corps pituitaire que nous avons
constatée à son autopsie.
Parmi les auteurs qui ont cherché à élucider les relations qui
rattachent le diabète aux lésions de lltypophyse, nous devons tout
particulièrement citer Pineles(-), Loeb (^), Caselli(''). C'est en
nous basant sur leurs travaux que nous nous proposons de
résumer l'état actuel de la question.
Dès 1884, c'est-à-dire deux ans avant la magistrale des-
cription de l'acromégalie faite par Pierre Marie, Loeb notait la
coïncidence de la glycosurie avec les tumeurs de l'hypo-
physe (*). A l'occasion d'un cas d'adénome du corps pituitaire
qu'il avait observé, cet auteur- rappelait les différentes obser-
vations de néoplasmes hypophysaires recueillies dans la litté-
(*) Aux 16 cas que nous rapportions dans notre mémoire de 1903, on pour-
rait ajouter encore ceux de Woods Hutchinson et Cooley (Obs. XVI, p. 265),
de Du Mesnil {Soc. méd. d'Altona), de Walton, Cheney et Mallory (Boston
med Journal, 7 déc. 1899), etc. Dans tous ces cas d'acromégalie manifeste,
compliqués de glycosurie, on trouva à l'autopsie une tumeur de l'hypopliyse,
comme dans les 16 observations du tableau suivant.
(2) PiNELES, Acromégalie und Diabètes mellitus. Jahrb. der Wiener k. Kran/c,
1897, Bd. IV.
(^) Loeb, Hypophysis cerebri und Diabètes mellitus. Cenlralblalt fiir innere
Medîcm, n° 55, 1898.
(*) Caselli, Ipofisi e glicosuria. Rivista di frenalria, février 1900.
(^) Loeb, Ein Erklârungsversuch der Tcmperaturverhâltnisse bei der lubei'-
kulosen Basilarmeningitis. Deutsche Arch. fiir klin. Med., 1884 Band XXXIV,
p. 449.
196
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198 GTCtANTISME ET AflROMEGALIE.
rature médicale et constatait que tous ces néoplasmes se
distinguaient par la fréquente combinaison de l'hyperthermie
(parfois de l'hypothermie) et du diabète sucré.
Sans doute Rosenthal(^) dès 1870, Bernhardt(-) dès 1881,
avaient observé le diabète dans certains cas de tumeurs de
l'hypophyse; mais, n'établissant aucune relation de cause à
effet entre ces deux phénomèmes, ils avaient admis la coexis-
tence d'une lésion du quatrième ventricule.
A mesure que la Maladie de Pierre Marie était mieux connue,
les observations de tumeurs du corps pituitaire se multipliaient;
Hansemann f ) , Finzi(^), Schlesinger (•') , Casellif), constatèrent
que, dans aucun cas d'acromégalie compliqué de diabète, la
lésion hypophysaire causale ne faisait défaut. L'autopsie de K.,
notre géant acromégalique, vient confirmer leur assertion.
Quant aux cas de tumeurs de l'hypophyse chez des sujets non
acromégaliques, le nombre en est assez rare. Sternberg pense
que l'acromégalie a pu être méconnue : c'est ainsi que Thomson
retrouva en 1880 les déformations acromégaliques caractéris-
tiques sur le squelette d'un malade dont Gunningham avait rap-
porté l'observation dix ans auparavant (voir le tableau précé-
dent, observation I).
Toutefois il est un nombre, assez restreint, il est vrai, de
faits 011 l'acromégalie, aussi bien que le diabète, faisait défaut,
bien que l'hypophyse fût modifiée. Tels sont les faits publiés
par Packard ('), Waddell ('), Wilks(-'), Burr et Riesmann ('") et
aussi celui que rapporta Babinski("). Par contre, l'observation
de Rosenthal concerne un médecin de 54 ans, ayant succombé
à un diabète sucré grave, sans signes d'acromégalie, et à
l'autopsie duquel on trouva un sarcome du corps pituitaire,
sans autre lésion cérébrale capable d'expliquer le diabète.
(*) Rosenthal, Lehrburh der Nervenkra nkhcUen , 1870, p. 06.
(^) Bernhardt, Ilingeschivulste, 1881, p. 299.
(■') Hansemann, loc. cit.
CO FiNZi, Cenlralblatt f. innere MecL, 1897, n" 51.
{°) Schlesinger, Atti del club meclico cli Vienna, 17-."1 janvier 1900.
(") Caselli, loc. cit.
C) Packard, Amer. Journal of med. Sciences, 1892.
{*) Waddell, Lancet, 1895, t. I, p. 921.
(9) WiLKS, Brain, 1892.
('") Burr et Riesmann, Tumeur du corps pituitaire sans acromégalie. Joxir-
nal of nervous and mental diseuses, 1899, p. 21.
(") Babinski, Soc. de Neurol., 7 juin 1900.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 199
Strumpell pense qu'il est impossible qu'une tumeur du corps
pituitaire puisse causer la glycosurie, étant donné que l'on
observe des tumeurs du corps pituitaire, sans diabète. Mais
Loeb fait justement remarquer qu'il serait plus exact de dire
simplement qu'une tumeur du corps pituitaire est incapable à
elle seule de produire la glycosurie.
Quoi qu'il en soit de ces cas d'une interprétation difficile,
nous ne retiendrons que les 16 observations de nos acroméga-
liques diabétiques porteurs d'une tumeur hypophysaire.
Pour expliquer la pathogénie de la glycosurie^ observée chez
des malades porteurs d'une tumeur de l'hypophyse, on a émis
plusieurs hypothèses :
1" Dallemagne (obs. V), Hansemann (obs. VIII), Pineles ont
trouvé des lésions du panci^éas, qui pourraient à elles seules
constituer la cause vraisemblable de la glycosurie. Dans le cas
de Dallemagne, on notait de plus des lésions, à la vérité peu
importantes, siégeant dans l'épendyme du quatrième ventricule.
Il existait à ce niveau deux petites productions gliomateuses
spéciales, non visibles extérieurement, mais appréciables seu-
lement sur une coupe transversale, ayant un diamètre d'à peine
un millimètre de diamètre, formées d'un mince tissu lamelleux
et donnant l'impression de masses cellulaires d'origine épen-
dymaire émigrées et enkystées dans la substance nerveuse.
On pouvait donc supposer que dans ces cas la tumeur hypo-
physaire était une simple coïncidence et ne constituait pas la
lésion causale réelle du diabète, qui était d'origine pancréatique
ou ventriculaire.
Mais cette coïncidence est trop exceptionnelle pour pouvoir
être généralisée, et d'autres théories ont cherché à expliquer la
glycosurie par la tumeur hypophysaire elle-même (').
2° Pour certains auteurs, la glycosurie observée dans les
tumeurs du corps pituitaire dépendrait d'un trouble de la
sécrétion interne de cette glande. Récemment Arnold Lorand,
rapprochant dans une même étude le diabète, l'acromégalie et
la maladie de Basedow, affections causées par les modifî-
(*■) Il faudrait aussi tenir compte de l'état du foie : « ... Dans d'autres cas,
qu'il y ait hypertrophie ou non, le foie est sain macroscopiquement ou histo-
logiquement; mais tout plaide en faveur de l'hyperfonctionnement du foie :
tels sont les cas (Gilbert et Lereboullet) où le diabète surinent au cours de
l'acrornégalie. » — Gilbert et Carnot. Les fonctions hépatiques, p. 257, 1902.
200 GIGANTISME ET ACROMEGAr.IE.
cations patliologiques du pancréas, de l'hypophyse et de la
glande thyroïde, cherchait à expliquer la glycosurie qui s'ob-
serve fréquemment au cours de ces trois maladies et concluait
que le diabète nesi quun s]jmptômc, et un symptôme de la mala-
die des glandes sanguines (').
Mais un trouble de la fonction glandulaire ne peut guère
se comprendre avec la nature adénomateuse de la tumeur,
habituellement constituée par une simple hypertrophie glan-
dulaire, capable d'expliquer plutôt un hyper-fonctionnement.
Il en serait de même pour Vhypo-fonctionnement.
Quant à l'hypothèse de Vhyper-fonctionnement^ c'est-à-dire
de la sécrétion excessive d'un produit toxique par la glande
pituitaire, hypothèse rendue vraisemblable par les constata-
tations anatomo-pathologiques, elle est contestée par les expé-
riences de Gaselli qui a vu se produire le diabète chez des
chiens auxquels il enlevait l'hypophyse.
Enfin il serait bien invraisemblable qu'un organe pesant en
tout 0='',C puisse par des altérations dans son fonctionnement
produire un trouble de la nutrition générale aussi grave que le
diabète. D'autre part, il est bien difficile d'admettre un centre
nerveux glycogénique spécial au niveau de l'hypophyse, car
les recherches histologiques de Gaselli et de l'un de nous
(P.-E Launois) n'ont pas permis de retrouver d'éléments nerveux
dans le lobe postérieur du corps pituitaire chez l'homme
adulte. Ainsi l'existence de cellules nerveuses, malgré l'opinion
classique, qui fait du lobe postérieur un lobe nerveux, reste au
moins très douteuse.
5° La troisième hypothèse, celle qui semble la plus vrai-
semblable et qui est le plus en accord avec les faits cliniques
et expérimentaux, a été imaginée par Loeb.
Pour lui, la glycosurie serait la conséquence de la com-
pression exercée par la tumeur pituitaire sur les parties voisines de
Vencéphale. 11 ne s'agit pas là d'une compression générale intra-
crânienne ou de désordres dans les conditions de pression du
liquide céphalo-rachidien, puisque ces mêmes troubles se
(*) Arnold Lorand (de Carlsbad), L'origine du diabète et ses rapports avec
les états morbides des glandes sanguines. Conférence faite à la Société royale
des sciences méd. et naturelles, 2 mars 1903. Journal méd. de Bruxelles, 1905,
n» 12, p. 187 et Congrès de Madrid, 1905. — Voir aussi l'opinion du même
auteur sur cette question in Presse méd., 1905 et C.-R. Soc. de Biologie, 1904.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 201
retrouvent dans toutes les tumeurs cérébrales, de localisation
indifférente, où l'on sait que la glycosurie s'observe exception-
nellement. La compression de la tumeur pituitaire capable de
produire la glycosurie doit nécessairement s'exercer sur un
centre glycogénique situé dans les parages du corps pituitaire,
peut-être au niveau du tuher cinereum.
L'hypothèse d'un nouveau centre glycogénique, voisin du
corps pituitaire, n'est pas inadmissible. Avec Claude Bernard
on crut longtemps que le seul centre glycogénique encépha-
lique était situé au niveau du plancher du quatrième ventricule.
Mais Schiff produisit la glycosurie par la lésion des couches
optiques, des pédoncules cérébraux, du pont de Varole, des
pédoncules cérébelleux moyens et inférieurs. De même, Lé-
pine('), rapportant un cas de diabète par ramollissement du
corps strié, avec lésion de la capsule interne, pouvait écrire :
« C'est un fait acquis que l'irritation de diverses parties du
cerveau peut occasionner l'apparition du diabète ». De son
côté, Eckhardt (') a réussi à reproduire chez le lapin, par
lésion du lobe postérieur du vermis, la polyurie avec glyco-
surie. Enfin, Loeb(^), dans l'apoplexie cérébrale, NaunynC^),
dans les hémorragies, ont signalé la fréquence relative de la
glycosurie.
Aujourd'hui le diabète neroeux ne peut plus être considéré
comme le symptôme spécifique d'une lésion du plancher du
quatrième ventricule, mais comme un phénomène presque
banal pouvant accompagner les altérations des régions encé-
phaliques les plus diverses. En particulier, la fréquence avec
laquelle la glycosurie accompagne les tumeurs du corps pitui-
taire rend très vraisemblable l'hypothèse d'un centre glycogé-
nique voisin de lui, sur lequel la tumeur agirait par com-
pression directe.
La réalité de la compression exercée par les tumeurs sur
leur voisinage est prouvée tout d'abord par l'écrasement si
habituel des nerfs et bandelettes optiques, par l'usure des os et
par l'élargissement de la selle turcique. Mais, en outre, Loeb
(') LÉpiNE, Revue de Médecine, 1897, p. 835.
(^) Eckhardt, cité par Loeb.
(^) Loeb, Apoploxia cerebri und Glicosuria. Prager Worhenschrlft, 1892, n" 50.
('*) Naunyn, Ueher Diabètes mellilus.
202 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
fait observer que plusieurs faits cliniques confirment, en
l'illustrant très curieusement, sa théorie pathogénique. Tel est
le cas deFinzi (obs.IX) dans lequel les symptômes ocroméga-
liques et le diabète s'étaient montrés à la suite d'une chute sur
la région sacrée. Progressivement le sucre disparut des urines.
A l'autopsie, on trouva que l'hypophyse absente était rem-
placée, dans la selle turcique, par une épaisse masse blanche
fd^reuse, vestige d'une tumeur qui, en régressant et en faisant
cesser la compression qu'elle exerçait sur les parties voisines,
aurait, d'après Loeb, amené la disparition du diabète (').
Le cas de Striimpell (obs. XI) est d'une explication plus
difficile : en février 1888, on constate l'existence d'une glyco-
surie abondante; en mai de la même année, le sucre avait
disparu. Il se montre à nouveau en octobre, puis tend à dispa-
raître, et en décembre l'ingestion d'une quantité abondante
d'hydrates de carbone n'amène nullement le passage du sucre
dans les urines. A la fin même de ce mois de décembre, de nou-
veau, on constate une glycosurie évidente. Elle persiste plus
d'une année, puis disparaît à la suite de la diète carnée
exclusive, puis se montre une fois de plus, et ainsi de suite.
Le malade étant mort, on trouve à l'autopsie une tumeur du
corps pituitaire, mollasse, laissant sourdre à la coupe un suc
lactescent; son aspect autorise à penser qu'elle avait pu subir,
pendant la vie, des variations de volume, augmentations ou
diminutions alternatives, capables, d'après Loeb, d'expliquer les
apparitions et disparitions alternatives du sucre dans les urines.
Dans ce cas, il se serait produit pour la glycosurie ce qui se
passa pour les troubles visuels chez un malade de Saemisch (-)
qui présentait de l'hémianopsie bitemporale, des vertiges et
de la céphalée. La fonction visuelle, qui avait été nulle, réap-
parut par la suite, en même temps que les autres symptômes
s'amélioraient. A l'autopsie, on trouva un angio-sarcome du
corps pituitaire.
(^) FiNzi {Riforma meclica, 25 avril 1001, p. 254) critique, il est vrai, cette inter-
prétation de son cas par Loeb : il fait remarquer qu'outre la dégénération de
l'hypophyse il existait une méningo-myélite chronique, et qu'avant d'afdrmer
que l'hypophyse est la seule lésion capable d'expliquer tous les symptômes de
l'acromégalic; il faut s'assurer que l'axe cérébro-spinal dans son entier est
indemne de toute altération anatomique, secondaire ou primaire.
(-) Saemisch, Klin. Monatsblàtter, 1865, p. 61.
GIGANTlSiVIE ET ACROMÉGALIE. 203
Il y a donc des tumeurs, et c'est le cas pour les tumeurs du
corps pituitaire, d'ordinaire assez vascularisées, dont la réplé-
tion alternative peut produire des oscillations de pression
suffisantes pour faire varier la compression des organes voisins
et amener des changements symptomatiques assez notables.
Enfin Loeb produit encore à l'appui de sa théorie l'obser-
vation communiquée parSchech(') au Congrès de laryngologie
de Heidelberg : elle concerne un malade chez lequel l'extirpa-
tion d'un polype du sinus sphénoïdal amena de la polyurie et
de la glycosurie, qui furent attribuées à une hémorragie de la
base par fracture de la paroi du sinus. 11 y avait de plus com-
pression des régions encéphaliques voisines de l'hypophyse.
Ces faits cliniques rendent très vraisemblable la théorie de
Loeb sur la pathogénie de la glycosurie hypophysaire. Jusqu'à
présent les résultats expérimentaux ont été trop incomplets pour
en apporter la preuve péremptoire. Sans doute Falkenberg('),
Gley(^), Rogowitch('*), Traînai"), ont constaté chez les chiens
thyroïdectomisés une augmentation concomitante de la glande
pituitaire. Mais il n'est guère qu'une expérience de Caselli qui
permette de supposer l'existence d'un centre glycogénique sur
lequel s'exercerait la compression des tumeurs de l'hypophyse.
Dans une expérience restée unique en son espèce, Caselli
réussit à détruire le lobe postérieur de la glande pituitaire chez
un chien, sans léser le lobe antérieur. La glycosurie qui s'en-
suivit pourrait donc s'expliquer, ou par la lésion de la portion
nerveuse de l'hypophyse, ou, plus vraisemblablement, par un
traumatisme agissant dans le voisinage, en particulier au
niveau du tuber cinereuni. Cette région renferme des éléments
nerveux de structure élevée, tandis que dans le lobe postérieur
de l'hypophyse les éléments nerveux sont si rudimentaires
qu'on peut affirmer qu'ils n'existent pas, au moins chez l'animal
adulte, ainsi que de nombreuses recherches l'ont appris à l'un
de nous.
(') SciiECH, Deutsche médicinal Zeitung, 1898, n° 46.
(^) Falkenberg, Centralblatt filr klin. Med., 1891.
(^) Gley, Soc. de Biologie, 1891.
('*) RoGowiTCH, Sur les effets de l'ablation du corps thyroïde chez les ani-
maux. Arch. de Physiol.. 1898, II, p. 419.
(^) Traîna, Ricerche sperimentali sul sistemanervoso degli animali tireoprivi.
Policlinico, 1898.
^204 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Si imparfaite et si critiquable que soit l'expérience de Caselli
que nous venons de rapporter, elle n'en est pas moins fort inté-
ressante. Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir Caselli adopter
Topinion de Loeb et admettre qu il existe dans le tuber cine-
reum un centre nerveux dont la lésion donne lieu à une glycosu-
rie marquée, s' accompagnant de symptômes propres au diabète
sucré.
Comme un seul fait expérimental ne nous paraît pas suffisant
pour édifier une théorie pathogénique, nous serons mbins affir-
matifs que l'auteur italien. En rassemblant les données du
problème, nous avons surtout cherché à mettre en valeur
l'étroitesse des relations qui unissent certaines glycosuries aux
tumeurs de l'hypophyse et nous conclurons en disant qu'il
appartient à la physiologie expérimentale plus encore qu'à la
physiologie pathologique de préciser ces relations avec toute
la rigueur scientifique désirable.
CHAPITRE III
HISTORIQUE DU GIGANTISME ACROM ÉG ALIQUE
La nature des rapports qui unissent le gigantisme à l'acro-
mégalie est encore discutée aujourd'hui et quelques observa-
teurs n'admettent pas une étroite parenté entre ces deux dys-
trophies. Henry Meige(') résumait récemment l'historique des
discussions soulevées sur ce snjet; elles sont multiples déjà,
malgré qu'un temps très court se soit écoulé depuis que l'acro-
mégalie a été isolée dans un cadre nosologique particulier par
Pierre Marie (1886).
Dans le premier mémoire original de 1886 (^) où Pierre Marie
étudiait « une affection singulière caractérisée par V hypertrophie
non congénitale des extréniités supérieures, inférieures et cépha-
liques, » cet auteur reconnaissait que plusieurs des anciennes
observations auxquelles pouvait se rapporter sa description
(') Henry Meige, Sur le gigantisme. Arcli. gén. de MécL, octobre 1902.
(2) P. Marie, loc. cit.
GIGANTISME ET ACROMÉGALTE. 205
avaient été publiées sous le titre de gigantisme; mais il en
concluait simplement que les observateurs, frappés par l'ap-
parence gigantesque de quelques malades, avaient méconnu
les déformations tout aussi caractéristiques, présentées par
d'autres individus, n'ayant qu'une taille ordinaire.
Cette même idée était reprise en 1889 par Georges Guinon,
qui, pour éviter toute confusion, s'efforçait de préciser les
caractères distinctifs de ces deux états morbides :
« Il existe encore une classe d'individus avec lesquels on a
confondu, plus d'une fois, les acromégaliques, ce sont les géants.
Les raisons pour lesquelles on peut affirmer que le gigan-
tisme et V acromégalie sont absolument différents l'un de l'autre
sont de deux ordres : 1° tous les acromégaliques, ainsi que l'a
déjà montré P. Marie, sont loin d'être des géants; en effet, s'il
est vrai que, en tenant compte de la diminution de stature qui
peut résulter de la cyphose, quelques malades aient eu près de
six pieds, le plus grand nombre avaient moins de 1 m. 75, et
chez les femmes le chiffre de 1 m. 60 semble répondre k la
majorité des cas; de telle sorte qu'on peut dire que, assez
souvent, les sujets atteints d'acromégalie présentent une taille
un peu au-dessus de la moyenne, mais il ne saurait ici être
question déconsidérer le gigantisme comme l'un des caractères
de cette affection. On devra d'ailleurs remarquer que les tailles
sont plus élevées dans les anciennes observations que dans les
nouvelles, l'attention des observateurs n'étant alors attirée que
par des malades dont la taille élevée attirait les regards sur les
dimensions colossales des membres; 2*^ dans le gigantisme,
l'aspect n'est nullement celui que l'on constate dans l'acromé-
galie, les différents segments des membres et de la face con-
servant notamment, par rapport les uns aux autres, les
dimensions ordinaires; enfin, l'âge auquel se montrent ces
modifications dans le volume des membres, la façon progres-
sive avec laquelle celles-ci procèdent, tout révèle que non
seulement il s'agit bien de deux états absolument différents,
mais encore que, contrairement au gigantisme qui n'est, le
plus souvent, que l'exagération d'un processus normal, l'acro-
mégalie est une véritable maladie ('). »
. (*) G. Guinon, Sur l'acromé^alie. Gazeite des hôpitaux, 9 novembre 1889.
p. 1165.
206 (aGANTISME ET AGROMEGALŒ.
Il suffira de se reporter à notre définition pathologique du
gigantisme pour comprendre que nous ne saurions accepter
cette distinction entre l'état de maladie et « l'exagération d'un
processus normal », lequel, à proprement parler, ne peut être
qu'un processus morbide.
Néanmoins les arguments de Georges Guinon étaient repro-
duits, en 1890, par Souza-Leite (') dans sa thèse et par Pierre
Marie lui-même, en 1896, à la Société médicale des Hôpitaux [-).
« Ces arguments, ajoutait-il, me semblent aujourd'hui
encore aussi valables qu'au premier jour, et, quel que soit le
talent avec lequel MM. Brissaud et Meige ont soutenu leur
thèse, je ne saurais admettre que le gigantisme et Tacromégalie
soient « la même maladie ».
« Et d'abord, pour bien s'entendre, il n'est rien de tel que
de définir les termes sur lesquels on discute : qu'est-ce donc que
le (( gigantisme » ? Peut-on dire que c'est une maladie, et sur-
tout peut-on, avec Brissaud et Meige, dire que c'est /elle
maladie'^ Je ne le pense pas.
« Qu'est-ce qu'un géant? A partir de quelle taille est-on un
géant? Au-dessous de combien de centimètres n'en est-on plus
un? J'avoue que la réponse à ces questions me paraît bien
vague et que le mieux semble être de confesser qu'en parlant
de géants nous employons un terme dont les limites scienti-
fiques manquent un peu de précision. Mais je ne veux pas
argumenter davantage sur ce point, et tout ce que je cherche à
établir, c'est que ce terme de « géants » comprend des états
fort divers. Prenons, par comparaison, un terme symétrique,
celui de « nains ». Nous y voyons des rachitiques, des syphi-
litiques héréditaires, des myxœdémateux, etc. ; pourquoi n'en
serait-il pas de même des « géants »? Pour moi, c'est là pure-
ment et simplement un terme générique sans signification
précise et comprenant des états fort différents, les uns {gigan-
tisme vrai) consistant, comme je l'ai dit déjà, dans une simple
exagération du processus physiologique, les autres {gigantisme
symptomatique), n'étant qu'une manifestation d'une affection
préexistante (acromégalie, syphilis héréditaire, etc.).
(1) Souza-Leite, De l'acromégalie (Maladie de P. iMarie), Thèse, Paris, 1890.
(2) P. Marie, Sur deux types de déformation des mains dans l'acromégalie
Soc. méd. des Hôpitaux, 1" mai 1896, p. Aïi.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 207
« Cette manière de voir a d'ailleurs été adoptée par un
certain nombre d'auteurs, etSternberg('), qui a consacré à ce
sujet une étude spéciale, arrive à cette conclusion que sur
34 cas de gigantisme existant dans la science, et présentant
des garanties suffisantes d'examen, 14 sont des cas d'acromé-
galie, soit 4'2,2 pour 100. Certes, c'est là un chiffre considé-
rable, mais il n'en est pas moins vrai que l'acromégalie ne
fournit pas même la moitié des cas de gigantisme connus;
aussi nous croyons-nous aujourd'hui encore parfaitement auto-
risé à conclure, contrairement à Brissaud et Meige et Massalongo,
que acromégalie et gigantisme ne sont nullement des états
pathologiques identiques, mais bien que l'acromégalie est pure-
ment et simplement un des facteurs du gigantisme. »
Au contraire des dualistes, dont P. Marie est assurément le
représentant le plus autorisé, un grand nombre d'auteurs ont
estimé que l'acromégalie n'était pas seulement un des facteurs
du gigantisme, mais qu'entre les deux affections il y avait
identité de nature.
Virchow(^), le premier, en 1889, indique d'une phrase la pos-
sibilité de cette hypothèse, mais pour la repousser. Rapportant
l'histoire d'un homme célèbre plus pour sa vigueur que pour
ses proportions, qui, à la fin, vit ses forces et son esprit baisser
et chez lequel se montrèrent les déformations acromégaliques
caractéristiques, il écrit : L acromégalie est un état secondaire de
dégénération après V hypercroissance .
Après lui d'autres documents sont apportés pour éclairer la
question : Langer f) (1872), Fritsche et Klebs(*) (1884), Cun-
(') Sterxderg divise les Géants en normaux (haute taille, sans difformité,
ni aucun état maladif; type : Winckelmeyer) et en pathologiques. Ce dernier
groupe de Géants pathologiques comprend : l'acromégalie, — les exostoses
néoplasiques multiples, — l'hémihypertrophie faciale, — les courbures mul-
tiples des os, — l'hérédo-syphilis, — le développement prématuré avec crois-
sance rapide et tumeur du testicule dans l'enfance, etc. « Le terme de géant
n'est rien autre qu'une expression générique désignant des états très différents,
qui, les uns et les autres, ont pour seul point commun de dépasser la taille
moyenne. » Specielle Pathologie und Thérapie (Nothnagel), VII, Band II. theil,
Wien,1897. (Note des A.)
C^) ViRCHOW, Berl. klin. Woch. 1889, XXVI, 81.
(5) Langer, loc. cit.
('*) Fritsche et Klebs, loc. cit. — Sternberg reproche, il est vrai, à Fritsche
et Klebs d'avoir lu trop vite le travail de Langer, lorsqu'ils croient que cet
auteur indique l'hyperthrophie de l'hypophyse chez un géant dont l'accrois-
sement exagéré s'est produit peu à peu et sans trouble spécial, comme une
208 GIGANTISME KT A(]ROMEGALIE.
mngham(^) (1891), Taruffi(-), Tamburini(') (1892), retrouvent
sur les squelettes craiiciens géants, conservés clans les mu-
séums, toutes les déformations caractéristiques de Facromé-
galie, et notamment cette dilatation de la selle turcique qui
est la marque de l'hypertrophie du corps pituitaire. Et, dès
1892, Massalongo(^) pouvait écrire, sans toutefois apporter de
documents personnels : Uacromégalte nest pas autre chose
quun gigantisme tardif anormal.
Puis des observations de géants autopsiés ne tardèrent pas à
venir conflrmer d'une manière éclatante l'hypothèse de l'identité
des déformations et de la lésion causale des deux affections.
En 1895, deux auteurs apportaient au Pan American médical
Congress deux cas typiques à cet égard : Dana rapportait l'au-
topsie du géant péruvien (obs. 9) et Woods Hutchinson celle de
la géante française lady Aama (obs. 6). Les faits se multiplièrent :
observations de géants vivants reconnus acromégaliqucs
(Brissaud et Meige (obs. 29), Matignon (obs. 27), Woods Hut-
chinson (obs. 16, 17, 18), Achard et Lœper); observations de
géants autopsiés reconnus porteurs d'une tumeur du corps
pituitaire (Buday et Jancso, Gaselli). Nous-même avons apporté
une double contribution à la défense de cette thèse et nous
pouvons citer, d'une part, notre géant Charles qui s'acromé-
galise à mesure que ses cartilages épiphysaircs, anormalement
persistants, s'ossifient (obs. I, page 56), et, d'autre part,
notre tambour-major K., géant acromégalique et diabétique, à
l'autopsie duquel nous avons trouvé un volumineux épithé-
lioma du corps pituitaire (obs. A 111, page 159).
Tous ces faits, et nous n'avons mentionné que les plus
importants, tendent à établir une étroite connexion entre ces
deux affections hyperostéogéniques : l'acromégalie et le gigan-
tisme.
« Le gigantisme et Vacromégalie, disaient Brissaud et Meige,
simple exagération du travail de croissance ; « cette fausse interprétation,
dit Sternberg, devint décisive pour la plupart et donna lieu à une confusion
regrettable de la part des auteurs français et italiens sur la compréhension
des rapports entre le gigantisme et l'acromégalie », loc. cit., p. 4.
(') CUNNINGHAM, loC. cit.
(-) Taruffi, loc. cit.
("') Tamburini, loc. cit.
('') Massalongo, Suir Acromegalia. Riforma medica, 157, 158. juillet 1892.
GIGANTISME ET AC ROM EGA LIE. 209
dès 1895, sont une seule et même maladie^ ou du moins, s'il s'agit
de deux maladies nosograpliiquement différentes , la même cause
semble provoquer Vune et Vautre et en diriger révolution.
« Dans celle-ci comme clans celle-là, l'hypertrophie primitive
du squelette et Thypertrophic secondaire des parties molles se
produisent dans un laps de temps déterminé, puis le processus
ostéogénique s'arrête.
« Si cette époque du temps pendant laquelle l'exubérance
de l'ossature s'accomplit appartient à Yadolescence et à la
jeunesse, le résultat est le gigantisme^ et non l'acromégalie.
« Si elle appartient à l'âge adulte., c'est-à-dire à une époque
de la vie où la stature est depuis longtemps un fait acquis, le
résultat est Vacromégalie.
« Si enfin, après avoir appartenu au temps de la jeunesse,
pendant lequel la taille continue à s'accroître, elle empiète sur
le temps où l'on est homme fait, en d'autres termes sur la
phase de l'existence qui ne comporte plus de développement
ostéogénique, le résultat est la combinaison de racromégalie et
du gigantisme.
« ...Vacromégalie est le gigantisme de V adulte., Je gigantisme est
Vacromégalie de V adolescent [^). »
Et d'autre part, l'année suivante, voici coaimcnt Brissaud,
à la Société médicale des hôpitaux (14 mai 1896), répondait aux
objections formulées par Pierre Marie et reproduites ci-dessus :
« Il semble à M. Marie que c'est « retourner au point de dé-
part que de vouloir identifier le gigantisuie avec l'acromégalie,
alors que, dans une revue datée de 1889, il s'efforçait de
distinguer l'une de l'autre ces deux affections ». Sur ce premier
point, le reproche ne porte pas : en madère de doctrines médi-
cales, on revient souvent au point de départ. C'est môme là une
des formes du progrès. Les opinions se meuvent un peu
comme la roue de la Fortune. La roue tourne, mais elle
avance; et, après une révolution complète, le point de départ
est derrière elle. Si nous sommes revenus au point de départ,
c'est-à-dire à la théorie uniciste, nous prétendons quand même
avoir fait quelque chemin.
(M Brissaud cl Meige, Gigantisme el acromégalic. Jour a. de méd. et de chi',\
pratiques, 25 janvier 1895, p. 73 el 76.
LVUNOIS ET nOY. 14
210 (HGAMISME ET ACROMEGÂLIE.
u Tous les acromégaliques sont loin d'être des géants », dit
M. Marie. D'accord, cela ne prouve pas que les uns et les
autres soient différents par nature. Les dimensions extérieures
n'ont qu'une valeur relative; je le dénionlrerai tout à riieurc.
M. Marie dit encore : « Dans le gigantisme, l'aspect n'est nulle-
ment celui que l'on constate dans l'acromégalie. » Nous ne
l'avons pas nié davantage....
« Notre contradicteur résout trop prestement la difficulté
quand il dit : « Ce terme de géant comprend des états forts
« divers. Prenons par comparaison le terme symétrique, celui
« de nain. Nous y voyons des rachitiques, des syphilitiques lié-
« réditaires, myxœdcmateux, etc., pourquoi n'en serait-il pas de
« même des géants? » Pourquoi? je vais le dire. Cette liste des
états morbides qui permettent de considérer le nanisme comme
quelque chose de très vague et de réellement indéterminé,
M. Marie aurait pu l'augmenter encore. Mais il eût été bien
embarrassé d'augmenter la liste des états morbides qui don-
nent lieu au gigantisme. Parmi ceux-là il cite l'acromégalie et
la syphilis héréditaire. L'acromégalie, c'est la question même,
et je n'en parle pas. Quant au pouvoir giganlogènede la vérole,
les preuves n'en sont pas encore éclatantes. Il me semble que
la moyenne de la taille humaine aurait dû prodigieusement
augmenter depuis la découverte de l'Amérique, si cette vertu
n'était pas usurpée. Non, le gigantisme n'est pas à l'antipode
du nanisme au point de vue pathologique et la comparaison
n'est pas justifiée. D'ailleurs, il est facile de se rendre compte
par les chiffres que, ne relevant que de lui-même et indépen-
dant de tant d'autres circonstances morbides capables de
produire le nanisme, il est, en fait, beaucoup plus rare que ce
dernier^ Qu'on ouvre simplement le livre si intéressant de
Garnier, Sur les Géants et les Nains, et l'on constatera que le
chapitre où il traite des nains occupe 250 pages, tandis que
celui consacré aux géants n'en compte que 50 à peine.
(( Les chiffres ont une signification encore plus éloquente
lorsqu'on envisage sans parti pris les rapports numériques des
cas d'acromégalie et de gigantisme. D'après Sternberg, sur
34 cas de gigantisme existant dans la science et présentant des
garanties suffisantes d'examen, 14 sont des cas d'acromégalie,
soit 42,0 pour 100. P. Marie constate que, « si c'estlà un chiffre
GIGANTISME ET ACROMEGAfJK. 211
« considérable, il n'en est pas moins vrai que racromégalic ne
<c fournit pas môme la moitié des cas de gigantisme connus ».
(( Assurément, mais faut-il en induire que Tacromégalie soit
purement et simplement un des facteurs du gigantisme?
« Pas du tout, nous allons le voir. Cette statistique de
Sternberg met en relief un fait sur lequel Pierre Marie ne s'était
pas jusqu'ici prononcé, à savoir que la moitié des cas de
gigantisme authentique font retour à Tacromégalie.
(< De combien d'états morbides se compose donc l'autre
moitié?
« A mon avis, d'un seul, qui est le gigantisme proprement
dit, essentiel, si l'on veut, c'est-à-dire celui qui ne consiste que
dans V exagération (Vun processus normal. Or, je ferai observer
que bon nombre de géants, ressortissant à cette seconde
moitié, peuvent être des acromégaliques sans présenter, d'une
manière évidente, les caractères morphologiques qui rendent
du premier coup le diagnostic indiscutable
...(( Uacromégalie continue le gigantisme. Qu'on interroge avec
soin les géants acromégaliques, qu'on s'efforce de savoir très
exactement l'époque de leur vie où les protubérances de l'acro-
mégalie ont commencé à poindre, et voici ce qu'on apprendra
toujours, nous le prétendons du moins jusqu'à plus ample
informé : c'est que les difformités acromégaliques n'ont
apparu qu'au moment où la taille est devenue définitive.
Pendant la période de croissance, les proportions respectives
des différentes parties du squelette étaient demeurées nor-
males. L'acromégalie ne se révèle donc qu'à partir du jour où
le développement en longueur est enrayé par la soudure indes-
tructible des cartilages diaphysaires.
« L'exagération du processus normal se poursuit néan-
moins chez quelques sujets au delà du laps de temps prévu
par la croissance. Jusqu'alors les rapports réciproques des dif-
férentes parties du squelette n'avaient éprouvé aucune modifi-
cation appréciable, et l'équilibre organotaxique n'avait pas été
troublé. Mais, si la couche périostique d'ossification n'inter-
rompt pas sa besogne histogénique en même temps que le
cartilage inter-épiphyso-diaphysaire, toutes les tètes osseuses,
toutes les sutures des os longs, toutes les tables externes des
os larges vont s'épaissir. La main, par exemple, ne pouvant
212 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
plus s'accroître en longueur, va augmenter en largeur et en
épaisseur. L'hypertrophie se fait dans le sens des deux dimen-
sions de l'espace restées lihres. Et cette hypertrophie, qui par
une sorte de vitesse acquise, n'est que la suite d'un travail
physiologique excessif et depuis longtemps commencé, repré-
sente finalement un type complexe, qui n'est ni de hasard ni de
convention et auquel on pourra, si l'on veut, donner le nom
épouvantable à'acroniégalo-gigantisme. Tant mieux pour le
géant si la vitesse acquise est épuisée avant la fin de la crois- -
sance; on peut se consoler d'une taille exorbitante quand on
n'est pas difforme. Tant pis, si l'ostéogénie périostique n'est
pas enrayée à la fm de l'adolescence; on n'était que géant, on
devient acromégalique; et à plus forte raison, tant pis encore,
si, en vertu d'un réveil mystérieux et imprévu de l'énergie de
développement, l'ostéogenèse reprend sur de nouveaux frais
lorsqu'on a fini depuis longtemps de grandir. Il faut se rési-
gner à n'être qu'un vulgaire acromégalique et l'on n'a même
pas la compensation d'une belle prestance. Ces réveils tardifs
de la force ostéogénique ne sont pas exceptionnels : la patho-
logie humaine et animale nous en offre par centaines de très
curieux exemples.
« 11 ne faut pas prendre absolument au [lied de la lettre la
formule : le gigantisme est l'acromégalie de l'adolescence,
pour la simple raison que Y adolescence n'est pas une période
mathématiquement définie....
« ...Je modifierai notre première formule et, sans en rien
changer quant au fond, je dirai : I^e gigantisme est l'acromé-
galie de la période de croissance proprement dite, l'acromégalie
est le gigantisme de la période de croissance achevée] Vacromé-
galo-gigantisnie est le résultat d'un processus commun au
gigantisme et à l'acromégalie, empiétant de l'adolescence sur
la maturité ('). »
Enfm les conclusions de Woods Hutchinson, en lOOO, sont
tout aussi explicites que celles de Brissaud :
« Tous ces faits justifient du moins cette tentative de conclu-
sion, jusqu'à ce que l'évidence du contraire soit produite, que
V acromégalie et le gigantisme sont simplement des expressions diffe-
(') Brissaud. Sur les rapports réciproques de rAcromégalie el du Gigan-
tisme. Soc. yiéd. des Hôp., 14 mai 1896.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 213
rentes cVun seul et même état morbide; en d'autres termes, que
l'acromégalie est une tendance à la croissance générale qui,
pour certaines raisons, ne commence pas à se manifester avant
que la taille adulte ait été atteinte et qui, par conséquent, se
manifeste sur les points du corps où la croissance cesse en
dernier (les extrémités des os longs et les segments distaux des
membres) ; secondement, que le gigantisme, dans la grande
majorité des cas, est le même état se manifestant dans l'en-
fance ou avant que la taille adulte ait été atteinte, et que, par
suite, la croissance y est plus symétrique et moins strictement
confinée aux derniers segments des membres et aux épiphyses;
dans quelques cas, toutefois, la tendance semble être pour
ces derniers segments de croître d'une manière asymétrique
et excessive ; troisièmement, qu'étant donnés la brièveté de
la vie, la stérilité, la débilité mentale, le développement phy-
sique faible et incomplet des géants, nous sommes justifiés
à regarder l'acromégalie et le gigantisme comme deux états
morbides ayant presque exactement la même évolution et com-
portant un pronostic identique; enfin, que dans le pour-
centage remarquablement étendu de tous les cas soigneuse-
ment étudiés des deux affections, dans lesquels se trouve notée
V hypertrophie du corps pituitaire^ nous avons ce qui semble être
la hase pathologique commune de ces deux états morbides Ç). »
Pour notre part, nous partageons absolument les opinions
exprimées par tous ces auteurs, notamment par Brissaud et
Meige, et par Hutchinson. Nos études sur le gigantisme, entre-
prises sans parti pris et sans avoir pu prévoir à l'avance les
résultats qu'elles nous donneraient, nous ont tout naturelle-
ment conduits à des conclusions identiques : nous avons tenu
à remonter aux sources, à relire soigneusement et dans le texte
original la plus grande partie de la littérature gigantologîque,
et nous nous trouvons obligés de déclarer que nous sommes
encore à chercher l'observation précise et complète d'un géant
(squelette, géant vivant ou géant autopsié) qui ne présente ni
déformations acromégaliques, ni tumeur du corps pituitaire.
Nous ne voulons pas affirmer qu'un tel géant ne puisse se
(*) Woods Hutchinson. La glande piUiitaire considérée comme facteur de
racromégalie et du gigantisme. Neiv-York med. Journ., 14 juillet 1900, t. II, p, 92.
214 GTCANTISME ET ACROMÉGALIE.
rencontrer; mais, en ce qui nous concerne, nous ne l'avons
pas trouvé.
Et pourtant nous l'avons consciencieusement cherché : tout
récemment encore nous faisions une enquête pour savoir si on
avait pu pratiquer l'autopsie du fameux Géant Constantin, qui
se montra avec succès clans un Music-Hall de Paris, il y a
quelques années, et qui succomba aux suites d'une septicémie
gangreneuse à l'hospice civil de Mous [Belgique); et voici ce
que très aimablement nous répondait le docteur Dufrane (de-
Mons) :
«... Du côté du cerveau, ce qui nous frappa, c'est le dévelop-
pement de la glande pituitaire, du volume d'une grosse noix.
La selle turcique qui la contenait était tellement profonde
qu'en soulevant la base du cerveau il nous sembla tomber
dans le canal médullaire.... » (Lettre inédite à P.-E. Launois,
18 janvier 1905.)
On lira plus loin (page 517) l'observation du Géant Constantin,
([ue nous avons publiée ultérieurement avec la collaboration de
Dufrane.
Donc, « jusqu'à ce que l'évidence du contraire soit pro-
duite », nous devons tenir pour exactes les conclusions for-
mulées par Brissaud et Meige et par Woods Hutchinson.
Si pourtant il fallait modifier une fois de plus la formule
Brissaud-Meige. nous proposerions de l'étendre encore, en la
précisant, instruit par l'exemple de notre Géant Charles, aux
cartilages de conjugaison encore persistants à 30 ans, et dé
dire que, non seulement le gigantisme est l'acromégalie de
l'adolescence ou même de la période de croissance, mais, plus
précisément encore, que le gigantisme est Vacromégalie des sujets
aux eart liages épiphysaires non ossifiés, quel que soit leur âge.
Mais, à notre avis, le problème, si longuement controversé,
de l'identité de nature du gigantisme et de l'acromégalie doit
être aujourd'hui, sinon entièrement résolu, du moins reculé
jusqu'à la glande pituitaire, en raison de la particulière con-
stance de la lésion de cet organe; et nous dirons simplement,
une fois de plus, que, sans préjuger de la nature et des causes
encore mal connues de ces deux états morbides, V aeromégalie
et te gigantisme nous apparaissent comme des syndromes pilui-
taires, dont nous aurons à préciser la valeur et les rapports.
GlGANTJSMEiJET . A( JHOMÉGALIE: 215
mais dont, dès à présent, il est possible de tracer les caractères
distinctifs.
Avant d'aborder leur description, on doit reconnaître, avec
Pierre Marie et Sternberg, que tous le&géanls ne présentent pas de
déformations acromégatiques. Mais, comme on le verra plus loin,
en étudiant le géant Constantin (page 517) nous croyons avoir
démontré que tous ceux du moins qui ne sont pas déjà acronié-
galiques sont aptes à le devenir.
CHAPITRE IV
DESCRIPTION DU GIGANTISIViE ACROMÉGALIQUE
Le gigantisme acromégalique est cette forme clinique du gigan-
tisme où la dysharmonie morphologique et fonctionnelle caractéris-
tique reproduit, à un degré plus ou moins accentué, les syptômes et
les déformations acromégaliques, après soudure, relardée ou non,
des épiphyses aux diaphyses.
Cbez nombre de géants, comme chez notre tambour-major,
on retrouve la plupart des stigmates de Tacromégalie. Tantôt,
peu marquées, les difformités doivent être recherchées, tantôt,
très accusées, elles attirent l'attention à la simple inspection et
sont aussi remarquables que les dimensions exagérées de la
taille du sujet qui en est porteur. Le volume considérable et
disproportionné des mains et des pieds, l'aspect disgracieux,
parfois même repoussant, du visage, l'affaissement souvent
notable du tronc rendent peu enviable l'apparent prestige de la
taille gigantesque, même aux yeux du profane qui, cependant,
ne pose pas le diagnostic d'acromégalie en présence du sujet
exhibé. Et, pour la plupart des phénomènes forains, le cachet
d'anomalie monstrueuse ou pathologique que nous voudrions
attacher au mot même de Géant ne paraît certes pas déplacé.
C'était véritablement le cas pour le géant Jean-Pierre Mazas
de Montastruc, si bien étudié par Brissaud et Meige('), en 1895,
(*) E. Brissaud et H. Meige, Gigantisme et acromégalie. Journ. de mccl. el de
chir. prat., 25 janvier 1895, p. 49, art. 16 208.
216
GIGANTISME ET AGHOMEGALIE.
et qui, jusqu'à ces dernières années, était traîné à travers les
fêtes et les champs de foire, lamentable débris d'une vigueur et
d'une taille jadis phénoménales, incapable, dans les derniers
jours d'exhibition, de se tenir debout et se contentant d'exposer
devant ses curieux visiteurs la colossale envergure de ses deux
bras étendus.
Représentant le type plus
achevé de géant acroméga-
lique, il doit être choisi
comme sujet de description.
Celle qu'en ont donnée Bris-
saud et Meige ne peut être
égalée; le mieux est de la
j| reproduire in extenso.
Observation IX.
(Brissaud et Henry Meige.)
Jean- Pierre Mazas,
géant de Moniastruc (i).
I. Les bizarreries du corps hu-
main ont toujours donné pré-
texte à des exhibitions.
A côté des géants et des nains,
qui sont de toutes les fêtes, on
voit les hommes-poissons, les
femmes colosses, les hommes-
chiens, etc. La description de
ces monstruosités trouve sa
place dans les traités de derma-
tologie ou de tératologie. On a
bien raison de ne pas faire fi de
la curiosité qu'elles inspirent ;
elles ont conduit parfois à d'in-
téressantes découvertes.
Nous avons vu dans une foire
un bel exemple d'atrophie mus-
culaire présenté au public sous le nom d'homme-squelette.
FiG. 50. — Jean-Pierre Mazas,
géant de Montaslriic. (Brissaud et H. Meige.
(') Brissaud et Meige, Journ. de méd. et de cliir. pral., 25 janv. 1895.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
217
Un hasard du même genre nous a permis d'observer un curieux cas
à'acromégalie associée au gigantisme.
L'été dernier, à la fête foraine de l'Esplanade des Invalides, une gros-
sière peinture sur toile, tendue sur la façade d'une baraque, représen-
tait un personnage colossal, debout, au milieu d'un paysage fantai-
siste. Malgré la médiocrité
de l'exécution, il y avait dans
la figure de ce géant un trait
significatif : elle était toute
en mâchoire. En outre, les
pieds et les mains semblaient
d'excessives dimensions.
Ces disproportions cho-
quantes pouvaient être mises
sur le compte de l'impéritie
d'un artiste très préoccupé
de représenter un être phé-
noménal. Elles évoquaient ce-
pendant le souvenir d'une dé-
formation pathologique bien
connue, et il n'était pas im-
possible que l'auteur de cette
peinture eût consciencieuse-
ment reproduit son modèle.
Nous en fûmes bientôt con-
vaincus.
Un prospectus faisait déjà
connaître quelques détails
peu ordinaires sur le sujet
enfermé dans la baraque. Et,
pour allécher le public, celui-
ci passait de temps en temps,
au travers dune ouverture
ménagée à cet effet, une main
dont les proportions gigan-
tesques laissaient deviner un
corps à l'avenant.
Pour un sou, l'on entrait.
Sur une estrade, le person-
nage figuré à lextérieur,
prétentieusement accoutré,
exhibait ses formes colos-
sales.
L'artiste avait vu juste: Un corps énorme et déformé, une tète au
maxillaire inférieur très proéminent, des mains et des pieds hors de
toute proportion.
FiG. ol. — .lean-Pierre Mazas,
géant de Montastruc.( Brissaud et H. Meige.)
218
GIGANTISME ET AGRUMÉGALIE.
■ Si le phénomène en question était bien un géant, c'était aussi un
acromégalique.
• Désireux de fexaminer plus complètement, nous lui avons demandé
de venir un matin à rhôpital. Après bien des difficultés, il y consentit,
t., et nous avons pu recueillir en
détail son observation.
II. Histoire clinioue. — .Jean-
PiERBE Mazas, âgé de 47 ans, est
né à Moiitastruc (llaute-Garoiute),
d'une famille de paysans sur la-
quelle il n'a pas su fournir de
renseignements précis. Son inter-
rogatoire est d'ailleurs assez
malaisé: Jean-Pierre ne parle, ou
ne veut parler, que le patois de
son pays. Il comprend cependant
le français, mais se contente de
réponses vagues ou laconiques
qui nous sont traduites par une
femme servant à la fois de barnum
et de truchement.
Nous savons seulement que tous
les membres de sa famille sont en
bonne santé et vigoureux- ; beau-
coup sont de grande taille, mais
non gigantesques.
Lui-même a toujours élé bien
portant dans son enfance, et, jus-
qu'à seize ans, sa taille n'avait rien
d'extraordinaire.
A cette époque, il commença à
grandir d'une façon excessive,
sans cesser toutefois de se bien
porter. Il travaillait aux champs
et était d'une force remarquable.
A l'âge de 21 ans, lorsqu'il passa
le conseil de revision, il avait at-
teint la taille colossale de deux
mètres douze centimètres. Passé ce
temps, il aurait encore grandi de
huit centimètres. Sa santé resta
excellente pendant plus de quinze
années, sa force était célèbre dans toute la région. Jean-Pierre le labou-
reur maniait sa charrue avec une maestria que lui enviaient les plus
robustes cultivateurs. Son poids était de 160 kilogrammes.
Vers l'âge de 57 ans, en soulevant un fardeau très pesant, Jean-Pierre
FiG. o^. — .Jean-Pierre Mazas,
^eant de Monlastriic. (Bkissaid et H. Meigi;.)
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE.
219
ressentit une violente douleur dans le dos. Selon lui, il se serait frac-
turé la colonne vertébrale. Quoi cju'il en soit de cette explication, c'est
depuis cette époque que la taille a commencé à décroître par suite
d'une déformation progressive du rachis.
Les travaux pénibles étant devenus de plus en plus difficiles, .Jean-
Pierre dut renoncer à son métier de laboureur.
II était condamné à la misère quand un compère avisé lui proposa
de tirer parti de sa monstruosité naturelle et de l'exhiber dans les
foires comme géant.
Il accepta, et com-
mença son tour de
France en amassant
à chaque étape une
somme respectable de
gros sous.
C'est ainsi qu'il ar-
riva jusqu'à Paris, où,
depuis près d'un an,
il est devenu une des
attractions des fêtes
foraines annuelles.
Sans doute, il n'est
plus le géant dont la
taille atteignit deux .
mètres vingt centi-
mètres. Il ne mesure
plus sous la toise
qu'un mètre quatre-
vingt-six; son torse a
gagné en épaisseur
une partie de ce qu'il
a perdu en hauteur,
mais ses membres
sont toujours gigan-
tesques, en particulier
les extrémités.
Malheureusement ,
depuis deux ans, sa
santé s'est altérée. Il a eu plusieurs « fluxions de poitrine » consécu-
tives. On voit sur son corps la trace des vésicatoires qui lui furent
appliqués à ces occasions.. La nuit, il transpire beaucoup; il boit d'ail-
leurs énormément : de l'eau, du vin, ou des liqueurs. II éprouve con-
stamment une grande fatigue. Enfin, depuis un an, il a des maux de
tête extrêmement pénibles, la nuit et le jour.
Son intelligence est lente, paresseuse. Son caractère est sombre et dif-
ficile. L'appétit sexuel a complètement disparu.
FiG. 53.
Jean-Pierre Mazas, géanl de Montastruc.
(Brissaud et H. Meige.)
220 GIGANTISME ET ACROMEGAUE.
État actuel (13 juin 1894). — Il n'est pas aisé de décrire dans son
ensemble ce corps difforme et colossal. Les photographies que nous
avons faites, après avoir décidé, non sans peine, le malade à se
déshabiller, sont suffisamment éloquentes (Fig. 50, 51, 5"2, 55).
Avec ses bras démesurés qui descendent jusqu'à mi-jambe, son corps
penché en avant, sa face aux pommettes saillantes et son menton proé-
minent, Jean-Pierre rappelle les grands singes anthropoïdes dont il a
aussi le dandinement et certains gestes maladroits (').
Dans la longueur des membres, dans la largeur des épaules et du
bassin, dans l'énormité des extrémités, on retrouve le géant qui mesura
plus de six pieds six pouces. Mais il semble que le corps ait été com-
primé de haut en bas, le segment inférieur se télescopant dans le supé-
rieur. Entre le bassin et les épaules, une tranche du tronc de plus de
50 centimètres de hauteur a disparu ; elle est remplacée par un amas
informe de bosses et de dépressions où il est presque impossible de
reconnaître les masses osseuses ou musculaires. Cependant, dans leur
ensemble et vues de profil surtout, ces déformations ont de grandes
analogies avec celles de l'acromégalie (Fig. 52, 55).
On retrouve en avant et en arrière les deux bosses de Polirltinelle —
mais d'un polichinelle énorme, avec lequel l'allongement du nez et
celui du menton complètent la ressemblance.
La bosse antérieure résulte à la fois de la projection en avant de la
partie inférieure du thorax et de l'enfoncement de l'abdomen au-dessous
et en arrière de cette saillie.
Les cartilages costaux descendent notablement au-dessus de la crête
iliaque; la peau, devenue trop lâche et sillonnée de longs plis curvi-
lignes, s'enfonce dans l'encoche ainsi formée.
La gibhosité postérieure est produite par une cyphose énorme de la
colonne dorso-lombaire et aussi par l'allongement et le chevauchement
des côtes inférieures (Fig. 52, 55).
A-U-dessous d'elle, dans la région lombo-sacrée, une courbure de sens
inverse, mais de bien moindre hauteur, rend ^encore plus sensible la
saillie de cette gibbosité.
A cette double cyphose s'ajoute une double lordose, à concavité gauche
dans la région cervico-dorsale, à concavité droite dans la région dorso-
lombaire.
En haut, les apophyses épineuses sont enfoncées dans un sillon
profond formé par les bords internes des omoplates et leurs masses
musculaires.
En bas, et surtout au sommet de la gibbosité, elles sont saillantes et
semblent élargies.
La cyphose inférieure est la plus prononcée. De ce fait, toute la partie
(') L'idée que l'acromégalie était une sorte d'évolution régressive vers le
type anthropoïde a été défendue en Allemagne par Freund. Elle a été sou-
tenue de nouveau tout récemment par Harry Campbell. North. West. London
clin. Society, 12 décembre 1894,
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 221
supérieure du corps se trouve déjetée à droite. Ce géant semble avoir
été coupé par le milieu, et les deux tronçons, mal raccordés, ne sont
plus sur le prolongement l'un de l'autre.
Ainsi, tandis qu'à droite la crête iliaque pénètre sous le rebord costal
inférieur qui fait saillie sur le côté, à gauche au contraire, les côtes
s'enfoncent dans le bassin qui fait latéralement une bosse proémi-
nente (Fig. 51).
La surface d'implantation du cou sur le tronc est presque verticale.
La fourchette sternale est basse et les clavicules dirigées d'avant
en arrière à 4f5°. Aussi le cou, fortement rejeté en arrière, paraît-il
encore plus long par devant. Quand la tête regarde directement en
face, la distance du menton à la fourchette sternale est de 41 centi-
mètres.
Le cartilage thyroïde n'est pas très saillant.
La circonférence du cou, à ce niveau, est de 46 centimètres. Le corps
thyroïde est peu développé.
On apprécie mal le déplacement des omoplates, mais l'épaule gauche
est sensiblement plus élevée que la droite.
Quant aux côtes, les inférieures surtout sont extraordinairement défor-
mées, chevauchant les unes sur les autres, bosselées et comme coudées
en certains endroits. 11 est difficile de juger si elles ont subi dans leur
ensemble une augmentation d'épaisseur ; mais leurs courbures sont
méconnaissables.
La circonférence du thorax au niveau de la ligne mamelonnaire est de
155 centimètres. Sa plus grande circonférence, passant par le sommet
des gibbosités, dépasse 186 centimètres.
Il n'y a pour ainsi dire plus de ventre. La paroi abdominale antérieure
est remplacée par une série de bourrelets séparés par des plis profonds
au milieu desquels est perdu l'ombilic. La majeure partie s'enfonce sous,
le bord inférieur du thorax : les cartilages costaux et l'appendice
xiphoïde sont presque en contact avec le pubis. Les mamelons sont à la
hauteur de Vépine iliaque antéro-supérieure.
Le bassin ne semble pas avoir subi de modifications notables; d'ail-
leurs on en juge mal, puisqu'il est enfoui sous le thorax; la crête
iliaque du côté droit cfui fait saillie est cependant fort épaisse.
Les os des membres sont gigantesc[ues, mais assez bien proportionnés.
Au voisinage des extrémités ils sont notablement épaissis.
Les plateaux internes des tibias sont très larges. Mais c'est surtout
au niveau des malléoles C|ue l'hypertrophie osseuse est visible. Les
extrémités inférieures du tibia et du péroné forment sous la peau deux
énormes reliefs arrondis qui modifient complètement la morphologie
de la région tibio-tarsienne.
La circonférence passant par l'extrémité inférieure des deux malléoles
est de 38 centimètres.
Le poignet est aussi fort gros. Sa circonférence est de 25 centimètres.
Après le torse, la mai)i est surtout d'apparence monstrueuse ; sa
222 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
forme est régulière, mais elle est démesurément agrandie dans toutes
ses dimensions.
Les parties molles ne semblent pas participer à l'hypertrophie. Les
doigts n'ont pas cette apparence de boudin signalée dans l'acromé-
galie. Mais la peau est dure, coriace, très épaisse; ses plis sont nom-
breux et profondément creusés.
Les ongles ne sont pas comparativement très larges.
On y voit nettement la striation longitudinale décrite par P. Marie,
et qu'on retrouve d'ailleurs chez un assez grand nombre de sujets de
grande taille non acromégaliques.
La pulpe des doigts atteint son maximum de développement au
pouce avec lequel Jean-Pierre, comme il est annoncé dans le boni-
ment, peut couvrir une pièce de cinq francs.
Face. — Ce qui frappe aussitôt dans la physionomie, c'est l'énormité
de la mâchoire inférieure et la proéminence des pommettes (Fig. 55).
La face semble donc allongée dans le diamètre vertical, avec une
double saillie latérale au-dessous de la ligne bi-oculaire.
Le front étroit, bas, est sillonné de rides irrégulières courtes et pro-
fondes. Les plus creuses convergent vers la racine du nez. Les arcades
sourcUières sont saillantes.
Les cheveux sont abondants, pas très gros, grisonnants, un peu
crépus. Les sourcils épais, touffus.
h'œil est à demi couvert par les paupières plissées et creusées de
grosses rides. Les conjonctives sont très rouges.
La saillie des os malaires est, nous l'avons dit, considérable; ceux-ci
forment de chaque côté de la face deux grosses éminences qui font
paraître l'œil très enfoncé. De même, au-dessous d'eux, les joues
semblent creuses. La peau épaisse et foncée qui les recouvre est
sillonnée de deux ou trois rides curvilignes profondes qui circon-
scrivent les commissures.
Le nés est long, fort, un peu busqué, mais sa largeur n'est pas
excessive.
La honche n'est pas disproportionnée. Les commissures sont toutes
les deux tombantes et se perdent dans une courte fossette.
Le bord rouge de la lèvre supérieure est complètement caché, celui
de la lèvre inférieure au contraire est très apparent. Cette dernière est
proéminente sans être augmentée de volume. L'hypertrophie du maxil-
laire inférieur en est assurément la cause, car les dents, régulières et de
grosseur normale, qui s'y implantent, sont situées sur un plan anté-
rieur à celui des dents supérieures. De là résulte un prognathisme très
accusé.
Le maxillaire inférieur est, en effet, accru dans toutes ses dimen-
sions, tant dans sa partie inférieure (mentonnière) que dans ses
branches verticales.
L'hypertrophie n'est pas symétrique; elle est beaucoup plus mar-
quée du côté gauche et l'angje de la mâchoire descend de ce cjôté un
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 223
centimètre plus bas qu'à droite. Le contour inférieur de la face est de
ce fait plus anguleux à gauche.
Ouand le malade serre les dents, le prognathisme est encore plus
apparent, c'est alors surtout qu'il rappelle le profil i en casse-noi-
setle » du polichinelle.
La langue est élargie, épaissie. Cependant, elle n'atteint pas les pro-
portions monstrueuses signalées dans certains cas d'acromégalie.
Les oreilles sont grandes, mais régulières et bien ourlées.
Le crâne ne semble pas augmenté de volume, sa forme est un peu
allongée verticalement. Les sutures osseuses y sont très saillantes sur-
tout à la région postérieure; la protubérance occipitale externe est
très développée.
La voix est extrêmement grave et sourde.
Il nous a été impossible de voir les organes génitaux; le malade n'a
jamais voulu se prêter à cet examen. On nous a dit qu'ils n'avaient
rien d'anormal.
Les mensurations suivantes permettent d'apprécier le développe-
ment gigantesque du malade. Nous avons été guidés pour les recueillir
par les conseils éclairés de M. le D'Paul Richer, auquel nous emprun-
tons aussi, chemin faisant, les proportions de l'homme moyen d'après
le canon établi par lui, sur un très grand nombre de sujets adultes {*).
Principales mesures de longueur.
Cenlimclrcs.
Stature acLuelle (station debout verticale symétrique) . . 186
Hauteur de la tête (du vertex au menton) 20, r>
Distance du menton à la racine du nez (les màclioires
serrées 14
Diamètre bihuiiiôral 55
Longueur du bras (de l'acromion à l'extrémité du médius) 105
Coudée 02
Main 26
Médius 15,6
Du plateau interne du tibia au sol 57,5
Du grand trochanter au plateau externe du tibia 59
Principales mesures de circonférences.
Circonférence du cou (au niveau du cartilage thyroïde). . 46
— du thorax (ligne mamclonnaire) 155
— de la taille .^ 186
— de la cuisse 59
— du mollet 40
— du bras (à son milieu) 51
— du bras (au-dessus du coude) 51
— de l'avanl-bras 52
— du poignet 25
(') Paul Ricuer, Canon des proportions du corps humain. Paris, Delagrave,
.1895.
224 GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
Mains. — Les dimensions sont sensiblement les mêmes pour la main
droite et la main gauche.
Longueur de la main (depuis l'interligne articulaire du
poignet jusqu'à l'extrémité du médius) 26
Longueur des doigts (prise dans la flexion à partir des articulations
métacarpo-phalangiennes) :
Index 15
Médius 15,0
Annulaire 14
Auriculaire . M
Pouce y
Largeur de la main à la partie moyenne . . . • 14
Circonférence de la main au niveau de la tète des méta-
carpiens '. . : 32
Circonférence des doigts :
Pouce (!'" phalange) 9,5
— (2-= -^■) 10
Médius (2'= — ) y
Index (2= - ) 8,5
Annulaire (2" — ) • • • "^
Auriculaire (2° — ) ■ • ■ ■ '^,4
Circonférence du poignet 25
PlecU. — Ceux-ci sont également très volumineux.
Toute la peau est d'une épaisseur extrême. Les parties molles parti-
cipent à l'hypertrophie et forment sur le bord externe un épais bour-
relet.
Les oivjles sont aussi striés longitudinalement.
Longueur totale du pied 55
Circonférence à la partie moyenne 53
— du gros orteil 12,5
— au niveau des malléoles 58
Muscles. — Jean-Pierre a été, paraît-il, dans sa jeunesse, d'une très
grande force musculaire.
Aujourd'hui ses muscles sont flasques et pour la plupart atrophiés.
Il est cependant capable d'exécuter tous les mouvements qu'on lui
commande et que lui permet sa déformation. Sa poignée de main est
encore redoulable.
Au tronc, l'atrophie porte principalement sur les muscles de l'omo-
plate (sus-épineux et sous-épineux); les pectoraux sont réduits à de
minces lamelles sous lesquelles les côtes transparaissent.
Les fessiers ont presque complètement disparu. La morphologie des
fesses rappelle celle qu'on observe chez les singes. L'atrophie du
GIGANTISME ET ACU^OMEGALIE. 225
moyen fessier n'est pas constatable de visu; il est permis de supposer
qu'elle est aussi très avancée, car le malade a la démarche dandinante
(démarche de canard) qui se retrouve chez les myopathiques.
Les muscles des cuisses, et surtout ceux des jambes, sont mous et
très peu développés. On voit à peine se dessiner le relief du mollet.
Au bras et à l'avant-bras, même macilence musculaire.
Cependant, on peut dire d'une façon générale que, si les corps
charnus sont très peu saillants, les reliefs qu'ils forment n'ont rien
d'anormal. Ils ne sont pas raccourcis comme chez les sujets atteints
FiG. oi. — Moulage du pied de Jean-Pierre Mazas, géant de Montastruc.
(Brissaud et II. Meige.)
d'atrophie musculaire. Ils n'ont pas non plus la dureté que cause en
pareil cas l'envahissement fibreux.
La peau, sur tout le corps, est épaisse et de teinte foncée, fripée et
écailleuse par places.
Aux jambes, à la jambe gauche notamment, on trouve de grosses
varices au niveau du creux poplité et au-dessus des gastro-cnémiens.
La sensibilité est normale.
h'ouie, le goût, l'odorat ne paraissent pas altérés. Ici encore il a été
difficile d'obtenir des réponses précises, Jean-Pierre se prêtant d'assez
mauvaise grâce à ces explorations.
Il a été plus facile de le décider à faire examiner ses yeujc en
détail.
M. Kœnig a bien voulu se charger de ce soin et nous a communiqué
les renseignements suivants :
« Paupières augmentées de volume. Kyste transparent sur le bord
de la paupière supérieure gauche, près de l'angle interne de l'œil.
LAUNOIS ET ROY. 15
226 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
Globe de l'œil gros, mais proportionné. Ptcrygion à l'angle interne de
l'œil droit, atteignant par son sommet le bord scléro-cornéen.
« Pupilles petites, réagissant bien à la lumière et à l'accommodation.
a Mouvements du globe oculaire normaux dans toutes les directions.
« Acuité visuelle normale. Pas de diplopie.
« Pas de lésion du fond de l'œil.
« Pas de rétrécissement du champ visuel.
« Les couleurs sont bien reconnues, sauf le violet.
« En outre de la rougeur des conjonctives, le globe de l'œil est
extrêmement vascularisé.
« Et sur le fond de l'œil les veines apparaissent grosses et turges-
centes. »
III. Telle est l'histoire de Jean-Pierre Mazas, Géant de Montastruc.
C'est assurément un bel exemple de gigantisme, car si Jean-Pierre^
depuis l'effondrement de son torse, ne mesure plus aujourd'hui sous
la toise que 186 centimètres, sa taille a dépassé à son apogée le chiffre
déjà respectable de '2™, 20 (').
Mais Jean-Pierre n'est pas un géant vrai. En tout cas, la définition
scientifique du gigantisme ne peut lui convenir ('-).
Chez lui, l'hypertrophie du squelette s'est effectuée en dehors des
lois de l'accroissement proportionné des parties constitutives du corps
humain.
Eût-il conservé la taille de 2™, 20, qu'il atteignit vers sa 25° année, le
développement de ses membres — des supérieurs surtout — a très
notablement outrepassé les dimensions cjur ceux-ci auraient dû con-
server pour rester dans une proportion harmonieuse.
Jean-Pierre mesure actuellement 240 centimètres de grande envergure
(') On peut rappeler à ce sujet la stature de quelques géants célèbres : un
Piémontais de 9 pieds (M. Delrio, Rouen, 1572). — Un squelette trouvé près
de Salisbury mesurant 9 pieds 4 pouces {Gaz. de France, 21 sept. 1719). — Un
Suisse de 8 pieds cité par Bauhin {De Hermaphrodit., p. 78). — Un Fi'ison de
même taille (van Der Linden, Pliys. réf., p. 212). — Un Suédois, garde du
corps du roi de Prusse : 8 jiieds 1/2 {Wachstum des Menschen, p. 18). — Un
homme de même taille cité par Diemerbrock {Anat., p. 2) et une femme
(Uffenbach, Ilin., t. III, p. 546). — Rappelons encore les exemples rapportés
par BuFFON {Su.ppl. à Vhist. nat., t. XI, p. 122) : un Finlandais de 6 pieds
5 pouces 8 lignes. — Le géant de Thoresby (Angleterre), 7 pieds 8 pouces
anglais. — Le géant portier du duc de Wurtemberg, 7 pieds 8 pouces 1/2, du
Rhin, etc.
(^) >' Un géant est un être qui, exempt d'ailleurs de toute défectuosité dans
les caractères essentiels de l'organisation, dépasse notablement par la taille
les autres êtres de la même espèce, parvenus à l'âge adulte. Le géant ainsi
défini, et dont on peut dire qu'il est peut-être un être imaginaire, doit se
montrer tel que l'harmonie de structure de ses divers organes soit manifeste-
ment normale malgré le développement excessif de la taille. La vigueur phy-
sique et la résistance aux causes de destruction doivent ainsi être propor-
tionnées à ce développement inusité, la puissance génératrice étant, du reste,
au moins égale à celle des adultes de même espèce. » — O. Larcher, in Dici.
encyel. des se. méd., art. Géant, Géanlisme.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 227
(d'une extrémité du médius à celle du côté opposé, les bras étant
horizontalement mis en croix).
Or, les statistiques de M. Paul Richer nous apprennent que si, chez
l'homme moyen, la grande envergure (169 centimètres) est sensible-
ment supérieure à la taille (165 centimètres), cette différence diminue
au fur et à mesure que l'on considère des sujets de taille plus élevée.
(Pour une taille de 184 centimètres, la grande envergure est de 185 cen-
timètres) (').
Dans notre cas, la grande envergure excède de 20 centimètres la
plus grande taille atteinte par le malade. Actuellement elle la dépasse
de 54 centimètres.
Sans s'attacher à ce second chiffre, dont l'incurvation rachidienne
permet de comprendre en partie l'élévation, et en ne s'en tenant ciu'au
premier, on voit dans quelle proportion considérable les membres
supérieurs se sont accrus. De plus, cet accroissement s'est effectué
surtout au profit des extrémités. Nous en donnerons plus loin la
raison.
A l'augmentation générale du squelette, s'ajoute donc l'allongement
des extrémités; le gigantisme se complique d'acromégalie.
D'ailleurs, on retrouve, dans le cas de Jean-Pierre, la plupart des
symptômes caractéristiques de l'acromégalie.
Outre l'hypertrophie des mains, des pieds, et du maxillaire inférieur,
le torse a subi les déformations déjà souvent décrites: double gibbo-
sité, antérieure et postérieure, allongement et épaississement des
côtes; la crête iliaque est élargie; les plateaux des tibias, les condyles
des fémurs, les malléoles, les poignets, les clavicules, les sutures crâ-
niennes sont très sensiblement hypertrophiés.
La voix grave et sourde, la peau foncée, sèche et plissée, les muscles
flasques, les jambes variqueuses, la stase veineuse oculaire, la soif
extrême, la céphalée persistante, tous ces signes, jusqu'à la torpeur
intellectuelle et génitale, se retrouvent dans le tableau classique de
l'acromégalie.
Ainsi le géant de Montastruc est en môme temps acromégalique (^).
Du si curieux géant Jean-Pierre Mazas se rapproche, par
plus d'un caractère, le géant Péruvien, décrit par Dana et Woods
Hutchinson.
(*) Paul Richer, loc. cit. Voyez aussi les résultats des statistiques de
A. Bertillon, Rev. scientif., 27 avril 1889.
(^) On lit dans la Revue sportive Y Éducation pfiysîque d'avril 1902, p. 15 :
« ... ,Iean-Pierre Mazas vient de s'éteindre à Bordeaux, le 5 novembi'e dernier,
nouvelle victime de Facromégalie.... (Note des A.)»
228 GIGANTISME ET AGROMI':r-.\IJE.
Observation X. (Dana, 1895; —Woods Hutchinson, 1000.)
Santos Marnai, Le géant Péruvien (').
Santos Mamaï était un homme âgé de 30 ans, qui fut exliibé dans
notre ville sous le nom du Géanl Péruvien. On lui annonçait une taille
de 7 pieds 8 pouces ('2 mètres) et un poids de o50 livres.
En ce qui regarde son histoire, on ne put rien appi^endre, sauf qu'il
était venu récemment dans le pays avec une troupe d'autres Indiens
Boliviens, qui tous se prétendent les descendants directs des Incas.
Ils avaient pour objet de se montrer; mais ils ne réussirent pas et,
ayant échoué, la troupe fut conduite en cette ville, où Sardos tomba
malade.
On le disait d'un tempérament très calme et même mélancolique,
réticent, plutôt faible d'esprit et peut-être très atteint de nostalgie. Bien
que de proportions gigantesques, il n'était pas très vigoureux et son
développement musculaire n'était pas très grand. Sans cause connue,
il se trouva tout à coup très mal et fut conduit dans mon service à
V Hôpital Bellevue.
Quand on l'admit, il était incapable de se tenir debout ou de s'asseoir,
tant il était affaibli. Son esprit était très engourdi et il ne répondait pas
aux Cj[uestions. Son pouls était faible et plutôt rapide, 108. Respiration
haute, 24 par minute, rude et pénible. Il y avait quelques signes
physiques de bronchite. La température était normale. Il ne paraissait
pas souffrir et ne présentait aucun phénomène de paralysie ou de
quelque affection manifestement aiguë; il semblait simplement être
en état de collapsus. En dépit des stimulants ce collapsus alla grandis-
sant, et, en l'espace de 3 ou -4 heures, il tomjja dans un état coma-
teux, où il resta plongé jusqu'à sa mort, 12 heures environ après son
entrée.
La physionomie de cet homme, dès que je le vis, me suggéra aussitôt
la possibilité c[ue j'étais en présence d'un cas d'acromégalie; les men-
surations de son corps confirmèrent cette opinion. Ces mensurations
avec la description du corps et les résultats de l'autopsie m'eurent
bientôt convaincu de l'exactitude de mon diagnostic. On reconnut que
sa hauteur était de (> pieds 7 pouces et son poids de 500 livres. Toutefois,
ce qui frappait le plus dans son aspect, c'étaient les dimensions très
grandes de sa mâchoire inférieure et l'énormité de son thorax. La
mesure de l'angle à la symphyse du maxillaire inférieur était 14"", 5 ou
5 pouces 5/4, la mesure moyenne chez un homme adulte n'étant pas
supérieure à 10 centimètres ou 5 pouces 3/4. La longueur de la face, de
la racine des cheveux au menton, était 34 centimètres ou 42 pouces 1/2;
(\) Dana, On Acromegaly and Gigantism, wiLh unilaleral facial liyperLrophy ;
cases witli autopsy. The Jnnrn. of nervous and mental Disea^es, nov. '1803.
(UGAXTISME ET ACHOMEGALIE. 229
celle allant de la couronne des incisives inférieures au sommet du
menton 7 centimètres ou 2 pouces 2/3. Ces mesures montrent que le
sujet avait une face développée d'une manière disproportionnée, l'hyper-
trophie affectant spécialement la mâchoire inférieure. Les os malaires
étaient très saillants, comme c'est la règle chez les Indiens.
La circonférence de la tête était de 50 centimètres, dimensions qui ne
dépassent guère la moyenne.
La circonférence du thorax était de 50 pouces, contrairement à la
moyenne qui est de 54 chez l'homme adulte. Cet énorme développe-
ment du thorax était, avec l'énorme agrandissement de la face, le trait
le plus frappant dans ce cas particulier. Le sujet avait de grandes
mains et de grands pieds, dépassant quelque peu les proportions qu'ils
auraient dû avoir. Les ongles étaient normaux. Les oreilles et la langue
étaient de taille normale. 11 y avait un peu de cyphose. En faisant
l'autopsie, on trouva la peau du crâne excessivement épaisse et formant
des plis comme si elle s'était accrue et avait appartenu à un crâne
beaucoup plus grand. Les cheveux étaient excessivement gros et épais.
Les mesures spéciales des différentes parties du corps sont donnéeis
plus loin.
Autopsie. — L'autopsie fut faite par mon assistant, le D' C.-J. Strong,
et je lui suis redevable, ainsi qu'au D' Me. Alpin, des notes concernant
l'état du corps. Malheureusement l'autopsie ne fut pas faite en vue
d'établir la possibilité de l'acromégalie ; aussi quelques détails sont-ils
incomplets.
Le développement musculaire est très faible.
Cœur. — Poids, 23 onces (650 grammes). Membranes épaisses sur le
péricarde. La valvule mitrale admet deux doigts; les valvules aortiques
sont normales. Fibres musculaires épaisses, séparées par du tissu
conjonctif abondant. Valvules tricuspides normales. Hypertrophie plus
marquée du cœur droit.
Poumons. — Gauche, poids : 20 onces. Congestion pleurale, légère
pleurésie interlobaire, un peu d'emphysème. Traces de congestion
passive modérée. — Droit, poids : 27 onces. Plèvre adhérente au
diaphragme. Épaississement considérable du tissu interstitiel. — Les
deux poumons sont très pâles. Absence presque totale d'anthracose.
Rate. — Poids : 7 onces (200 grammes). Congestion passive. Substance
fine couleur chocolat foncé.
Reins. — Poids : gauche, 14 onces (596 grammes); droit, J5 onces
(567 grammes). Écorce augmentée à gauche, un peu trouble. Markimjs
gros et irréguliers. Capsule très épaisse et s'enlevant facilement. Glo-
mérules de Malpighi montrant nettement des traces de congcslion.
Mêmes lésions à droite.
Foie. — Poids : 8 livres, 5 onces (5817 grammes), gros et graisseux.
Bord aigu et bien marc{ué; substance jaune pâle. Lobules difficiles à
isoler; friable, couleur opaque; tuméfaction trouble de l'épithélium
lobulaire.
230
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
La glande thyroïde pesait 4 onces et avait un aspect parfaitement
normal.
Le cerveau était sec, pâle et consistant; son poids était de 53 onces. Il
n'y avait pas trace d'exsudation ou d'inflammation. Les vaisseaux
sanguins étaient normaux. En retirant le cerveau, on remarqua que la
glande piluitaire était très
augmentée de volume, et, en
la disséquant dans la selle
turcique, une partie sem-
blait fixée solidement à l'os ;
en l'enlevant, un peu de
sang et de liquide séreux
s'écoula. Elle était de forme
à peu près sphérique et on
voyait sur sa face inférieure
la ligne séparant les por-
tions antérieure et supé-
rieure. Les diamètres trans-
verse et antéro-iDostérieur
étaient chacun d'environ
5 centimètres. Le poids de
la glande était de k^',^. Elle
se trouvait attachée à un
pédicule de l""",.^ de long. La
glande était de consistance
plutôt molle et apparem-
ment un peu kystique. En
tirant sur la portion anté-
rieure, son volume s'était
trouvé un peu diminué par la perte du sang qu'elle contenait. Toutes
les autres parties du cerveau semblaient parfaitement normales.
On fit une étude du développement des circonvolutions et on prit
quelques mesures et cjuelques notes, qui n'ont qu'un intérêt anato-
mique et anthropologique; elles seront doniiées dans un autre Mémoire
avec les photographies. Les mensurations spéciales du corps ont été
faites avec l'aide du D' Stivers, qui m'a remis copie de ses notes.
FiG. 55. — Face inférieure du cerveau
du géant Santos Mamaï (Dana).
Mensuration du corps du géant.
Hauteur : 6 pieds 10 pouces. — Poids supposé : 500 Uvres.
Tête.
Circonférence maxima au niveau de la glabelle. .
Distance entre les apophyses orbitaires externes.
Largeur de la face au niveau des zygomas. . . .
De la racine des cheveux au sommet du menton.
De l'angle maxillaire à la symphyse
Centimètr
es.
Pouces,
55
22
21,5
«
17
6 3/4
24
9 1/2
14,5
5 3/4
GIGANTISME ET ACROMÉGALIt:. 231
Centimètres. Pouces.
Largeur de la bouche 7,7
Épaisseur de la lèvre inférieure 1,75
De la couronne des incisives inférieures au sommet
du menton 7 2 5/4
Longueur du nez 7
Tronc.
Circonférence du thorax 12G , 50
Ceinture 104
Membres supérieurs.
Du sommet de l'acromion à l'olécrane (bras). ... 41
De l'olécrane à l'apophyse styloïde du radius (avant-
bras) 5i
Longueur de la main, de l'extrémité du médius au
poignet 22 8 3/4
Longueur de l'index 15
— du médius 15
— de l'annulaire 14 »
— du petit doigt ... « 12
Circonférence des doigts (1" articulation) de 7,5 à 8,5
— du poignet 21
Les doigts n'étaient pas en forme de saucisses.
Membres inférieurs.
De la crête iliaque au bord supérieur de la rotule. 51,5 ->
Du bord supérieur de la rotule à la plante du pied 65
Longueur totale du pied 29 111/2
— des orteils de 5,5 a 7,5
Circonférence de la cheville 25
— du cou-de-pied , , . . . 35 13
— de la plante du pied. . 30,5
Il y a un coussin ou matelas charnu abondant sur
le côté externe de chaque pied.
Distance entre les épines iliaques antérieures et
supérieures 57
Le pénis était extrêmement petit, mesurant 3 pouces de long.
Remarques. — Le diagnostic d'acromégalie peut être basé sur
l'énorme développement de la face, spécialement de sa partie infé-
rieure; l'énorme développement du thorax; l'hypertrophie de la peau
du cuir chevelu ; l'augmentation légèrement disproportionnée des
extrémités; le coussin charnu sur le côté gauche de la plante du pied,
amenant son épaisseur... et aussi l'existence d'une hypertrophie de la
glande pituitaire. Ces constatations sont à rapprocher de celles fournies
par l'histoire du malade, sujet de taille énorme et de force musculaire
très faible, présentant un certain degré de débilité mentale.
Dans ce cas, on ne dit rien de l'état du thymus; mais, l'autopsie ayant
été faite très soigneusement, on peut être certain c{ue, si cette glande
avait existé, sa présence aurait été remarquée.
232 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
La glande thyroïde semble avoir été normale pour la taille et la
structure anatomique.
Woods Hutchinson (N.-V. med. Journ., 1900, 28 juillet, p. 154) a
complété de la façon suivante l'observation du géant Péruvien.
Je dois à l'obligeance du D' C.-L. Dana d'avoir pu faire des coupes
et une étude microscopique de la glande pituitaire retirée du crâne du
géant Péruvien; l'histoire de ce géant est rapportée par Dana dans son
très intéressant et suggestif Mémoire de novembre 1893; mais l'étude
microscopique a toujours été donnée sous forme de résumé.
La glande mesurait, à l'état frais, 54 millimètres d'avant en arrière
et 21 millimètres d'un côté à l'autre. Son poids était de 4 grammes 1/2.
Elle était attachée à un pédicule qui avait 15 millimètres de long, de
consistance plutôt molle et semblant un peu kystique. En tirant sur la
portion antérieure, son volume s'était réduit, par suite de la perte du
sang qu'elle contenait.
La glande fut conservée dans l'alcool et me fut très gracieusement
envoyée par le D' Dana pour l'étude microscopique. On trouvera
ci-jointe la représentation de la base du cerveau, montrant la glande
en position, et aussi un tracé de la glande elle-même, d'après la pho-
tographie primitive du cerveau, rappelant, autant que possible, les
dimensions naturelles.
La tumeur n'était que légèrement ovale dans la forme, et, comme on
le voit sur la coupe, représentait par son lobe antérieur, énorme, une
sorte de haricot, dans l'échancrure duquel se trouvait enclavé le lobe
postérieur, beaucoup plus petit. A sa partie inférieure, elle était distinc-
tement lobulée, en sorte que les coupes qui furent faites à plusieurs
niveaux montraient un triple contour dans la partie la plus basse; et ce
n'est qu'en un point, situé légèrement au-dessus du centre vertical de la
glande, que le lobe postérieur se trouva contenu dans les coupes, le lobe
antérieur ne s'avançant pas seulement en avant mais encore en arrière
du lobe postérieur. La direction de la coupe, d'ailleurs, est horizontale,
tandis que le plus long diamètre est transversal. La glande, par suite
du durcissement et de l'affaissement par rupture de la partie centrale,
a pris une forme beaucoup plus ovale que celle qu'elle présentait tout
d'abord. Comme on le verra en comparant avec les coupes de pituitaire
normale, le rapport entre les lobes antérieur et postérieur jugé à l'œil
nu n'apparaît que peu modifié. Mais, quand nous aborderons l'étude de
la structure fine, nous verrons les raisons pour lesquelles ce rapport
est si curieusement maintenu en apparence. Même à l'œil nu, les
coupes de ce corps montrent une destruction complète allant de la por-
tion corticale, d'une consistance relative, jusqu'à une vaste lacune cen-
trale et qui est due, comme le dit Dana, à l'éclatement de la glande et
à l'échappement de son contenu hémorragique. Cette impression se
confirme par l'examen microscopique. L'extrême périphérie delà glande,
située au voisinage de la solide capsule fibreuse, est formée par une
ceinture de masses et de colonnes de cellules épithéliales, disposées
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 233
assez irrégulièrement, qui, en certains points, montrent une tendance
très nette à former des blocs, avec une lacune centrale, et, en quelques
régions, des acini typiques. A cette première couche succède, en allant
vers le centre, une zone un peu plus étendue, dans laquelle les masses
épithéliales et les blocs sont plus irréguliers et séparés par de larges
espaces vasculaires remplis de globules rouges, lesquels ont aussi
diffusé à travers tout le tissu. Enfin, autour de la cavité centrale, il y a
une marge véritablement toute déchirée, formée de masses désordon-
nées de cellules à noyaux abondants et montrant peu ou pas de traces
d'organisation; il nous serait même difficile de dire si, dans ce point,
le tissu est d'origine épithéliale ou mésoblastique.
Il existe un grand nombre de vaisseaux sanguins dispersés au
travers de la masse; ils sont pourvus de parois nettes et bien formées
à la périphérie, mais vers le centre ce sont de simples lacunes dans un
tissu d'aspect embryonnaire. Plus j'ai étudié les différentes coupes de
cette formation, plus j'ai apporté de soin à les composer avec les
coupes de pituitaire normale en ma possession et avec les figures de
PiERSOLL, Berkley ct autrcs, et plus je me suis convaincu que nous
avions à faire ici à ce qu'on pourrait décrire comme un furieux effort
d'hypertrophie glandulaire excessive, effort relativement heureux dans
la portion corticale de la glande, moins heureux dans la zone intermé-
diaire, échouant même en un désordre chaotique de cellules néo-
formées et aboutissant à un simple exsudât hémorragique au centre de
la glande, comme on le retrouve, à un degré à peine indiqué, dans la
constitution de la pituitaire normale.
Si maintenant nous reprenons l'étude du lobe postérieur, nous
sommes frappés par l'état très singulier qu'il présente : au lieu d'une
masse formée par un tissu conjonctivo-vasculaire un peu spongieux,
avec quelques cellules ganglionnaires disséminées, nous constatons
l'existence d'une masse compacte et relativement régulière de blocs
arrondis et pressés les uns contre les autres, formés de cellules épi-
théliales, entremêlés avec une bonne proportion d'acini semblant nor-
maux. En fait, il y a vraiment une ressemblance marquée avec le tissu
du lobe antérieur. Si des coupes successives ne nous avaient pas mon-
tré que cette disposition se poursuivait en haut juscjue dans la tige
infundibulaire du corps pituitaire, où l'on retrouve encore des traces
distinctes du canal central, nous aurions presque incliné à soup-
çonner que nous étions tombés sur un corps pituitaire normal et que
l'hypertrophie était due à un adénosarcome. Mais le souvenir de la dé-
couverte de Berkley nous donnera la clef de cette situation : le pro-
cessus formatif glandulaire, qui se montre assez fréc|uemment dans le
lobe postérieur normal, a subi ici l'invasion de l'hypertrophie générale
et a atteint dans le lobe postérieur cet extraordinaire degré. J'ai mon-
tré également ces échantillons au D' Brooks, qui m'a dit que cet état
était presque identique à celui qu'il rencontra dans le cas, partout
cité, qu'il a publié avec le D' Da>a.
234 GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
A CCS fails, il faut encore rattacher le suivant
Observation XI. (Brissaud kt Meige.)
Le géant portugais da Silva(^).
Au mois d'avril 1895, nous avons eu l'occasion de voira Lisbonne un
pensionnaire de l'Asile des ouvriers invalides qui est encore un bel
exemple de gigantisme avec acromégalie consécutive.
Notre excellent ami le D' Th. de Mello-Breyner a eu l'obligeance
de nous transmettre de précieux renseignements sur ce malade.
Joaquin Leviz da Silva, âgé de à2 ans, exerçait autrefois le métier de
chaudronnier, mais, le plus souvent, il se montrait dans les foires,
tantôtcomme «hercule», tantôt comme
« géant ». Aux courses de taureaux, il
était réputé parmi les plus robustes
pour terrasser l'animal en le prenant
par les cornes, comme il est d'usage
en Portugal.
Son père est mort d'une hémiplé-
gie ; sa mère, d'une affection car-
diacjue; l'un et l'autre étaient de taille
moyenne, mais son grand-père pater-
nel, paysan des environs de Lisbonne,
était de très haute taitle, d'une force
peu commune^ avec une tête et des mains
très grandes dont le souvenir est resté
légendaire dans la famille.
Joaquin a eu six frères ou sœurs,
tous de taille ordinaire, et même au-
dessous de la moyenne. Deux frères
sont morts en bas âge de la petite
vérole. Quatre sœurs de petite taille
sont actuellement vivantes et bien por-
tantes.
Jusqu'à 18 mois, Joaquin était un
enfant ordinaire. Il commençait à par-
quand il eut un « grand rhume » (?),
II en guérit, mais
FiG. 56. — Le géant portugais da Silva
(Brissaud et H. Meige.)
1er, disant paë, maë, agua, etc.
avec « écoulement par le nez et par les oreilles
demeura sourd, et devint par surcroît complètement muet.
A Fâge de 8 ans, étant à l'école des sourds-muets, il commença à
grandir d'une façon excessive. A 15 ans, il était déjà d'une taille peu
commune et continua à se développer en hauteur et en force jusqu'à
devenir le colosse qu'il fut à l'âge adulte.
(*) Nouv. Icon. de la Salpêtrière, 1897.
r.lGANTJSME ET AGROMEGALIE. 235
Actuellement, c'est un vieillard, cassé, ridé, artério-sclércux, aor-
tique. Sa taille ne mesure plus que 1"',78, du fait d'une cyphose assez
prononcée et d'une notable incurvation des membres inférieurs qui
n'existaient ni l'un ni l'autre au temps de ses exploits de lutteur.
La grande envergure qui peut renseigner approximativement sur la
taille primitive est de l'°,87.
Les stigmates acromégaliques sont manifestes.
Face énorme; protubérance occipitale, arcades sourcilières et pom-
mettes très saillantes; maxillaire inférieur élargi, allongé, proéminent
en avant (les favoris que porte le malade dissimulent un peu la saillie
de la mâchoire). Les lèvres sont grosses, la langue aussi; le nez n'est
pas très volumineux.
Le dos est fortement voûté ; les mains sont d'énormes battoirs, aux
doigts très élargis dans toutes leurs dimensions.
Les deux jambes sont incurvées en parenthèses, la droite principale-
ment ; elles sont couvertes de varices.
Pour qui connaît l'habitus acromégalique, le diagnostic ne pouvait
manquer, comme on dit, de sauter aux yeux.
Ce Portugais est encore un exemple de gigantisme et d'acromégalie
associés, celle-ci ayant fait son apparition à la suite de celui-là.
L'acromégalie ayant débuté après la période de croissance et lors-
que Joaquin était déjà d'une taille élevée, les extrémités se sont déve-
loppées suivant le type cubique signalé par P. Marie dans les cas
d'acromégalie à début tardif.
Dans le journal A medicina contemporanea^ de Lisbonne, du
21 octobre 1900, p. 555, on trouve, en même temps que l'an-
nonce de la mort de ce géant portugais vu par Brissaud et
Henry Meige, quelques renseignements complémentaires.
J.w, né à Villafranca, était âgé de 51 ans, mais paraissait plus âgé à
cause de ses cheveux blancs. 11 avait joué dans la pièce : Le muet cCAl-
cantara.
Tête.
Centimètres.
Diamètre anléro-postérieur 2ô,4
— latéral 15,6
Circonférence du crâne 14,3
Arc transversal 59/1
Corps thyroïde très atrophié
Circonférence thoracique (bimamelonnaire) 85
Cypho-scoliose dorsale
Circonférence du bras 20,1
— de l'avanl-bras 25
236 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Ccnlimèlres.
Circonférence de la cuisse 44, 2
— de la jambe 42,3
Force de la main gauche 5/4
— droite 55
Organes sexuels normaux. — Hernie à droite.
Rédexes normaux.
Sensibilité tactile et thermique normale.
Les manifestations morbides du gigantisme acromégalique
s'observent aussi bien chez la femme que chez Tliomme :
Byrom-Bramwell(') eut l'occasion de les observer chez une
géante, âgée de 28 ans.
Observation XII. (Byrom-Bramwell.)
Une géante acromégalique.
Le sujet qui l'ait l'objet de cette observation était une femme haute
de 6 pieds 2 pouces 1/2, et pesant 24 stones.
Jusqu'à l'âge de 10 ans, elle avait été de taille normale; à partir de
cette époque, elle commença à grandir rapidement, si bien qu'à sa
vingtième année elle avait atteint les énormes dimensions qu'elle pré-
sente aujourd'hui. C'est à ce moment qu'apparurent différentes mani-
festations morbides, telles que des maux de tète, des douleurs névral-
giques, un rétrécissement de la portion externe du champ visuel
(hémianopsie latérale), de l'œdème des pieds et aussi l'augmentation
de volume de certaines parties du corps, l'allongement excessif des
cheveux. Les mains étaient grosses, mais ne paraissaient pas aussi
caractéristiques que celles que l'on rencontre dans l'acromégalie. La
face non plus n'était pas très typique et, bien qu'il existât une cour-
bure de la colonne vertébrale, localisée à la région cervico-dorsale, on
pouvait plutôt croire au gigantisme qu'à l'acromégalie. La menstruation
se faisait d'ailleurs régulièrement. La peau était parsemée de nom-
breuses petites verrues.
Le traitement par le suc thyroïdien ne donna aucun résultat. Celui
qui fut mis ensuite en pratique par Vextrait de la glande pituitaire
semble avoir été beaucoup plus profitable : les maux de tète, dont elle
souffrait depuis 6 ans, disparurent, les sueurs diminuèrent, le champ
visuel redevint normal et la vigueur plus grande. Mais d est possible
(M Byrom-Bramwell, Edimbarg Médical Journal, janvier 1894; et Brilish
Médical Journal, 6 janvier 1894, p. 21.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 237
que l'amélioration observée soit due au changement de vie occasionné
par l'admission à l'hôpital.
Chez elle, lorsqu'elle avait atteint l'âge de 28 ans, beaucoup de traits
rappelaient l'acromégalie, mais nombre de ceux qui appartiennent en
propre à cette maladie faisaient défaut. La croissance, bien cfu'assuré-
ment plus marquée aux pieds et aux mains que dans les autres régions,
était plus générale que celle qu'on observe dans l'acromégalie typique.
La forme des doigts et de la mâchoire inférieure n'était pas caracté-
ristique, les fonctions génitales continuaient à se faire et les glandes
mammaires n'étaient pas atrophiées (')
Les études anatomiques et anthropologiques de Cunnin-
gham vont nous permettre de bien apprécier les modifications
qu'impriment au squelette l'acromégalie et le gigantisme.
Observation Xlll. (Cunningham.)
Le scpAeletle du. géant irlandais Magralh {^').
Il est nécessaire d'enlever au moins 1 pied 1/4 à la hauteur de Corné-
lius Magrath, telle qu'elle fut établie dans le livre de George Hum-
phry('), avec le désir de dépasser les dimensions du squelette d'un
autre géant irlandais, appelé Charles Byrne, qui est conservé au
Muséum du Collège royal des Chirurgiens, en Angleterre; mais cette
perte est amplement compensée par les autres détails intéressants
révélés par l'examen du squelette et sa valeur s'en trouve considérable-
ment augmentée, car l'intérêt qui s'y attache ne dépend pas tant de sa
taille gigantesque que de ce fait qu'il offre un exemple remarquable de
cette maladie nouvelle qui a reçu le nom d'acromégalie.
Ayant reconnu dans le squelette de Magrath un cas d'acromégalie,
je fus naturellement très désireux de connaître son histoire. J'étais au
courant des nombreuses légendes qui courent sur son compte à Dublin;
mais beaucoup de ces récits portent la marque de l'invraisemblance et
même la courte note que nous possédons au Muséum, en dehors des
dates de sa naissance et de sa mort, m'a paru inexacte. M'étant adressé
(') On comprend les hcsitalions de l'observateur en présence d'une dystro-
phie aussi complexe; mais il est facile aujourd'hui, étant donnée la multipli-
cité des documents accumulés depuis la publication de cette observation,
d'affirmer, chez cette femme, la coexistence du gigantisme et de racromégalie.
(Note des A.)
(-) D.-J. Cunningham, Transactions of the Royal Irish Academy, vol. XXIX,
p. 555, 26 janvier 1891.
("') HuMPHRY, The human Skeleton, 1858, p. 107, vol. XXIX, pi. VII et VIII,
p. 612.
238 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
aa professeur Macalister, mon distingué prédécesseur dans la chaire
d'Anatomie de Trinity Collège, il me reporta au Faulkner's Journal
(IG mai 1760). Dans ce journal, comme dans un autre, Pue's occurrences,
pubié à Dublin à cette même époque, je trouvais une histoire très inté-
ressante de Cornélius Magrath. Dans les deux journaux, l'article est
conçu exactement dans les mêmes termes, comme suit :
Jeudi, 16 mai{^) : Au CoUege-greea est mort Cornélius Magrath, le
dernier géant irlandais, né dans le comté de Tipperary, à 5 milles en
deçà des mines d'argent, en fan 1756. Ses parents n'étaient nullement
remarquables pour leur taille, qui était moyenne et ordinaire dans la
contrée; leurs autres enfants non plus n'étaient pas plus grands que
la normale. En juillet 1752, Cornélius, âgé d'environ 16 ans, vint à la
ville de Cork et fut suivi par la foule en raison de sa taille extraordi-
naire; car il mesurait 6 pieds 8 pouces 3/4. L'année qui avait précédé
il avait été affligé de violentes douleurs dans les jambes, pour les-
quelles il se baigna dans l'eau salée : toutefois il s'agissait simplement
de douleurs de croissance, car en l'espace d'une seule année il s'était
élevé d'une hauteur d'un peu plus de 5 pieds jusqu'à la taille ci-dessus
mentionnée. Le bon D' Berkeley, alors évèque de Cloyne, le prit chez
lui pendant 2 ou 3 mois et se montra très charitable et humain à son
égard et prit grand soin de lui jusqu'à ce qu'il eût recouvré l'usage de
ses jambes. Ses mains étaient alors aussi larges c|u'une épaule de
mouton de taille moyenne; et le dernier soulier qu'il portait mesurait
15 pouces. Il mangea toujours et but avec modération; sa boisson était
surtout du cidre, cju'il prenait seulement aux repas. Étant à Cork on lui
persuada de s'exhiber; et il vint dans ce but à Bristol et de là à
Londres et on parla de lui dans le Lonclon Magazine de juillet 1752. Il
vint ensuite à Paris et dans les grandes villes d'Europe. A Florence, un
médecin, du nom de Bianchi, écrivit une petite note à son sujet. Au
bout de deux mois il retourna dans son pays natal: il mesurait alors
7 pieds 8 pouces sans ses souliers. A son arrivée il se trouvait dans un
mauvais état de santé, sujet, à ce qu'il disait, à une fièvre intermittente
dont il avait d'abord été atteint dans les Flandres. Il était de com-
plexion pâle et faible; son pouls était à de certains moments très
rapide pour un homme d'une taille extraordinaire ; et ses jambes étaient
enflées. A sa mort, son corps a été porté à l'amphithéâtre d'anatomie
du Collège, où son squelette amusera les curieux et remplira d'étonne-
ment la postérité.... Cornélius Magrath égalait en hauteur Daniel
Cajanus, le géant suédois, dont le pouls, d'après le docteur Bryan
RoBiNSON, battait 52 fois par minute (-), tandis que Magrath à son
arrivée ici avait un pouls à 60.... (5).
(•) Faulkner's Journal, 10 mai 1760.
(^) D'après Beaunis {Traité de Physiol.), le pouls, à âge égal, vaine en raison
directe de la taille. (Noie des A.)
(^) Cet article est attribué par Cunningham, d'accord avec Macalister, soit
à Robert Robinson, alors professeur d'anatomie à l'Université de Dublin,
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
239
Dans le Daily Advertiser, publié à cette époque à Londres, il est l'ait
deux fois mention de Magrath : la première est une courte note, la
seconde est une annonce. — La première parut le 4 août 1752 et est
ainsi conçue :
« Cork, 24 juillet. — Actuellement se trouve dans notre ville un cer-
tain Cornélius Magrath, garçon de 15 ans et 11 mois, de la stature la
plus g-igantesque, puisqu'il mesure exactement 7 pieds 9 pouces 5/4; il
FiG. 57. — Le géant Cornélius Magrath (voir p. 257). — Cornélius Magrath, né en
Irlande, le 10 janvier 1757, est âgé de 19 ans et possède une taille et une vigueur extra-
ordinaires, en sorte que l'Europe peut se vanter d'avoir produit, en sa personne, un
véritable géant; son poignet (la main étant sur la tête) a une grosseur de 10 pouces 1/2;
son doigt médius est aussi long que la main d'un homme de belle taille: son poids
est de 557 livres (IGi) livres anglaises).
est mal bail; son langage est simple et enfantin. 11 vient de Yonghal, où
depuis un an il prenait des bains salés pour des douleurs rhumatis-
males qui l'avaient rendu presque estropié. Les médecins disent main-
tenant qu'il s'agissait là de douleurs de croissance, car il a atteint cette
taille monstrueuse depuis ces douze derniers mois. Pendant un an il
resta chez révêc[ue de Cloyne qui prit grand soin de lui. Sa main est
aussi grosse qu'une épaule de mouton; son dernier soulier mesurait
15 pouces. Il est né dans le comté de Tipperary, à cinq milles en deçà
des mines d'argent. »
soit au D' George Gleghorn , anatomiste de l'Université, lequel fut aussi
sans doute le prosecteur qui prépara le dissection pour la démonstration
publique donnée sur le corps du géant par le professeur Robinson.
240 GIGANTISME ET ACROMEGAIJE.
Dans rannonce de janvier 1753, on trouve les renseignements sui-
vants :
... « Sa hauteur est de 7 pieds 5 pouces, sans souliers. Son poignet
mesure un quart de yard et un pouce. 11 l'emporte notablement sur
Cajanus par les proportions régulières de ses membres. Son visage est
le plus franc et le mieux proportionné qui se puisse voir. Il a eu 16 ans
le 10 mars dernier. Il est visible au Peacock, à Charing Cross, de
8 heures du matin à 10 heures du soir. »
On remarquera la contradiction entre ces deux notes : la première
déclarant le géant « 7nal bâti » et l'autre « le mieux proportionné du
monde ». Le squelette montre que la première appréciation était plus
exacte et que Cornélius Magrath était non seulement mal bâti, mais
positivement difforme.
DansVIrish F'eany Maga:-ine (1855) se trouve le seul article qui attribue
la mort de Magralh à une cause définie. « Il venait du Continent à Dublin
pour jouer le rôle du géant au théâtre Royal dans une pantomime
appelée « le Géant Queller », lorsque son pied glissa sur une peau
d'orange; il tomba pesamment sur la scène et cet accident fut la cause
directe de sa mort entraînée par la rupture de quelque organe inté-
rieur. »
Une autre légende attribue également à une chute la mort de Magrath
qui aurait été renversé par un étudiant.
Mais je suis porté à croire qu'il ne faut accorder aucune confiance à
ces histoires.
TopiNARD, dans soa Anthropologie, dit que Magrath mourut de
phtisie; mais il n'indique pas où il puisa cette information.
Dans le portrait gravé par Maag, en 175G, Magrath est représenté
comme un homme bien bâti, bien proportionné, aux membres vigou-
reux. Ses traits sont agréables et réguliers, et il est revêtu de l'élégant
costume de cette époque. Il se tient debout, avec son bras gauche
étendu à angle droit au-dessus d'un grenadier prussien coiffé de son
énorme schako et le mousquet à l'épaule. — Ce portrait ne peut pas
être considéré comme donnant quelque idée véridique de Magrath
pendant sa vie, parce C|ue l'état de son crâne montre qu'il devait avoir
un visage repoussant, parce que les os de ses membres attestent de la
manière la plus évidente qu'il était affligé d'un genu vaUgum et qu'il ne
pouvait étendre son bras de la manière indiquée dans le dessin.
Sous la gravure est, en allemand, l'intéressante notice que voici :
Un Géant irlandais. — Cornélius Magrath, né en Irlande, le \Ç^ jan-
vier 1757, est âgé de 19 ans et possède une taille et une vigueur extraordi-
naires, en sorte que V Europe peut se vanter d'avoir maintenant produit,
en sa personne, un véritable géant; son poignet (la main étant sur la tête)
a une grosseur de 10 pouces 1/2; son doigt médius est aussi long que la
main d'un homme de belle taille; son poids est de obi livres (446 livres
anglaises).
GKIANTISME ET AGROMEGALIE. ^kl
Deux points sont à retenir dans cette notice : la grosseur du poignet,
qui est presque la même que celle donnée 4 ans auparavant par le
Daily Advertiser, et le poids qui correspondait à 446 livres anglaises.
Ce poids, à mon avis, ne doit pas être estimé au-dessus de la vérité,
car le volume énorme de son thorax et de son bassin montre que son
poids devait dépasser encore ce qu'on pouvait attendre d'un homme de
cette taille.
Je dois rappeler, en passant, qu'à l'époque où vivait Magratii, il y
avait en Irlande une opinion générale, d'après laquelle ce corps
énorme était le résultat heureux d'une expérience d'élevage de géants
par révêque Berkeley. Dans Walkinsorts PhilosoijhicalSurvey of Ireland, .
on trouve l'amusante note que voici :
« L'évêque eut la fantaisie de savoir s'il était en notre pouvoir d'aug-
menter la taille humaine. Un malheureux orphelin fut pris par lui
comme sujet d'expérience. Il fit sur lui un essai de sa théorie pré-
conçue, et le résultat fut que l'orphelin Magrath devint, à 16 ans, haut
de 7 pieds. » — (Il est remarquable que Topinard semble avoir accordé
quelque croyance à cette fable.)
Voici encore quelques passages d'une lettre écrite à un de ses amis
par un médecin italien, Giovanni Bianchi, qui vit le géant Magrath à
son passage à Florence :
« ... Quand il était assis, il avait la taille d'un homme ordinaire. Debout,
il mesurait 7 pieds de Paris, soit 2 pieds en plus de la taille des hommes
ordinaires, qui tous passaient sous ses bras étendus horizontalement.
Sa main avait un pied de long, soit 5 pouces de plus que la mienne, qui
n'est pas des plus petites. Sa tète, ses épaules et les autres parties
étaient de longueur et de grosseur proportionnées à son corps immense.
Mais sa force n'était pas en rapport avec sa taille, et ne dépassait pas
celle des autres hommes.... Je pense que si ce (jéant continue à grandir,
comme il semble le faire, — car il prétend que, depuis un an qu'il quitta
sa cité natale de Cork, il a gagné 8 pouces, — il sera forcé de rester tou-
jours étendu ou, tout au moins, assis. 11 dit avoir 20 ans 1/2 et ne paraît
pas davantage par son visage, ni par son raisonnement. A mon avis
une croissance aussi immodérée est une maladie, parce qu'il dit être le
fils de parents de taille ordinaire et que jusqu'à l'âge de M ans il fut
d'une taille moyenne; ce n'est que plus tard qu'il commença à grandir
de façon aussi démesurée, et probablement il continuera à grandir aussi
longtemps qu'il vivra ou aussi longtemps qu'il sera atteint de cette maladie,
laquelle ne peut lui donner plus de force dans les membres, ou plus
grand appétit....
« {Lettre écrite à Pdmino, le 12 juillet 1757.) »
Le squelette de Cornélius Magrath fut conservé au Muséum de
l'Ecole de Médecine de Trinity Collège, mais depuis 1879 il a été trans-
porté au Muséum anatomique et zoologique.
... Grâce à l'obligeance du professeur Stewart, le Conservateur du
LAUNOIS ET ROY. 10
242
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
Collège Royal des Chirurgiens d'Angleterre, j'ai eu l'occasion d'étudier
le squelette de Charles Byrne, le
FiG. 5S. — Squelette du géant irlandais
Cornélius Magrath. (Cunningham.)
géant irlandais, qui mourut à
Londres à 22 ans, en 1783, et
dont le corps fut obtenu par
John Hunter (').
Sous plusieurs rapports, le
squelette de Byrne présente
une forte ressemblance avec
celui de Magrath. Il en dif-
fère toutefois parce c{u'il est
mieux proportionné et ne
(') O'Brien ou Byrxe, « le
géant irlandais » , haut de
8 pieds 4 pouces (2™, 552), se
montrait à Londres avec un très
grand succès vers 1782. Il mou-
rut en 1785 à l'âge de 22 ans.
■■ L'histoire de ses rapports avec
l'illustre John Hunter est tout à
fait intéressante. Hunter avait
juré qu'il aurait le squelette
d'O'BRiEN, et O'Brien était tout
aussi décidé à ne pas se laisser
bouillir dans la chaudière du cé-
lèbre savant. Le géant fut tour-
menté toute sa vie par les in-
stances continuelles de Hu>ster
et par la persistance de ce der-
nier à vouloir l'acheter. A la fin,
quand survint le déclin précoce
qui est la règle dans cette caté-
gorie de phénomènes, O'Brien,
sur son lit de mort, paya quel-
ques pêcheurs, leur demandant
de porter son corps, après sa
mort, au milieu de la mer d'Ir-
lande, et de l'enfoncer avec des
poids de plomb. Hunter, à ce
qu'on dit. en fut informé; il réus-
sit par une surenchère à cor-
rompre les futurs croque-morts.
On estime que le squelette du
fameux géant lui coûta près de
500 livres sterling. La chaudière
dans laquelle le corps fut bouilli
est conservée au Muséum du
Royal Collège of Surgeons à
Londres ; il y a quelques années,
on la montra, en même temps
que d'autres reliques du savant
anglais, aux membres de la British Médical Association. Le squelette d'O'BRiEN
esf actuellement l'une des curiosités du Muséum. » (Goued et Pyle, Anoma-
lies of medicinc. London et New-York, 1898.) — {Note des A.)
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 2^43
présente pas de difformités marquées. Mais, en bien des points, il est
asymétrique et à plusieurs égards il peut presque être considéré
comme présentant des traits qui semblent indiquer un début d'acro-
mégalie. L'étude de ce squelette s'est montrée très instructive, et, dans
la description de quelques-uns des os de Magrath, j'introduirai, pour
la comparaison, les mensurations que je pris sur le squelette de
Londres.
Hauteur de Magrath. — A l'époque de sa mort, Magrath avait
atteint l'âge de 25 ans. A l'exception de V extrémité supérieure de l'humé-
rus et de Vextrémité inférieure du radius, toutes les épiphyses étaient sou-
dées.... Toutes les statures qui lui ont été attribuées sont inexactes.
Le squelette ne mesure que 7 pieds 2 pouces 1/4 (Fig. 58) de haut. Mais
il est difficile d'estime^ correctement la taille de Magrath d'après le
squelette, pour trois raisons : 1" celui qui a monté le squelette s'est
montré très généreux pour remplacer la substance intervertébrale; —
2° le membre inférieur gauche est un peu plus long que le droit; —
5° les membres inférieurs sont déformés par le genu valgum.
... Il faut donc choisir un autre procédé. Si nous calculons la taille
d'après le fémur droit, elle aurait été de 2"',! 7; avec le fémur gauche,
elle aurait été de S", 25. A mon avis, le premier résultat est plus exact,
parce que le fémur droit est le moins déformé....
Sans aucun doute, Magrath fut plus petit que Charles Byrne. La
hauteur du squelette de celui-ci, donnée par le catalogue, est de 2'", 51.
Je l'ai vérifiée moi-même et l'ai trouvée parfaitement exacte...
Avec les fémurs, on calcule une hauteur de 2", 25 (fémur droit), ou de
2", 51 (fémur gauche).
Caractères généraux des os. — En plusieurs endroits, on trouve un
aspect qui indique que, pendant la vie, les différents os eurent une
vascularisation abondante. Les canaux de Havers sont dilatés et donnent
à la surface des coupes un aspect
ponctué. Le canal médullaire de la dia-
physe des os longs est très dilaté. Frit-
sche et Klebs (') ont appelé l'attention
sur ce fait cjue, dans l'acromégalie, les
vaisseaux sanguins sont dilatés.
En outre, aux extrémités osseuses et fig. 59. - Un doigt du géant iWan-
dans toutes les autres places où le tissu '''^is Cornélius Magrath. (Clnm.ng-
spongieux est abondant, comme dans
les vertèbres, la portion basilaire de
l'occipital, les os du pied, etc., la surface des os est tout à fait irrégu-
lière. Les canaux vasculaires sont visibles et larges; des productions
ostéophytiques se présentent sous forme de saillies verruqueuses ou
dentelées, marquant nettement le caractère arthritique. Mais le pro-
cessus inflammatoire n'est pas restreint aux extrémités articulaires des
(*) Ein BeUràge zitr Patliologie des Riesenwachfiefi. Leipzig. 1884.
2i4 GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
os longs; il semble avoir gagné la diaphyse en suivant les travées
fibreuses. Au point d'insertion des muscles et des ligaments, un aspect
rugueux très particulier semble indiquer des traces de périostite, en
particulier sur les crêtes intertrochantériennes du fémur, sur l'em-
preinte deltoïdienne de l'humérus, les surfaces poplitées du tibia, etc.;
un état assez semblable s'observe à l'extérieur de la voûte crânienne.
Les érosions et irrégularités de la diaphyse des os longs, si caracté-
ristiques de la périostite, sont également visibles.
Par ces caractères généraux, le squelette de Magrath est très semblable
cm squelette acromégalique cV Edimbourg et confirme ce C{u'en avait dit le
D'' Thomson (') :
« Le squelette, dans Facromégalie, montre un début des lésions
qu'on rencontre dans l'ostéo-arthrite et, à un faible degré, celles qui
surviennent dans l'ostéite déformante ».
En étudiant le bassin et les fémurs, nous avons été amenés à discuter
aussi certains aspects c^ui pourraient peut-être indiquer que Magrath
fut atteint, au début de sa vie, de rachitisme.
Tète. — La tête de Magrath, lorsqu'elle est en place au sommet de
la colonne vertébrale, semble petite en comparaison du reste du sque-
lette.
11 nous est impossible de reproduire ici toutes les mensurations, très
précises et très rigoureuses, présentées par Cunningham sous forme de
tableaux, dans lesquels il met en parallèle les dimensions du crâne de
Magrath avec celles de Byrne, du squelette acromégalique d'Edim-
bourg et de sept Irlandais témoins. Toutefois nous donnerons les
conclusions en ce qui concerne le maxillaire supérieur :
Le maxillaire inférieur de Magrath présente une ressemblance frap-
pante avec celui du crâne acromégalique d'Edimbourg. Les dimensions
en sont très voisines. Chez Magrath, pourtant, la longueur antéro-
postérieure du corps est plus grande, comme aussi la largeur inter-
goniale.
Chez Byrne, le seul caractère acromégalique de la face est le maxil-
laire inférieur; mais à jjien des égards il diffère de celui de Magrath.
Il présente la même hauteur symphysienne excessive, le même dévelop-
pement énorme de la portion basilaire du corps et le même progna-
thisme si frappant; mais il diffère en ce que l'arcade alvéolaire n'est
pas portée en avant, ni manifestement élargie.
Crâne. — Il peut être regardé comme un peu petit, étant donnée la
taille du sujet.... Les parois crâniennes ne sont pas excessivement
épaisses.... Les sinus de la face ont atteint tin volume extraordinaire, aussi
bien les sinus maxillaires, mastoïdiens, que les sinus frontaux.... La
même dilatation excessive des sinus aériens s'observe chez Byrne....
... La partie de la base du crâne qui attire tout de suite le regard, c'est
la fosse pituitaire . Je me demande si jamais on la vit aussi large. Elle
(') Journ. Anat. and PInjs.. vol. XXIV, p. 490.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
2îi5
pourraU presque contenir la moitié d' une petite mandarine.... La dilatation
a atteint un tel degré qu'elle a produit l'oblitération totale du sinus
.— -««SSX^''"
FiG. 60. — Crùne (face) du géant irlandais
Cornélius Magratli. (Cunnijngham.)
FiG. (Vl. — Crâne (profil) du géant irlandais
Cornélius Mograth. (Cunningham.)
sphénoïdal; en un point du plancher, on voit une perforation ellip-
tique, longue d'environ 1/4 de
pouce, à travers laquelle la
fosse pituitaire communique-
rait directement avec la cavité
nasale si elle n'était pas cou-
verte sur sa surface inférieure
par l'aile élargie de l'os vo-
mer.
Le plancher de la fosse pi-
tuitaire montre de nombreuses
dépressions séparées l'une de
l'autre par de petites crêtes
osseuses. Nous pouvons infé-
rer ainsi que la face inférieure
de l'hypophyse, grandement
hypertrophiée, était lobulée....
Du côté gauche, la fosse est
bordée par une mince lame
osseuse, sur la face externe de
laquelle est la gouttière pour
l'artère carotide interne. Du
côté droit, il n'y a aucune limite, et l'aspect est tel que je suis porté
à croire que le corps pituitaire hypertrophié faisait une saillie si con-
sidérable qu'il englobait l'artère carotide droite, et même s'étendait
\
FiG. 62. — Base du crâne du géant irlandais
Cornélius Magrath. (Cunningiiam.)
246
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
en avant à travers la fente sphénoïdale dans la portion postérieure de
l'orbite. Des cas d'acromégalie ont été rapportés qui présentaient un
degré notable d'exophtalmie (•)• H est possible que ce symptôme puisse
s'expliquer par la protrusion d'une partie du corps pituitaire hyper-
trophié dans la cavité orbitaire, comme dans le cas de Magrath.
Chez Magrath, les bandelettes optiques doivent avoir été soumises
à une forte compression par l'hypophyse augmentée de volume. Il est
remarquable qu'il n'ait été fait mention nulle part d'une diminution de
son pouvoir visuel.
Les dimensions suivantes sont celles de la fosse pituitaire élargie
chez Magrath et sur le crâne acromégalique d'Edimbourg :
Magralh
Crâne d'Édimboursr.
Longueur. Profondeur. ^^Largeur.
58 millimètres. 28 millimètres.
22,5 — 28 — 21 millimclres.
Sur le crâne de Byrne, la voûte n'a pas été enlevée et les seuls
moyens que j'avais d'explorer la taille de la fosse pituitaire, étaient :
l'introduction de mon doigt par le trou occipital et l'exploration, avec
l'index, de la région pituitaire; l'éclairage de l'intérieur du crâne par
une petite lumière introduite par le trou occipital, et l'examen par une
petite ouverture existant au sommet de la voûte crânienne. Par ces
deux moyens, je pus me convaincre que la fosse pituitaire était élargie,
mais pas au même point que celle de Magrath
ou du crâne d'Edimbourg. Le sommet de mon
index atteignant la paroi antérieure de la fosse,
j'appuyais en arrière fortement sur la lame qua-
drilatère, de manière à imprimer une marque
sur mon doigt. Par ce moyen, je pus estimer que
la fosse avait environ 2"2 millimètres de long. Sa
profondeur est certainement moindre que celle
du crâne d'Edimbourg.
Colonne vertébrale. — ... Dans lacroméga-
lie, il est fréquent de trouver des troubles mar-
qués de la courbure normale de l'épine. Magrath
ne fait pas exception à la règle et ses déviations
vertébrales sont très particulières. Dans la région
cervicale, il y a une légère tendance à former
une courbure à concavité antérieure; dans la
région dorsale, la colonne est convexe en avant;
dans sa partie supérieure, la colonne lombaire
forme une courbure en arrière, courte, mais
aiguë, donnant lieu à une concavité en avant; tandis qu'à sa partie
inférieure elle forme une courte convexité antérieure.
FiG.
la
G5. — Fragment de
colonne vertébrale
du géant irlandais Cor-
nélius Magrath. (Cum-
NINGIIAM.)
(') Ueber einem Fait Acromegalie, par Wimkowski, Berlincr klin. Woch., 1877.
— A case of Acromegaly, par Rickmann Godlee, Clin. Soc. London, 1888.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 2^47
Il y a aussi deux courbures latérales : l'une, à la région dorsale, à
convexité gauche; l'autre, à la région lombaire, à convexité droite.
Toutes ces déviations forment une colonne vertébrale toute tordue.
... Sur le squelette du garde prussien de Frédéric II, du Muséum
de Berlin, Zitterland nous apprend qu'il existe une courbure anor-
male de la colonne et que les corps vertébraux se sont moulés en
rapport avec elle : les uns, plus hauts à gauche, les autres, plus hauts
à droite. C'était également le cas pour l'épine de Magrath....
... Chez Magrath, il y avait un raccourcissement de la colonne cer-
vicale et un allongement marqué de la colonne dorsale. Chez Byrne, il
y a la même longueur excessive de la colonne dorsale, mais la colonne
lombaire est raccourcie.
Thorax. — Langer pense que, chez les individus de grande taille, le
thorax est relativement étroit. Ce n'est pas le cas pour Magrath. La
cage thoracique est grandement augmentée et présente à sa partie la
plus large une circonférence qui n'est pas inférieure à l^jOSô. Cette
grande taille de la cage thoracique était également un trait remar-
quable sur le squelette acromégalique d'Edimbourg.
... Les caractères les plus remarquables des côtes sont l'accentuation
de leurs courbures et la grande profondeur et largeur des gouttières
sous-costales. Ce dernier caractère est aussi très marqué sur le sque-
lette d'Edimbourg.
Bassix. — Le bassin est de grande taille et sa largeur est particuliè-
rement remarquable. Les os sont grossièrement moulés et les inser-
tions musculaires sont très visibles. En plusieurs endroits, il y a des
altérations très marquées d'origine arthriticjue; et sur la crête iliaque
on note d'épaisses irrégularités en rapport avec la périostite....
... Le caractère le plus remarquable du bassin de Magrath, c'est son
extraordinaire largeur, qui est due pour une bonne part à l'augmenta-
tion de la largeur du sacrum.... Langer insistait déjà sur l'augmenta-
tion de la largeur des hanches chez les géants. Il remarque que, chez
les géants vivants, ce caractère est très frappant et qu'il est produit
non seulement par la conformation du bassin, mais aussi par un accrois-
sement de la longueur des os fémoraux.
Memhy^es supérieurs. — Altérations arthritiques très marquées au
coude au point qu'on peut se demander si Magrath était capable
d'étendre l'avant-bras sous un angle de t'25o.
... La clavicule est longue et massive.... Elle présente une curieuse
production ostéophytique sur sa face inférieure, à quelc[ue distance du
bord externe de l'insertion du rhomboïde, et sans doute en rapport
avec l'insertion du muscle sous-clavier.
Humérus. — Des deux côtés, Vépiphyse supérieure n'est que partielle-
ment soudée à la diaphyse.
Radius. — Des deux côtés, les épiphyses inférieures sont incompjlètemenl
soudées aux diaphyses.
Cubitus. — Curieuse courbure en dehors de la diaphyse immédiate-
248
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
mi
ment au-dessus de son extrémité inférieure. Ainsi qu'on l'a vu dans les
deux notices publiées sur Magratii pendant sa vie, on relève la grande
épaisseur de la partie inférieure de son avant-bras; cette courbure infé-
rieure du cubitus en est sans doute la cause, car l'élargissement du
poignet ne peut certainement pas avoir été produit par les extrémités
inférieures du radius et du cubitus, lesquelles no sont pas d'une
largeur disproportionnée.
... Chez Magrath, la longueur de l'avant-bras et la longueur avant-
bras et bras par rapport à la taille sont supérieures aux moyennes
établies par Topixard.
... Le radius, par rapport à l'humérus, est très long.
Main. — Sous le rapport de l'acrom.égalie elles présenteraient un
intérêt particulier. Malheureusement plusieurs os manquent ou ont été
grossièrement remplacés.
... La longueur totale de la main par rapport à la taille paraît bien
proportionnée, tandis que, de son vivant. Magrath avait, dit-on, une
main « aussi grosse qu'une épaule de mouton ». Mais nous savons que
l'augmentation des mains dans l'acromégalie porte surtout sur les
parties molles et que cette hypertrophie n'est guère visible sur les os,
comme on peut le constater sur le sque-
lette d'Edimbourg...
Membres inférieurs. — Les fémurs ne
sont nullement symétriques, et non seule-
ment par leur longueur, mais aussi par
leur configuration. Le gauche a 21 milli-
mètres de plus que le droit et est beau-
coup plus anormal. Les anomalies sont
particulièrement remarquables. Ainsi le
col fémoral gauche est extrêmement
mince, plus long que sur le fémur droit
et s'unit à la diaphyse sous un angle plus
ouvert (loO" à droite; 140" à gauche). La
tête fémorale à gauche est plus dévelop-
pée en arrière et regarde plus directe-
ment en haut....
Les extrémités inférieures présentent
très accentuées les modifications en rap-
port avec le genu valgum. La déformation
est beaucoup plus grande à gauche qu'à
droite. 11 n'y a aucune évidence que cet
état soit dû à une obliquité originaire
des lignes épiphysaires, car les deux
condyles descendent suivant les lignes
parallèles à l'axe de la diaphyse. 11 est plus que possible que l'extrême
largeur du bassin soit en quelque mesure responsable de la défor^
mation.
"/
FiG. Gi. — Les deux fémurs du
géant irlandais Cornélius Ma-
grath. (CUNN'IN'GHAM.) — Doublc
genu valgum par allongement
du condyle interne.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 249
Langer dit que l'évidence du genu valgum manque rarement cliez
les géants. « Un haut degré de genu valgum s'observe sur le géant de
Saint-Pétersbourg et sur le squelette de Berlin n° 3040. »
Tibia et péroné. — ...A leurs extrémités supérieures, ces deux os sont
unis simplement par du tissu fibreux, sans surfaces articulaires.
... Comparée à la taille et à la longueur du fémur, la longueur du
tibia, chez Magrath et chez Byrne, est supérieure à la normale.
Pied. — Beaucoup de petits os manquent.... Mesurée du talon à
l'extrémité du gros orteil, la longueur totale est de 500 millimètres,
longueur qui, comme celle du pied de Byrne (317 millimètres), est
notablement au-dessous de la moyenne. Mais, pour le pied, comme
pour la main, l'hypertrophie porte principalement sur les parties molles.
Et nous avons les longueurs excessives de leurs pieds pendant la vie :
pour Magrath, son dernier soulier mesurait 15 pouces; pour Byrne, on
a conservé ses souliers avec son squelette : la semelle mesure
15 pouces 1/8. Par rapport à la taille, la proportion des pieds est mani-
festement au-dessus de la normale.
J'ai exprimé l'opinion que Magrath pendant sa vie était atteint
d'acromégalie et que son squelette montrait d'une façon très marquée
les modifications qui sont dues à l'action de cette maladie. Bien que j'aie
indiqué, aux différents passages de ce mémoire, sur quels caractères
j'appuyais cette hypothèse, il peut être utile de rappeler brièvement
les plus importants d'entre eux. Ce sont les suivants :
\° La taille disproportionnée de la face par rapport au crâne . Cette augmen-
tation porte non seulement sur les maxillaires, mais aussi sur la portion
mandibulaire de la face, et il en résulte que nous avons une profondeur
excessive des orbites, des fosses nasales et des sinus m^axillaires. Le déve-
loppement extraordinaire du maxillaire inférieur est particulièrement
suggestif.
2° Le grand développement des apophyses mastoïdes et de tous les sinus
aériens du crâne.
3° U hypertrophie du coips pituitaire et f augmentation de la fosse pitui-
taire qui V accompagne.
4" L évidence que nous avons des dimensions excessives des pieds et des
mains pendant la vie, quoique, les os ne mollirent pas trace de cette
hypertrophie.
Mais la détermination de cet état est rendue particulièrement difficile
par ce fait que ces modifications se montrent chez un individu d'une
taille aussi grande que Magrath. D'après Virchow, il n'y aurait aucun
rapport entre la croissance gigantesque partielle, qui se voit dans les
cas d'acromégalie, et la croissance gigantesque généralisée. Pourtant,
si nous étudions les caractères des squelettes d'individus de haute
stature, tels qu'ils sont donnés par Langer, nous trouvons de nom-
breuses analogies. Cet auteur nous dit :
1° Que la région mandibulaire de la face est proportionnellement
grande sur les crânes de tous les géants; et que, chez beaucoup, le
250 GIGANTISME ET ACROMÉGALIE.
maxillaire inférieur est « monstrueux ». En outre, le maxillaire inférieur
l'emporte souvent pour l'hypertrophie sur les maxillaires supérieurs,
de manière à produire une projection du menton et à porter les
dents inférieures en avant des supérieures. Il donne l'image d'un tel
crâne ;
2° Qu'en règle générale l'hypertrophie sur les crânes de géants ne
porte que sur la portion faciale. Par suite, le crâne reste petit, tandis
que la face augmente. Il considère, cependant, que cette hypertrophie
de la face est limitée à sa partie inférieure et ne porte pas sur les
cavités orbitaires, ni sur la partie supérieure des fosses nasales ;
5" Que dans les cas typiques de croissance gigantesque généralisée
on trouve une augmentation du corps pituitaire, par laquelle la fosse
se trouve élargie, et aussi une hypertrophie des parties molles de la
face (lèvres et ailes du nez). Il a remarqué l'agrandissement de la fosse
pituitaire principalement dans les cas où le maxillaire inférieur était de
taille énorme.
Ces observations de Langer forment un sérieux appoint dans la
question en litige et je pense qu'elles autorisent quelques relations
entre l'acromégalie et la croissance généralisée. D'ailleurs la dispro-
portion entre la face et le crâne peut être produite de deux façons. Elle
peut être produite par une croissance excessive des os de la face, le
crâne gardant ses dimensions normales; c'est la véritable disproportion
acromégalique. Mais elle peut aussi être produite par ce fait que le
crâne ne suit pas la croissance générale de toutes les autres parties du
corps; dans ce cas la croissance de la face est indépendante et en
harmonie avec la croissance générale de l'individu; c'est de cette façon
que se produit la disproportion chez les géants. Les résultats sont
les mêmes, bien que la manière dont ils ont été obtenus soit diffé-
rente.
Mais, même en expliquant ainsi la forme identique de crâne se
produisant dans les deux cas, comment pouvons-nous expliquer le fait
que les acromégaliques comme les géants aient la même tendance à
dilater leur fosse pituitaire et à hypertrophier leur mandibule. Langer
n'est pas le seul auteur qui ait attiré l'attention sur l'hypertrophie
du maxillaire inférieur des géants. Topinard rapporte également ce
fait.
Il ne faut pas conclure de là que je veuille faire de tous les géants des
acromégaliques. Ni Winkelmeier, ni Murphy ne présentent la plus
légère trace de cette affection; ni l'un ni l'autre ne présentent une face
disproportionnée, ni des mains ou des pieds augmentés de volume.
Chez Murphy, toutes ces parties sont réellement petites.
Pour Magrath, cependant, je crois qu'il ne peut y avoir aucun doute.
Bien qu'il soit le moins grand de tous ces géants, nous avons vu que
les dimensions de sa face l'emportent sur tous les autres.
Le squelette de Byrne offre de plus grandes difficultés ; il ne présente
pas une augmentation excessive de la face par rapport au crâne; sa
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 251
tête est même plus petite que la moyenne, eu égard à sa taille. Mais,
d'autre part, nous avons une grosse hypertrophie de la mandibule, une
fosse pituitaire élargie et l'évidence manifeste que nous apportent ses
souliers de la grande taille de ses pieds, pendant sa vie.
Le crâne et plus particulièrement la face des géants ont depids
longtemps déjà attiré et retenu V attention du public et des médecins.
Dans le Dictionnaire de d'Orbigny(*), publié en 1868, on trouve
les lignes suivantes : « Dans le balancement des éléments de
l'organisme, le développement des formes est au détriment de
celui du cerveau. Les Grecs lavaient si bien compris qu'ils
avaient donné à leur Apollon une taille moyenne et un front
large, élevé, où rayonnait l'intelligence, et à Hercule une tête
de crétin. » Sans vouloir pi-éjuger delà mesure exacte de l'intel-
ligence ni de la taille d'Hercule, il est incontestable que les
traits apolloniens ne semblent guère avoir été rencontrés chez
les géants : Lombroso trouve à son géant une « face rappelant
dans sa monstruosité celle du gorille et du lion » (voir p. 296);
'Woods Hutchinson, voyant une seule fois le géant Caleb,
remarque chez lui une « expression de tête de cheval » carac-
téristique (Obs. XIV). Parfois il y a une grosse malformation :
ainsi le géant Wilkins (Obs. X^ ), observé successivement par
Dana en 1893 et par Lamberg en 1896, présentait ce que le
premier auteur appelle une hémiacromégalie de la tête, c'est-à-
dire un développement très remarquable d'une moitié de la
face, portant sur l'os frontal et les maxillaires supérieur et infé-
rieur du côlé gauche, s'accompagnant d'un rétrécissement de
la cavité nasale du même côté. Les photographies de ce sujet
révèlent à première vue, encore qu'incomplètement, cet aspect
curieusement tordu et asymétrique de la face.
En dehors de l'impression pins ou moins horrible ou repous-
sante que peut produire la face des géants, si l'on cherche à
préciser par des mensurations anthropologiques les modifica-
tions survenues à son niveau, on voit que chez la plupart elles
ne diffèrent en rien des malformations acromégaliques et
qu'elles sont surtout apparentes et accusées chez les géants
acromégaliques.
(') Dictionnaire Universel de Cli. d'ORBiGNY, 1868, t. VI, p. 505.
252 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
11 nous suffira de rappeler la descriplion qu'ont donnée Bris-
saud et Henry Meige de la face du géant Jean-Pierre Mazas et
que nous leur avons empruntée (voir page 222). Dans son
masque hideux, on retrouve l'aspect caractéristique, mais
poussé jusqu'à l'exagération, du faciès acromégalique. Ce qui
frappe tout d'abord, c'est Vinégal développement du crâne, de
dimensions à peu près normales, el de la face énormé)nent agrandie,
surtout dans le sens vertical.
La face prend ainsi un aspect démesurément allongé et
ovalaire, tenant surtout à l'agrandissement de deux diamètres
en particulier : le diamètre bimalaire et la hauteur générale de
la face. Le front, d'ordinaire bas et étroit, surplombe les yeux
enfouis dans d'énormes saillies orbitaires, formées par le déve-
loppement exagéré des sinus frontaux; ce développement exa-
géré, qui se retrouve sur tous les sinus de la face et aussi sur
les os malaires, produit, au niveau de ces derniers, l'agran-
dissement du diamètre bimalaire qui était si évident à la der-
nière période de la vie de notre tambour-major (Obs. VIII).
Le nez est toujours volumineux; l'augmentation des os
propres, qui entrent dans sa constitution, était très appa-
rente sur le crâne de la géante Aama (Obs. 111). Mais les par-
ties molles et les cartilages qui le composent sont aussi très
hypertrophiés et l'on peut retrouver chez les géants toutes les
variétés de gros nez : arrondis, retroussés, busqués en nez de
polichinelle, etc.
La langue atteint souvent un volume extraordinaire, très
nettement disproportionné même avec la taille gigantesque du
sujet auquel elle appartient. Les lèvres, surtout la lèvre infé-
rieure, sont grosses; cette dernière, proéminente et pendante,
aggrave encore le prognathisme du maxillaire inférieur, dont
l'hypertrophie localisée et disproportionnée est assurément,
sinon le meilleur signe, du moins l'un des plus caractéristiques
et des plus faciles à reconnaître de l'acromégalie.
Le menton en galoche, gros, massif, avec à la fois augmenta-
lion de la hauteur du maxillaire et projection en avant de son
bord inférieur, est noté chez bon nombre de géants. Langer
y avait déjà insisté en 1871, et, tout récemment, Papillault
montrait qu'à mesure que la taille s'élève la hauteur de la
symphyse mentonnière augmente ainsi que la longueur de la
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 253
branche horizontale (diamètre gonio-mentonnier), d'où résulte
un prognathisme plus ou moins marqué.
En somme, l'on peut dire que les trois grands signes caracté-
ristiques de l'acromégalie à la face : hypertrophie localisée et
prognalhisme du maxillaire inférieur; — saillie exagérée des pom-
mettes; — augmentation dos os propres du nez et des sinus fron-
taux^ se retrouvent à un degré plus ou moins accentué chez
les géants acromégaliques.
Après la face, les pieds et les mains offrent chez les mêmes
sujets les déformations propres à la maladie de P. Marie. Sans
doute, personne ne songe à s'étonner que les géants aient de
grandes mains et de grands pieds; mais il y a lieu de remar-
quer que le développement des extrémités de leurs membres est
lui-même disproportionné par rapport à l'hypercroissance
généralisée qu'ils présentent.
L'histoire des géants est à cet égard remplie d'anecdotes que
nous avons déjà mentionnées (voir page 28). C'est l'empereur
romain Maximin P'' qui prenait pour bague le bracelet de sa
femme, c'est le géant Nicolas, dont il est question dans les
Chroniques de Hollande (1557) de Hadrianus Berlandus, et qui
était si grand que son soulier avait 5 pieds; c'est le géant
Antoine Payne, haut de 2", 22, qui vivait en Cornouailles à la
même époque et dont la longueur des pieds est restée prover-
biale C'est un homme de 9 pieds, vu parPlater,en 1613, et dont
la main avait une longueur de 1 pied 6 pouces; c'est Patrick
Gotter, le successeur du géant irlandais Charles Byrne, qui
mesurait à sa mort, en 1806, 8 pieds 4 pouces, dont le pouce
était à peu près de la grosseur du poignet d'un homme ordi-
naire et dont le soulier n'avait pas moins de 17 pouces de
long(').
Plus récemment nous voyons que les pieds du géant espa-
gnol Joachim Eleiceagui, haut de 2™, 50, qui se montra à Paris
en 1845, avaient une longueur de 42 centimètres (^).
Enfin Jean-Pierre Mazas (Obs. IX, page 216), parmi les der-
niers exploits que sa maladie lui permettait encore d'accomplir,
pouvait couvrir une pièce de cinq francs avec son pouce. Et
{'■) Voir GouLD AND Pyle, Anomalies and Ciiriosities of Medicine. Londres et
New-York, 1898.
(^) Voir E. Garnier, Les Nains et les Géants. Paris, 1884.
254 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
le géant Galeb, retirant une de ses ])agues, avait coutume de
faire passer au travers d'elle une pièce d'un demi-dollar.
C'est à Woods Hutchinson que nous devons l'histoire de ce
géant Galeb; il l'a publiée dans le New-York Médical Journal
(21 juillet 1900). La description qu'il fait de la face est tout à
fait remarquable.
Observation XIV. (Woods Hutchinson.
Le géanl Caleb.
Il y a encore un cas que je puis difficilement m'empêcher de men-
tionner ici, bien que je doive avouer qu'en tant qu'observation médi-
cale il est de la plus faible valeur. C'est le cas d'un géant qui voya-
geait avec une troupe de nains, les Lilijmtiens, et connu sous le nom
du « géant Caleb », que je vis par hasard voici deux ans. On le disait
haut de 8 pieds 5 pouces, et il paraissait bien les avoir. Son seul aspect
sur l'estrade me fit penser tout de suite à lacromégalie et lorsque, à ma
grande satisfaction, il vint à la fin du premier acte se promener parmi
l'assistance, afin qu'on pût vérifier qu'il était un véritable géant, sans
échasses, je vis que sa face, ses mains et ses pieds étaient bien ceux
qu'on rencontre dans cette affection.
La première impression que me fit sa face fut assez singulière : bien
que grosse et massive et avec cette expression de tête de cheval caracté-
ristique de la maladie, elle ne me parut pas à première vue avoir la
partie inférieure beaucoup plus développée que la partie supérieure ou
crânienne. Mais l'inspection ultérieure me fit découvrir que cette symé-
trie apparente était produite par une augmentation énorme du front
saillant, proéminent et surplombant, sous lequel les yeux petits étince-
laient d'une manière repoussante. Je ne doute pas que cet aspect ne soit
dû à l'énorme augmentation des sinus frontaux qui est caractéristique
de l'affection, attendu que les parties moyenne et postérieure du crâne
n'étaient en aucune façon proportionnées au développement excessif de
la portion frontale. La mâchoire inférieure était énorme et massive; son
articulation épaisse et invisible.
Les mains étaient énormes et offraient l'aspect en battoir caractéris-
tique; pour la taille de ses doigts, elle était mise en évidence d'une
manière assez singulière : il retirait une de ses bagues et priait quel-
qu'un de faire passer au travers une pièce d'un demi-dollar. Ses pieds
étaient également de taille énorme; sa démarche était penchée et bran-
lante. Par malheur pour moi, je pensais le retrouver le lendemain
matin pour prendre des. mensurations exactes et le photographier; mais
j'appris en allant à son hôtel que la troupe avait pris le train de
GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
255
minuit et depuis ce temps je ne pus rien apprendre sur lui. Ainsi que je
l'ai déjà dit, je présente ce cas comme une simple observation faite à
l'œil nu, et comme aussi pouvant être intéressante, sans qu'on puisse
toutefois la considérer comme une addition effective à la littérature
scientifique concernant le sujet.
he géant du Minnesota jiréseniail, en même temps qu'une crois-
sance générale giganlesque, une hypertrophie particulière
d'une portion du segment céphalique. Dana, qui nous en donne
la description proposa de considérer cet exemple comme un cas
de somatomégalie avec hémiacromégalie de la téte^ dénomination
qui lui avait été suggérée par son collègue le D' Frank P. Foster.
Observation XV. (Dana, 1895; — Lamberg, 189G; — Villers, 1898;
Peter Bassoe, 1905.)
Le géant du, Minnesota, Wilkins.
Voici d'abord l'observation publiée par Dana(') en 1895 :
Lewis Wilkins, âgé de 19 ans, de métier fantasque, naquit dans le
Minnesota. Son père était natif de New-York; sa mère, née dans le
Canada, était d'origine anglaise. Ses parents étaient bien portants, de
taille normale (l",61 pour le père, l-^TO pour
la mère). Il a six frères et soeurs, tous de
taille normale. C'est le second enfant. Il a
toujours été grand pour son âge, mais sans
que rien le rendît remarcfuable. Toutefois il
grandissait constamment et atteignit à l'âge
de 17 ans une hauteur de plus de 7 pieds
(2°", 10). 11 a maintenant 20 ans et a gagné
1 pouce 1/2 (4'^"') dans la dernière année. Sa taille
actuelle est de 7 pieds 4 pouces (2™, 25); son
poids de 525 livres ; ses proportions générales
sont bonnes pour la plupart ; mais ses pieds
el ses mains sont particulièrement énormes et le
côté gauche de la face montre une remarquable
hypertrophie osseuse, portant sur l'os frontal et les maxillaires supérieur
et inférieur. L'hypertrophie répond exactement à la distribution du
nerf trijumeau; elle donne au visage un aspect curieusement tordu et
asymétrique cj[ue la photographie ne montre que d'une manière impar-
FiG. 63. — Le géant Wilkins.
(Dana, 1893.)
(1) Acromégalie et gigantisme avec hypertrophie faciale unilatérale. — The
Journal ofneroous and mental Diseases, 1893.
256 GIGANÏFSME KT AGRO\Œ( iALIE.
faite. La première impression est qu'il a une hémiatrophie du côté
droit de la face; mais un examen plus approfondi révèle un énorme
épaississemcnt du bord alvéolaire supérieur gauche. L'os surplombe
les dents comme s'il avait un fjrum boil. La voûte palatine est égale-
ment très augmentée du côté gauche. La mâchoire inférieure est moins
atteinte; mais elle est plus large et plus longue du côté gauche. Les
dents sont blanches et ne sont pas hypertrophiées. Il en est de même
des cavités orbitaires, mais le sourcil gauche et même tout l'os frontal
fait une saillie sufhsante pour donner au crâne un aspect difforme
très curieux.
Je ne pus en obtenir un contour exact, mais il est figuré ici d'une
manière approximative. L'épaississement s'étend en arrière jusqu'à la
suture coronale et s'arrête là. En résumé, la tête est volumineuse,
mesurant 65"", 5, dans sa circonférence maxima. L'hypertrophie osseuse
rend l'arc naso-bregmatique très grand, soit 18,5, tandis que l'arc bi-
auriculaire, mesurépar le bregma, est relativement plus petit, ne portant
pas sur la zone hypertrophiée. Les mesures sont :
Circonférence maxima de la tête. . 65 centimèlres 25 5/4 pouces.
Arc naso-occipital 45 — 17 —
Arc bregmatique 18 — 7 1/8 —
Arc biauriculaire 57 — 14 1/2 —
De l'angle maxillaire droit à la symphyse 15 (5 1/8); à gauche, 18
(7 1/8), soit une différence de 8 pouces.
La circonférence du thorax, sur la ligne mammaire, était de
47 pouces 1/2, et l'expansion de 5 pouces; ce qui montre qu'il a un
thorax d'une taille qui. proportionnellement n'est pas excessive, et de
beaucoup plus petit que celui du géant Indien, lequel, pour une taille
de 6 pieds 7 pouces, avait une poitrine mesurant 50 pouces.
Les mains étaient énormes, mesurant 26"" ou 10 pouces 1/4 de l'extré-
mité du médius à l'apophyse du radius ; la circonférence de la main
ouverte, passant par le milieu de la paume, 27"°".
Les pieds sont relativement encore plus gros. Il porte un soulier long
d'un pied 1/2; la longueur totale de chaque pied est de 14 pouces,
05"", 5, et la circonférence du cou-de-pied est de 11 pouces 1/2 (29,2).
Il n'ya aucune autre asymétrie que celle delà face, déjàdécrite. Pour-
tant, l'épaule gauche est un peu plus haute; il a réellement le dos rond
et il existe une légère incurvation latérale delà colonne dorso-lombaire.
Il ne présente pas d'éruptions cutanées, pas de pigmentation, ni de
décoloration. Il a les cheveux épais et rudes ; mais il est imberbe. Son
système musculaire n'est cjue modérément développé. Sa poignée de
main est faible. Il n'aime pas monter les escaliers; il n'a pas grande
vigueur. Sa coordination est bonne ; c'est un bon tireur. Ses muscles
du genou sont lents et faibles.
La vision est bonne aux deux yeux et il n'a pas de rétrécissement du
champ visuel. Les pupilles réagissent normalement.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 257
Les yeux sont petits, la fente palpébrale mesure 3 centimètres.
L'intelligence est bonne. II dort et mange bien. II a un appétit prodi-
gieux et un jour il aurait mangé 27 assiettes de crème glacée en un
seul repas, gagnant ainsi un pari qu'il avait fait de manger plus que
deux hommes; aucune suite fâcheuse n'en serait résultée. Il a parfois
de légers maux de tête.
La respiration et le pouls sont normaux, de même que les fonctions
du cœur.
Je ne pourrais dire si la glande thyroïde était modifiée dans son
volume ; en tout cas elle existait.
C'est Dana qui, le premier, a étudié, en 1895, dans Tobserva-
tion ci-dessus, le géant Wilkins, alors âgé de 19 ans. Mais, au
cours de ses pérégrinations dans les deux continents, ce même
géant a été l'objet de plusieurs examens médicaux.
Le 24 avril 1896, Lamberg le présentait à la Société des Méde-
cins de Vienne ('). Il était alors âgé de 22 ans. L'auteur le consi-
dère comme un cas d'acromégalie. Il est né de parents normaux
et bien portants ; dès sa naissance, il pesait 5 kilogrammes et,
jusqu'à l'âge de 4 ans, sa croissance a été normale. De 4 à
16 ans, il a grandi rapidement, pour cesser de croître à partir
de 18 ans (^). Sa taille actuelle est de 2'", 45, c'est-à-dire 20 centi-
mètres de plus que le plus grand squelette du musée de Vienne.
Il présente quelques anomalies du squelette : une scoliose ver-
tébrale^ une asymétrie du bassin et de la face. L'intelligence est
celle de son âge et les fonctions sexuelles sont normales.
Sternberg, lors de cette présentation, fait remarquer que cet
homme peut être regardé comme un des géants les plus grands.
On n'en connaît que trois autres qui atteignaient une taille plus
élevée : 249, 254 et 259 centimètres (Patrick O'Byrne, le sque
lette de Saint-Pétersbourg et Cornélius Magrath). Quant aux
anomalies osseuses, Sternberg les regarde comme dues à
rbémiatrophie faciale et non à l'acromégalie, d'autant plus
qu'il n'existe pas d'anomalies concomitantes des parties molles
(macroglossie). Le gigantisme n'est pas un état pathologique,
mais les maladies sont fréquentes chez les géants. D'après les
(1) Wien. klin. Wochenschr., t. XLVI, nMO, 1896, p. 559.
p) On peut remarquer ici une contradiction : à 19 ans, Dana donne à Wil-
kins une taille de S-'S^iS; à S'i ans, Lamberg lui attribue une taille de 2", 45. Il
n'est donc pas exact de dire qu'il a cessé de grandir à 18 ans. (Note des A.)
LAUNOIS ET ROY. 17
258 GKi.VNTISME (ET AGHOMÉGALIE.
recherches de Sternberg, 42 pour 100 des géants peuvent être
regardés comme des malades. Le géant qui vient d'être présenté
a une grande analogie avec celui que Buhl a présenté à
Munich ('). Il mesurait 235 centimètres et il avait de même des
exostoses et des hyperostoses aux maxillaires supérieurs et
inférieurs. Il succomba à des phénomènes de compression
cérébrale. Quand on considère ici l'étroitesse des fosses nasales,
on peut se demander si un processus du même genre, à marche
lente, ne se produit pas chez cet individu.
Schlesinger, également présent à cette séance de la Société
des Médecins de Vienne, élimine aussi l'idée d'acromégalie;
non seulement les altérations des parties molles font défaut,
mais encore les troubles oculaires.
En 1898, E. Villers reprend devant la Sociélé cV Anthropologie
de Bruxelles {Bull, de 1898, XVII, 174) l'histoire de ce même
géant qu'il avait eu l'occasion d'observer au « Pôle Nord » à
Bruxelles. Il conclut qu'il s'agit d'un géant scnpliocéphale (sca-
phocéphalie annulaire), ayant eu dans sa jeunesse des troubles
de la nutrition osseuse rattachable au rachitisme et qui ont
abouti au gigantisme. Son insuffisance intellectuelle est
notoire : il fait de la bicyclette, s'occupe de photographie, mais
surtout se laisse voir : « // vit de sa grandeur » et n'a pas d'auti-e
métier. « An point de vue génital, c'est un continent, sinon un
abstinent. »
Enfin, au Congrès de V American Association of pathologists
and hacteriologisls ('), tenu à Washington du 12 au 14 mai 1905,
Peter Bassoe, assistant du professeur Ludwig Hektoen, de
Chicago, terminait la si curieuse histoire médicale du géant
Wilkins en rapportant les résultats de son examen nécrosco-
pique.
Depuis trois mois Wilkins souffrait d'une violente douleur à la
région temporo-pariétale du côté gauche : cette douleur apparaissait
[^) Voir rol)s. de Buhl, p. 412.
(-) Un cas de Gigantisme avec Leontiasis ossea, The Journ. of nerv. and men-
lal Disease, sept. 1905.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 259
chaque matin au lever et disparaissait progressivement vers 10 ou
11 heures. Depuis un mois cette céphalée était continue et l'obligeait à
recourir d'une manière constante aux opiacés. Depuis un mois, {/ avail
perdu du côté gauche la vision, qui était faible déjà depuis plusieurs
années. Enfin, une semaine avant son entrée, il avait aussi perdu la vue
du côté droit, brusquement, disait-il : un jour il s'était couché en voyant,
et, le lendemain matin, il ne distinguait plus la lumière. A la même
époque il avait eu aussi quelques vomissements, sans relation directe
avec l'alimentation. Sa parole était un peu embarrassée, sa voix épaisse
et dure. Il avait des sonneries dans les oreilles et était sourd du côté
gauche.
II entra le 28 juin 1902 au Presbyterian Hospital, dans le service du
professeur Beva>^ : il était abruti et presque en état de stupeur, en
proie d'autre part à une diarrhée assez intense.
Examen physique : La tumeur du crâne est de consistance ferme,
sauf en une région un peu plus grande qu'un dollar d'argent au front et
au-dessus du conduit auditif externe, où l'on constate un ramollisse-
ment avec pseudo-fluctuation. L'oeil gauche est fermé : les pupilles ne
réagissent ni à la lumière, ni à l'accommodation. Il existe une zone
d'anesthésie s'étendant depuis la branche gauche du maxillaire inférieur
jusqu'à la ligne médiane. Ni sucre, ni albumine dans les urines. Pas de
modifications à l'examen du sang. L'oplitalmoscope montre un étrangle-
ment bilatéral de la papille.
La diarrhée s'aggrava; les selles étaient un peu sanguinolentes, avec
douleur et ténesme. Wilkins s'affaiblit graduellement et mourut le
10 juillet 1902. Il était âgé de 29 ans.
Autopsie (pratiquée immédiatement après la mort par le yjrofesseur
LuDWiG Hektoen, assisté des Drs Loeb et Bassoe).
Impossibilité de prendre des mesures et de compléter celles prises
du vivant par les autres auteurs à cause de l'opposition d'un parent
présent.
... Diagnostic anatomioue. — lléo-colile nécrotique et ulcérative; —
cirrhose du foie; — gastrique chronique catarrhale ; — épithéliose de Vœso-
pltage; — broncho- pneumonie hémorragique du lobe inférieur droit; —
hypertrophie du corps thyroïde; — sarcome dans la région de f hypophyse,
avec propagation de la tumeur aux tissus sous-cutanés ; — hyperostose
diffuse du frontal, dit pariétcd, du temporal et du maxillaire sujjérieur
gauches; — calcification de la plèvre gauche et de V arachnoïde spjincde ; —
compression du cerveau; — gigantisme généralisé.
... La thyroïde pèse 112 grammes; elle est uniformément augmentée
de volume et luisante à la coupe comme si les follicules étaient dilatés
et présentaient une quantité anormale de substance colloïde. Dans le
lobe gauche, on trouve deux petits nodules circonscrits, un peu
rougeâtres.
Pas de vestiges du thymus dans les masses graisseuses correspon-
dantes.
260 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
... Longueur de Vintestin grêle du début du jéjunum jusqu'à la valvule
iléo-cœcale : 20 mètres. — Le gros intestin est très volumineux; sa
longueur est d'environ 4 mètres.
... Le foie pèse 4 kilos; sa surface est granuleuse et nodulaire, surtout
près du bord droit; on voit de larges îlots de tissu hépatique limités
par des bandes fibreuses. La face inférieure du foie montre des lobes
anormaux, surtout à droite.
... Le pancréas pèse 273 grammes. — Les surrénales, 42^', 5. — Les
reins, 525 grammes (ensemble). — La vessie est distendue par l'urine
et très volumineuse.
La prostate n'est pas aussi grande, proportionnellement, que les
autres organes. 11 en est de même des vésicules séminales et des testicules,
ceux-ci pesant 85 grammes.
11 existe un petit noyau ramolli, gros comme le poing, sous la peau
en avant de l'oreille gauche, et un autre, de consistance un peu plus
ferme, occupant les deux tiers environ du côté gauche du front. La
section de cette tumeur montre un tissu homogène. La région frontale
du crâne est très épaisse, surtout du côté gauche. La calotte crânienne
pèse 14:50 grammes; sa circonférence est de (j8 centimètres, avec une
longueur de 25 centimètres.
De la suture interfrontale, oblitérée à la partie inférieure, à la suture
coronale droite, la distance inférieure mesurée horizontalement est
de 5'"', 7. Du même point à la suture coronale gauche, cette même
distance est de 8'"', 5. Sur la ligne médiane l'os frontal est épais de
8""', 5, et un peu ramolli, surtout à gauche. L'asymétrie est notable :
la suture interpariétale est déplacée vers la droite. Les sillons pour
les vaisseaux sont relativement étroits. En regard de la suture coro-
nale l'os est déformé par suite de la présence d'une série de dépres-
sions d'un diamètre variable de 0,5 à 5 millimètres. Le reste de la calotte
crânienne est lisse, d'une épaisseur de 2 à 8 millimètres. Extérieure-
ment la suture interpariétale est saillante dans sa moitié postérieure;
il en e^t de même pour la suture pariéto-occipitale.
La base du crâne est tout à fait déformée. A gauche, l'étage antérieur
est oblitéré par l'os frontal épaissi et la partie moyenne de cet étage
est également presque remplie par le même os. La selle turcique est
large, son plancher en partie érodé. Dans cette région on trouve une
énorme masse néoplasique, formée dans le pharynx, les cavités orbi-
taires, les sinus éthmoïdaux, et ayant détruit le plafond des fosses
nasales; le plafond de l'orbite a été beaucoup plus envahi à gauche cfu'à
droite. Après avoir enlevé le cerveau, sur la ligne médiane de la surface
de la tumeur exposée à la base du crâne, se projette un pédicule, plus
foncé que la masse néoplasique. C'est l'infundibulum. Il mesure 5 milli-
mètres de diamètre et s'insère sur une élévation arrondie de 15 sur
6 millimètres et de la même coloration que la tige. Quant à la tumeur,
sa surface est blanche, lobulée, les lobules larges de 2 à 4 millimètres
étant séparés par des fissures étroites, mais profondes. A la coupe la
(ilGANTISME KT ACROMEGALIE. 261
portion superficielle de la tumeur est blanche et nettement lobulaire;
un exsudât fluide et gélatineux sourd de la surface de section. Dans la
profondeur, la tumeur est plus homogène et l'exsudat visqueux est plus
abondant. Plus profondément encore, des travées rouge foncé la
traversent. La portion de la tumeur enlevée avec l'hypophyse pèse
150 grammes, mais une quantité certainement beaucoup plus grande
fut ramassée en morceaux ou laissée en arrière.
Le cerveau pèse 1450 grammes. La distance du pôle frontal au pôle
occipital est de 18 centimètres; diamètre transverse : 14"°', 5. 11 existe
une déformation marquée de l'hémisphère gauche en rapport avec
l'oblitération de la fosse antérieure du crâne. Le lobe frontal a été
comprimé en haut et à droite; il se termine par une bande étroite le
long de la scissure médiane. La partie inférieure de cette bande est à
8 millimètres au-dessus du pôle du lobe frontal droit, sa largeur est de
15 millimètres à la base, de 8 millimètres à la partie inférieure. Sur la
gauche, au delà, la substance cérébrale a été comprimée en sorte que
la face inférieure du lobe frontal est à 5"", 5 plus haut qu'à droite. Le
lobe temporo-sphénoïdal est également plus petit et comprimé à
gauche: sa face inférieure mesure i'"^,b d'avant en arrière, tandis qu'à
droite elle mesure 5"'", 7. D'une manière générale les circonvolutions
cérébrales sont larges et aplaties, les sillons peu profonds. Le nerf
optique est plus étroit du côté gauche ; les autres nerfs crâniens sem-
blent symétriques.
La longueur de la moelle et du bulbe, depuis la protubérance jus-
qu'au fdum terminale, est de 60 centimètres. Au-dessous de la région
thoracique moyenne, on trouve, sur le côté de la dure-mère, beaucoup
de plaques épaisses et en partie calcifiées, rugueuses et granuleuses à
leur face interne, polies au niveau de leur attache à la dure-mère. La
plus large de ces plaques mesure 5 sur 1""",2. A l'une d'elles, une racine
nerveuse est adhérente.
Examen histologioue. — A. La tumeur molle. — Toutes les parties en
ont été examinées et la structure a été trouvée partout essentiellement
la même. Elle est faite de cellules ordinairement fusiformes avec de
gros noyaux ovales ou arrondis. 11 y a de nombreuses figures karyo-
kinétiques. Le protoplasma cellulaire se colore faiblement. Il n'y a
aucun rapport avec la structure glandulaire ou quelque autre structure
épithéliale, car les cellules n'ont pas d'arrangement définitif. La texture
est lâche, en raison de l'abondance d'une substance intercellulaire
finement granuleuse et colorée légèrement par l'hématoxyline. Assuré-
ment elle représente en partie le produit de coagulation de l'abondante
matière visqueuse observée microscopiquement. Dans les parties plus
profondes de la tumeur, les modifications dégénératives s'accentuent :
il y a de vastes zones nécrotiques et aussi hémorragiques. L'aspect
lobule de la surface s'explique par la présence de bandes fibreuses
perpendiculaires; on en retrouve de semblables dans la profondeur;
par places, des cellules, quelquefois en karyokinèse, reposent sur des
262 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
travées. En certains endroits, plus spécialement dans le voisinage de
Fhypophyse, on trouve des épines osseuses, dont c[uelques-unes sont
riches en corpuscules osseux et, sans doute, de formation récente. Çà et
là, on voit des cellules géantes. La tumeur peut être désignée un
sarcome ostéoplastique avec œdème et dégénérescence muco'ide.
B. — UhypopJtyse et ses relations avec la tumeur. — Après une section
préalable à travers l'inlundibulum, des coupes sagittales sériées ont été
faites sur chacune de ces
deux moitiés. Une mem-
brane fibreuse, la dure-
mère, sépare l'hypophyse
de la tumeur; la limite
nette est très visible à
l'œil nu par suite de la
différence de coloration.
A gauche, la tumeur et
l'hypophyse sont, sur un
point, directement en
contact, mais la sépara-
tion est nette et il n'y a
pas de formes cellulaires
de transition, llya quel-
que hypertrophie de l'hy-
pophyse, la plus grande
longueur sur les coupes
étant de 20 millimètres;
en ce point elle mesure
y 8 millimètres de haut en
bas. La structure histo-
logique est essentiellc-
.- ^ -*, ^ ' ment normale : on y
.. -,^* trouve les cellules habi-
^ _ „ , r' , , tuelles, grandes, nette-
FiG b(). —Base du Cl ane du "eantWilkins, montrant tout 4. a • i-,"i ri"
l'étape anteiieur lempli pai le saicome osteoplastuiue. nient éOSinopiUles, dis-
posées en colonnes allon-
gées ou en pelotons d'environ la taille d'un glomérule rénal; on y
trouve également des cellules plus petites, avec un cytoplasme légère-
ment coloré en bleu par l'hématoxyline, des noyaux arrondis et une
disposition plus ou moins glandulaire. Dans la portion extrême droite
du lobe antérieur, c'est ce seul type de cellules qu'on observe et la
disposition glandulaire est moins apparente. H y a un petit nombre
d'espaces contenant une substance colloïde et bordés par un épithé-
lium. Les vaisseaux engorgés sont nombreux. On trouve aussi de
nombreuses hémorragies, quelques foyers consistant en petits paquets,
arrondis et fortement colorés, des cellules mononucléaires, un corps
amyloïde, et, par endroits, les cellules épithéliales éosinophiles sont
GIGANTISME ET A< ;ROMÉGA[JE. 263
vacuolées. Par places, les travées et la tunique adventice des petits
vaisseaux ont un aspect hyalin. A la frontière de ces zones on trouve
généralement des dépôts pigmentaires, indiquant qu'elles marquent
sans doute le siège d'anciennes hémorragies.
Le lobe postérieur est petit et constitué par une substance finement
granuleuse, légèrement colorée par l'hématoxyline et contenant un
petit nombre de noyaux allongés et étroits, fortement colorés, avec de
petits vaisseaux nombreux et engorgés.
... Sur le crâne, la texture de la tumeur, par endroits, est iàche,
rappelant la dégénération mucoïde ou l'œdème. On trouve toutes les
transitions entre le tissu de la tumeur osseuse et celui de la tumeur
molle.
... La substance cérébrale est normale.... Il en est de même pour la
moelle : les plaques calcifiées des méninges spinales renferment de l'os
véritable.
Les deux nerfs optiques sont notablement dégénérés, surtout à
gauche.
... L'examen histologique de la thyroïde (goitre colloïde simple), des
poumons, de la rate, de l'intestin, du foie, du pancréas (normal), des
surrénales (id.), des reins, ne fait que confirmer les constatations
macroscopiques et le diagnostic anatomique mentionnné ci-dessus
(page 259).
... Les testicules montrent des modifications notables des tubes sémi-
nifères : immédiatement en dedans de la membrane basale les cellules
testiculaires sustentaculaires et spermatogéniques ont subi une dégé-
nérescence hyaline. Dans quelques tubes, la dégénérescence hyaline
est avancée au centre, tandis que, dans d'autres, la zone hyaline sépare
les cellules normales de la membrane basale. Quelques tubes semblent
normaux. 11 y a une légère augmentation du tissu fibreux et quel-
ques zones d'infiltration des cellules rondes.
Examen bactériologique (E. H. Ruediger). — Rien n'a poussé avec le
sang du cœur; les ulcérations intestinales ont fourni deux organismes :
l'un, coli-bacille typique; l'autre, bacille non identifié, mais possédant
quelques-uns des caractères du bacille de Shiga et du coli-bacille
ordinaire.
Examen chimique (D' H. -G. Wells) de la glande thyroïde. — Dans
chaque gramme de substance glandulaire, la quantité d'iodine est
normale; mais, étant donnée l'énorme augmentation du volume total de
la glande, la quantité totale est six fois plus considérable que norma-
lement.
Tout aussi probant est le cas du jeune géant Me Indoo, dont
nous devons encore la relation à Woods Hutchinson.
26^1 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Observation XVI. (Woods Hutchinson.)
Le géant Me Indoo (*).
James Me Indoo est un garçon de 18 ans, le second de huit enfants,
tous normaux et bien portants, comme les parents. A sa naissance,
il pesait 9 livres, et sa taille, comme son développement, n'attirèrent
pas spécialement l'attention jusqu'à l'âge de 13 ans; à cette époque, il
commença à grandir très rapidement et il a atteint actuellement la hau-
teur de 7 pieds 1 pouce et le poids de 508 livres.
Son intelligence est à peu près celle d'un garçon de 10 ans; bien que
sa force musculaire soit grande, ses mouvements sont lents et mal
coordonnés. Son appétit est énorme et il dort de 15 à 20 heures d'une
seule traite. Sa poitrine est fort grande, mesurant 49 pouces 1/2 en
pleine inspiration, avec une expansion de 10 pouces 1/2. Son dévelop-
pement sexuel est en retard.
Les caractères acromégalic|ues sont : 1° la taille disproportionnée
des mains et des pieds des deux côtés, ce qui est bien visible sur sa
photographie. Ses pieds ont IG pouces de long, c'est-à-dire 2 pouces
au-dessus de la normale, le sixième de la taille. Sa main a une ouver-
ture de 14 pouces, soit 80 pour 100 au-dessus de la normale, tandis que
la taille est seulement de 25 pour 100 au-dessus de la normale; 2° l'épais-
seur, en forme de coussin, de ses pieds, bien C{ue les mains soient
comparativement bien formées ; 5" les grandes dimensions de la portion
faciale de sa tête par rapport à la portion crânienne. II peut porter un
chapeau n" 9 et la circonférence de son crâne n'est que de 2G pouces,
ou 5 pouces au-dessus de la moyenne, et cette augmentation sans
doute est due pour beaucoup aux sinus frontaux augmentés; 4° les
dimensions énormes de l'orbite comparées avec celles de l'ouverture
palpébrale, ce qui est dû sans doute à l'augmentation des sinus malaires
et frontaux.
Ce géant est mort un an après avoir été observé par Woods
Hutchinson, et son autopsie a été pratiquée par le D' Cooley, de
Madelia (Minnesota). Nous remercions bien sincèrement le
D' Woods Hutchinson qui a bien voulu nous faire parvenir le
protocole encore inédit de cette autopsie :
James S. Me Indoo : 19 ans.
Poids : 525 livres.
Woods Hutchinson, Neiu-York med. Journ., 21 juillet 1900
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE. 265
Hauteur dans la station debout : 7 pieds 5 pouces.
Longueur sur la table d'autopsie : 5 pieds 11 pouces 3/4.
Face augmentée dans tous les sens. Maxillaire inférieur en retrait,
long et presque étroit, pour ainsi dire sans angle. Arcade sourcilière
très proéminente avec front saillant. Cheveux bruns et épais.
Mensurations du crâne :
Circonférence par le verLex et le menton 75 centimètres.
— biauriculaire 40 —
— de la racine du nez à l'occiput . . 57 —
— occipito-bregmatique : 65,5 —
Pas d'asymétrie apparente de la tête.
Les mains et les pieds sont augmentés dans tous les sens.
Longueur du bras gaucbe 58 1/2 pouces. .
— — droit 58 —
Le poignet n'est pas élargi (circonférence : 27 centimètres).
Longueur de l'index 15,5 centimètres.
— du médius 16 —
— du pouce 9 —
Hauteur du buste 44 pouces.
Longueur du pied 52,5 centimètres.
Circonférence de la cheville 25,4 —
— du cou-de-pied 41 ^
— au milieu du [pied 55 —
— au niveau des articulations. ... 44 —
— ' métatarso-phalangiennes 52,5 —
Le cuir chevelu est épais et fibreux, contenant peu de graisse. Sur sa
face interne il est lisse et sans adhérences. Le péricrâne est également
lisse. Les muscles temporaux ne sont ni volumineux, ni bien déve-
loppés. Les fosses temporales sont très profondes.
Les sinus frontaux sont énormément développés dans tous les sens. Les
os du crâne sont minces et fragiles. A l'extérieur, ils ne présentent ni
saillies, ni dépressions. Les sutures ont disparu. La face interne est
très irrégulière. Les gouttières pour les sinus et les vaisseaux sont
profondes. La table externe a une épaisseur de 1""",5 en avant et de
1 millimètre en arrière. La table interne est épaisse de 1 millimètre en
avant et en arrière. Sur la ligne médiane, l'os occipital présente une
gouttière profonde, qui remplace le pressoir d'Hérophile. La dure-mère
est légèrement épaissie. Les vaisseaux sont gorgés de sang.
Base. — Les sinus sont remplis de caillots foncés. L'étage antérieur
est petit et peu profond ; l'étage moyen est petit latéralement, mais
profond. Les os sont très irréguliers. L'étage postérieur est profond et
large. Le trou occipital mesure 10 centimètres sur 12, et est excavé en
arrière.
266
GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
FiG. 67. — Face inférieure du cerveau
(tumeur de l'hypopliyse) du géant
Me Indoo. (Woods Hutchinson.)
Le plancher de l'étage moyen est occupé par une tumeur. La dure-mère
est épaissie et adhérente. L'os est excavé des deux côtés, mais plus profon-
dément à gauche. Les grandes et les pjetites ailes du sphénoïde, le corps et
la lame criblée de fethmoïde ont en partie
disparu à gauche et un peu à droite égale-
ment.
Cerveau. — Les lobes frontaux sont
pauvrement développés, par absence de
circonvolutions et augmentation du
tissu conjonctif. La tumeur, représentée
par le corps pituitaire hypertrophié, enve
loppe les bandelettes optiques. Le nerf
optique à gauche est entièrement détruit.
Les nerfs 111, IV, V et VI du côté gauche
sont tous compris dans la tumeur; il en
est un peu de même à droite.
Le corps pituitaire qui forme celte tu-
meur mesure S'^™,^ et A centimètres. Il existe aussi une tumeur kystique
dans la scissure de Sylvius, près de rinsula de Reil.
Poids du cerveau : 60 oz.
Poumons normaux, sans ad-
hérences pleurales.
Le corps thyroïde n'est pas
développé.
Le thymus est absent.
Cœur relativement petit; poids
estimé : 9 oz. Ventricule droit
dilaté. Ventricule gauche con-
tracté. Pas de graisse à la sur-
face du cœur, pas d'adhérences
péricardiques.
Foie normal. Vésicule biliaire
vide.
Rate hypertrophiée ; poids :
12 oz.
Estomac agrandi, d'une capa-
cité estimée à 2 gais. Agrandis-
sement proportionné. La grande
courbure mesure 29 pouces 1/2 Fig. 68. — Base du crâne du géant Me Indoo.
et la petite II nouces. (Dilatation de la selle turcique.) (Woods Ilur-
r ' , , ' , . CHINSON.)
Les capsules surrénales sont
kystiques et si endommagées qu'on ne peut les extraire.
Reins lobules, hypertrophiés. Capsule non adhérente. Écorce et sub-
stance interpyramidale très augmentées. Les deux reins sont très
congestionnés et hémorragiques. Poids du rein gauche : 10 oz. Poids
du rein droit : 14 1/2.
GIGANTISME ET AGROMEGALIE. 267
Organes génitaux petits, mal dévelopjjés. Testicules de la taille d'une fève
{lima bean).
II n'y avait pas de prognathisme du maxillaire inférieur, ni d'exophtal-
raie. A ma connaissance, on ne reconnut jamais dliémianopsie; mais
Vœil gauche était aveugle et il y avait quelque trouble de l'œil droit.
Il était diabétique.
Les extrémités étaient volumineuses, donnant l'impression de Vacromé-
galie.
Ces faits, qu'on pourrait aisément multiplier, démontrent
surabondamment que dans cette forme du gigantisme que nous
étudions, comme dans l'acromégalie, llnjpertrophie apparaît,
suivant l'expression classique de Pierre Marie, de préférence sur
les os des exLrémités et sur les extréniilés des os. Et toutes ces
dimensions de mains, de pieds ou de souliers de géants histo-
riques que nous avons rapportées, mettent en lumière leur lon-
gueur disproportionnée, même par rapport à la stature, car
riiyperbole habituelle aux gazetiers des phénomènes a dû
porter également sur les deux chiffres.
En tout cas, cette même disproportion est constatée dans les
plus récentes observations, avec toute la rigueur scientifique.
« La main de Lady Aama (Obs. III), au lieu d'être d'accord avec
les canons artistiques, I/IO de la hauteur totale (2"\02), c'est-
à-dire égale à 20 centimètres, était longue de 285 millimètres,
soit près de 1/7 de la taille; elle avait, en outre, la forme spé-
ciale en battoir, avec des doigts carrés du bout et de largeur
uniforme sur toute leur longueur. Les pieds, au lieu d'être les
5/19 de la taille, soit 0™,52, mesuraient 0"\55. »
Mains caniardes, en battoir (P. Marie) ou en bêche [spade-like
des auteurs anglais), mains capitonnées (Péchadre), aux plis
accentués et profonds; doigts énormes, aussi gros à leurs bases
qu'à leurs extrémités, doigts en saucisson (P. Marie), carrés du
bout, aux ongles striés longitudinalement; pieds camards, plus
élargis et épaissis qu'allongés, et présentant les mêmes défor-
mations que les mains, tel est le signalement propre aux
segments distaux des membres chez les acromégaliques. On
vient de voir que ce signalement convenait également bien aux
géants que nous étudions en ce moment.
Mais, ici, une distinction est nécessaire : elle fut indiquée par
268 CJr.AMISME ET ACROMEGALIE.
Pierre Marie dans celte même communication où il se mainte-
nait cnergiquement dualiste contre les auteurs qui voulaient
identifier le gigantisme et racromégalie : « Les acromégaliques
à début précoce sont, d'une façon générale, un peu plus
élancés, un peu moins « cubiques » que les acromégaliques à
début tardif, et même, quand la hauteur de leur taille ne pré-
sente rien d'extraordinaire, on peut, par la seule inspection des
mains chez ces malades, fixer avec une certaine vraisemblance
l'époque du début de l'acromégalie.... Il y a lieu, à côté du type
massif cubique, en battoir, sur lequel j'ai plus particulièrement
insisté, de décrire un autre type de déformation de la main chez
les acromégaliques, ce dernier consistant toujours en une
augmentation de volume, mais cette fois, avec un certain déve-
loppement en longueur à peu près proportionnel au développe-
ment en largeur, de telle sorte qu'ici la main, étant plus longue
et moins grosse, n'est réellement pas aussi monstrueuse que
dans le type massif oi^i le développement se fait presque exclu-
sivement en largeur. Dans le premier type, par suite d'une
moindre épaisseur des parties molles, les doigts semblent
beaucoup plus noueux, les espaces interrosseux plus excavés,
au point que, dans certains de ces cas, on pourrait penser à un
certain degré d'amyotrophie des muscles propres de la
main ('). »
Si donc ce type de déformation <( en long » des mains peut se
rencontrer chez des acromégaliques de taille ordinaire (la
malade présentée par P. Marie ne mesurait que i"',65), à plus
forte raison le trouvons-nous chez nos géants, de préférence au
type « en large », beaucoup plus rare chez les acroméga-
liques de taille élevée.
La cause prochaine de ces deux types de mains acroméga-
liques paraît bien résider dans la date plus ou moins retardée
de l'ossification des cartilages épiphysaires, l'hyperostéogenèse
enchondrale l'emportant, dans le type en long, sur l'hyperos-
téogenèse périostique, habituelle dans les cas classiques, à
début tardif. Ainsi, nous trouvons, dans cette étude des mains
acromégaliques, la confirmation des idées que nous exposons
sur les rapports de l'acromégalie et du gigantisme, et nous
(1) Soc. méd. des Hop., l' mai 1896.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 269
pourrions dire que les mains allongées, élancées, non cubiques,
sont celles des sujets aux cartilages épiphysaires 7ion ossifiés, le
type massif ou en large pouvant cVailleurs venir se greffer sur le
type en long, après F ossification, plus ou moins retardée, des
épiplujses.
Chez les géants acromégaliques, les déformations qui portent
sur le tronc sont tout aussi caractéristiques que celles de la face
et des extrémités. A cet égard, le trait le plus frappant, le plus
fréquemment observé et de tout temps, c'est qu'un assez grand
nombre de géants ont vu leur taille diminuer, s'affaisser, pour
ainsi dire; et il est indéniable que les géants bossus sont beau-
coup trop nombreux pour qu'on ne puisse voir là qu'une
simple coïncidence.
Parmi ceux dont l'histoire a gardé le souvenir, le plus ancien
est celui de l'empereur romain Antonin le Pieux (') que nous
avons mentionné (voir page 8), et qui, voyant sa taille se
voûter, avait eu l'idée de se garnir la poitrine d'une sorte de
corset en tablettes de tilleul. « Cette tardive voussure, surve-
nant chez un individu de très grande taille, écrit Henry Meige ('),
qui rapporte ce fait d'après Garnier, ne rappelle-t-elle pas les
déformations analogues qu'on observe dans l'acromégalie?
Malheureusement l'histoire est muette sur les apparences des
extrémités d'Antonin le Pieux. »
En revanche, les renseignements que nous possédons sur
d'autres géants bossus, récemment observés, sont plus com-
plets et offrent aussi des garanties scientifiques plus sérieuses.
Ainsi le géant Peter Rhyner (Obs. XVII), par suite d'une
cyphose progressive, vit, vers l'âge de 56 ans, sa taille se
réduire à 1",58, en même temps que ses extrémités (face,
mains et pieds) augmentaient de volume comme dans l'acro-
mégalie.
A ce titre, comme à plusieurs autres, son observation
mérite d'être reproduite.
(') Cilé par Garnier, loc. cit. Note de la page 279.
(-) Arch. fjén. de Méd., octobre 1902.
270 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Observation XVII. (Fritsche et Klebs.)
Le géant Peter Rkyner (').
Peter Rhyner, 44 ans, célibataire. Aucune affection analogue n'au-
rait été observée dans la famille. Lui-même était né avec toutes les
apparences d'une santé normale, pas de rachitisme, et d'ailleurs aucune
maladie. Dans les premières années de l'âge adulte, il comptait à
Elm parmi les gens de taille moyenne (les habitants de ce pays sont
réputés pour leur taille haute et leur belle stature). Le malade ne sait
pas au juste combien il mesurait, mais il se souvient que, quand
il était militaire, il avait un peu plus de 6 pieds. Il était alors parfai-
tement droit. Le poids du corps était de 75 kilogrammes, il aurait môme
un moment atteint 83 kilogrammes.
La maladie actuelle commença il y a huit ans, c'est-à-dire à l'âge de
50 ans, par des douleurs et de la faiblesse dans les mains. Les douleurs
ne se localisèrent pas aux: seules articulations, mais siégèrent vraisem-
blablement sur tous les points. Elles sont décrites par le malade
comme des torsions, des tiraillements. En même temps, il y avait un
léger gonflement des mains avec rougeur de celles-ci ; d'après la des-
cription du malade, il ne s'agissait pas là d'un processus aigu inflam-
matoire, non plus que d'un véritable œdème, car la pression ne for-
mait pas le godet.
Peu à peu les douleurs remontèrent dans les bras et se montrèrent
tantôt plus, tantôt moins sur tout le corps. Les douleurs de tête furent
particulièrement pénibles, elles étaient fréquentes ; depuis les six der-
nières années, elles étaient restées localisées derrière les oreilles ;
depuis les trois dernières années, elles s'étaient étendues, avec moins
d'intensité, à toute la tête. Le visage a toujours été un peu pâle et l'est
resté. C'est seulement dans les deux dernières années que les jambes
devinrent douloureuses, particulièrement les genoux en été, mais
jamais les pieds n'ont été notablement douloureux. Dans le temps le
malade prétend avoir eu des fourmillements dans la main et une dimi-
nution de la sensibilité, mais tout cela a disparu, ainsi qu'une tendance
très marquée à suer des mains.
En même temps que ces sensations douloureuses suivent l'augmenta-
tion du volume des mains, des pieds, des oreilles, des lèvres, et même
de toute la tête, du cou et des genoux, c'est l'épaississement des doigts
qui attire tout d'abord l'attention, en dernier lieu celui des genoux ;
d'qilleurs, l'augmentation de volume paraît être survenue partout en
(') Fritsche et Ivlebs, Ein Beitrage zur PaUiologie des Reiseniouchses Klinische
und pathotogisch anatomische Untersuchungen. Leipzig, 1884. — Nous reprodui-
sons cette observation telle qu'elle a été publiée par Pierre Marie, Nouv.
Icon. de la Salpêlrière, 1889.
GIGAiNTISME ET ACROMEGALIE. 271
même temps. La circonférence du thorax s'accrut aussi d'une manière
très notable, mais, d'après la conviction du malade, les bras et les
jambes n'auraient éprouvé aucune modification en longueur.
C'est également à cette époque que se produisit une incurvation de ia
colonne vertébrale, une cyphose lentement progressive.
Depuis environ deux ans, l'augmentation de volume des différentes
parties du corps et de la cyphose s'est arrêtée, et, en effet, pendant
toute l'année où M. Fkitsche a pu l'observer, il n'a constaté aucune
modification.
A peu près en même temps que les autres symptômes survint une
faiblesse qui, en quelques années, s'accrut au point de lui rendre très
pénible une marche de quelques minutes; depuis quatre ou cinq ans,
dyspnée au moindre effort ; depuis six ou sept ans fréquentes palpi-
tations.
Le malade n'a jamais été un fort mangeur. Constipation depuis de
nombreuses années. On n'a pas remarqué que la quantité d'urine fût
anormale.
Depuis plusieurs années, perte de toute excitation génitale; na plus de
pollutions.
Le malade prétend avoir remarqué une diminution de la mémoire.
Les yeux seraient devenus plus faibles, mais l'ouïe et les autres sens
sont bien conservés.
Au premier coup d'œil, augmentation de la tête, des mains, des pieds,
faisant un contraste frappant avec le peu de longueur du corps ; celle-ci
trouve son application dans l'existence de la cyphose très prononcée
qui a amené un raccourcissement du corps: la tête, vue par le devant,
est trop grosse, comparativement au crâne, par suite de la forte cyphose
entre les épaules. La face et surtout sa partie niférieure, notamment le
nez, les lèvres, le menton, surprennent par leur proéminence; les
dimensions du pavillon de l'oreille semblent aussi expressives (Fig. 69).
Le pénis est grand, mais non d'une façon extraordinaire, le scrotum
et les testicules sont entièrement atrophiés.
Les jambes et les bras sont d'une maigreur qui contraste avec le
volume des pieds et des mains. Les genoux sont notablement épais en
comparaison avec les cuisses et les mollets.
Voici quelques-unes des mensurations données par Fritsche et
Klebs.
Longueur du corps dans la position debout. . . . 158 cenLimètres.
— — sur la table de raniphithéâtre. 169 —
Poids du corps 79,5 kilogrammes.
Distance du menton à l'occipul 29 centimètres.
Hauteur de la face (du menton à la glabelle) . . . 16,5 —
Longueur du pavillon de l'oreille gauche 8,5 —
— — droite 9 —
Largeur — gauche 4,5 —
— — droite 4 —
Dos du nez 6 —
Longueur du nez 5,5 —
272 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
Largeur delà bouche 6,5 centimètres.
Épaisseur de la lèvre inférieure 2 —
Distance du menton à l'articulation temporo-maxil-
laire droite 15 ,6
Distance du menton à l'articulation temporo-maxil-
laire gauche 15,2 —
Distance du menton à l'angle du maxillaire infé-
rieur 11 —
Distance d'un angle du maxillaire inférieur à celui
du côté opposé 12 —
Distance du menton au bord des incisives infé-
rieures 6,25 —
Longueur de la langue 6 —
Circonférence du cou au-dessous du larynx ... 45 —
Diamètre antéro-postérieur du cou 15 —
— transversal 10,25 —
Circonférence du thorax à la hauteur du mamelon. 111 —
— — de l'appendice xiphoïde .50 —
Diamètre vertical au niveau de la 12° vertèbre
cervicale à l'appendice xiphoïde 56,5 —
Longueur totale du bras droit 81,5 —
— — gauche 81 —
Circonférence de la main 51 —
Longueur de la main (2" au 5*= doigt) 11 —
— — (1" au 5= doigt) 13 —
Circonférence du pouce 10 —
— du médius 10 —
Distance de l'épine iliaque antéro-supéricure à la
plante du pied 105 —
Longueur du pied droit 29 —
— — gauche 28 —
— du gros orteil droit 9 —
— — gauche 8 —
Longueur du pied au niveau du renflement du
gros orteil droit 11,5 —
Longueur du pied au niveau du rendement du
gros orteil gauche 11,5 —
Circonférence du genou droit 41,5 —
— — gauche 41 —
— du gros orteil 12 —
MM. Fritsche et Klebs font remarquer que, tenant compte de la
perte de la taille due à la cyphose, on arriverait à évaluer la hauteur de
cet homme avant sa maladie à environ l"',7o.
On voit d'après ces mensurations que les os de la lace sontaugmentés
de volume, le front est très bas en comparaison avec les autres parties
de la face. La largeur de la région bimalaire est augmentée sans que les
os malaires paraissent proéminer d'une façon notable. Le maxillaire
inférieur est plutôt augmenté dans la direction antéro-postérieure C[ue
dans la direction transversale. Quoique le palais semble haut et étroit,
la distance entre les canines supérieures est cependant plus grande que
chez un individu normal.
Les oreilles, le nez, les lèvres et la langue montrent une augmentation
très notable de volume.
GICAMISME ET ACROMEGALIE. 273
La circonférence du cou a atteint un chiffre élevé, c'est surtout le dia-
mètre antéro-postérieur qui est augmenté.
Au tronc, en outre du raccourcissement dû à la cyphose, il faut
relever l'augmentation très notable de la profondeur du thorax (dia-
mètre antéro-postérieur), tandis que le diamètre transversal est plutôt
petit. Le sternum a une longueur assez considérable. Les omoplates et
les clavicules, au contraire, ne sont pas augmentées.
La largeur du bassin est certainement accrue, même en tenant
compte de l'épaississement des téguments.
Aux membres supérieurs les bras ne présentent pas d'accroissement
dans la longueur; les os de l'avant-bras sont un peu plus longs que
ceux d'un sujet type, mais c'est seulement la main qui montre une réelle
différence. En comparant les différents segments du membre supérieur
avec ceux d'un sujet normal, on constate que « les bras de Rhyner sont
moins gros, que ses avant-bras ont le même volume et enfin que ses
doigts sont hors de toute comparaison ».
Le malade semble atteint d'une anémie très marquée. Les téguments
sont pâles, un peu secs et assez pigmentés. Pas de taches pigmentaires,
de varices ni d'œdème. Pas d'infiltration éléphantiasique de la peau,
pas de verrues. Au mollet gauche, eczéma chronique sans importance.
Sur le dos, quelques éléments de molluscum fibrosum. A l'abdomen
qui est court et un peu rentré, la peau assez riche en graisse est
coupée de plis profonds transversaux dont l'un cache le nombril. Aux
paumes des mains et aux plantes des pieds, la peau est résistante et
massive et se laisse soulever en gros plis mous. Elle paraît hypertro-
phiée dans toute son épaisseur et le tissu conjonctif sous-cutané l'est
également, peut-être plus encore. Cette hypertrophie se remarque aussi
aux coudes et aux genoux. La peau y semble comme trop large, elle est
extraordinairement mobile et se laisse saisir en gros bourrelets mous
bien plus largement que d'habitude. L'accroissement anormal de la
peau est surtout visible à la région occipitale. Au niveau de la protu-
bérance occipitale externe, se trouve une exostose horizontale en forme
de peigne d'environ 5 centimètres de long et de 1 centimètre de haut
dans la région moyenne (vraisemblablement congénitale). Au-dessus
d'elle, jusqu'à peu près à la hauteur du sommet de la tête, on trouve
dans le cuir chevelu quatre à cinq bourrelets longitudinaux ayant envi-
ron l'épaisseur d'un doigt et une longueur de près de 12 centimètres.
Au-dessous de ces bourrelets, on sent des éminences osseuses, apla-
ties, allant des os pariétaux à l'écaillé de l'occipital.
Les cheveux sont abondants et épais; ils croissaient avec une rapidité
notable; les poils du corps sont peu développés; la barbe et les poils
du pubis sont peu abondants.
Les ongles sont à la vérité élargis, mais, en comparaison avec les
doigts du malade, ils paraissent plutôt petits. Les phalangettes sont
d'ailleurs comparativement moins développées que les autres segments
des doigts; les ongles poussent rapidement.
LAUXOIS ET ROY. 18
274
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
La musculature est partout flasque et maigre, notamment celle des
extrémités. Seule, celle de la nuque est massive et ferme. La force mus-
culaire est très abaissée; latrophie des muscles est surtout marquée
aux bras, aux mollets, et notamment aux éminences thénar et au dos
de la main, où, par suite
de la disparition des inter-
osseux, de profonds sillons
se voient entre les méta-
carpiens.
Parmi les artères acces-
sibles à la palpation, les
fémorales et brachiales
montrent une certaine ri-
gidité, mais les radiales
et les temporales sont
souples.
Le pouls est pour la
grandeur du corps, et
même d'une façon abso-
lue, petit et faible ; le nom-
bre des pulsations est peu
frécjuent (48 à la minute).
Les ganglions inguinaux
sont un peu gros ; à pai't
cela il n'existe nulle part
de tuméfaction ganglion-
naire.
Les dents sont écartées
l'une de l'autre (moins en
avant ciu'eu arrière) ; et
cela paraît-il beaucoup
plus cju'auparavant: elles
sont de grosseur normale.
Quand les mâchoires sont
fermées, les dents de l'in-
férieure dépassent celles
de la supérieure.
Le larynx et l'os hyoïde
ne semblent pas augmen-
tés de volume.
Aux genoux, les extrémités articulaires sont épaissies, indépendam-
ment de l'hypertrophie de la peau. Aucun exsudât dans les jointures,
mais, dans les deux genoux, crépitations lors des mouvements comme
dans l'arthrite déformante. Dans l'articulation scapulo-humérale il
existe également des frottements secs.
Au niveau du rachis cyphotique, les trois à quatre premières vertèbres
Fi G. 69.
- Le géant Peter Rhyner (face).
(Fritsche et Klebs.)
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
275
dorsales (aijophyses épineuses) sont à peu près de la même hauteur,
c'est-à-dire se dirigent horizontalement en arrière; au-dessous, des
apophyses épineuses se disposent de telle façon que, au niveau de la
neuvième ou de la dixième, le point le plus proéminent en arrière est
atteint, pour de là descendre
presque verticalement, seule-
ment avec une très légère lor-
dose, jusqu'au sacrum. La mobi
lité du rachis, à part celle du
cou qui est tout à fait libre, ne
peut être démontrée que dans
la région lombaire et y est fort
limitée.
L'incurvation est une cyphose
presque pure, il n'existe qu'un
léger vestige de déviation vers
la droite. Correspondant à la
cyphose, le sternum est, dans sa
partie inférieure, notablement
déjeté en avant, de sorte que sa
direction est très oblique en
avant. C'est seulement à la par-
tie inférieure qu'il est vertical
sur une très petite étendue, pour
se continuer alors avec l'appen-
dice xiphoïde fortement plié en
dedans.
Les côtes sont, comme dans
la cyphose en général, dirigées
à pic vers le bas. Le bord infé-
rieur des côtes touche presque
le bord de l'os coxal. Les extré-
mités où s'attachent les carti-
lages sont en partie très apla-
ties et forment un chapelet très
prononcé.
Rien de spécial à la gorge et
au larynx. Des deux côtés, lé-
gère augmentation des lobes du
corps thyroïde. Matité cardiaque : bord supérieur delà deuxième et qua^
trième côte, bord gauche du sternum jusqu'à un travers de doigt en
dehors du mamelon. Large impulsion de la pointe dans la région du
mamelon jusqu'à deux travers de doigt en dehors de celui-ci. Souffle
systolique net à la pointe, faible à la base. Diastole pure. Action du
cœur faible, régulière. La matité de la rate n'a pas été augmentée.
JMatité hépatique : bord supérieur à la quatrième et sixième côte. Le
FiG.
Le géanL Peler Rliyner (profil).
{Fritsciie et Klebs.)
276
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
malade tousse et crache un peu, sécrétion catarrhale modérée. L'urine
ne présente rien de particulier, pas d'albumine, pas de sucre, consti-
pation.
L'intelligence est intacte. Le malade jouit même d'une excellente
humeur. On ne s'aperçoit pas, dans la conversation, de la diminution de
FiG. 71. — Crâne acromégaliquc. (Fritsciie et Klees.)
la mémoire. Les yeux sont hypermétropes, mais d"une acuité visuelle
normale. Les globes oculaires paraissent augmentés de volume. Léger
arc sénile. La sensibilité cutanée normale à la picjùre et au toucher
semble abaissée à l'exploration électric[ue. Ouïe, odorat, goût parfaite-
ment conservés. A part la faiblesse générale, la motilité est partout
conservée, mais lexcitabilité électrique (examinée avec les appareils
vulgaires) est abaissée pour les courants faradique et galvanique.
GIGANTISME ET ACHOMÉGALIE. 277
Malgré Thypertrophie de la langue la prononciation est bonne, la
parole peut-être un peu lente.
Le 17 septembre, le malade éprouva du malaise et eut une syncope;
perte d'appétit, pouls petit; le 18, mêmes symptômes, pouls petit, très
lent; trois nouvelles syncopes dont la dernière se termina par la mort.
De même, le tronc de Jean-Pierre Mazas offrait, nous l'avons
vu, des déformations tout particulièrement caractéristiques
(voir page 220).
Un géant acromégalique, tout à fait comparable aux pré-
cédents par la déformation du rachis, est le Chinois, décrit
dernièrement par le médecin-major Matignon, attaché à la
Légation de France à Pékin.
Observation XVIII. (Matignon.)
Acromégalo-gigantisme chez un Chinois {*).
A la séance du 15 mai 1896, de la Société médicale des Hôpi-
taux, M. Brissaud, parlant des rapports du gigantisme pour les cas
oi^i, au développement exagéré de toutes les parties du corps venait
s'ajouter un excès du processus normal de la « besogne histogénétique »
de la couche périostique d'ossification, portant sur toutes les têtes
osseuses, les sutures des os longs, les tables externes des os larges.
L'observation suivante de l'un de nos malades chinois répond,
croyons-nous, au type acromégalo-gigantique du distingué neurologue.
Un homme de 25 ans, mineur de son métier, vient le 5 juillet 1896 à
l'hôpital français de Hong-Kong de Pékin, se plaignant d'un état de
faiblesse très marqué.
n a eu, pendant son enfance, une santé assez délicate. A 19 ans, il a
eu des accès de fièvre probablement paludéenne et, à ce moment, il a
remarqué c{ue sa colonne vertébrale s'incurvait.
L'aspect de cet homme est des plus typiques, au point de vue de
l'acromégalo-gigantisme. La tête est volumineuse, le faciès est celui
d'une brute, les extrémités sont énormes et frappent d'autant plus par
leurs dimensions, que, chez les Chinois, elles sont particulièrement
fines. Malgré une scoliose considérable, la taille de notre patient est de
l",8o, c'est-à-dire près de 20 centimètres supérieure à la taille moyenne
des Chinois du nord, qui ne dépasse guère 1"',62 à 1",64.
Prenons en détail chacun des organes.
(') J.-J. Matignon, Médecine moderne, 6 novembre 1897.
278
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE.
Tête. — Le front est très bas; les cheveux sont durs comme des crins.
Il n"y a pas de tubérosités anormales sur le crâne. Les apophyses
mastoïdes sont énormes.
Diamètres du crâne : antéro-postérieur, 20 centimètres : bitemporal,
FiG. 7'2('). — Acroniégalo-gigantisme chez un Chinois. (Matig.non.)
IG centimètres. Les arcades sourcilières sont très accusées; les
pommettes peu saillantes. Les yeux sont normaux.
Le nez est gros, épaté.
La lèvre supérieure est peu augmentée, mais l'inférieure forme un
volumineux bourrelet pendant.
Le maxillaire inférieur, très développé, est la cause d'un progna-
(*) Extraite de la Nouv. Iconogr. de la Salpêtrière. 1897.
GIGANTISME ET AGROMÉGALIE.
279
Ihisme considérable : les dénis inférieures sont très écartées les unes des
autres. Les dents supérieures sont en attitude normale.
La langue épaisse et large se meut lourdement dans la bouche. La
voûte palatine est normale. Les amygdales ne sont pas hypertrophiées.
Les oreilles sont grandes et écartées.
Le cou n'est pas très volumineux. Il est infléchi en avant et enfoncé
entre les épaules.
Le corps thyroïde est atrophié.
Thorax. — La colonne vertébrale présente une incurvation énorme.
FlG.
— Acromèi;alo-giganlisme cliez un Chinois. (Maxigmj.n.)
Le périmètre thoracique pris au niveau du point culminant de la
scoliose donne I^/IS.
Le thorax est aplati d'avant en arrière. Le sternum ne fait point
saillie. Les clavicules sont longues, pas très grosses. Diamètre
bi-acromial, 48 centimètres.
Les seins font une saillie assez considérable. A 6 centimètres au-
dessous de ces derniers, se voit un profond sillon circulaire qui semble
séparer le thorax de l'abdomen.
Le bassin est élargi comme chez une femme. Diamètres : bi-iliaque,
37 centimètres; bi-trochantérien, 45 centimètres. Le ventre est plat.
La verge est petite, les testicules microscopiques; à peine des « liari-
cocèles ».
(') Extraite de la Nouv. Iconogr. de la Salpêlrière, 1897.
280 GIGAMISME ET ACHGMÉGALIE.
Le memlire supérieur est très long et grêle. Le deltoïde est légère-
ment atrophié. Les muscles du bras sont peu développés. Le coude est
gros et plus volumineux'que l'épaule. L'avant-bras, développé surtout
dans sa partie inférieure, est plus gros que le bras, tant à droite qu'à
gauche.
Les mains sont remarquablement grandes, 25 centimètres, alors que
celles des Chinois n'ont guère que 17 centimètres en moyenne. Le déve-
loppement est régulier. La paume, très large, n'est pas très épaisse.
Les éminences thénar et hypothénar sont un peu atrophiées et la main
est plate. Les lignes d'opposition y sont très profondément creusées.
Les doigts sont longs, gros, réguliers. Le tissu mou est peu déve-
loppé. Les doigts ne sont pas capitonnés. La tète de la première pha-
lange, à chaque doigt, est surtout développée.
Les ongles sont normaux, sans striations.
La couleur des mains et des doigts est la même que celle de la peau.
Le membre inférieur paraît très long, à cause du raccourcissement
du tronc du fait de l'incurvation vertébrale. La cuisse et la jambe sont
volumineuses. La jambe, au premier aspect, semble œdémateuse, mais
ne Test pas. Elle est ferme au toucher.
Le pied est long et gros, augmenté dans tous ses diamètres. Sa lon-
gueur est de 55 centimètres, et dépasse de 10 centimètres la longueur
moyenne du pied chinois qui est de 25 centimètres. Le pied est plat,
les orteils, surtout les gros, sont un peu en massue.
Phénomènes subjectifs. — L'intelligence obtuse frise l'imbécillité. Le
malade y voit bien, mais est un peu sourd.
Il se plaint d'une fatigue profonde et continue. 11 n"a pas la moindre
force. 11 est incapable de monter seul sur une chaise. 11 reste toute la
journée assis par terre, les genoux relevés, la tête penchée en avant,
les bras reposant sur les cuisses.
Le malade a la tête lourde, plutôt qu'une céphalalgie véritable.
Le sens génésique est totalement aboli, il ii a jamais d'crectioa.
Il urine et transpire beaucoup, a fort peu d'appétit.
11 craint plus la chaleur que le froid.
La sensibilité est très légèrement diminuée.
Ce malade est resté pendant une dizaine de jours à Fhôpital seule-
ment.
Cet homme est un géant. Sa taille, sa largeur d'épaules, le développe-
ment considéi-able, mais régulier, de ses membres inférieurs, de ses
mains, de ses pieds, tiennent du gigantisme, surtout quand on les com-
pare à ceux de ses congénères célestes.
Mais l'incurvation vertébrale, le prognathisme inférieur, le dévelop-
pement exagéré des extrémités inférieures de Thumérus et de celles du
radius, des apophyses mastoïdes, appartiennent à l'acromégalie.
Comme aspect extérieur mon malade avait des analogies avec Jean-
Pierre de Montastruc, étudié plusieurs fois à l'hôpital Saint-André
de Bordeaux pendant mon internat. Mais, tandis que Jean-Pierre était
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 281
fort (je l'ai rencontré souvent parmi les champions des baraques de
lutteurs), mon acromégalique avait une asthénie musculaire pro-
fonde.
11 eût été intéressant desavoir jusqu'à quel âge cet homme a grandi.
Le phénomène acromégalique qui a le premier attiré son attention,
l'incurvation vertébrale, s'est produit vers I*J ans. Il n'y a pas, croyons-
nous, de rapports à établir entre les accidents acromégaliques.
Au bout de six ans, les phénomènes acromégaliques restent limités à
la colonne vertébrale, au maxillaire inférieur, aux apophyses mas-
toïdes, aux extrémités des os du membre supérieur. Il faudrait, chose
impossible, pouvoir retrouver et examiner le patient dans quelc|ues
années, pour savoir si les phénomènes de suractivité histogénique tar-
dive delà couche périostique d'ossification n'auront pas atteint d'autres
parties.
11 est un fait singulier à signaler chez notre homme. A côté d'un excès
de développement de certaines pai'ties du corps, nous voyons des phé-
nomènes d'arrêt et même de rétrocession dans le développement de
certaines autres. Le corps thyroïde, le testicule sont à l'état rudimen-
taire. La verge n'a pas atteint ses dimensions normales. Certains
muscles, le deltoïde, ceux du bras, des éminences thénar et hypo-
thénar, sont partiellement atteints d'atrophie.
Cet homme peut être placé dans le type acromégalo-gigantesque de
M. Brissaud. Le gigantisme, momentanément, l'emporte sur l'acromé-
galie. Peut-être, dans quelques années, la proposition sera-t-elle inver-
sée, les phénomènes acromégaliques ayant le rôle prépondérant.
L'acromégalie seule ou combinée au gigantisme est, croyons-nous,
rare chez le Chinois. Depuis près de trois ans que je suis à Pékin, j'ai
vu passer, soit aux consultations, soit dans les salles des hôpitaux et
dispensaires français, près de 12 000 malades. Le cas ci-dessus relaté
est le seul que j'aie eu l'occasion d'observer. J'ai cependant, il y a peu de
temps, rencontré dans la rue une femme tailare dont la figure et les
mains répondaient au type acromégalique, mais sa taille était absolu-
ment normale.
Dans le groupe des géants bossus doit également prendre
place le chef de gare de ÏÉtal d loiva, sur lequel Woods Hut-
chinson(*) publia la note suivante, si intéressante malgré sa
brièveté. On est amené, après l'avoir lue, à rapprocher la défor-
mation rachidienne qu'il présentait de celle qui existait chez
Jean-Pierre Mazas : chez l'un le « télescopage » était apparu de
bonne heure, tandis que chez l'autre il avait été plus tardif.
(') New-York med. Journ, 21 juillet 1900.
282 GIGANTISME ET A( IROMÉGALIE.
OBSERVATION XIX. (Woods Hutchinson. )
Le chef de gave (jéant (').
Il y a deux ans, j'étais clans un train, me rendant, avec un groupe de
médecins amis, à l'Assemblée de la Société médicale do l'État d'Iowa.
Nous fûmes rejoints à l'une des petites stations par un praticien de
l'endroit qui, sachant c|ue je m'intéressais au sujet, se hâta de m'in-
former que l'employé de la station voisine était, ou, plus exactement,
avait été un géant, et présentait des symptômes si curieux qu'il me con-
seillait de le regarder pendant l'arrêt du train, en vue de faire plus
tard l'étude de son cas. Je me plaçai à la plate-forme d'avant du wagon,
et, comme le train ralentissait en gare, je cherchais des yeux l'individu
en cfuestion, mais, à mon grand désappointement, il n'était pas visible,
employé dans son bureau ou ciuelque part ailleurs. Pourtant, comme
le train s'ébranlait et nous emportait, en face l'extrémité du bureau
des billets, nous découvrîmes le pauvre homme s'efforçant évidemment
d'échapper à la curiosité des voyageurs derrière le bâtiment. En nous
voyant le regarder, il marqua, par sa physionomie et ses gestes, son
ressentiment pour notre curiosité peut-être inconsidérée. Le train se mit
en marche très lentement, et, c[uoic[ue la durée de l'observation ait été
très courte, l'impression qu'il nous fit fut des plus frappantes.
C'était un homme jeune, d'une taille visiblement au-dessus de la
moyenne (étant donnée son attitude, je pourrais dire 6 pieds 7 pouces),
avec un aspect extraordinairement allongé, un prognathisme très net et
d'un teint jaune sale ou terreux. Il était extrêmement abaissé, sa taille
primitive ayant été évidemment bien supérieure. Ses yeux étaient
petits et enfoncés] ses sourcils proéminents; ses bras étaient longs et
inutilisables, pendant le long de son corps de la plus simiesque façon.
Ses mains étaient grosses et déformées et ses pieds parfaitement énor-
mes. En fait, l'impression générale était positivement répulsive et le
pauvre ho)nme offrait une très grande ressemblance avec les grands singes
anthropoïdes, ressemblance que ses gestes et ses grimaces menaçantes
ne pouvaient diminuer. Nous apprîmes par la suite que cet homme
était devenu un phénomène local à un tel degré que presque chaque
train passant à sa station portait un ou plusieurs curieux observateurs
et qu'il fut ainsi conduit à cette méthode puérile mais excusable de
se mettre à l'abri d'une aussi désagréable curiosité. Nous fûmes infor-
més cju'on lui avait persuadé de venir se faire examiner par les mem-
bres de notre Société, dans l'espoir qu'on trouverait c{uelque méthode
pour le soulager; mais ce fut en vain. Peu après mon retour, j'écrivis
à un de mes confrères, praticien de la ville la plus voisine, lui deman-
dant d'être assez aimable pour l'examiner, lui demander son histoire
(1) New-York Mecl. Journ., 21 juillet 1900.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 283
et, si possible, obtenir une photographie et quelques mesures, nie
proposant au besoin d'aller moi-môme faire une étude soigneuse de
ce cas. Mon ami alla très obligeamment faire visite à Fagent de la
station, mais essuya immédiatement un refus catégorique de communi
quer aucun renseignement, de se prêter à aucune mensuration ou de
laisser prendre une photographie. Le pauvre homme était si sensible
aux remarques curieuses et aux regards incjuisiteurs auxquels il était
si constamment soumis que la simple mention de ses défauts ou la
seule prière de les étudier produisait chez lui une invincible irritation.
Tout ce que mon ami, le D' Bell, à l'obligeance duquel je suis très
redevable, put savoir, ce fut son nom (dont, en considération de ses
sentiments, je ne donne que les initiales), son âge et quelques détails
de son histoire.
M. K. H... avait o'i ans et était né dans le Missouri. Dès son enfance
il commença à donner des signes de grande taille et de vigueur et, dès
Vàge de 15 ans, il fut une célébrité locale pour son remarquable déve-
loppement musculaire. A 18 ans, presque 14 ans auparavant, il pensa
qu'il s'était épuisé en luttant contre un attelage de chevaux, ce qui con-
stituait une de ses prouesses. Peu de temps après commença Vincuvva-
tion de sa colonne vertébrale; bien qu'elle ne fût pas suffisante pour
empêcher son exhibition comme géant à la Foire Universelle de 1895, ses
progrès depuis ce temps furent si rapides et il perdit une si rjrande partie
de sa hauteur qu'il dut renoncer tout à fait aux exhibitions et accepta la
position qui lui fut offerte par la Compagnie du chemin de fer. Sa
vigueur commença à décliner beaucoup plus tôt, en sorte que 5 ou 4 ans
avant son incurvation il ne fut plus capable de se montrer pour ses exer-
cices de force. Sa hauteur avait été primitivement de 7 pieds 4 pouces
(2", 25), mais sa taille actuelle ne dépassait certainement pas 6 pieds
5 pouces ou 6 pieds 6 pouces (i'",U8), quoique son affaissement fût si
grand c[u'on pouvait aisément penser qu'il avait atteint autrefois la
hauteur rapportée. Pour ses mains et ses pieds, leur augmentation
était si frappante qu'il n'y avait pas besoin d'aucune mensuration pour
confirmer ce fait qu'ils étaient immensément hypertrophiés. Sa main,
par exemple, était si grande qu'il pouvait prendre une assiette ordinaire
par sa surface plate dans sa main droite, ce qui suppose une envergure
du pouce au médius d'au moins 15 pouces. C'était là une de ses
prouesses. Les mains avaient en outre l'aspect en battoir caractéris-
tique et les doigts étaient épais et en forme de saucisses. Quant aux
pieds, ils étaient la cause principale de ses souffrances, comme le but
facile des plaisanteries du voisinage. L'une des plus admirées parmi
celles-ci fut la déclaration d'un humoriste local cpie jamais il it avait de
souliers neufs, chacun devant être apporté de Chicago dans un ivagon
spécial.
Sa santé générale semblait bonne, sauf qu'il n'était pas capable d'un
effort aussi soutenu c[u'un homme de proportions et de développement
moyens. Son état mental paraissait aux environs delà moyenne et on le
28i GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
disait apte à tous les devoirs de sa situation. Toutefois il semblait
mettre un peu d'irritabilité et d'enfantillage dans son ressentiment
contre la curiosité publique.
Une autre tentative fut faite plus tard pour avoir des mesures et une
photographie, mais fut encore repoussée. Je garde cependant l'espoir
d'être plus heureux dans l'avenir, et, au cas où son affaiblissement
rapide le conduirait à la mort, d'obtenir des mesures et une photo-
graphie après le décès.
L'impression faite par l'aspect de M. K. H. fut si frappante que je
n'hésite pas à déclarer que, pour moi, il pouvait être considéré comme
un cas typique d'acromégalie, commençant de bonne heure et déter-
minant rapidement toutes les manifestations habituelles de cet état
morbide que nous appelons le gigantisme et se caractérisant, dans la
suite, par la forme universellement acceptée aujourd'hui.
Quand rafleclion a atteint un degré aussi marqué, le géant
acrouiégaliqiie, avec son crâne petit, ses rebords orbitaires saillants,
sa face monstrueuse et souvent grimaçante , ses membres démesuré-
ment allongés, ses mains et ses pieds énormes, son dos infléchi et
son thorax élargi latéralement, rappelle absolument Vaspect d'un
singe anthropoïde. Il semble que fétat morbide ait occasionné un
retour vers Vétat ancestral.
Le tableau symptomatique du gigantisme acromégalique ne
comporte pas seulement les grosses déformations, qui sont
l'apanage de Is. Maladie de Pierre-Marie; on retrouve encore
la plupart des signes subjectifs de racromégalie, tels que la
céphalée, les troubles visuels, l'inappétence sexuelle, l'as-
thénie, etc.
On ne s'attendrait guère à retrouver chez les géants l'un des
symptômes subjectifs habituels de l'acromégalie, Vastliénie.
« Les acromégaliques, dit Souza-Leite, se plaignent parfois de
faiblesse générale, de lassitude, d'inaptitude au travail, parfois
d'une envie presque invincible de se coucher, même au com-
mencement de l'affection ('). » Comment concilier cette dépres-
sion physique avec les exploits attribués de tout temps aux
géants"?
Nous avons rapporté quelques-uns de ces exploits légen-
daires et nous avons fait remarquer aussi que, chez tous les
(^) Souza-Leite, De l'acromégalie (Maladie de 1^. Marie). Thè^e de Paris,
1890, p. G4.
GIGANTISME ET ACROMÉGALIE. 285
peuples, on admeltail volontiers que la souplesse intelligente
d'un homme petit ou de taille moyenne triomphait habituelle-
ment, dans les combats singuliers, de la violence lourde et
brutale du géant; la victoire de David sur Goliath est vraie
partout. Cependant la vigueur paraît avoir existé réellement
chez certains géants : il ne s'agit pas seulement des prouesses,
sans doute un peu hyperboliques, de l'empereur romain
Maximin, arrêtant un char lancé avec une seule main, fra-
cassant d'un coup de poing la mâchoire d'un cheval, etc.
(voir page 28) ; — ni du soldat géant de Gharlemagne, Aventinus,
qui renversait des rangs entiers de l'armée ennemie comme une
faux ferait des tiges de blé, et perçait à la fois de sa lance plu-
sieurs combattants qu'il rapportait ainsi sur son épaule('); —
pas plus que du géant anglais Antoine Payne portant sur son
dos un Ane avec sa charge de bois (voir page 28).
Tous ces exploits sont trop visiblement exagérés pour qu'il
en soit tenu un compte rigoureux. Mais, parmi les géants
modernes ou contemporains, parmi ceux mêmes dont nous
avons rapporté l'observation, beaucoup ont été célèbres par
leur vigueur, certains même étaient de remarquables lutteurs,
tels Jean-Pierre Mazas (obs. IX, page 216), le géant portugais
de Brissaud et Henry Meige (obs. XI, page 255), le géant égyp-
tien de Sirena (obs. XLMI, page 585), le malheureux chef de
gare de Woods Hutchinson(obs. XIX, page 280), pour n'en citer
que quelques-uns ('). Mais il suffit de se reporter à chacune
de leurs observations pour constater combien fut éphémère la
gloire de ces géants lutteurs : Abdul-Hool, qu'observa Sirena et
qui faisait de la gymnastique avec des poids de 100 kilos,
mourut à 20 ans. C'est à l'asile des ouvriers invalides que
Brissaud et Meige virent Joaquin Leviz da Silva, lequel autre-
fois, aux courses de taureaux, était réputé parmi les plus
robustes pour terrasser l'animal en le prenant par les cornes.
En ses derniers jours d'exhibition, Jean-Pierre Mazas, le
géant laboureur de Montastruc, qui, jadis, au passant lui
(') Annal. Bo'ior. lib., 4. Cité par Louis Blaxc, Les Anomalies chez l'homme
et les Mammifères, p. 71.
(-) Nous-mêmes avons ohservé un géant lutteur. A..., haut de 2"", 16, et dont
malheureusement nous n'avons pu prendre qu'une ohservation très incom-
nlètc (page 568).
285 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
demandant son chemin, l'indiquait en étendant le bras, allonge
de sa charrue, n'était même plus capable, en sa baraque
foraine, de se tenir debout. Enfin, le chef de gare de Woods
Hutchinson qui, avant la production de sa cyphose vertébrale,
c'est-à-dire de son « télescopage », s'amusait à lutter contre un
attelage de chevaux, à l'instar de l'empereur romain Maximin,
était dans un tel état, quand Hutchinson l'observa, qu'il ne
songeait qu'à se mettre à l'abri de la curiosité publique.
C'est un fait d'ailleurs bien connu que, pour la lutte, le poids
a une influence beaucoup plus directe que la taille. C'est ainsi
que les lutteurs et boxeurs se classent en plusieurs catégories :
poids lourds, poids moyens, poids légers, poids de plumes.
Le premier lutteur de plume sera battu, par exemple, par un
lutteur de poids léger de troisième ordre, quelles que soient
leurs tailles respectives.
Au contraire, la taille des lutteurs ne paraît avoir qu'une
influence très secondaire, et en tant qu'augmentation corres-
pondante du poids. Le lutteur géant A... (obs. XXXIX,
page 568) se classa dans un rang assez médiocre dans le
championnat auquel il prit part, bien que sa taille de 2™, 16
semblât devoir lui assurer de beaucoup la suprématie sur ses
concurrents.
Pour bien apprécier la vigueur réelle d'un sujet, en dehors
du rôle si prépondérant de l'entraînement et de la bonne utili-
sation de la force, il convient de remarquer, comme dit Manou-
vrier, que « les biceps les plus énormes apparliennent aux bras les
plus courts », c'est-à-dire que le type de V eurijplastie est le plus
favorable pour la lutte (').
(') Des deux célèbres boxeurs qui disputèrent, en 1897, le cbampionnat du
monde, celui qui porta 19 coups battit celui qui pourtant lui avait porté
48 coups, ceux du ])remier étant beaucoup plus vigoureux. <■ Une grande
taille n'est nullement Taccompagnetnent obligé d'une force au-dessus de celle
de la moyenne des autres hommes. » (Guyot-Daubès. Les hommes phéno-
mènes.) Les exemples de « nains hercules » sont relativement nombreux.
Onant aux tours de force, ils ne réclament ni une taille, ni un poids supérieurs
à la moyenne : les expériences et les études de physiologie expérimentale
entreprises par Désaouliers, élève de Newton, au début du xvii" siècle, ont
montré que, dans tous leurs exercices, les acrobates et les « hercules » em,-
ployaient plus ou moins consciemment des procédés qui transformaient en
" tours de force » des exercices ne réclamant en réalité qu'une vigueur très
moyenne. Désaculiers lui-même a pu exécuter facilement, avec une taille et
une force moyennes, la plupart de ces exercices — Enfin, dès 1865, Boudin,
dans un mémoire intitulé « De V accroissement de la taille et des conditions
GIGANTISME ET AGHOMÉGALIE. 287
Quant aux géants qui ne s'exhibèrent pas pour leur vigueur,
nous avons bien des preuves de leur faiblesse. Nous avons
rapporté les lamentables promenades nocturnes, appuyé sur
les épaules de deux compagnons, du fameux géant Charles
Byrne (voir page 50); plusieurs des géants exhibés sont dans
le triste état de la géante lady Aama (obs. III, page 114) dont la
faiblesse musculaire était si grande qu'on était obligé de la
soutenir, étant debout, avec des tiges fixées sur la scène où
elle se montrait; si notre géant Charles fut employé dans la
baraque du célèbre Marseille, ce n'était que pour la « lutte à
blanc », c'est-à-dire simulée (page 57); Dana note que la poi-
gnée de main du géant du Minnesota, Wilkins, (obs. XV,
page 254) était faible.
Tous ces exemples justifient pleinement l'expression employée
par le chroniqueur de « Tlie Lancet » (24 décembre 1898,
p. 1747), qui, rappelant la biographie du géant de Gunéo (Pié-
mont) et relevant « la lenteur éléphantine des mouvements
qui le rendit impropre au service militaire », ajoute qu' « il
11' est bon quà se montrer en public ».
En poursuivant l'analyse, il serait facile de retrouver chez
les géants tous les autres symptômes subjectifs constants ou
inconstants de l'acromégalie.
Pour bien montrer la fragilité des limiles, d'ailleurs très
arbitraires, qu'on a voulu établir entre les deux groupes de
grands difformes, les géants et les acromégaliqucs, on peut
rapprocher des faits que nous avons recueillis et réunis les
observations de quelques acromégaliqucs de grande taille. Une
comparaison, facile à établir, sera la justification du groupe-
ment que nous avons proposé.
cVaplilude militaire en France » (Bull. Soc. d'Anlhrop.), concluait que l'aptitude
mililaire était indépendante de la taille, que la fixation d'un minimum de taille
pour l'admission au service était d'une utilité contestable et (ju'il y aurait
avantage à abandonner aux conseils de revision le droit de décider sur ce
point, lorsque l'homme présente d'ailleurs toutes les autres conditions d'apti-
tude. »
288 GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
Observation XX. (Pierre Marie. )(')
C..., acromégaUque de haute taille ('r\90).
M. C... 45 ans. Sa mère a 82 ans, se porte admirablement, n'a pas
encore perdu une dent. Père mort à 58 ans (ramollissement cérébral?).
Tous ses oncles et tantes étaient robustes; personne n'a jamais pré-
senté rien d'analogue à l'affection dont il est atteint. Les membres
de sa famille sont en général de taille un peu au-dessus de la moyenne,
mais sans être vraiment des gens d'une grandeur extraordinaire.
N'a eu qu'un frère mort en bas âge. Lui-même a toujours été d'une
bonne santé pendant son enfance, mais n'a jamais eu un teint très
coloré. A l'âge de 25 ans, syphilis nettement établie, peu d'accidents
ultérieurs, sauf du côté de la gorge. Jusqu'à l'âge de 16 ans, le malade
était d'une taille tout à fait ordinaire, plutôt un peu petite, lorsque, vers
cette époque, tout d'un coup, il se mit à grandir; de 17 à 18 ans, sa taille
s'accrut d'une façon considérable et depuis lors, jusqu'à près de 40 ans,
il est convaincu qu'il n'a cessé de grandir, très peu, il est vrai, mais
d'une façon sensible cependant. A l'âge de 19 ou 19 ans et demi, en
sortant du collège, il ne mesurait pas moins de 5 pieds 8 pouces; de
17 à 18 ans il avait grandi de 11 pouces, de 18 à 19 ans de 4 à 5 pouces.
Depuis l'âge de 19 ans et demi juscpi'à l'âge de 40 ans, il a encore
gagné 5 pouces : depuis cette époque, en effet, il mesure 5 pieds
11 pouces (1"',90).
Le malade était d'une bonne santé et d'une force musculaire assez
remarquable; étant soldat il avait fait la guerre carliste, marchant
beaucoup, résistant très bien à la fatigue.
C'est vers l'âge de 52 ou 55 ans qu'il remarqua (sans pouvoir attrilDuer
à cela aucune raison) que ses mains, qu'il avait toujours eu à la vérité
un peu fortes et charnues, augmentaient très notablement de volume et
cela d'une façon progressive.
Il semble que cet accroissement n'est pas encore complètement ter-
miné, car dans ces derniers temps le malade croit avoir remarqué qu'il
avait un peu plus de difficulté à mettre ses gants.
L'hypertrophie des pieds se serait montrée à peu près en même temps
que celle des mains.
Main droite. — Circonférence au niveau de la tête des métacarpiens,
255 millimètres.
Circonférence maxima de la main au niveau de l'articulation méta-
carpo-phalangienne du pouce, les doigts étaient dans la position de la
«. main d'accoucheur », 275 millimètres.
Longueur de la main depuis l'interligne articulaire du poignet, jusqu'à
l'extrémité du médius, 22 centimètres.
(*) Nouv. Icon. de la Salpêlrière, 1888.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 289
Circonférence de la phalangette du pouce, 85 millimètres.
Circonférence du médius au niveau de l'articulation entre la phalange
et la phalangine, 85 millimètres.
Épaisseur maxima de la main au niveau de l'éminencc thénar (avec le
compas d'épaisseur), 47 millimètres.
Longueur du médius prise à partir du pli palmaire, 95 millimètres.
Longueur de l'annulaire, 91 millimètres.
Longueur de l'auriculaire, 80 millimètres.
Longueur de l'index, 85 millimètres.
Longueur de la paume de la main, depuis l'interligne articulaire du
poignet jusqu'au pli palmaire de la base du médius, 150 millimètres.
Largeur de la paume de la main à la partie moyenne, 110 millimètres.
Le pouce peut être considérablement écarté des autres doigts, la
ligne droite menée entre l'extrémité de l'auriculaire et l'exl rémité du
pouce ainsi écarté par le malade est de ^O'i millimètres.
Circonférence du poignet au-dessous des extrémités osseuses de
l'avant-bras, 20 centimètres.
La main gauche présente une hypertrophie tout à fait analogue, mais
ses dimensions et celles des doigts sont très légèrement inférieures à
celles de la main droite, du moins quant à la largeur et à l'épaisseur;
la longueur semble être exactement la même, c'est surtout l'épaisseur
qui est moindre; les masses thénar et hypothénar sont moins déve-
loppées et un peu plus flasques qu'à la main droite.
La forme des mains est en somme régulière bien qu'étant élargie.
Les parties molles ont subi une hypertrophie considérable qui s'observe
surtout nettement à la face palmaire des doigts, notamment au niveau
de la dernière phalange, et à rémine];ice hypothénar; on peut saisir en
cet endroit les parties molles (assez flasques surtout à la main gauche),
les isoler du cinquième métacarpien et juger ainsi de leur très réelle
augmentation de volume.
Sur le dos des mains et la face postérieure des avant-bras, plexus
veineux assez riche; la largeur des veines à ce niveau semble certaine-
ment plus grande que celle des veines d'une main saine (assez turges-
cente cependant) prise comme terme de comparaison; il est vrai que
des différences dans l'épaisseur des téguments à ce niveau peuvent être
cause de cette divergence.
Les ongles ne sont pas comparativement très larges, il est même dou-
teux qu'ils soient hypertrophiés, s'ils semblent très légèrement plus
larges que ceux d'une main normale, c'est phitôt par suite d'un certain
degré d'aplatissement; à leur extrémité libre sur les côtés, ils ont tous,
mais plus ou moins, une tendance à se recourber en dehors et en haut
et prennent ainsi la forme de certaines tuiles.
Leur largeur n'étant pas augmentée, on conçoit aisément qu'ils sont
débordés par les parties molles et se trouvent comme enchâssés à
l'extrémité du doigt.
Ils présentent tous une striation longitudinale très nette. Leur lon-
LAUNOIS ET ROY. 19
290 GIGANTISME ET ACROMÉGAUE.
gueur n'est pas augmentée mais semble être restée tout à l'ait ordinaire,
aussi, vu riiypertrophie des parties voisines, les ongles semblent-ils un
peu courts.
A la paume de la main, les bourrelets situés au niveau de la tête des
métacarpiens sont considérablement augmentés de volume.
- L'annulaire et l'auriculaire de la main droite présentent très nette-
ment le phénomène du « doigt à ressort », ce que le malade attribue à
une sorte de traumatisme éprouvé en soulevant un fardeau trop lourd.
A l'auriculaire de la main gauche se trouve une bague qui ne peut en
être que très difficilement retirée et ne peut entrer à l'auriculaire de la
main droite; il y a quatre ou cinq ans cette bague était très à l'aise à
l'auriculaire de la main gauche. Son diamètre intérieur mesure 20 milli-
mètres.
Aux membres supérieurs pas plus du reste qu'aux membres inférieurs,
on ne trouve d"atrophie musculaire, mais les chairs sont en général
assez flasques, la force médiocre, eu égard à la stature du malade.
Quant au tronc^ ce qui frappe immédiatement les regards, c'est une
projection tout à fait singulière de l'extrémité inférieure du thorax en
avant. C'est en somme la bosse antérieure de polichinelle; l'analogie
est d'autant plus frappante qu'il existe en même temps un certain
degré de gibbosité postérieure, si cette dernière était plus prononcée,
la ressemblance avec le célèbre pantin serait complète.
La partie antérieure du thorax présente un plan obliquement incliué
(dans la position debout) de haut en bas, d'arrière en avant de façon à
faire avec une verticale correspondant au rachis un angle d'environ
45°; il en résulte une projection considérable des fausses côtes en avant,
à la partie supérieure; au-dessous des clavicules, il existe plutôt un
aplatissement assez net; on note aussi sur la région pectorale droite,
un lipome siégeant à la hauteur du bord inférieur et extérieur de l'ais-
selle ou un peu au-dessus.
A partir de l'appendice xiphoïde projeté en avant, le profil du ventre
devient vertical dans une étendue d'un travers de doigt, puis il se
recourbe en bas et en arrière pour arriver à l'ombilic; à partir de
celui-ci, le profil redevient à peu près normal; mais, en somme, tout
le thorax dans sa partie inférieure, se trouve comme porté en avant, ce
qui s'exagère et devient tout à fait étrange quand on fait faire au
malade un effort inspiratoire énergique. Les parties latérales en sont
aplaties, de sorte qu'il se termine comme en pointe au niveau de l'ap-
pendice xiphoïde.
Depuis les dernières cervicales jusqu'au niveau de l'angle inférieur
de l'omoplate, il existe une gibbosité très marquée, puis une ensellure
correspondant en partie (mais non proportionnelle) à la projection si
considérable des fausses côtes en avant signalée plus haut. Peut-être
existe-t-il une très légère courbure latérale du rachis à concavité vers la
droite, mais cette courbure est si peu marquée qu'on ne saurait en
affirmer catégoriquement l'existence. L'épaule gauche est un peu plus
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 291
haute que la droite. A la palpation, les clavicules ne semblent pas
présenter de dimensions exagérées pour un homme de cette stature;
elles sont peut-être un peu plus obliques que chez la majorité des
individus. La forme et les dimensions des omoplates sont trop difficiles
à déterminer pour qu'on puisse rien dire de précis à leur égard.
Les côtes ont considérablement augmenté de volume, elles sont notam-
ment beaucoup plus larges que normalement.
U appendice xiphoïde est énorme.
La circonférence du thorax suivant une ligne horizontale passant par
l'extrémité libre de l'appendice xiphoïde est de 111 centimètres. La
distance de la fourchette sternale à la pointe libre de l'appendice
xiphoïde est de 25 centimètres.
Le type de la respiration est surtout diaphragmaUque et cosio-infc-
rieur. Le malade marche bien, chasse sans difficulté des journées
entières, mais cependant, s'il monte un escalier, au second étage, il
commence à être essoufflé, et s'il avait à monter un peu plus haut, il
serait obligé de s'arrêter et de se reposer.
Le bassin ne semble pas en lui-même avoir des dimensions exagé-
rées, mais les crêtes osseuses en sont certainement augmentées de
volume.
Les cuisses, les fesses, ne présentent rien de particulier; les masses
musculaires en sont un peu flasques, la peau en est sèche, rugueuse;
cjuelques vergetures horizontalement disposées au niveau de la cein-
ture.
Les testicules sont assez gros ; la verge, très notablement plus longue
et plus grosse que chez la plupart des individus. Les poils du pubis
sont abondants. Le réflexe crémastérien ne peut être provoqué (n'a été
d'ailleurs cherché qu'une fois, les testicules étant alors fortement
rétractés). Le malade accuse une certaine diminution dans l'appétit
génital.
Aux membres inférieurs :
Rotule : diamètre vertical, 6 centimètres; diamètre transversal
G centimètres. Les condyles du fémur ne font pas de saillie normale.
Le plateau du tibia est cependant très développé.
La tête du péroné et les deux malléoles paraissent élargies.
La forme générale de la cuisse, de la jambe, du mollet, est parfaite-
ment normale (circonférence du mollet, 585 millimètres); le malade est
d'ailleurs un grand marcheur et passe, maintenant encore, des journées
à chasser.
Longueur du tibia en ligne droite, 442 millimètres.
Les pieds sont volumineux; leur hypertrophie présente les mêmes
caractères généraux que celle des mains ; leur longueur maxima est de
50 centimètres.
Circonférence au niveau du cou-de-pied, 28 centimètres.
Circonférence passant immédiatement au-dessous de la pointe des
deux malléoles, 29 centimètres.
292 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Circonférence du gros orteil, 12 centimètres.
Circonférence du petit orteil, 75 millimètres.
Le second orteil, surtout au pied gauche, est un des plus hyper-
trophiés.
Ici encore, on constate comme aux mains une hypertrophie considé-
rable des parties molles et, dans certains points où elles se trouvent
comprimées, leur rebroussement.
Ongles striés en long et en travers, n'ayant pas augmenté de dimen-
sions, sauf peut-être celui du gros orteil qui a des proportions assez
considérables : longueur, 25 millimètres; largeur, 27 millimètres.
Depuis quatre ou cinq ans, il se chausse chez le même bottier, et
depuis cette époque, celui-ci lui fait des souliers sur les mêmes mesures
et avec les mêmes formes. Or ces souliers lui vont toujours bien et ne
sont pas devenus trop étroits; il semble donc cjue l'hypertrophie des
pieds soit restée stationnaire depuis ce laps de temps.
Sur toute l'étendue du corps, la peau du malade a une teinte jaune
brun mélangé d'une légère nuance olivâtre; cette coloration est encore
plus nette à la face. La peau est d'ailleurs flasque et comme trop large
pour le corps, plutôt un peu épaissie, présentant l'aspect ansérin dans
certains points (surtout face postérieure des bras et ceinture), sèche
et cependant un peu grasse; le crayon marque difficilement. Sur le
cou, les épaules, le dos, plusieurs petites tumeurs de molluscum pen-
dulum.
Aux jambes, on trouve quelques varices, mais leur développement
est bien loin d'être considérable.
Il existe aussi des hémorroules c|ui se sont montrées vers l'âge de
25 ou 26 ans, puis ont augmenté ; assez souvent elles ont donné lieu à
des hémorragies de quantité modérée.
Le malade a toujours eu bon appétit et mange bien, vm peu plus que
la majorité des gens, mais non excessivement, affîrme-t-il, si on a
égard à sa taille. Ses digestions sont toujours bonnes, sauf c{uand il se
couche trop tôt. Jamais de fringales en dehors des repas. II boit une
assez grande quantité de liquide (eau) aux repas, mais jamais dans
l'intervalle de ceux-ci, à moins cju'il n'aille à lâchasse et sue beaucoup.
Il évalue la quantité bue en vingt-quatre heures à 2 litres 1/2 environ.
Il pisse 5 à 6 fois par jour assez abondamment (environ 400 grammes
chaque fois; cela n'a pu être contrôlé). L\irine est claire, de couleur
ordinaire, ne contient ni sucre ni albumine.
Face. — Dans son enfance et jusqu'à l'âge de 22 à 24 ans, le malade
avait la face ronde et assez joufflue, le nez petit; à ce moment, elle
commença à se modifier, mais ce n'est que depuis l'âge de 50 ans cju'elle
a été vraiment déformée, et depuis, cette déformation n'a fait et ne fait
qu'augmenter.
La forme générale de la face est très allongée ; longueur (au compas
d'épaisseur) de la racine des cheveux sur le front au bas du menton,
22 centimètres; de la racine des cheveux à la partie supérieure des os
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 293
propres du nez, Gfi millimètres; des os propres du nez au bout du nez,
76 millimètres; de la base de la cloison du nez à la partie inférieure de
la symphyse du menton, 90 millimètres.
Distance entre la face externe des deux pommettes, 145 milli-
mètres.
Le front est oblique, les arcades sourcilières font une saillie considé-
rable en avant, tandis qu'en arrière d'elles, latéralement, existe une
dépression qui fait un peu ressembler la région frontale de ce malade
à celle d'une vache. Les sourcils sont bien fournis. Les paupières, d'une
pigmentation plus brune que le reste du corps, ne sont pas épaissies;
leur longueur, à compter de la partie inférieure de l'arcade sourcilière,
est de 25 millimètres.
Les yeux sont légèrement saillants, de volume normal, la conjonctive
un peu vascularisée, la pupille petite (il existe réellement un certain
degré de myosis); cils d'aspect ordinaire.
Le nez est très allongé, sa largeur maxima est de 4 centimètres
(distance entre la face externe des deux ailes du nezj.
La cloison est un peu déjetée à droite. La forme du nez est régulière,
son extrémité plutôt pointue que camarde.
Les pommettes font une assez forte saillie.
La bouche n'a pas des dimensions exagérées, mais la lèvre inférieure
est très saillante et forme un gros bourrelet, dont la hauteur est de
17 millimètres.
Les dents sont bonnes, leurs dimensions tout à fait normales, plutôt
petites que grandes; les dents de la mâchoire inférieure, qui autrefois
étaient en arrière de celles de la mâchoire supérieure, sont maintenant
en avant de celle-ci, d'au moins 2 millimètres.
Il y a douze ou quatorze ans que le malade a remarqué un change-
ment dans la position de ses dents, et voici comment : étant très
amateur de pêche, il a l'habitude de confectionner lui-même ses lignes;
il coupait, étant plus jeune, avec ses dents, le crin dont celles-ci se
composent, mais depuis douze ou quatorze ans, il s'est aperçu que la
position de ses dents était telle qu'il ne pouvait plus couper le crin
avec elles.
La langue est très augmentée de volume; largeur maxima, 65 milli-
mètres. La longueur est aussi notablement augmentée ; sa face supé-
rieure présente un assez grand nombre de sillons, mais c'est là tout au
plus l'exagération de l'état normal.
Le maxillaire supérieur ne présente rien de bien net; il est probable-
ment un peu plus développé que normalement ; mais cette différence,
si elle existe, est difficile à constater.
Le maxillaire inférieur est plus grand, plus large et plus haut que
normalement; son angle est certainement beaucoup plus ouvert.
Sa hauteur, du bord libre des gencives à la partie inférieure de la
symphyse du menton, est de 5 centimètres; l'angle gauche du maxil-
laire fait une plus forte saillie que le droit. Distance (au compas d'épais-
294 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
seur) de l'articulation temporo-maxillaire à la partie inférieure de la
symphyse du menton, 142 millimètres.
Les oreilles sont un peu grandes (75 millimètres), assez saillantes,
mais sans présenter un aspect réellement anormal.
Le crâne ne présente (à part la région frontale) aucune déformation
marquée ; cependant les sutures sont très faciles à suivre avec le doigt,
la protubérance occipitale externe et les lignes qui en partent font une
saillie considérable, ainsi que la région mastoïdienne.
Les cheveux sont abondants, un peu grisonnants, leur grosseur
semble normale.
Au cou, le larynx fait une saillie assez notable, mais non excessive
eu égard à la stature ; ses dimensions dans le sens antéro-postérieur
semblent cependant augmentées.
L'os hyoïde paraît être aussi d'un volume supérieur à la normale.
Le corps thyroïde ne peut être qu'à peine senti par la palpation et
semble diminué de volume (on sait que cette recherche n'est pas aisée,
même chez l'homme sain) ; ce que l'on peut affirmer, c'est que cet
organe est ici non pas plus gros, mais vraisemblablement plus petit que
normalement.
La recherche du thymus ou d'une zone de matité au niveau du ster-
num, suivant les indications de M. le professeur Erb, n'a donné aucun
résultat.
La voix du malade, qui, dans l'enfance, était assez aiguë et pouvait
monter à des notes élevées et qui d'ailleurs, au moment de la "puberté,
était devenue plus grave, est actuellement forte, très grave et parfois
un peu voilée. Il fume beaucoup, surtout la cigarette. En faisant solfier
le malade devant un piano on constate que les seules notes qu'il puisse
émettre sont comprises entre mi et ut, il ne peut donner de notes plus
élevées.
Au point de vue des organes des sens, voici ce que l'on peut noter :
La vue, dit le malade, est à peu près intacte et notamment quand il
est à la chasse, il n'a pas à s'en plaindre. En effet, l'examen pratiqué
par M. Parinaud montre que l'acuité visuelle est très peu réduite :
V =5/10 pour les deux yeux; pas de troubles pour l'appareil musculaire
et les pupilles.
Mais, à l'ophtalmoscope, on constate une névrite double caractérisée
[)ar une coloration rouge sombre de la papille avec infiltration de ses
contours et des parties voisines de la rétine. Les veines sont dilatées
et sinueuses, accusant un état d'étranglement assez accentué.
L'ouïe d'après le malade, serait un peu faible, mais cependant il
entend bien quand on lui parle, même à voix basse.
Odorat médiocre, la respiration nasale est d'ailleurs assez pénible.
Goût bon.
(IIGANTISME ET ACROMEG VLIC
Observation XXI. (Taruffi.jC)
Squelette cVun acromégaiique
de haute taille.
L. Marchetti, tonnelier de son
métier, est mort à Tâge de Al ans,
en 1808, après avoir présenté des
symptômes indiscutables de l'a-
cromégalie. En 1879, C. Taruffi,
professeur d'anatomie patholo-
gique à Bologne, décrivit, d'une
façon très détaillée, le squelette
de Marchetti, conservé à peu près
intact dans un musée pathologi-
que de cette ville; seulement, Ta-
ruffi fut d'opinion que le sque-
lette dont il s'agit avait appartenu
à un géant. Or, cette théorie a été
démontrée fausse par P. Marie
qui, ayant soumis à une analyse
critique le long travail du pro-
fesseur de Bologne, a fait voir,
à n'en plus douter, que Marchetti,
loin d'avoir été un géant, n'était
autre chose qu'un acromégaiique.
Le buste en plâtre de ce dernier
existe soit à Bologne, soit à Mi-
lan.
(*) Taruffi, SchcleLro bolognepe
con prospectoria e Iredici vertebra
dorsah. Mémo. deW Accademia délie
scienzc de Bologna, 1879, X, 63; — eL
obs. I. Délia macrosoinia, Annnli
universali di medicina, 1879, vol. 247,
1). 559. — Nous reproduisons le ré-
sumé de cette observation, tel que
le donne Souza-Leite, Z)e VAcroméga-
/ie. Thèse de Paris, 1890.
(-) C(! squelette d'acromégalique
est celui de l'acteur italien Ghiplen-
zoNi, dont l'observation, publiée par
Brigidi, a été reproduite par Pierre
Marie {Nouv. ieon. de la Salpêlrière,
1888-1889) et son élève Souza-Leite
(Thèse de Paris, 1890). Les déforma-
tions de ce squelette sont tout à fait
caractéristiques.
FiG.
Squelette d'un acromégaiique
(Brigidi) (-J.
296
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
II fut renommé comme un grand mangeur, sa stature était de I",80. II
avait la face très allongée dans le sens vertical, modification dans
laquelle, dit Taruffi, la hauteur du crâne n'entrait qu'à un très faible
degré. Son maxillaire inférieur était agrandi, notamment d'arrière en
avant; ses angles n'existaient plus et étaient remplacés par deux lignes
courbes; en un mot, prognathisme du maxillaire.
Les extrémités (mains et pieds) de Marche tti étaient celles d'un
acromégalique (voir l'analyse de P. Marie).
En l'absence de renseignements sur l'état de la face intérieure du
FiG. 75. — Crâne d'un acromégalique de haule taille (profil). (Taruffi.)
crâne dans la description de Taruffi, dit P. Marie, je m'adressai à mon
distingué confrère et ami le docteur G. Melotti (de Bologne), et lui
demandai s'il ne pourrait combler cette lacune en examinant lui-même
cette partie du squelette.
Voici les résultats de son examen, tels qu'il a bien voulu me les faire
connaître en juillet 1889 : « La selle turcique est considérablement
agrandie en longueur, largeur et profondeur ; et cela aux dépens du
sinus sphénoïdal qui a presque entièrement disparu, ainsi que la gout-
tière qui reçoit l'entre-croisement des nerfs optiques.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
297
Les mesures suivantes donnent l'idée de celte augmentation des
dimensions de la selle turcique.
Distance entre le? deux apophyses clinoïdes 58 millimètres.
— — trous optiques 16 —
Longueur de l'apophyse clinoïde antérieure droite ... t6 —
— — — — gauche. . . tô —
La distance entre les deux apophyses clinoïdes antérieures est presque
ï %|^" - ;c 's : ^^' ^■■' -S f
FiG. 76. — Crâne d'un acromégalique de haute taille (face). (Taruffi.)
le tiers de la largeur totale du crâne; tandis que normalement elle n'en
est c|ue le cinquième.
Distance entre les deux apophyses clinoïdes postérieures. 29 millimètres.
Distance entre l'apophyse clinoïde antérieure droite et
l'apoiîhyse clinoïde postérieure droite 20 —
Distance entre les mêmes apophyses à gauche 17 —
/à l'union du 1/5 antérieur avec
Diamètre transversal dei les 2/5 postérieurs 51 —
la selle turcique. . . .lau niveau du 1/5 moyen ... 52
(au niveau des 2/5 postérieurs. 50 —
298 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
Diamètre antéro-postcrienr 30 millimètres.
Profondeur 48 —
Il est donc bien évident que les dimensions de la selle turcique sont
pour ce crâne considérablement augmentées.
Observation XXII. (Lombroso.) (')
Acromégalique de haute faille.
Homme de 57 ans, avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de 24 ans;
il eut alors une bronchite ou mieux une bronchorragie. Lorsqu'il fut
guéri, il vit son corps augmenter tout d'un coup; de sorte c[u'en quatre
mois, il dut changer trois fois ses vêtements.
Il eut à ce moment quelques petites fièvres intermittentes et fut pris
d'une voracité extraordinaire et de quelques douleurs dans les os, les
articulations et l'estomac. Les forces baissèrent, il survint de la dyspnée
et de la cardialgie.
Lombroso vit cet homme pour la première fois seize ans après le
début de l'affection; il pesait 120 kilog. 400, sa taille était de 1 m. 80; la
peau d'un jaune foncé, la barbe un peu rare, les cheveux, assez abon-
dants, étaient châtains et rudes. Les dimensions de la tête sont à peu
près normales, les oreilles normales de volume et d'implantation.
Mais la face se montre disproportionnée, surtout en largeur, et rappelle
dans sa monstruosité celle du gorille et du lion; grande est la distance
entre les deux pommettes, mais plus encore la longueur et la largeur
de la mâchoire inférieure qui, malgré son énorme développement, vient
presque au niveau de la mâchoire supérieure. Les parties molles de la
face ne suivent pas dans une égale proportion le développement des
os, les yeux ne sont guère plus gros que normalement, le nez est assez
peu épaissi, les lèvres au contraire sont très volumineuses, un peu
plus l'inférieure que la supérieure; la langue n'est pas beaucoup plus
grosse que normalement (plus grand diamètre transverse 65 millimètres);
les dents manquent presque toutes, celles qui restent sont d'un aspect
normal. Le cou est énorme, le double de la dimension ordinaire
(470 millimètres de circonférence); énorme aussi le développement des
épaules, de l'omoplate, de la clavicule, de toute la circonférence du
thorax qui d'un mamelon à l'autre mesure 1550 millimètres. — Le bras
et la cuisse ne présentent aucune hypertrophie, mais à partir du milieu
de la jambe et du milieu de l'avant-bras, vers en bas le membre devient
extraordinairement hypertrophique, plus encore pour les membres
supérieurs que pour les inférieurs.
Circonférence du corps 500 millimètres.
Diamètre bi-temporal 152 —
(*) Lombroso, Caso singulare di macrosomia. Annali univcrsali di Meclicina,
. CCXXVII, p. 505, 1872.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
299
Bi-zygomalique 150 millimètres.
Pronto-mentonnier 260 —
Occipito-mentonnier 50"2 —
Longueur des oreilles '. 65 —
— du nez 65 —
Circonférence maxima de la poitrine 1550 —
— du cou 470 —
— de la partie moyenne du bras. . . . 550 —
— de l'avant-bras 570 —
Longueur de l'acromion à l'extrémité du médius. . 840 —
Circonférence maxima de la main 550 —
— . du pouce 120 —
— de la partie moyenne de la jambe 460 —
— du cou-de-pied 550 —
Longueur maxima du pied. 500 —
Largeur .... 148 —
En somme, les os malaires, les vertèbres, les côtes, le sternum, les os
de l'avant-bras, du pied et de la main ont augmenté de volume, tandis
FiG. 77. — Radiographie du crâne du grand (]harles, montrant l'inégale épaisseur des
parois du crâne, la dilatation des sinus frontaux, le ressaut post-lambdoïdien et l'agran-
dissemeiit de la selle turcique. '
que le fémur, l'humérus, tous les os de la voûte crânienne et en partie
ceux du bassin sont restés normaux.
La peau est épaissie dans les régions hypertrophiées de l'avant-bras,
300
GIGANTISME ET AGROMEGALIE.
du pied et de la face. Les chairs des membres hypertrophiés paraissent
à la palpation d'une consistance plus grande que celle d'un muscle
normal, lardacée ou cartilagineuse.
L'intelligence était très lucide, le malade manifestait môme une
certaine finesse de sentiments.
Bien qu'encore jeune et d'un tempérament très amoureux dans les
premières années de son adolescence, ce malade a perdu toute tendance
aux plaisirs vénériens et n'a plus de pollutions.
Parmi les lésions propres au gigantisme acromégalique, iL
en est une dont la grande fréquence, sinon la constance abso-
FiG. 7S. — Schéma du crâne dans le gigantisme acromégalique, construit d'après les don-
nées radiographiques de Béclère, et montrant l'inégale épaisseur des os du crâne,
l'élargissement des sinus frontaux, le ressaut post-lanibdoïdien, l'agrandissement de la
selle turcique.
lue, mérite une mention tout à fait particulière : c'est V exis-
tence cVune hypertrophie de Vhypophyse.
Presque pathognomonique dans le gigantisme acromégalique,
elle est facile à constater /jos^ mortem, au moment de l'autopsie.
Mais, de même que les Rayons de Rœntgen nous ont permis de
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 301
constater, pendant la vie, la persistance des cartilages de con-
jugaison chez nos géants infantiles, de même nous avons pu,
soit à l'aide de l'écran, soit sur des épreuves radiographiques,
retrouver, chez l'homme vivant, l'hypertrophie de l'hypophyse.
L'élargissement de la selle turcique, en relation constante avec
l'augmentation de volume de l'organe glandulaire qu'elle con-
tient, est rendu, de la sorte, des plus évidents.
En résumant les épreuves qu'il a pu recueillir dans ces der-
niers temps, en se basant, en particulier, sur celles que lui ont
fournies nos géants, Béclère (') a pu mettre en valeur les diffé-
rentes et caractéristiques modifications que présente le crâne
acromégalique. Nous avons utilisé les données qu'il nous a gra-
cieusement communiquées pour construire le schéma ci-contre
du crâne des géants acromégaliques, dans lequel on peut
retrouver :
a. L'épaississement inégal des parois osseuses du crâne ;
b. L'augmentation d'étendue des sinus frontaux;
c. L'exagération notable du ressaut post-lambdoïdien ;
d. L'élargissement plus ou moins accentué de la selle turcique.
Parmi les observations d'acromégaliques de grande taille
que nous avons pu recueillir, il n'en est pas de plus intéres-
sante que celle que nous rapportons ci-dessous et qui con-
cerne une femme que plusieurs de nos collègues (') ont été
amenés à soigner et qui, au cours de ses pérégrinations noso-
comiales, est venue faire un séjour assez prolongé dans notre
service de l'hôpital Tenon.
OiîSERVATioN XXIII (5). (P,-E. Launois.)
Une femme acromégalique typique.
Dans les premiers jours du mois de juin 1905, se présente, dans
notre service de l'hôpital Tenon, une malade, T. Ch..., âgée de 54 ans
et exerçant la profession de cuisinière; elle se plaint de vertiges,
(') BÉCLÈRE, La radioginphic du crâne et le diagnostic de l'acroniégalie. Soc.
med. des Hop., 5 déc. 1902 et Presse Médicale, décembre 1905.
(-) En particulier, Pierre Marie, qui l'a soignée et l'a présentée à son cours
pendant l'hiver 1902-1905.
("■) Rédigée d'après les notes recueillies par II. Malban, interne des hôpitaux.
302 GIGANTISME El ACROMEGALIE.
d'éblouissements, anciens déjà, et d'une lassitude toute particulière
qui remonte à quelques semaines seulement. Mais, avant qu'elle ait
détaillé ses antécédents pathologiques, l'attention a été attirée sur
son faciès, dans lequel le nez jet le'; menton proéminent d'une façon
FiG. 79. — Une femme acromcgalique typique (profil).
(Dans le coin de droite, la même à 20 ans, avant le début de l'afTection.)
remarquable et par ses mains de dimensions volumineuses. Le dia-
gnostic d'acromégalie s'impose dès la première inspection.
Son père qui était petit, mais dont les mains et le nez étaient très
développés, serait mort à 56 ans, à la suite d'une assez longue maladie,
sur laquelle on ne peut avoir de renseignements bien précis.
GIGANTISME ET ACHOMEGALIE. 303
Sa mère, a succombé à l'âge de 42 ans, après avoir présenté des phé-
nomènes cérébraux.
Elle a un frère un peu moins âgé qu'elle, dont la santé ne laisse rien
à désirer.
FiG. 80. — Une femme acromcgalique typique (face).
Quant à ses antécédents personnels, ils sont relativement assez
chargés.
Elle a toujours été maigre, grande, et assez mal portante jusqu'à la
vingtième année. Réglée pour la première fois à 17 ans, elle l'a été
assez irrégulièrement. A l'âge de 24 ans, survint une irrégularilé plus
304 GIGANTISME ET AGROMÉGALIE.
grande dans la menstruation ^ et celle-ci se supprima complètement et défi-
nitivement à 25 ans.
C'est à partir de cette époque que ses mains, ses pieds et sa figure
commencèrent à se modifier. Alors que primitivement elle chaussait
du n° 57 et portait des gants de femme de taille moyenne, elle fut
obligée, à 25 ans, d'augmenter progressivement la pointure de ses
chaussures et de se procurer des gants d'homme.
Elle ne tarda pas à présenter des troubles oculaires et perdit pjrogres-
sivement et assez rapidement la vision de Vœil droit; les fonctions de
l'œil gauche ne tardèrent pas, elles aussi, à être compromises. Un
traitement prolongé pendant un an et basé sur l'usage de l'iodure de
potassium, des applications de pointes de feu le long du rachis, fut
suivi d'une amélioration notable, à ce point que la malade put à
nouveau, en 1889, lire, écrire, et même enfiler des aiguilles.
L'amélioration persista pendant près de deux années, mais à ce
moment réapparurent des vertiges, des douleurs intra-céphaliques que
Pierre Marie, qui la vit pour la première fois à cette époque, chercha
à combattre par l'absorption de corps pituitaire, de glycéro-phosphate
de chaux et par l'hydrothérapie.
En 1900, elle se trouve assez valide pour reprendre ses occupations :
elle n'était plus sujette qu'à des éJjlouissements passagers.
Les douleurs intra-céphaliques devinrent bientôt telles qu'elle se
rendit à la Salpètrière, puis à Tenon, pour y chercher un soulage-
ment.
Ces phénomènes nerveux surviennent à n'importe quel moment de la
journée, mais sont principalement fréquents le matin, quand la malade
quitte son lit, et dans la journée quand, après être restée assise pen-
dant un certain temps, elle veut se relever et marcher. A ce moment,
la vue se trouble, les objets semblent danser, tourner devant elle, puis
disparaître. L'étourdissement n'est que de courte durée et ne s'accom-
pagne pas de chute. Au cours de la jouf-née, la malade se plaint d'une
grande lassitude; il lui semble qu'elle n'a jamais assez dormi, bien que
les nuits soient satisfaisantes. Et cependant elle est incapable de rester
immobile, car, dès qu'elle se repose, elle est immédiatement prise de
somnolence, de vertiges et de malaises.
Si on l'examine, ce sont tout d'abord les mains et la face qui attirent
et retiennent l'attention.
Les mains, surtout la droite, sont comparables à de véritables battoirs.
Les doigts figuraient de vrais boudins, et il semble qu'il y ait hypertro-
phie de tous les tissus durs ou mous. Les parties molles se plissent
pour former des bourrelets sur la région dorsale, à laquelle ils donnent
un aspect tout particulier. Les plis de la paume sont, eux aussi, forte-
ment exagérés. Les ongles sont petits, mais très larges, et striés dans
le sens de la longueur.
Les dimensions de la main sont telles qu'elle emplit un gant d'une
pointure 9. Les quelques mensurations suivantes donneront une idée
G[(iAXT]SME ET ACROMEGALIE.
305
exacte des modifications survenues dans chacune des parties consti-
tuantes de la main :
Main droite, lariieui' l'i 1/2 centimètres.
— longueur
Circonférence de l'index gauche. . . .
— du médius gauche . . .
— de l'annulaire gauche. .
— de l'auriculaire gauclic .
— des poignets
Dimensions des ongles de l'index droit
Largeur 18
Dimensions des ongles du pouce droit :
Largeur 22
20 —
7 1/2 droit 8 1/2 centimètre^
8 — 9 —
7 5/4 — 9 —
61/4 — 7 1/4 —
19 centimètres.
longueur 9 millimètres.
— 14 —
Les dimensions du pied ne le cèdent en rien à celles de la main :
l'hypertrophie porte en particulier sur le gros orteil qui est remar-
quable par les proportions C{u'il a acquises. La voiàte plantaire est
L''gèrement affaissée.
En comparant entre elles la photographie actuelle de la malade et celle
Pio. 81. _ Les mains d'une femme acromégalique typique.
qui a été faite à l'âge de 20 ans (fig. 79), on pourra aisément se rendre
compte des modifications qu'a subies le visage. La face s'est accrue
surtout dans le sens vertical; elle présente un ovale allongé de haut en
bas; le Iront paraît petit et bas par rapport aux saillies orbitaires qui
sont très accentuées. Les os malaires sont eux aussi proéminents. Les
yeux sont volumineux; il existe même un léger degré d'exophtalmie, et
20
LAUNOIS ET ROY.
306 GIGANTISME ET AGHOMEGALIE
le regard, pour cette raison, présente quelque chose de dur, presque
de méchant. En raison des troubles oculaires, que nous analyserons
plus loin, la malade déplace d'une façon continue la tète à droite ou à
gauche, pour regarder son interlocuteur, et ces mouvements contrastent
avec ceux des yeux qui semblent figés dans l'orbite.
Le nez est non seulement très gros, mais encore très long; il s'est
incurvé à la façon de celui de Polichinelle.
Les lèvres sont lippues et légèrement saillantes.
Quant au menton, il est massif et carré : il dépasse notablement le
plan vertical de la lèvre supérieure, mais le prognathisme n'est cepen-
dant pas assez marqué pour déterminer le chevauchement des incisives
inférieures.
Les pavillons des oreilles sont augmentés de volume.
Quant à la protubérance occipitale externe, elle fait, au-dessous des
cheveux, une saillie que le palper peut nettement apprécier.
Les quelques dimensions suivantes donneront une idée des modifica-
tions observées du côté de la face :
Circonféicnce du visage passant par le menton . . 67 centimètres.
— fronto-occipitale 06 —
Longueur du nez 5 1/2 —
— des oreilles 6 —
La langue est énorme, son hypertrophie porte surtout sur ses deux
tiers postérieurs. Elle ne trouble en rien les fonctions (mastication,
phonation) et ne présente sur ses bords aucune trace de morsure. Les
amygdales, la luette sont très grosses.
Les altérations du rachis sont celles que l'on observe habituellement
dans la maladie de Pierre Marie : il existe une cyphose cervlco-dorsale
avec dos rond ; la tête est légèrement penchée en avant.
En examinant les organes des sens, il est facile de reconnaître que
l'ouïe est normale et que l'odorat a perdu une partie de son acuité et
cette perte remonte à une dizaine d'années environ. Actuellement la
malade peut percevoir par la narine gauche les sensations fournies
par l'inhalation de l'ammoniaque, de l'éther, du citron, etc., tandis
que la narine droite reconnaît à peine l'ammoniaque. Le goût est
intact.
Quant aux yeux, ils ont perdu en grande partie leur fonction physiolo-
gique, ainsi qu'en témoignent les résultats fournis par l'examen
pratiqué par Terrien :
Du côté de l'oeil droit, on constate une abolition du réflexe pupillaire
à la lumière, une atrophie optique blanche complète sans trace de
névrite. L'acuité visuelle est nulle, le champ visuel est nul aussi et la
sensibilité à la lumière à peine conservée.
Du côté de l'œil gauche on constate que la pupille est en voie d'atro-
phie surtout marquée du côté nasal. Il existe une achromatopsie à peu
près complète; le champ visuel est à peu près absent dans toute la
G[GANTIS:\IE ET ACHOMEGALIE. 307
moitié gauche. Le réflexe à la lumière est couservé, il en est de même
du réflexe de l'accommodation.
«t Au premier abord, écrit Terrien, il semble que les troubles obser-
vés sont dus à une compression des voies optiques, compression
exercée par une tumeur c{ui pourrait siéger dans l'angle antérieur du
chiasma, le débordant à droite et en arrière. Mais si l'on tient compte
de l'évolution des troubles visuels l'on apprend cjue la cécité a débuté
tout d'abord à droite et C{ue, primitivement, il existait une hémia-
nopsie bi-temporale. Si la vision centrale est encore parfaitement con-
servée à gauche, cela tient à l'intégrité du faisceau maculaire gauche.
11 semble rationnel d'admettre une compression de la partie posté-
rieure du chiasma ayant intéressé les deux faisceaux croisés et ayant
enfin débordé à droite en entraînant l'atrophie du faisceau direct droit.
Ainsi s'expliquent les troubles visuels observés à l'heure actuelle et
aussi l'atrophie optique du côté droit.
« Un autre fait intéressant à noter c'est l'absence de stase papillaire
comparable à celle que Ton observe toujours dans les tumeurs céré-
brales. Elle fait d'ailleurs fréquemment défaut dans l'acromégalie. On a
voulu l'attribuer à une rapide agglutination des gaines du nerf optic[ue
par suite de pression exercée par le corps pituitaire hypertrophié inter-
rompant la communication de l'espace inter-vaginal du nerf avec
l'espace sous-arachnoïdien du cerveau. Il paraît plus rationnel d'ad-
mettre que cette absence est en rapport avec le développement très
lent de la tumeur qui permet une sorte d'accommodation progressive.
Quant à la papille gauche, elle offre la réaction hémianopsicjue analo-
gue à celle cjue l'on observe communément dans l'acromégalie. »
L'examen de Vappareil respiratoire ne décèle rien d'anormal.
Si l'appareil circulatoire fonctionne régulièrement, les battements ciu
cœur sont fréc{uents, les artères sont sinueuses. La pression sanguine,
étudiée à l'aide du sphygmo-manomètre au niveau de la radiale, oscille
entre 26 et 28.
Du côté de l'appareil digestif, on note un appétit assez développé et
surtout une polydypsie marc|uée : la malade boit, en effet, une moyenne
de 5 litres de liquide par jour et le thé entre pour une assez grande
part dans cette ration de liquide.
La quantité d'urine émise dans les vingt-quatre heures est supérieure
à la normale ; sa quantité quotidienne a été de 5 litres pendant tout le
séjour qu'elle fit dans le service. Sa concentration est à peu près
normale, elle a une réaction acide faible et ne contient ni sucre ni
albumine.
Parmi les matières minérales dosées, l'acide urique s'est montré en
cjuantité élevée (1«',71 par 24 heures); il en était de même pour les
chlorures (10 à 15 grammes). Quant à l'acide phosphoric|ue, la proportion
journalière est à peu près normale (5''',50). L'examen microscopic{ue a
révélé la présence d'oxalate de chaux. La polyurie s'accompagne d'une
sudation abondante aussi bien le jour que la nuit et cjui augmente
308 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
brusquement sous rinfluence de causes multiples telles qu'une émotion
ou un effort.
Du côté du syslcmc nerveux, on ne constate aucun trouble de la
motricité, ni de la sensibilité. Le froid et le chaud sont normalement
perçus et cependant, vers le mois de Novembre 1905, la malade s'est
brillé les doigts de la main gauche sans trop s'en apercevoir. Les
réflexes patellaires sont un peu exagérés. Il existe une céphalée surtout
frontale, continue, avec exacerbations plus ou moins rapprochées.
Parmi les symptômes psychiques, il faut signaler tout d'abord la
tristesse et l'humeur changeante de la malade qui se laisse aller
volontiers au découragement. Elle est très susceptible et soupçonne
volontiers son entourage de chercher à lui nuire.
L'examen radioscopique et radiographique du crâne a été fait dans
le laboratoire de la Salpêtrière et a été rendu difficile par l'instabilité
de la patiente. Cependant, sur les épreuves obtenues, on peut constater
un élargissement très grand et une excavation marr/vée de la selle lur-
cique qui apparaît comme une loge susceptible d'englober une man-
darine.
Cette donnée, fournie par l'exploration, à l'aide des rayons Roentgen,
permet d'affirmer l'existence d'une tumeur hypophysaire cjue rendaient,
d'ailleurs, très vraisemblable les troubles oculaires constatés. L'absence
tout au moins actuelle de diabète mérite d'être constatée.
Observation XXIV. (P. E. Launois et Taburet.)
Un acromcgalique de grande taille.
L'un de nous fut, tout dernièrement, prié par son voisin et ami le
docteur Taburet d'examiner un de ses malades, habitant un petit village
de Normandie et présentant, au cours d'une tuberculose pulmonaire à
évolution rapide, des manifestations dystrophiques assez singulières.
L'aspect du malade, son faciès, le développement énorme de sa
mâchoire inférieure, de ses exti'émités, sa grande taille étaient suffi-
samment caractéristiques pour imposer le diagnostic de gigantisme
acromégalique.
Troisième enfant d'un père et d'une mère, dont la taille dépasse un
peu la moyenne de celle des habitants du pays, il a été allaité pendant
peu de temps et soumis à l'alimentation mixte. Des troubles gastro-
intestinaux graves troublèrent l'évolution normale de la croissance :
à l'âge d'un an, les membres inférieurs; flasc^ues et grêles, formaient
un contraste marqué avec la tête et le ventre anormalement développés.
La marche devint possible à IG mois; les premières dents étaient
apparues à 7 mois, mais la dentition était mauvaise, car la carie les
atteignit les unes après les autres.
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 309
Élevé au village, X... fut envoyé en pension, dans la ville voisine, à
rage de 16 ans. A cette époque, il dépassait ses camarades par sa taille
et les dimensions de son corps, mais sa vigueur ne lui donnait aucune
supériorité sur eux. Il se plaignait, en effet, toujours d'une grande fai-
blesse, qu'on cherchait à combattre par l'usage de l'huile de foie de
morue.
De retour à la maison, X... voyagea pendant deux ans et ne put se
soustraire aux excès de boissons inhérents, en Normandie, à la profes-
sion de commerçant.
Incorporé en Novembre lOO^ dans un régiment d'infanterie, X...
mesurait 1", 81 et pesait 85 kilogrammes. La vie militaire lui fut assez
pénible, il se mit à tousser et fut réformé en Mars 1905 : les médecins
militaires, appelés à se prononcer sur ses aptitudes physiques, recon-
nurent les manifestations habituelles de l'acromégalie.
Celles-ci ont été en s'accentuant depuis son retour au village : le
crâne apparaît petit par rapport aux dimensions exagérées de la face;
on constate à son niveau une exagération marquée du ressaut post-
lambdoïdien.
Le nez est volumineux. La bouche, agrandie, l'enferme une langue
dont la base et la moitié postérieure se sont considérablement élar-
gies et contrastent avec la pointe, qui a conservé ses proportions nor-
males.
(le qui, dans le visage, attire et retient l'attention, ce sont les dimen-
sions tout à fait exagérées de la mandibule qui donnent à la face un
aspect ovalaire spécial et, au menton, la forme dite en galoche.
La voix est grave et légèrement rauque : son timbre s'est abaissé,
paraît-il, depuis plusieurs années déjà.
II n'existe pas de modifications de la vue et on ne constate pas
l'hémianopsie bitemporale, pathognomonique d'une tumeur de l'hypo-
physe. L'augmentation de volume de la glande est cependant pro-
bable, en raison de la céphalalgie presque continue, de l'état d'hébé-
tude assez fréquent.
La fatigue est facile, l'asthénie assez marquée : ces deux symptômes
peuvent être attribués à l'infection bacillaire, dont on constate les
signes manifestes dans chacun des deux poumons, surtout celui de
droite, mais ils sont certainement exagérés par la dystrophie générale
observée chez le sujet.
Les organes génitaux sont normalement développés; la verge est très
développée : une pudeur instinctive empêche toute investigation sur
leurs fonctions.
L'analyse de l'urine, pratiquée le 15 Août, permet de constater la
présence du glycose et de l'albumine, mais en petites quantités; la pro-
portion des phosphates est de 5^,10 pai' litre.
Mais de toutes les manifestations de l'acromégalie, celles qui, en
dehors de la face et plus particulièrement de la région de la mâchoire
inférieure, retiennent le plus l'attention, ce sont les proportions
310 GIGANTISAIE ET ACROMEGALIE.
acquises par les extrémités (mains et pieds). Les avant-bras sont remar-
quables aussi par leur puissante ossature.
Quant à la prolongation anormale de la croissance, si, à cause des
difficultés que présentait un examen complet, pratiqué à la campagne,
on n'a pu recourir à l'usage des rayons de Rœntgen et reconnaître la
non-ossification des cartilages juxta-épipliysaires, elle peut être affir-
mée, en se basant sur la constatation suivante : la hauteur de la taille,
qui était de '1"\81, au moment du départ pour le régiment (Novem-
bre 1002), est aujourd'hui (Août 1905) de 1"\85. Il existe également des
douleurs diffuses dans les membres, plus particulièrement au voisinage
des articulations, douleurs analogues à celles dont se plaignent les,
adolescents au moment des poussées de croissance.
La concordance entre Télargissement de la selle turcique et
riiypertrophie de l'hypophyse est-elle aussi absolue que nous
l'avons admis? Oui, si on se base sur les résultats fournis
par l'examen du crâne de nos géants acromégaliques et des
acromégaliques atteints de troubles visuels (hémianopsie bi-
temporale), pathognomiques d'une tumeur hypophysaire. Il
est cependant un fait que, grâce à son obligeance, Huchard
nous a permis de recueillir dans son service de VHôpital Neckcr^
fait dans lequel nous avons constaté qu'une selle turcique
largement élargie renfermait une hypophyse de moyen déve-
loppement et du poids de 80 centigrammes. Le microscope
devait nous donner l'explication de cette apparente contradic-
tion : la glande primitivement hypertrophiée et ayant entraîné
la dilatation de sa loge osseuse, s'était sclérosée, et les parois
osseuses distendues n'avaient pu suivre une rétraction adéquate
à celle de l'organe.
L'observation clinique et nécropsique a pu être recueillie,
grâce au gracieux concours de Ambard, interne du service.
Observation XXV. (Huchard kt P.-E. Launois.)(')
Gifjantisme acromérjalique. — Élargissement de la selle turcique.
Hypertrophie primitive et sclérose consécutive de f hypophyse.
Observation recueillie dans le service de Huchard, hôpital Necker
(Mars 1905). — Tourmenté depuis quelques semaines par une toux
c{uinteuse et fatigué par une abondante expectoration, Alexandre H...,
('^) Soc. méd. des Hûp., déc. 1905.
GIGANTISME ET AGHOMÉGALIE. 311
garçon grainetier, âgé de 60 ans, demande, le 17 mars 1905, son admis-
sion à l'hôpital Necker, et est couché au n° 34 de la salle Trousseau.
L'attention est de suite attirée par la grande taille de cet homme
qui, malgré le léger affaissement dû à l'âge et à la maladie, mesure
encore l^jOG.
Les différents membres de sa famille sont bien conformés et de taille
moyenne; il n'a pas entendu dire qu'il ait été ni très grand, ni très gros
à sa naissance ; mais il sait qu'il avait six doigts à chacune des mains (')
et qu'une opération, pratiquée de bonne heure, a fait complètement
disparaître cette malformation congénitale.
Dès la douzième année, il a commencé à grandir; sa croissance s'est
accélérée entre 1(5 et 18 ans et, au moment du tirage au sort, en 1860, il
mesurait l'",07.
Il a eu deux enfants, qui sont bien conformés et bien portants. Les
fonctions génitales se sont toujours accomplies régulièrement.
La gravité de l'état dans lequel il se trouve, au moment de son
admission à l'hôpital, ne permet pas de faire des mensurations très
détaillées; on peut cependant relever les suivantes :
Hauteur totale du vertex au sol 1"',9G
Distance du grand troclianter à la malléole externe. . 0'",95
Hauteur du grand troclianter au-dessus du sol .... l^jOô
Les extrémités des membres (mains et pieds) sont très volumineuses;
elles paraissent avoir subi un égal développement en longueur et en
largeur.
Dimension? de la main : longueur totale 25 centimètres.
Longueur du médius 12,5 —
Circonférence du médius (2" phalange) 5,5 —
Circonférence du pouce (2'' phalange). ...... 6 —
Pied : longueur totale du pied 27 centimètres.
Longueur du gros orteil 8 1/2- —
Circonférence bi-malléolaire 25 —
Circonférence du gros orteil 9 1/2 —
11 n'y a pas de cypho-scoliose dorso-cervicale supérieure bien accen-
tuée; mais on remarque une légère saillie en avant de l'angle formé
par l'union du manubrium avec le corps du sternum.
La face présente les déformations très caractéristiques de Vacromégalie :
les angles du maxillaire inférieur sont très écartés, bien c{ue le progna-
thisme ne soit pas très apparent. Le nez est gros, mais la langue n'a pas
subi d'hypertrophie énorme. En revanche, les os malaires font une
saillie très exagérée, même si l'on tient compte de l'amaigrissement du
malade. Mais ce qui frappe par-dessus tout, c'est Vénorme saillie des
arcades sourcilières qui est telle, qu'en passant la main sur le front, on
(') Le géant dont il est question au Deuxième Livre des Rois (liv. II, ch. xxi.
20, 21) cité par Henry Meige, avait également six doigts aux mains et aux
pieds (voir page lôO).
312 GIGANTISME ET ACROMEGALIE.
sent un véritable ressaut correspondant à la dilatation des sinus IVon-
taux, rendue ainsi apparente, même à l'examen extérieur.
D'autre part, la prolubérance occipitale externe fait une saillie très
exagérée sous les téguments du crâne.
On ne note rien de remarquable, en dehors de l'aflection qui amena
le malade à l'hôpital, si ce n'est la trace d'une ancienne hernie inguinale
opérée du côté droit et une certaine tendance aux varices.
Les organes génitaux sont bien développés.
Malgré qu'un examen complet de la vision nait pu être pratiqué, il
faut noter qu'un examen grossier avait permis de relever un rétrécisse-
ment très notable du champ visuel dans toute la zone temporale du côté
de l'œil gauche.
Il n'y a ni polyurie, ni glycosurie, ni albuminurie.
Le développement intellectuel est ordinaire.
Les signes fonctionnels (dyspnée, point de côté) et physiques (soufflé,
râles crépitants) avaient fait penser à l'existence d'une pneumonie
droite. Mais l'absence de défervescence au terme classique, les modifica-
tions des signes sthétoscopiques (gros râles humides), celles de l'expec-
toration (crachats purulents, légèrement fétides, rendus par petites
vomiques quotidiennes) vinrent affirmer le diagnostic de gangrène
pulmonaire.
Malgré un traitement approprié (révulsion, toniques généraux, balsa-
miques, etc.), la mort se produisit assez rapidement, le 30 Mars, au
milieu du tableau classique de l'hecticité.
A l'autopsie, pratiquée le i"'' Avril, on put faire les constatations
suivantes :
Hauteur totale mesurée sur la table d'aulopsie .... 1",96
Hauteur du grand trochanler au-dessus du sol .... 1™,03
Circonférence du thorax (ligne niamelonnaire) O-'jD'i
On note un développement vraiment gigantesque du thorax, surtout en
longueur : les dernières côtes touchent la crête iliaque au point qu'il
n'existe plus d'échancrure costo-iliaque (M; en revanche, les espaces
intercostaux sont très augmentés, par suite de l'écartement des côtes.
Les extrémités internes et externes des deux clavicules sont épaissies
considérablement.
Poids du cœur 4;)0 grammes.
— du foie 2500 "^ —
— du rein droit 270 —
— du rein gauche 200 —
— de la late 225 —
Ces différents organes ne présentent pas de lésions grossières à
l'examen macroscopique.
Des adhérences pleuro-pulmonaires nombreuses et résistantes rendent
très difficile l'extirpation du poumon droit qui présente à sa partie
(*) Comparer avec la description très analogue du tronc de Jean-Pierre
Mazas (Obs. IX, page 216).
GIGANTISME ET ACROMEGALIE. 313
moyenne une énorme caverne remplie d'un pus très lelide, scmblaljle à
celui des petites vomiques observées avant la mort. Il s'agit là d'un
foyer typique de gangrène pulmonaire. Il n'y a en aucun point de
granulations tuberculeuses.
Le crâne étant ouvert et après l'extraction du cerveau, deux faits
attirent l'attention :
i" Les 8171118 frontaux ont subi une dilatation extrême : de chaque côté
de la cloison médiane, un peu déviée sur la droite, les sinus, ouverts
par la section de la calotte crânienne, représentent deux cavités symé-
triques capables de contenir une noix environ et présentant les dimen-
sions suivantes :
Diamètre transversal • . . . . Ho millimètres.
— antéro-postérieur 7)1 —
— vertical ...... '20 —
2° La selle lurcique est notablement awjmenlêe dans tous les sens, ainsi
que l'attestent les dimensions suivantes :
Diamètre transversal 27 millimètres (*).
— antéro-postérieur 19 —
Mais, après avoir enlevé la tente de riiypo]3hyse et isolé soigneuse-
ment la glande pituitaire, d'ailleurs de consistance assez ferme et facile
à séparer des parties molles environnantes, on est très surpris de
constater que cet organe est très au large dans une loge osseuse visible-
ment trop grande pour lui. Pour employer une comparaison plus
frappante que celle des chiffres ci-joints, nous dirons que le corps
pituitaire apparaissait comme un pjetit haricot dans une cavité faite pour
loger au moiyis une noix.
En effet, dans la selle turcique dilatée dont nous avons donné les
dimensions, n'était logée qu'une petite hypophyse, d'un poids de
0,80 centigrammes, c'est-à-dire à peine supérieur au poids moyen.
Le poids global de l'encéphale est de 1550 grammes, dont 1270 comme
poids propre au cerveau.
(') Normalement les dimensions de la selle turcique sont très varialiles, le
bord antérieur et les bords latéraux étant irréguliers et mal définis : par
exemple, la divergence des apophyses clinoïdes antérieures peut varier sans
être en relation nécessaire avec des variations parallèles de la cavité qu'elles
limitent. Toutefois, les dimensions normales, d'après Woods Hutchinson {Neiv-
y<irk med. Journal, 21 juillet 1900), ne varient guère qu'entre les cliiffres suivants :
Diamètre transversal : de 12 à 20 millimètres.
— anléro-postéi'ieur : de 10 à 15 —
Il est vrai que la seule dilatation de la fosse pituitaire est insuffisante à
établir le diagnostic certain d'acromégalie. Hinsdale {Acromegaly. Medicine,
1898) cite un crâne du Musée Dupuylren dont la selle turcique a un diamètre
antéro-postérieur de 18 millimètres et qui ne présente aucune malformation
acromégalique. Mais ici nous avions l'extrême dilatation des sinus frontaux
et tous les stigmates caractéristiques du tronc et des extrémités iDour con-
firmer le diagnostic.
su
GIGANTISME liT ACl!OMEGA].lli.
L'examen histologique de l'hypophyse, pratiqué au Laboratoire, nous
a permis de faire les constatations suivantes :
La pièce, recueillie tard après la mort, ne présente pas de détails
cytologiques bien nets.
On peut pourtant constater les faits suivants :
1" Le lobe glandulaire paraît atrophié; il n'occupe environ qu'un
tiers du volume total
de la glande. L'or-
gane, par ce fait, a
subi une sorte de
rétraction et sa face
supérieure est/ ex-
cavée.
2° La charpente con-
jonctive de l'organe
est extrêmement hy-
perlrophiée, surtout
au voisinage du lobe
nerveux. Dans cette
région, entre les cor-
dons cellulaires, on
trouve des travées
qui atteignent jus-
qu'à 80 \)..
Dans des points
éloignés du lobe ner-
veux le stroma con-
jonctif est extrême-
ment développé : il
se forme un véri-
table réticulum dans
les mailles duquel
sont logées les cel-
lules glandulaires. Cet aspect fait absolument songer au tissu adénoïde.
D'autant plus qu'en certains points où les cellules altérées sont tou-
chées, le réticulum apparaît comme si la coupe avait été pinceautée.
5° Les éléments nobles de la glande, très altérés, semblent appartenir
pour la plupart au type cyanophile. Nombreux sont les points où ces
cellules disposées en couronne entourent une goutte de substance
amorphe dite colloïde (?)
4° En d'autres endroits où le type cyanophile n'est pas reconnais-
sable, il est impossible de rattacher les cellules à un type quelconque,
d'autant plus qu'alors les éléments glandulaires sont très multipliés;
leur protoplasma est très exigu par rapport à leur noyau.
5° 11 semble bien qu'en certains points il y ait infiltration embryon-
naire de la ûlande.
FiG. 82.
Base du crâne (l'un géant aci^omégaliriuc.
(HuciiAHi) et P.-E. Launois.)
TROISIÈME PARTIE
GIGANTISME — INFANTILISME — ACROMÉGALIE
Autour des deux observations capitales que nous avons re-
cueillies et commentées nous avons cherché à grouper les
autres faits et à tracer les caractères distinctifs qui séparent les
géants infantiles des géants acromégalicpies .
Cette répartition de tous les géants en deux groupes (') ne va
pas toutefois sans présenter quelque difficulté. Il est certains
faits, celui de Caselli par exemple (acromégalie avec gigantisme,
compliquée de sarcome du maxillaire inférieur et de myxome de la
fosse iliaque) (page 591) où la complexité des symptômes
échappe à toute classification. Il en est d'autres, comme celui
rapporté par Bonardi (acromégalie et gigantisme avec troubles
trophiqnes graves du sympatliique cervical gauche) (page 560), qui
ne sont, actuellement, susceptibles d'aucune explication rigou-
reusement scientifique.
Mais la raison, pour laquelle une distinction entre le gigan-
tisme infantile et le gigantisme acromégalique ne peut être
aussi irréductible qu'on serait tout d'abord tenté de l'admettre,
est fournie par l'étude de l'évolution des géants aux cartilages
juxta-épiphysaires non ossifiés.
Dès les premiers examens que nous avons pratiqués chez le
Grand Charles (géant infantile type), nous avons recherché si
on ne constatait pas déjà, chez lui, quelques-uns des traits
caractéristiques de la Maladie de Pierre Marie. Lorsque nous
(*) Langer avait déjà proposé de dislincuer deux types de géants : l'un,
élancé, haut sur jamljes, avec le tronc relativement court: l'autre, plus massif,
avec le tronc plus long. Loc. cit.
316
GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
l'avons présenté à la Société de Neurologie^ nons résumions de la
façon suivante les constatations qu'il nous avait été permis de
faire.
Actuellement, en ne se basant que sur son habitus extérieur,
on ne peut dire que le Grand Charles soit un acromégalique : il
n'en a ni le faciès si typique, ni l'hypertrophie dispropor-
tionnée et caractéristique des mains et des pieds, ni la cyphose
cervico-dorsale, etc. Sa tète semble petite, surmontant un aussi
FiG. 83. — Radioiiraphie du cr;"ine du Grand Cliarles, montrant l'inégale épaisseur dos
parois du cràae, la dilatation des sinus IVontaux, le ressaut post-lanibdoïdien et l'agran-
dissement de la selle turcique.
grand corps; ses pieds et ses mains sont énormes, il est vrai,
mais leur développement est assez en rapport avec celui des
autres segments des membres; enfin, si son thorax présente
une scoliose à concavité droite, celle-ci, réductible, est en
rapport avec l'attitude hanchée rendue obligatoire par la défor-
mation du genou gauche.
Cependant la comparaison des mensurations recueillies en
1
GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMKG.ALIE. 317
1899 avec celles plus récentes de 1902 montre qu'il est sur-
venu, au cours de ces trois années, certaines modifications
intéressantes dans la charpente osseuse : le thorax s'est déve-
loppé d'une manière assez notable (circonférence = 1"\015 en
1899; l'",040 en 190'2); la longueur des mains s'est accrue
(de 255 à 245 millimètres) ; enfin la tête présente des modi-
fications très caractéristiques. En effet, si le crâne s'est déve-
loppé d'une manière assez régulière dans ses différents diamè-
tres transverses et antéro -postérieurs (augmentation de
2 millimètres pour le diamètre transverse maximum, etc.), en
revanche, à la face, les dimensions verticales se sont accrues
d'une manière tout à fait particulière et facile à apprécier dans
le tableau comparatif suivant :
Mai 1809. Nov. 1902. Accroissement.
millimètres, millimètres, millimètres
Hauteur ophryo-mentonnière . . . 154 159,5 +■4,5
Hauteur ophi-yo-alvéolaire ... 102 102 -\-0
Comme la haiileur totale {ophryo-mentonnière) a augmenté et
que la portion opliryo-alvéolaire n'a pas varié, il en résulte néces-
sairement que C augmentation de 4""", 5, survenue en trois ans, porte
d'une manière exclusive sur la portion située au-dessous du point
alvéolaire, c'est-à-dire sur le maxillaire inférieur.
On note donc déjà une tendance assez marquée à Vlnjper-
Irophie localisée du maxillaire inférieur, hypertrophie qui con-
stitue l'un des premiers et principaux signes de la Maladie de
P. Marie; et il semble qu'en ces trois dernières années le Grand
Charles se soit, pour ainsi dire, acromégalisé {^).
Sur le conseil que nous donna Pierre Marie de faire radio-
graphier le crâne du géant Charles, nous avons prié Béclère,
dont la compétence en pareille matière est bien connue, de
pratiquer cette recherche. Les épreuves radiographiques qu'il
obtint furent des plus démonstratives, elles permirent, en effet,
de constater : l'agrandissement très notable de la selle turci-
que, le développement exagéré des sinus frontaux, l'inégale
(') Langer avait déjà noté que, chez les géants, « l'excédent des hauteurs
sur les largeurs ne se manifeste pas seulement aux pièces longues squelet-
tiques, mais aussi sur toute la ligure ». — Wachsthum des menschlichen SUe-
lettes mit Bezug auf deii Riesen. Denkschriften der liais. Académie, der Wissen-
sdiaften in Wien, Math.-naturw. Classe, Bd. XXXL 1872, S. 1, p, 91; et Ana-
lomie der Formen des menscliiichen Korpers, p. 81.
318 GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMÉGALIE.
épaisseur des parois du crûne et enfin une exagération du
ressaut post-lambdoïdien.
En se basant sur ces constatations, qui sont caractéristiques
du crâne acroniégalique, il ne suffit donc plus de dire que le
géant Charles est en train de s'acroniégaliser : il faut convenir
qu'il est vérilablenient un acromégalique et que s'il ne présente
pas encore toutes les déformations caractéristiques apparentes
de la Maladie de Pierre Marie, son squelette est déjà modifié et
son hypophyse déjà hypertrophiée.
Ces données précises nous montrent que la distinclion entre
les deux variétés de géant infantile et de géant aeromégalirjue, vraie
dans fespace, n est pas irréductible dans le temps, c'est-à-dire que
le type infantile, demeuré pur pendant un certain nombre
d'années, tend à évoluer vers le type acromégalique, pour se
confondre complètement plus tard avec lui.
(Jette fusion de deux types morphologiquement différents
en un type unique s'opère à une époque que nous n'avons pu
nettement déterminer : se dessinant progressivement a mesure
que les cartilages juxta-épipliysaires s'ossifient et diminuent d'épais-
seur, elle devient complète^ quand les épipkyses sont complète ment
ou presque complètement soudées aux diaplujses. Pendant la vie,
on voit apparaître et évoluer avec une progression croissante
les déformations acromégaliques et, à l'autopsie, on constate les
altérations caractéristiques, en particulier la tumeur hypophy-
saire avec élargissement consécutif de la selle turcique.
L'étude, que nous avons pu faire, grâce à l'extrême obli-
geance de Dufrane [de Mans) du squelette du célèbre géant
Constantin, nous a fourni l'explication des relations qui existent
entre le gigantisme et l'acromégalie et a apporté la confirma-
tion irréfutable de l'exactitude de nos recherches.
Obsp:rvation XXVI. (Dufrane, P.-E. Launois et Pierre Roy)(').
Le géant Conxtanlin.
Si nous manquons de renseignements rigoureusement scientifiques
sur les antécédents héréditaires ou personnels du géant Coxstan-
(') A. Dltfrane (de Mons), P.-E. Launois et P. Roy, Les relations du gigan-
tisme et de racromégalle expliquées par l'autopsie du géant Constantin.
Bulletins et Mémoires de la Soc. mécl. des Hôp. de Paris, séance du 8 mai 1905.
GKiANTiSME.
INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
319
TIN, nous avons pu savoir qu'il était né, en 1872, dans le Wurtem-
berg, que ses parents ainsi qu'un frère étaient de taille ordinaire. Seul
dans la famille, un oncle, supérieur du couvent de Sursee, aurait eu
la taille de 2™, 05. Mais nous savons quel cas il faut tenir de rensei-
gnements de ce genre et ce qu'il faut penser du gigantisme familial ou
héréditaire.
D'après la notice biographiciue que distribuait Constantin ('), à l'âge
de 14 ans il mesurait l"',9/t
et à partir de cette époque
sa taille se serait mise à
croître de 15 centimètres
par an. Elle aurait atteint
FiG. 85. — Legcaiil Consloiilin.
2-,59 en 1898; mais il faut
toujours se méfier des
mensurations fournies par
les hommes phénomènes.
Son pied mesurait4i4: et sa
main 58 centimètres. Son
poids était de 168 kilo-
grammes.
Sur la photographie
qu'a bien voulu nous com-
muniquer Henry Meige, il est facile de constater deux caractères qui
nous paraissent dominants : c'est, d'une part, la déformation de la
face (saillie accentuée des os malaires, prognathisme énorme du maxil-
laire inférieur); c'est, d'autre part, l'allongement exagéré des membres
inférieurs que la taille de l'habit dont il est i^evetu rend plus apparent
encore.
Ces déformations si caractéristiques n'avaient pas échappé à l'atten-
tion du D' WoiMANT, pendant le séjour qu'avait fait Constantin à
<Soissom. 11 nous a fourni quelques détails intéressants sur la mentalité
FlG.
Le yéaiit Coiistanlin.
(') Le géant Constantin s'exhil)ait à Paris au cours de l'année 1809.
320
GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
de l'homme phénomène, mentalité qui était celle d'un grand enfant et
sur son genre d'alimentation : le géant vivait surtout de pâtisseries et
de sucreries.
Vers la fin de Tannée 1901, pendant un séjour qu'il faisait en Belgijpie,
FlG
S(). — Base du crâne du géant Conslanlin.
(Dilatation de la selle turcique.)
le (jôant Constantin se présenta à VHôpital de Mans pour y recevoir les
soins que nécessitait une gangrène symétrique des deux pieds.
A. DuFRANE pi^atiqua l'amputation de la jambe droite et les résultats
furent aussi satisfaisants que possible.
L'état du moignon était tel le 26 Février 1902 qu'il eût permis l'adap-
GIGANTISME — INFAxXTILISME. — ACROMÉGALIE. 321
talion de rénorme jambe de bois qui avait été fabriquée; mais le
membre inférieur gauche, dont les lésions s'étaient étendues, s'affais-
sait, i)our ainsi dire, sous le poids du corps.
Après des hésitations assez compréhensibles, le malheureux, qui
dépérissait de jour en jour, consentit à une seconde amputation. Le
7 mars 1902, le genou gauche fut désarticulé par le procédé de Chalot.
Les suites opératoires furent satisfaisantes pendant les premiers
jours; mais le malade, fort indocile, dérangea son pansement et infecta
sa plaie. Une partie du lambeau se sphacéla et la fièvre apparut.
Le 26 mars, des douleurs éclatèrent un peu partout; elles atteignirent
leur maximum au niveau des articulations; la respiration s'embarrassa,
la toux s'accompagna d'une abondante expectoration muco-purulente.
En proie à une véritable septicémie, l'opéré succomba le 50 mars.
L'autopsie flt découvrir les lésions habituelles de l'infection puru-
lente : les diverses articulations, plus particulièrement celles du poignet
et de l'épaule gauches, étaient remplies de pus. Les bases des poumons
étaient gorgées de sang et laissaient sourdre du muco-pus en abon-
dance. Les deux sommets étaient farcis de tubercules, dont quelques-
uns en voie de ramollissement.
On constata aussi un gigantisme viscéral marqué (cœur et foie en par-
ticulier) et par contre une alrophie notable des testicules, qui n'étaient
représentés que par deux petites masses du volume d'un haricot.
Mais de toutes les modifications observées la plus intéressante fut,
sans contredit, Vénorme développement de la glande pituitaire, dont les
dimensions dépassaient celles d'une noix. La selle turcique, qui la
logeait, était tellement large et profonde, qu'après avoir enlevé les hémi-
sphères cérébraux et le cervelet^ on eût pu croire à Vexistence de deux
canaux rachidiens juxtaposés.
Si nous ne pouvons apporter aujourd'hui les résultats fournis par
l'examen des coupes microscopiques de la tumeur hypophysaire,
examen qui a été confié au professeur Lemaire, de Louvain, du moins
il est facile, par l'examen de la base du crâne, d'apprécier les dimen-
sions considérables quelle avait acquises. La selle turcique, qui la
logeait, présente les dimensions suivantes :
Diamètre antéro-postérieur 50 millimètres.
Diamètre transversal (y compris les deux cavi-
tés accessoires symétriques) .36 —
Profondeur 50 —
1" Le crâne de Constantin, en raison môme de l'énormité de ses
déformations, peut être pris comme typje du crâne acrom,égalique.
Il en est de même de la face où la saillie des os malaires ne le cède
en rien au prognathisme de la mandibule. Ce prognathisme est si
accentué qu'un intervalle de trois doigts sépare d'avant en arrière les
deux arcades dentaires l'une de l'autre.
2° Chez Constantin, comme chez les autres géants infantiles, l'inap-
LAUNOlS ET ROY. 21
322
GIGANTISME.
INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
pétence sexuelle, qui nous a été signalée par A. Dufra>e, était en
rapport avec Vatrophie congénitale des testicule;^.
5° L" allongement disproportionné des membres inférieurs, déjà visible
sur les photographies, est pleinement confirmé par la mensuration de
son fémur monstrueux, long de 76 centimètres.
4" Quant à la persistance anormale des cartilages de conjugaison au
FiG. 87. — Le crâne du géant Constantin (profil),
(l^rognathisme du ma.xillaire inférieur.)
delà du terme habituel de leur ossification qui constitue le trait parti-
culier et caractéristique du gigantisme infantile, elle est, chez le géant
Constantin, beaucoup plus apparente encore que chez le géant Charles,
qui, le premier, servit de base à nos recherches. En effet, chez ce
dernier, la radiographie seule nous avait permis de démontrer la per-
sistance, à Tâge de trente ans, des cartilages interdiaphyso-épiphysaires,
i
GIGANTISME. - INFANTILISME. — ACROMEGALIE. 323
notamment sur le fémur, le tibia, le radius, les métacarpiens et les
divers segments phalangiens des doigts, os dont l'ossification se ter-
FiG. 88. — Le crâne du géant Constantin (face).
(Augmentation du diamètre vertical de la face.)
mine normalement à un âge variant entre dix-huit et vingt-quatre ans.
Mais sur les pièces osseuses (fémur, humérus), que nous avons emprun
324 GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
tces au squelette de Constantin, il est facile d'observer directement,
FiG. 89. — Le fémur du géant Constantin, comparé avec le fémur d'un adulte normal.
(L'épiphyse inférieure vient à peine de se souder à la diaphyse chez le géant.)
soit la soudure récente, soit aussi la non-soudure des diverses parties
(
GIGANTISME. - INFANTILISME. — ACROMEGALIE. 325
constituantes des os. On aperçoit, en effet, sur le fémur les lignes
de démarcation bien nettes qui correspondent à la jonction toute
récente des deux extrémités supérieure et inférieure au corps de
l'os.
Sur niioncrus, la séparation de la tête est encore complète, elle s'est
FiG. 90. — L'humérus du géant Constantin. (Non-soudure de 1 epiphyse supérieure.)
faite au cours des différentes manœuvres nécessitées par la préparation
du squelette. Si on considère que le géant Constantin avait plus de
vingt-neuf ans quand il est mort et que la tête humérale se soude au
corps de l'os normalement de vingt et un à vingt-cinq ans, chez l'homme,
on reconnaîtra que cette absence totale de soudure constitue un retard
vraiment remarquable de l'ossification.
326 GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
De ces différentes constatations, il résulte que Constantin
est tout à la fois un (jéanl acroinégalique par le crâne [dilata-
tion de la selle tiircique, prognathisme du maxillaire infé-
rieur^ etc.), et un géant infantile par le squelette des membres
[allongement du train postérieur, jyersistance des cartilages de
conjugaison) et par V atrophie génitale.
Chez lui se trouvent réunis tous les éléments susceptibles de
confirmer l'opinion formulée il y a longtemps par Brissaud et
Henry Meige, opinion que nous avons cherché à étayer sur des
faits et que l'on peut, en l'élargissant, formuler de la manière
suivante : Le gigantisme est V acromégalie de V adolescence (Brissaud
et Meige), le gigantisme est V acromégalie des sujets aux cartilages
cpiphysaires non ossifiés, quel que soit leur âge (Launois et Roy).
Pendant un certain temps, Constantin ne fut qu'un géant, un
« géant pur », comme disent certains auteurs, un « géant infan-
tile », comme nous le disons aujourd'hui. A l'époque de sa
mort, il avait déformé son crâne et commencé à déformer sa
face, mais ses os longs continuaient encore à s'accroître en
longueur; il restait géant infantile par les membres alors qu'il
était déjà géant acromégalique par le crâne. Il n'est pas dou-
teux qu'une survie de quelques années, en favorisant la clôture
de son ossification enchondrale retardée, ne lui eût permis de
compléter le tableau classique des déformations acromégali-
ques. Son évolution dystrophiée aurait été en tous points sem-
blable à celle du géant Simon Botis, chez lequel, pendant les
deux dernières années de sa vie, de trente-cinq à trente-sept
ans, précisément au moment où la taille cessait de croître, on
vit apparaître successivement toutes les déformations acromé-
galiques. (Voir page 122.)
L'étude biologique et anatomique du géant Constantin nous
semble apporter la solution définitive du curieux problème,
naguère encore discuté, des relations qui existent entre le
gigantisme et l'acromégalie. Les arguments que faisaient
valoir unicistes et dualistes avaient été formulés, pour la der-
nière fois, d'une façon précise, en 1896, à la Société médicale
des Hôpitaux de Paris (séances du 1" et du 14 mai), par Brissaud
et Pierre Marie.
Les dualistes admettaient que l'acromégalie est une affection
caractérisée par l'hypercroissance localisée du squelette, tandis
1
GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMEGALIE. 327
que le gigantisme n'est que l'exagération généralisée du pro-
cessus ostéogénique normal.
Au contraire, les unicistes, avec Brissaud et Henry Meige, esti-
maient que le gigantisme et lacromégalie sont une seule et
même dystrophie se manifestant à deux âges, ou, mieux, à deux
périodes différentes de la croissance.
Les faits que nous avons rassemblés, les commentaires dont
nous les avons accompagnés nous paraissent avoir apporté
une confirmation éclatante à l'opinion professée par Brissaud
et Henry Meige, Woods Hutchinson et tous les unicistes.
D'ailleurs, dans une des dernières leçons qu'il a professées
à la Faculté, Pierre Marie (') reconnaissait « que plus on
observe, plus on rencontre de géants acromégaliques ».
L'observation du géant Charles et surtout celle du géant
Constantin confirment pleinement cette assertion et on peut
ajouter que, non seulement le nombre des géants acroméga-
liques s'élève à mesure qu'on les étudie mieux, mais aussi
qu'il ne serait guère possible d'apporter aujourd'hui une obser-
vation complète de géant, basée sur des documents recueillis
soit pendant la vie, soit après la mort, qui ne mentionnât un
plus ou moins grand nombre de déformations acromégaliques;
en sorte qu'on est autorisé à conclure que, si tous les géants
ne sont pas des acromégaliques, tous ceux du moins qui ne le sont
pas déjà sont aptes à le devenir.
Les tares physiques, que nous venons d'analyser, s'accom-
pagnent de tares psychiques, qui viennent confirmer la dé-
chéance des géants. L'étude de leur état mental mérite de rete-
nir Tattention.
Faibles de corps aussi bien que d'esprit, dit Isidore Geoffroy
Saint-Hilaire (") en parlant des géants. Nous ne saurions que
confirmer cette assertion et, sans vouloir affirmer le constant
parallélisme des tares physiques et des tares mentales, il est
(') Pierre Marie, Leçons inédites sur les maladies du système nerveux pro-
fessées à la Faculté de médecine de Paris, 1903 (d'après les notes recueillies
par l'un de nous).
(2) Loc. cit., t. I, p. 182.
328 GIGANTISME. — IiNFANTILISME. — ACROMEGALIE.
certain que tous ces géants dont nous avons décrit le corps
dysliarmonieuxet contrefait ne sauraient posséder un bel esprit
et bien équilibré.
De tout temps l'inintelligence des géants a été célébrée dans
tous les pays par la victoire sur eux des petits au corps souple
et à l'esprit subtil : les ruses de David triomphent aisément
de la lourdeur de Goliath; on a comparé, sans avantage pour
le plus grand, l'intelligence qu'expriment les deux figures
prêtées par les Grecs au colossal Hercule et à l'harmonieux
Apollon ; les géants réunis à la cour de Vienne restent impuis-
sants et désarmés devant les moqueries de leurs compagnons,
les nains; etc., etc. (^).
Nos observations et celles que nous avons reproduites
n'infirment guère le sentiment antique et universel sur la faible
intelligence des géants. On trouve parmi eux, a-t-on dit, plus
de tambours-majors que d'académiciens. Cette boutade reste
vraie en ce qui concerne nos observations et, si nous avons
observé et décrit un ancien tambour-major haut de 2'", 12,
(Obs. VIII, page 159), en revanche aucun autre géant n'est
venu compenser cette vérification par l'éclat de son esprit. De
profession, ils n'en ont pas; leur hauteur les a dispensés
d'apprendre un métier; leur stature les fait vivre, simples
phénomènes forains ou peu redoutables lutteurs. Les observa-
teurs ne parlent guère de facultés mentales et réservent tous
leurs soins j^our l'étude de leurs anomalies physiques.
Pourtant, en réunissant quelques-uns des traits mentionnés,
on peut voir que la mentalité de la plupart des géants est iden-
tique et caractérisée surtout par une débilité des trois grands
modes de l'activité psychique. Cette lenteur des réactions qui
en fait des êtres mous, efféminés, sans énergie ni volonté, se
retrouve dans les divers processus intellectuels proprement
dits : sensations émoussées, perceptions imprécises, mémoire
languissante, pauvreté d'imagination; l'état de leurs facultés
d'acquisition et de conservation ne leur permet guère d'arriver
à un haut degré de culture intellectuelle, leurs goûts les portant
bien plus vers les tours de force aisés que vers les études
ardues. Mais c'est surtout dans les facultés d'élaboration
(') Voir chap. II 52.
GIGANTISME. — INFANTILISME. — ACROMKGALIE. 329
(raisonnement, jugement, etc.) que se traduit leur débilité
intellectuelle : notre géant Charles, au milieu de sa grande
détresse physique et morale, a gardé une partie de la verve
qui lui permettait autrefois de composer les boniments destinés
à racoler les curieux; aujourd'hui, pour exploiter la charité, ses
mots ne sont jamais bien compliqués (').
Chez le grand Charles, comme chez beaucoup d'autres
géants, les troubles psychiques se manifestaient dans le
domaine de la sensibilité bien plus encore que dans celui de
l'activité et de l'intelligence proprement dite : fanfarons, au
point de se targuer d'une vigueur invraisemblable ou de
s'attribuer d'impossibles exploits génésiques, les géants sont
menteurs par métier, pour ainsi dire; ils mentiront sur la
mesure exacte de leur taille, sur celle de leurs parents, sur leur
âge, sur leur histoire, sur tout en un mot, et l'on conçoit
la difficulté qu'il y a en certains cas à prendre d'eux une
observation authentique. Indolents, susceptibles, peu aimables,
irascibles, insociables, ils ne se prêtent guère aux exigences de
la vie en commun : Charles, hospitalisé à Bicêtre, n'avait pu y
demeurer; K..., notre ancien tambour-major, s'était rendu
insupportable par ses exigences dans notre salle de l'hôpital
Tenon. Chez beaucoup, on trouve cette mobilité de l'humeur,
cette émotivité (Charles pleurait pour un rien; le seul fait d'at-
tirer son attention sur son infirmité provoquait les larmes) ("),
ces fanfaronnades et jusqu'à ces mensonges qui rappellent
l'état mental que E. Dupré a désigné sous le nom de puérilisme (^).
Le géant lutteur A..., qui ne voulut pas consentir à nous laisser
prendre son observation, montrait avec orgueil ses biceps, ses
bijoux, vantait sa force, sa santé, son esprit, affirmait qu'il
parlait couramment toutes les langues et se targuait de fabuleux
engagements pour les Amériques. (Obs. XXXIX, p. 368.)
Sans vouloir insister sur tous ces faits et sans rappeler
(M A plusieurs reprises des tentatives ont été faites ponr produire de
tous les géants au théâtre; mais le plus souvent ils se sont montrés inca-
pables de remplir aucun autre rôle que celui de figurant muet.
(^) Peut-être aussi faut-il réserver une part à la dépression mélancolique des
infantiles en rapport avec l'impossibilité de satisfaire leur instinct génésique.
(BÉRiLLON, Soc. de pathol. comparée, 9 déc. 1902.)
(') <> Leur intelligence ne dépasse pas le stade de l'enfance », dit Woods
HuTcniNSON. New-York med. Journal, 21 juillet 1900.
330 GIGA^"TISME. — INFANTILISME. — ACROMEGALIE.
encore les cas cités ailleurs cValcoolisme, fréquents chez les
géants de la foire, ou à\iliénaiion menlale « prophéto manie »
du géant Daniel, portier de Cromwell, interné à Bedlam, il
semble bien que le développement intellectuel de la majorité
des géants reste au-dessous de la moyenne.
On pourrait se demander si cette obnubilation intellectuelle
n'est pas en rapport, dans certains cas, avec la tumeur pitui-
taire, dont un grand nombre de géants ont été trouvés porteurs,
et ne doit pas être rapprochée de la faiblesse de mémoire et de
la céphalée si fréquemment notées au cours de racromégalie.
Cette explication, valable sans doute seulement pour un cer-
tain nombre de cas, nous paraît cependant assez vraisemblable
pour rendre compte des troubles profonds de l'humeur qui se
montrèrent pendant les derniers jours de la vie de l'ex-tambour-
major K — Une tumeur cérébrale aussi volumineuse que celle
qui fut trouvée à son autopsie ne va pas sans déterminer
quelques phénomènes de compression intra-crànienne. Mais
cette cause paraît assez exceptionnelle, et, chez le plus grand
nombre, en particulier chez les géants infantiles, la débilité
mentale est d'origine congénitale et ne fait que traduire l'arrêt
de développement intellectuel parallèle à l'arrêt de développe-
ment physique. Le jyuérilisme mental de certains géants ne re-
présente ainsi, suivant la définition classique, que la persis-
tance, chez des svjets ayant atteint ou dépassé fâge de la puberté,
de caractères psychiques appartenant à V enfance.
LIVRE TROISIÈME
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PATHOGÉNIE
Les trois dystrophies, V infantilisme., le çiigantisme et Vacromé-
galie., que nous venons d'étudier isolées ou associées, s'accom-
pagnent de troubles manifestes dans la morphologie du sque-
lette. Elles allongent certains os, épaississent leurs segments
terminaux, élargissent les cavités dont quelques-uns sont
creusés. Elles doivent aussi modifier plus ou moins profon-
dément leur constitution anatomique, mais les documents que
nous avons eus à notre disposition ne nous ont pas permis de
poursuivre, à l'aide du microscope, les altérations survenues
dans le processus histogénique formateur, ni dans la texture des
os. Pour apprécier l'étendue et l'importance de ces altérations,
il importe de rappeler le mode suivant lequel, à l'état normal,
les os croissent en longueur et en épaisseur. La comparaison
entre les résultats de l'évolution normale et de l'évolution
pathologique ne sera pas dépourvue d'intérêt.
V allongement normal des os se fait, pendant la croissance, aux
dépens de deux lames demeurées cartilagineuses et situées, à
chacune de leurs extrémités, entre les épiphijses et la diaphyse
{cartilages de conjugaison, cartilages juxta-épipliysaires) .
Dans la partie moyenne de chaque lame on trouve du tissu
cartilagineux et on le voit disparaître progressivement sur les
deux faces, à mesure que l'os se substitue à lui.
Les modifications, dont il est le siège, ont été minutieuse-
ment analysées par les histologistes. En allant du centre de la
lame cartilagineuse vers l'os diaphysaire, on trouve en effet du
tissu cartilagineux lujalin typique, dont les cellules, encapsulées,
sont disséminées sans ordre dans la substance fondamentale. On
334 CONSIDERATIONS GENERALES ET PATHOGENIE.
voit ensuite les éléments cellulaires, subissant une multiplica-
tion active, former des groupes de cellules filles, incluses dans
des capsules mères, allongées, disposées parallèlement les unes
à côté des autres et perpendiculairement au plan du cartilage
de conjugaison. Broca avait donné à cette couche le nom de
couche chondroïdc; comme il ne s'agit pas d'une formation
semblable à du cartilage mais bien de cartilage vrai, dans
lequel les éléments sont disposés d'une façon particulière, on
l'appelle plus justement, avec Ranvier, cartilage sérié.
En se rapprochant davantage de la diaphyse, on voit immé-
diatement succéder à la zone précédente une couche dans
laquelle les piles cellulaires sont de moins en moins régulières.
Les plus avancées dans leurs transformations se désagrègent
et se groupent en amas irréguliers, après avoir résorbé leurs
capsules propres. Elles se présentent sous l'aspect de masses
sphériques ou ovoïdes de protoplasma avec un noyau et sont
redevenues cellules embryonnaires. Les cavités qui les con-
tiennent sont limitées par des bords festonnés, irréguliers et
les travées sinueuses, qui les séparent les unes des autres, se
sont infiltrées de sels calcaires, dont on surprend, par places,
le dépôt sous la forme de granulations fines ou de grains angu-
leux. Le tissu, qui a un aspect blanc mat tout à fait particulier,
est appelé cartilage calcifié.
Ainsi modifié dans sa constitution histo-chimique, le tissu
cartilagineux est attaqué par des macrophages, les ostéoclastes ;
ils éventrent les travées, ouvrent les capsules et préparent le
chemin aux vaisseaux embryonnaires, amenant avec eux des
cellules conjonctives, les ostéoblastes, qui vont prendre la place
occupée par les cellules cartilagineuses. On donne à cette
couche le nom de zone ostéoïde ou ossiforme.
Les lamelles osseuses avec leurs cellules caractéristiques ne
tardent pas à apparaître : en effet, à la partie inférieure de la
zone ossiforme, on voit les cellules se disposer régulièrement à
la surface des travées cartilagineuses calcifiées et y produire
graduellement, par élaboration de leur protoplasma, des strati-
fications successives de tissu osseux. Les travées de cartilage
calcifié, servant de support, méritent à juste titre l'appellation
de travées directrices de l'ossification qu'on leur a donnée et la
zone, qui les renferme, celle de zone d'ossification. Ainsi se
CONSIDERATIONS GENERALES ET PATIIOGENIE. 335
forme du tissu osseux, primitivement spongieux, qui se continue
avec celui du corps et des extrémités de l'os.
Sans insister plus longuement sur le sort réservé aux cellules
cartilagineuses revenues à l'état embryonnaire, nous admet-
trons, avec les classiques, que, par aucun de ses éléments, le
tissu cartilagineux ne se transforme en tissu osseux. S'il
présente une multiplication active de ses cellules, c'est qu'il
doit croître en même temps que l'os s'édifie, car toute portion
d'os, une fois formée, ne croît plus; elle est soumise à de
multiples remaniements intérieurs, mais le volume de sa masse
totale ne subit pas de variations. « L'os en formation, dit
Mathias Duval ('), est comme une ville qu'on démolit et qu'on
rebâtit continuellement, mais dont la superficie ne s'étend
pas. » Le processus, que nous venons d'analyser, est un véri-
table processus néoplasique, dans lequel un tissu nouveau se
substitue à l'ancien, sans lui emprunter ses éléments consti-
tutifs, en les utilisant simplement comme moyen de soutien au
cours de son édification.
Le mode d'ossification, dont nous venons de résumer les
étapes, est un mode actif et continu. Il se poursuit en effet len-
tement pendant l'enfance et, au moment de l'adolescence, il
s'exagère, souvent d'une façon brusque, déterminant une crois-
sance plus ou moins rapide. Celle-ci s'arrête d'une façon
définitive, chez l'homme, vers l'âge de vingt-quatre à vingt-cinq
ans, ainsi qu'il a été précédemment indiqué (page 48). Si on
examine alors la région qui correspondait à la bande cartila-
gineuse juxta-épiphysaire, on n'en retrouve plus de traces :
le cartilage a fait place à l'os et la fusion de l'épiphyse à la
diaphyse est complète. Cette fusion, si facilement observable
sur le squelette, après la mort, l'est également aujourd'hui,
grâce à la radiographie, pendant la vie. A l'âge de 25 ans,
chez l'homme, tous les cartilages de conjugaison ont disparu.
Quand l'ossification en longueur est close, la taille a acquis
des dimensions qu'elle ne pourra plus dépasser ; elle tendra
au contraire à diminuer progressivement, à mesure que l'indi-
vidu avancera vers la sénescence.
Mais, en même temps que les os s'allongent, ils s'épaississent :
(') Mathias Duval, Cours cV Histologie à la Faculté (inédit).
336 CONSIDÉRATIONS GENERALES ET PATHOGENIE.
Vépaississemenl des os est en rapport avec les fonctions du périoste.
Cette membrane n'épuise pas en effet son activité formatrice
pendant les premières années de la vie; elle la conserve pendant
toute la durée de la croissance du squelette. Lorsque le déve-
loppement du squelette est complet, la couche ostéogène de-
vient stérile; toutefois, ainsi que l'ont démontré les expé-
riences si savamment conduites par OUier ('), on peut rendre au
périoste adulte les propriétés formatrices du périoste jeune. Il
suffit, pour cela, de le soumettre à une irritation lente et
aseptique : en le piquant, en le décollant, en le dilacérant
même, mais sans le faire suppurer, on provoque une périostite
plastique. La membrane se vascularise, s'épaissit : sa coucbe
ostéogène redevient active et donne naissance à des lamelles
osseuses qui se superposent à celles déjà existantes.
Tels sont les deux processus qui, concourant à l'allongement
et à l'épaississement des os, aboutissent à la constitution
définitive du squelette. Normalement leur évolution s'arrête,
chez l'homme, entre la vingt-quatrième et la vingt-cinquième
année. Mais, sous des influences diverses, la croissance en
longueur peut se poursuivre bien au delà du terme habituel; de
même, des os, déjà complètement formés, peuvent s'épaissir
plus particulièrement au niveau de leurs extrémités.
La prolongation de la croissance en longueur est bien due,
comme l'avait supposé Brissaud, à la persistance anormale du
processus ossificateur dans les cartilages de conjugaison et il
s'agit bien d'une hypercroissance par continuité d\ni processus
normal au delà de ses limites liabituelles. De même l'épaissis-
sement des os, et plus particulièrement des extrémités des os,
est bien dû, comme l'avait démontré Pierre Marie, à la revi-
viscence de l'activité ossificatrice du périoste.
Quant à la cause qui entretient ou qui réveille, dans certains
organismes, le processus formateur de la substance osseuse, elle
est demeurée pendant longtemps méconnue. Les travaux
entrepris dans ces dernières années, sans avoir complètement
élucidé les conditions qui régissent le développement du
squelette, ont cependant permis d'entrevoir, sinon de nette-
(') Ollier, Traité des résecLions et des opérations conservatrices que Ton
peut pratiquer sur le système osseux. — La régénération des os et les résec-
tions sous-périostées. Encyclopédie Léauté.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PATIIOGÉNIE. 337
ment déterminer, le rôle qui appartient aux glandes à sécrétion
interne (M.
ROLE DES GLANDES A SÉCRÉTION INTERNE
Les constatations faites soit chez les individus privés congé-
nitalement de leurs testicules, de leurs ovaires, soit chez les
eunuques, soit chez les animaux castrés, ont mis en lumière les
relations qui existent entre le gigantisme et les glandes génitales.
1" Glandes génitales. — Il est de notion courante que la
croissance du squelette est surtout active au moment de la
puberté, c'est-à-dire à la période de la vie où se développe l'ap-
pareil de la reproduction. On sait aussi qu'elle s'arrête quand
ce même appareil a atteint son summum de développement.
Si les glandes génitales sont atrophiées dès la naissance, ou
enlevées avant la puberté, la croissance du squelette se pour-
suit comme chez un enfant et de la même façon, c'est-à-dire par
persistance de l'ossification dans les cartilages juxta-épiphy-
saires. De plus, comme chez l'enfant ou, mieux encore, comme
chez le pubère, elle est surtout active au niveau des extrémités
des os longs de l'arrière-train. Non seulement les os s'allon-
gent, mais ils sont encore profondément modifiés dans leur
constitution anatomique. « A la coupe, écrit Poncet (^), dont
le dire a été confirmé par son élève Pirsche (^), la substance
compacte semble un peu augmentée de volume et le canal
médullaire est agrandi. Les os sont plus droits qu'à l'état nor-
mal, les inflexions et les courbures y sont absentes ou peu
accusées. Ces modifications sont surtout marquées au niveau
des os qui forment le squelette des membres postérieurs. »
Quelle explication pouvons-nous donner de ces faits, aujour-
d'hui qu'instruits par Brown-Séquard nous savons que les
glandes génitales possèdent une véritable sécrétion interne,
(') Robert Caruette, Les dystrophies du cartilage de conjugaison dans leurs
rapports avec la croissance générale du squelette. Thèse de Paris, 1904.
(-) Poncet, Influence de la castration sur le développement du squelette.
Congrès de l'Assoc. franc., etc. Session du Havre, 26 août 1877, et Soc. de Méd.
de Lyon, 25 mars 1896.
(5) Pirsche, Thèse de Lyon, 1902.
LAUNOIS ET ROY 22
338 CONSIDERATIONS GENERALES ET PATIIOGENIE.
indispensable au bon fonctionnement de l'organisme? Nous ne
pouvons répondre que par des hypothèses et rappeler, avec
Delbet ('), les observations de Truzzi sur l'influence favorable
de la castration dans la cure de l'ostéomalacie, la pratique de
Fochier (-) et de nombre de chirurgiens. Curatullo et Torcelli ("'),
Gomès (') ont montré que la castration, comme la ménopause,
modifie lia composition normale de l'urine, diminue sensible-
ment la quantité d'acide phosphorique éliminé et la teneur en
sels. Ainsi se trouve en partie expliqué le rôle que peut jouer
Tablation des glandes génitales sur la décalcification morbide
du squelette constatée dans l'ostéomalacie et peut-être aussi le
rôle de l'atrophie et de l'ablation des mêmes glandes dans les
modifications du chimisme urinaire observé chez les géants
infantiles (page 67).
De même, dans l'acromégalie, affection dans laquelle les
troubles génitaux sont fréquents et précoces, on a constaté des
modifications dans la composition de l'urine. Si certains obser-
vateurs, Schiff (■'), Ruttle etDuchesneau(''), admettent une élimi-
nation plus abondante qu'à l'état normal de phosphore,
d'autres, tels que von Moraczewski ('), Tanszk et B. Vas (^j,
Parhonr), constatent au contraire sa rétention dans l'orga-
nisme. Cette rétention ne doit pas être sans relations avec les
modifications observées dans l'ossature, et on comprend que
Freud et Verstraeten ('") admettent que l'acromégalie, comme
pour nous certains cas de gigantisme, soit due à un défaut de
fonctionnement des glandes génitales. Il n'est pas, dès lors,
irrationnel de supposer que la castration ou des troubles impor-
tants dans le fonctionnement des glandes génitales retentissent
(') Delbet, Traité de Pathologie générale de Bouchard, t. V, p. 318.
C^) Fochier, Académie de Médecine. Séance du 14 avril 1905.
{"') Curatullo et Torcelli, L'influence de l'exlirpalion des ovaires sur
l'échange des matières. Therapeutische Wochenschrift, 1895, p. 451 à 454.
(*) GoMÈs, De Vopo thérapie ovarienne. Thèse de Paris, 1898.
(S) Schiff, Wiener klin. Woch., 1897, n° 12, p. 279.
(^) Ruttle et Duchesneau, cité par Parhon, p. 10.
Ç) W. D. von Moraczewski, Stoffwechesel bei Agromegalie unter der
Behandlung mit Sauerstoff, Phosphor, etc. Zeitschrift filr klin. MecL, 1901,
Bd. XLIII, Hcft 5 und 4.
(^) J. Tanszk et B. Vas, Beitrâge zum Slofl'vvechsel bei Akromegalie. Peters.
Mediz. Chirurg. Presse, 1899, r,° 9.
(^) C. Parhon, Contributiuni la Sludiul schiinburilor nutritive in Acromegalie.
Bucuresti, 1903.
('") Freud et Verstraeten, cité par Parhon, p. 37.
■CONSIDERATIONS GENERALES ET PATHOGENIE. 339
sur la constitution du squelette, en supprimant la source d'un
produit qui normalement active l'oxydation des substances
organiques phosphorées. Cette supposition est d'ailleurs d'ac-
cord avec la constatation bien établie du pouvoir oxydant
du suc testiculaire et de la spermine. En tout cas, ce trouble,
causé par la castration dans l'oxydalion des matériaux phos-
phores aux dépens desquels sont formés les os, suffît à expli-
quer l'influence de la suppression des glandes génitales, tout
au moins sur le développement d'un squelette encore jeune,
encore incomplet dans son évolution. « 11 est hors de doute,
écrit Guinard('), que c'est à une stimulation des échanges et
des oxydations qu'il faut ramener l'influence tonifiante des
glandes génitales et de leur sécrétion interne. Mais, à ce point
de vue, ces glandes peuvent trouver des suppléances, soit dans
les autres glandes et les autres éléments, soit dans la stimula-
tion générale et la suractivité fonctionnelle qui proviennent du
mouvement et du travail musculaire. »
Le prohlèine de la suppléance les unes par les autres des glandes
à sécrétion interme, tout nouvellement posé, n'a pas encore reçu
sa solution. Cependant les données recueillies sont fort impor-
tantes et déjà pleines de promesses. C'est ainsi que l'on a
cherché à établir la part qui revient au thymus, à la glande
thyroïde, à f hypophyse dans les troubles de V ossification.
2" Thymus. — La persistance du thymus ou sa reviviscence a
été constatée plusieurs fois à l'autopsie des acromégaliques.
Cette constatation a amené Klebs à regarder l'affection comme
due à un fonctionnement exagéré de cet organe, susceptible de
jeter dans la circulation des germes vasculaires, allant se fixer
au niveau des extrémités des os. Une semblable hypothèse ne
mérite même pas de retenir l'attention; il n'en est pas de même
pour celle qui a été formulée par Massalongo et qu'on peut
résumer de la façon suivante : l'hypertrophie constante du
corps pituitaire et celle fréquente du thymus, organes ayant
une importante fonction pendant la vie fœtale, ont conduit cet
auteur à admettre, dans racromégalie,la persistance des fonc-
(') GuiNARD, art. Castration du Dictionnaire de Physiologie de Ch. Richet,
t. II, p. 195.
3'i0
CONSIDERATIONS GENERALES ET PATHOGÉNIE.
lions de certaines glandes fœtales. Tant que l'organisme est
en voie de développement, les proportions sont conservées et
les déformations ne sont qu'apparentes. A peine ce dévelop-
pement, cette croissance, de par l'évolution ordinaire de l'or-
ganisme, viennent-ils à s'arrêter, au voisinage de la vingtième
année, qu'on voit apparaître les premières manifestations de
l'acromégalie et, s'il en est ainsi, c'est que les glandes fœtales
continuent à fonctionner et, contrairement à leur habitude, ne
rentrent pas en régression.
Certains faits anatomo-patliologiques, en particulier celui
rapporté tout dernièrement par de Silvestri ('), tendent à établir
une connexion entre l'apparition des déformations acroméga-
liques et la persistance du thymus.
V
}tf
'4 m.
3" Thyroïde. — En ce qui concerne les relations de la thy-
roïde avec les troubles de T ossification (-), les docu-
ments sont tout à la fois plus nombreux et plus
importants.
En 1894, Gley(') a montré à la Société de Biolo-
gie une chèvre à laquelle il avait pratiqué l'abla-
tion de la thyroïde à l'âge
de 6 mois et qui, à la suite
de cette opération, avait
présenté, entre autres phé-
nomènes, une petitesse très
marquée de la taille.
L'année suivante, Tra-
chewski (') démontre l'ac-
tion de la glande thyroïde
de la mère sur le développement du squelette du fœtus.
Hofmeister (') (1895) observa sur des lapins, auxquels il
avait enlevé la thyroïde, que le raccourcissement consi-
FiG. 91.
(') Enrico de Silvestri, Saccoma del mediastino ed acroinegalia. Riforma
meclica, ann-. XIX. Num. 51, 1905.
(-) G. Denîs, [)■:■ Vinfluence de la glande thyroïde sur le développement du sque-
lette. Thèse de Lyoa, 1896. — Boullenger, De faction de la glande thyroïde sur
la croissance. Thèse de Paris, 1896.
(') Gley, Comptes rendus de la Société de Biologie, mai 1874.
,(*) Trachewski, cité par Danis, p. 20.
(•^) Hofmeister, Beitrag fur Klin. Ghir,, 1894. Semaine médicale, 1894.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PATHOGÉNIE.
341
dérable des os en longueur ne consiste pas dans une ossi-
fication prématurée du cartilage de conjugaison, mais au
contraire, dans la diminution de la prolifération cellulaire du
cartilage de conjugaison, qui est le siège de modifications
multiples,
Eiselsberg (') fait une étude expérimentale très complète du
développement du squelette chez les animaux thyroïdectomisés
et montre l'arrêt de la croissance sur trois agneaux et trois
i:hevreaux. Sur ces derniers animaux, il note les mensurations
suivantes :
Al
nimal témoin.
B
ouc opéré.
Chèvre opérée.
Longueur de la tête. . .
W,l
10,8
1R,2
— du radius. . .
15,7
10
9
— du métacari>e.
16
11, S
11
— du fémur. . .
17
11
10
— du' tibia. . . •
19
15
12,5
Ces données de l'expérimentation sont pleinement confirmées
par celles de la chirurgie
d'une part, et par celles de
la hiédication opothérapique
d'autre part. De nombreux
faits, ceux en particulier re-
cueillis par Bourneville (-),
ont montré que l'idiotie
myxœdémateuse congéni-
tale, qui s'accompagne de
marasme, coïncide toujours
avec l'absence ou l'altéra-
tion de la glande thyroïde;
dans toutes les autopsies,
cette alliance des dystro-
pliies osseuses et thyroï-
diennes a toujours été re-
levée.
Les observations de myxœdème post-opératoire ne tardèrent
pas à apporter un faisceau de preuves indiquant plus nette-
FiG. 92.
, .*) Eiselsberg, Arcliiv. filr Chir., von Langenbeck, t. XLIX.
(2) Bourneville, Comptes rendus de Dicctre de 1880 à 1890 et Bulletin de la
Soc. Méd. des Hnpitaux, 1896.
3fi2 CONSIDERA'i'IONS GENERALES ET PATIIOGENIE.
ment encore les relations qui unissent la glande thyroïde à
l'évolution du squelette.
Enfin, le rôle du corps thyroïde dans la pathogénie de cer-
taines variétés d'infantilisme a été clairement démontré du
jour où l'examen radiographique a permis d'analyser l'état des
cartilages de conjugaison pendant la vie.
La thérapeutique est venue, à son tour, donner une confir-
mation éclatante des rapports qui existent entre la thyroïde et
les arrêts de croissance. L'ingestion de fragments de glande
fraîche ou de préparations thyroïdiennes fut suivie, dans de
nombreux cas, d'une augmentation plus ou moins marquée de
la taille des sujets. On peut citer comme exemples les mensu-
rations qui ont été recueillies chez des individus présentant les
tares habituelles de l'infantilisme myxœdémateux et soumis au
traitement thyroïdien.
Observations de :
Combe ('), sujet de. . 2 ans, grandit de 11 centimètres en 6 mois.
Combe ....".... 4 — ^20 — - 13 —
liertoghe (-) 14 — 18 — 189 jours.
Hertoghe 6 — 9 — 105 —
Bourneville (5) 4 — 7 — 5 mois.
Bourneville 11 — 9 — 10 —
Jaunin(*) 16 l/'2 — 28 — 2 ans!
Dans tous ces cas, la reprise ou l'augmentation de la crois-
sance sont nettement dues à la médication thyroïdienne, car
les mesures relevées pendant la cure sont supérieures à celles
de la moyenne normale.
L'absence de corps thyroïde dans tous les cas de myxœdème
infantile est une donnée trop classique aujourd'hui pour qu'il
soit utile d'insister longuement et d'apporter de nouvelles
preuves. Les observations les plus démonstratives ont été
publiées par Bourneville et, parmi les faits qu'il a recueillis,
il en est deux qui, concernant des enfants atteints de myxœdème
post-opératoire avec dystrophie du squelette, ont la valeur
d'expériences bien conduites :
(*) Combe, Revue médicale de la Suisse romande, 1895.
(^) Hertoghe, BuUelin de f Académie roya'.e de Médecine de Belgique, 1795, t. IX.
(^) Bourneville, Loco citato.
(*j Jaunin, Revue médicale de la Suisse romande, 20 janvier 189G.
CONSIDERATIONS GENERALES ET PATIIOGENIE. 343
Le premier, emprunté à Lancereaux (*), concerne un enfant
âgé de 15 ans qui, opéré quatre ans auparavant, c'est-à-dire
antérieurement à la puberté, a conservé la taille qu'il avait
au moment de l'opération.
L'autre, rapporté parBriins et Grundler('), démontre un arrêt
définitif de la croissance à la suite de l'ablation de la thyroïde
pratiquée à l'âge de 10 ans. Au cours de l'autopsie faite après
la mort, qui était survenue à l'âge de 28 ans, on pouvait sui
l'humérus distinguer la longueur des épiphyses. 11 en était de
même pour l'extrémité supérieure du fémur. Quant à l'épi-
physe du grand trochanter, elle était demeurée en grande par-
tie cartilagineuse.
On a cherché dans les modifications du chimisme urinaire
l'explication du mode d'action de la thyroïde sur la composi-
tion minérale du squelette. Des analyses de Moraczewski, il
résulte que l'ingestion un peu prolongée de la glande aug-
mente la rétention de la chaux dans l'organisme et favorise
l'élimination du phosphore, de l'azote, du chlore. Les observa-
tions des chirurgiens, celles de Quénu, Reclus, Poirier, Ferria,
ont montré l'action favorable des préparations thyroïdiennes
dans le traitement des fractures sans tendance à la consoli-
dation.
■ Quant à Vétat de la thyroïde dans V acromégalie et le gigantisme ,
il a déjà retenu l'attention de quelques observateurs. L'hyper-
trophie était manifeste dans certains cas, dans celui du géant
Simon Botis (page Li'i), dans celui de notre tambour-major K.
(voy. p. 157). La glande, chez lui, pesait 250 grammes, c'est
dire qu'elle avait atteint un poids dix fois supérieur au poids
normal.
En 1898, Hinsdale, sur 57 cas non douteux d'acromégalie
suivis d'autopsie, a relevé 56 cas où la thyroïde avait été exa-
minée. Ces 56 cas se décomposaient de la manière suivante :
[7) fois la thyroïde était hypertrophiée (Bailey, Godlee, Haskovec,
Péchadre, Osborne, Verstraeten, Wolf, Garpentor, Furnivall,
Smith, Henrot, Arnold.)
(') Lancereaux, Les glandes vasculaires sanguines. Leur rôle pendant la
croissance. Semaine médicale, 1892.
(^) BrCns etGiiLNDLER. Cité par Bourneville, in Comptes rendus des Enfants
de Blcêtre, 1886, p. 52. • '
3kk CONSIDERATIONS GENI'R.VLES ET PATHOGENIE.
11 fois la Ihyroïde était atrophiée (Erb, Fratnich, Minkowski,
Haskovec, Marie, Curschmann, Singurini et Caporiacco, Tikho-
miroff, Linsmayer, Somers, Bonardi).
12 /b/.s' la thyroïde était normale (Freund, Hadden, Ballance,
Comini, d'Esterre, Wadsworth, Goldsmith, Rolleston, Roxburg
et Collins, Strzeminksi, Strœbe)
S'il est facile de constater, tout au moins à l'autopsie, l'aug-
mentation de volume de la 2:lande thyroïde et de décrire les
modifications histologiques dont elle est le siège, il est beau-
coup plus difficile d'interpréter la signification pathologique
des lésions observées. Elle soulève, elle aussi, le difficile pro-
blème de la suppléance de la thyroïde par l'hypophyse. Avant
de l'aborder, il nous paraît utile de rappeler les observations
de Fiogowitch ('), Gley (-), Boyce et Beadles (^), etc., qui ont
montré les relations physiologiques qui unissent la glande
pituitaire à la glande thyroïde, relations qui se traduisent, en
cas de lésion de l'une de ces glandes, par l'hypertrophie de sa
congénère. De même, dans certains cas de myxœdème, de cré-
tinisme sporadique, rapportés par Boyce et Beadles, on note la
coexistence d'une atrophie thyroïdienne avec une hypertrophie
pituitaire.
4° Hypophyse. — Les altérations macroscopiques de l'hy-
pophyse chez les acromégaliques n'avaient pas échappé à
Pierre Marie ('). Dans un mémoire qu'il a publié en 1891, avec
la collaboration de Marinesco, il avait signalé la fréquence
de l'augmentation du volume de l'organe. « L'hypertrophie
constante de la glande pituitaire, ainsi qu'il résulte de l'ob-
servation de nouveaux cas cliniques, paraît être un fait acquis
dans l'histoire pathologique de l'acromégalie, et cependant
(*) RoGOwiTcii, Effets de l'ablation du corps thyroïde. Arcti. de PhysioL,
15 nov. 1888.
{^) Gley, Sur les fonctions du corps thyroïde. Soc. de BioL, 1891; et Arcfi. de
PhysioL norm. et pathoL, '189'2.
(■') Robert Boyce et Cecii. E. Beadles, Hypertrophie de l'hypophyse dans le
myxœdème, avec remarques sur l'hypertrophie de l'hypophyse associée aux
modifications du corps thyroïde. Journ. of paltiolciay and bacteriology, 1895, t. I,
p. 225.
(*) Pierre Marie et Marinesco, Sur l'anatomie pathologique de l'acromé-
galie. Ai^chives de médecine expérimentale et d'anatomie pathologique^ 1891,
p. 559.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PATHOGÉNIE. 345
personne n'ose fixer son attention sur cet organe pour le motif
qu'on ne connaît rien du rôle qui lui est dévolu. Cependant,
dans ces derniers temps, plusieurs auteurs ont tâché de prouver
que l'hypophyse n'est pas un organe indifférent, qu'elle paraît
avoir des fonctions à remplir dans la vie extra-utérine, con-
trairement à l'opinion de W. Bath. »
A l'époque où ces lignes ont été écrites, l'hypophyse était
encore cet organe énigmatique dont parle Van Gehuchten. Les
recherches modernes, celles de Comte ('), celles de l'un de
nous (^). ont montré que l'hypophyse présente, comme d'autres
organes (thyroïde, capsules surrénales) pendant la gestation,
des modifications cytologiques qui sont en rapport avec une
véritable hyperactivité sécrétoire. On tend aujourd'hui à faire
rentrer Vhypopligse dans le groupe des glandes à sécrétion in-
terne (") et les physiologistes ont cherché à déterminer, par
l'expérimentation, le rôle qu'elle joue dans le fonctionne-
ment de l'organisme, bien qu'elle soit, chez les animaux
comme chez Thomme, en raison de sa situation intra-cépha-
lique, d'un accès difficile. Les effets consécutifs à son abla-
tion, à son excitation, à l'ingestion ou à l'injection de ses
parties constituantes, ont été analysés dans ces derniers temps
de difTérents côtés.
U ablation de V hypophyse, opération pleine de difficultés, fut
tentée d'abord par Horsley (^), par Dastre (^). Gley (°), d'une part,
Marinesco ('), d'autre part, montrèrent sa possibilité et indi-
quèrent sa technique. Celle-ci fut précisée ensuite par Vassale
et Sacchi(^), utilisée par Pineles (''), Friedmann et Maas, de
(') L. Comte, Contribution à Uétucle de Vhypophyse humaine et de ses relations
avec le corps tliyroïde. Thèse de Lausanne. léna, 1898.
(2) P. E. Launois et P. Mulon, L'apophyse humaine à la fin de la gestation.
F" Session du Congrès des Anatomistes. Liège, avril 1905.
(^) P. E. Launois, L'hypophyse humaine.
(*) Horsley, On the functions of thyroid. British med. Journal, 1885.
(») Dastre, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1892.
{'') Gley, Note sur les fonctions de la glande thyroïde chez le lapin et chez
le chien. Comptes rendus de la Société de Biologie, 12 décembre 1891, p. 845. —
Recherches sur les fonctions de la glande thyroïde. Archives de Physiologie
normale et pathologique, janvier 1892, t. IV.
(') Marinesco, De la destruction de la glande pituitaire chez le chat. Coinjole:;
rendus de la Société de Biologie, 17 juin 1892.
(*) Vassale et Sacchi, Sulla distruzione délia glandola pituitaria. Revista
sper. di Fren, 1892, p. 525.
O PiNELES, Jahrbiich. der Wiener K. Krankenaustalten, 1895, t. .IV, 2= partie.
3k6 CONSIDERATIONS GENERALES ET PATIIOGENIE.
Cyon('), perfectionnée enfin par Caselli(^). Les animaux qui
servirent à ces différents expérimentateurs furent la grenouille,
le lapin, le chat, le chien.
Au cours de leurs expériences, qui portèrent sur 40 animaux,
chiens ou chats, Vassale et Sacchi constatèrent les modifica-
tions suivantes : abattement psychique prononcé; changement
de caractère et apathie; troubles moteurs; mouvements fibril-
laires; secousses musculaires; rigidité du train postérieur;
incurvation du dos; démarche chancelante, ébrieuse; accès de
convulsions toni-cloniques d'intensité variable ; légers accès
de dyspnée ; anorexie habituelle, avec parfois des alternatives
de voracité; vomissements inconstants; polydipsie; urines
abondantes, non albumineuses, à densité très basse, à réaction
alcaline; température subnormale ; amaigrissement rapide et
progressif; mort. Ces phénomènes sont à peu près les mêmes
dans les destructions totales et partielles. Dans le premier cas,
la survie serait de 1 à 57 jours; dans le second, elle peut être
indéterminée. D'après les résultats qu'ils ont obtenus, Vassale
et Sacchi rangent l'hypophyse dans le groupe des glandes dont la
destruction donne lieu à V augmentation dans V organisme de sub-
stances toxiques spéciales.
Malgré le nombre élevé de ses expériences (42), Caselli ne
fait état que de dix d'entre elles; dans 5, la destruction ne
fut que partielle, dans 7 elle fut complète, et, dans les der-
nières, 5 fois les animaux moururent rapidement, soit 18 heures,
soit 4 jours après l'opération. Chez les trois animaux qui
subirent une extirpation partielle, il nota : un fort abattement
psychique, un changement de caractère, de l'apathie, un
notable ralentissement de la respiration, d'abord de l'anorexie
puis de la voracité ; de la polyurie avec urine à densité faible ;
de la glycosurie (1/2 à 2 pour 100); un abaissement passager
de la température; du dépérissement qui rétrocède peu à peu,
sans que toutefois l'animal revienne à son poids normal. A la
suite de l'extirpation totale, les phénomènes précédents sont
beaucoup plus marqués, et on note en particulier : une cachexie
(*) Cyon, Verrichlungen der Hypophyse. Bonn, 1898 et divers.
(-) Arnoldo Caselli, Studi anatomici e sperinienlali suUa fisiopalhologia
délia glandola pituitaria (hypophysis cerebri). DaW huliluto psichiatrico di
. Reggio, 1900.
CONSIDERATIONS GENERALES ET PATHOGENIE. 347
qui fait lentement des progrès, de la rigidité musculaire, de
l'incurvation du dos, des phénomènes parétiques et paraly-
tiques. L'urine renfermait exceptionnellement de l'albumine et
presque toujours des traces de glycose. La durée de la survie
fut de 15 à 21 jours.
Discutant la valeur de ces symptômes et cherchant à en
élucider la pathogénie, Caselli croit devoir attribuer un rôle
certain dans la production des phénomènes moteurs aux
lésions médullaires qu'il a observées à l'autopsie, lésions qui
rappellent celles qui ont été décrites par Vassale et Donaggio (')
chez les animaux auxquels on a enlevé les parathyroïdes, et
par Mosetti{^), chez ceux qui ont été thyroïdectomisés. Pour
Caselli, ces lésions nerveuses, comme la cachexie, sont attri-
buables à l'intoxication de l'organisme.
On observe, en résumé, un syndrome diabétique, peut-être
dû à une lésion nerveuse de voisinage, greffé sur un syndrome
rappelant celui qui est consécutif à la thyroïdectomie : dépres-
sion psychique, cachexie, abaissement de la température, coma
qui précède la mort.
Le même expérimentateur, opérant sur des animaux jeunes
en voie de développement, n'a pu utiliser qu'un chien sur les
trente-sept qui lui ont servi. Ce jeune animal, qui subit une des-
truction partielle de l'hypophyse, pesait avant l'opération
1860 grammes; deux mois après, son poids s'est élevé à
5010 grammes. Pendant le même temps, un témoin, provenant
de la même portée, placé dans les mêmes conditions, passait
de 1250 à 5915 grammes. De plus, l'animal opéré, qui était
assez vivace, était devenu apathique, à démarche lente, à tête
basse, à oreilles tombantes. Il semble que, d'après cette expé-
rience, malheureusement unique, l'hypophysectomie partielle
peut produire un syndrome qui se rapproche de l'infantilisme
et est caractérisé par un arrêt de développement, des troubles
psychiques, etc.
Tout dernièrement, Pirrone ("j a imaginé un nouveau procédé
(*) Vassale et Donaggio, Les altérations de la moelle épinière chez les
chiens opérés d'extirpation des glandes parathyréoïdiennes. Arch. ital. de Biol.,
1897.
(^) MosETTi, Revista sperimentale cli Freniairica, -1895, vol. XXI, fasc. 4.
(^) Pirrone, Contribution expérimentale à l'étude des fonctions de l'hypo-
physe. Riforma inedica, 7 et 8, 1905.
dkS CONSIDERATIONS GENERALES ET PATIIOGENIE.
opératoire lui permettant d'atteindre l'hypophyse par la voie
crânienne latérale et d'étudier, chez le chien, les effets de l'hypo-
physectomie totale, de l'excitation électrique et de l'ablation par-
tielle de la glande. Il exécuta trois séries d'expériences et, pour
s'assurer que certains des phénomènes observés n'étaient pas
dus à l'acte opératoire, il se contenta dans une quatrième série
d'exécuter l'opération, sans toucher à l'hypophyse. Ses
recherches lui ont permis de formuler les conclusions sui-
vantes :
Tous les phénomènes consécutifs à l'hypophysectomie ne
doivent pas être attribués à la suppression de la fonction de la
glande pituitaire.
Les troubles de la motilité, l'abattement, la dépression psy-
chique, l'amaigrissement rapide, la cachexie et la mort sont liés
à l'ablation de l'hypophyse.
Les phénomènes cardio-vasculaires, les troubles respiratoires
et thermiques semblent dus au traumatisme opératoire.
L'ablation totale ne modifie pas la composition chimique des
urines.
Quoique le« mécanisme de la fonction de l'hypophyse soit
encore inconnu, cette glande est cependant d'une importance
capitale par l'économie. La lésion partielle est compatible avec
la vie, l'ablation totale est toujours suivie de la mort à une
échéance plus ou moins longue, mais toujours brève.
Chez l'homme, Vingestion de glande pituitaire de mouton a
été mise en pratique dans la cure opothérapique de l'acromé-
galie par Pierre Marie et Marinesco, par Mendel, etc. Schiff,
analysant les urines émises pendant une cure de ce genre, aurait
noté une augmentation dans l'élimination quotidienne de l'acide
phosphorique, élimination qui pourrait être due à la décompo-
sition d'un tissu riche en phosphore, comme l'est le tissu
osseux. D'après les résultats obtenus par ce physiologiste, l'in-
gestion d'hypophyse semblerait exercer une action dénutritive,
activant peut-être les échanges et dès lors les éliminations. Son
rôle se rapprocherait, sous ce rapport, de celui de la thyroïde,
mais les expérences rapportées sont trop peu nombreuses, trop
peu précises pour justifier des conclusions fermes.
Dans /rf pratique des injections sous-cntanées de produits hypo-
CONSIDERATIONS GENERALES ET PATHOGENIE. 349
physaires, on a utilisé soit la glande en nature, broyée dans de
l'eau salée, soit des extraits aqueux ou glycérines, soumis
ou non à l'ébullition, filtrés ou non. Celles qui ont été faites
avec l'extrait aqueux glycérine d'hypophyse de bœuf par Caselli,
chez des animaux jeunes, n'ont pas donné de résultats dignes
d'être rapportés.
Quelle qu'ait été la méthode employée, l'expérimentation n'a
pu déterminer d'une façon précise les fonctions de l'hypophyse.
Si Caselli a noté dans certains cas des modifications dystro-
phiques analogues à celles qu'on observe dans l'infantilisme,
il n'a jamais constaté l'hypertrophie notable des os et n'a pu
dès lors démontrer le rôle trophique de l'hypophyse sur le déve-
loppement et la nutrition du squelette. On peut, il est vrai,
objecter que la survie des animaux opérés a été trop courte
pour permettre aux dystrophies osseuses d'apparaître et d'évo-
luer.
, En utilisant les données fournies par l'anatomie patholo-
gique, ne peut-on arriver à la solution du problème physiolo-
gique que l'expérimentation n'a pu donner? En d'autres termes
est-il possible d'appliquer à l'étude des fonctions de l'hypophyse
la méthode qui a donné de si féconds résultats dans l'interpré-
tation du rôle de la thyroïde?
Parmi les faits cliniques les plus démonstratifs, il convient
tout d'abord de rapporter celui qui a permis à Sternberg de
décrire une forme d'acromégalie à évolution rapide en rapport
avec un sarcome de l'hypophyse.
De même R. Boyce et G. Beadles (') ont trouvé chez une
femme présentant les déformations les plus caractéristiques de
l'acromégalie une tumeur kystique purulente, du volume d'un
œuf de poule, occupant la cavité considérablement agrandie de
la selle turcique et ayant repoussé en avant le chiasma des
nerfs optiques.
Chez un acromégalique du service de Widal (observation iné-
dite), l'hypophyse qui ne se faisait remarquer par aucune modi-
fication extérieure ni dans sa forme, ni dans son volume, pré-
sentait deux formations kystiques. L'examen histologique que
(') R. Boyce et G. Beadles, Contribution à l'étude de la pathologie de
l'hypophyse. Journal of Palhology and Bacteriology, t. I, 1895, p. oCO.
350 CONSIDÉRATIONS GENERALES ET PATHOGENIE.
nous en avons fait, examen qui sera ultérieurement publié, nous
permit de reconnaître que la paroi de chacun de ces kystes était
tapissée par un épithélium cilié, en tous points comparable à
celui que l'un de nous a rencontré dans l'hypophyse normale et
considéré comme un vestige de l'état embryonnaire (').
De ces faits nous rapprocherons encore celui qui, recueilli
dans le service de Huchard, nous a permis d'observer une hypo-
physe du volume d'une cerise occupant une cavité assez grande
pour loger une noix. La glande primitivement hypertrophiée
avait élargi la selle turcique ; elle s'était rétractée consécutive-
ment par le fait d'une sclérose facilement constatable au
microscope (voir page 509).
Dans ces derniers cas la glande pituitaire ne présentait pas
d'altérations grossières, visibles à l'œil nu; seul le microscope
permettait de préciser les lésions dont elle était le siège. Il doit
en être souvent ainsi et, avant de nier toute relation entre les
altérations de l'hypophyse et les dystrophies du squelette (^),
faut-il se fonder plus sur les modifications histologiques que
sur les altérations macroscopiques.
Celles-ci n'en ont pas moins une grande importance, en raison
même de leur constance dans les deux dystrophies, le gigan-
tisme et l'acromégalie, que nous avons étudiées. En se repor-
(') P.-E. Launois. Comptes rendus de la Soc. de bioL, 1903.
(-) JuLius Arnold (Weilere Beitrâge zui- Akromegaliefrage. In Virchow's
Archiv pathologische Anatomie und Physiologie, Bd 155, p. 11894) fait des
réserves sur les relations que l'on admet entre les altérations de l'hypophyse
et celles du squelette. Il rappelle que, dans certains cas d'acromégaUe, on a
constaté les lésions osseuses, alors que la glande pituitaire n'était pas
altérée, que, dans d'autres où elle était hypertrophiée, on n'a pas observé
de modifications des os. Subdivisant l'évolution de la dystrophie en plusieurs
périodes, il considère l'hypertrophie hypophysaire comme une des localisa-
tions de la Maladie de Pierre Marie.
Par contre, G. Modena (L'Acromegalia, P»assegna critica. In Bevista sperimen-
tali di Freniatria, Vol. XVIX, Fasc. m et iv, 191)5) a réuni 70 autopsies d'acro-
mégaliques. Dans cinq d'entre eux seulement l'hypophyse n'était pas hyper-
trophiée et, dans un, elle paraissait normale quant à son volume et à sa
structure. Ce dernier est rapporté par Labadie-Lagrave et Deguy {Archi%^es
générales de médecine, 1899). Tikomiroff a trouvé, dans le rein, des altérations
cellulaires bien nettes; Bonardi a noté deux fois une sclérose de la totalité
du parenchyme glandulaire. Finzi, enfin, a constaté à la place de l'hypophyse
la présence d'une pulpe blanchâtre.
Les chiffres rassemblés par Modena confirment pleinement la statistique
que nous avons précédemment publiée (voir p. 185) et permettent d'apprécier
les liens qui, tout au moins, à l'état pathologique, unissent le squelette à
l'hypophyse.
CONSIDERATIONS GENERALES ET PATIIOGENIE. 351
tant à la description anatomo-palliologique que nous avons
donnée précédemment (voir page 185), description qui est basée
sur de nombreux examens anatomiques et bistologiques, on
constatera une variabilité très grande dans la constitution cyto-
logique des tumeurs liypophysaires. Cette variabilité, qui s'ex-
plique, en partie par l'insuffisance de notre connaissance actuelle
des éléments normaux de la glande, en partie aussi parle défaut
de concordance des interprétations, montre cependant avec évi-
dence qu'il ne s'agit pas d'une hypertrophie fonctionnelle, mais
d'une modification profonde survenue dans la structure normale
du parenchyme, entraînant à sa suite un trouble grave dans sa
fonction physiologique.
On a, dans ces dernières années, cherché à déterminer par
l'étude des modifications chimiques de l'urine, comme on Tavait
fait pour la thyroïde, les troubles provoqués dans l'organisme,
par l'hypertrophie de l'hypophyse, en particulier chez les acro-
mégaliques. Si, comme nous l'avons indiqué, Schiff a admis
que l'opothérapie hypophysaire augmente l'élimination de
l'acide phosphorique, d'autres observateurs, Tanszk et Vas,
Moraczweski, Parhon ont, au contraire, noté sa rétention et
celle des sels de chaux dans la Maladie de Pierre Marie. Mora-
czweski administrant, pendant trois jours, neuf tablettes
d'hypophyse par jour a trouvé que la quantité d'acide phos-
phorique retenue quotidiennement passe de 1,128 à 1,537 et que
la chaux s'élève de 0°'',752 à 1^'',111. Par contre, l'azote monte
de 0°'',65 à 5^', 255 et les chlorures de 5°', 070 à 5='',121. Ces don-
nées sur les troubles survenus dans les échanges nutritifs, au
cours de l'acromégalie, rendent vraisemblable l'opinion de ceux
qui supposent que cette affection serait due à une exagération
fontionnelle de l'hypophyse (Parhon) (').
(^) G. MoDENA [loc: cit.) recherche les rapports de causalité qui existent
entre l'acromégalie et les lésions de l'hypophyse. Il se demande tout d'ahord
si les manifestations acromégaliques dépendent d'une abolition de la fonction
de l'hypophyse, comme l'a supposé Pierre Marie ou de son hyperfonctionne-
ment, comme le disent Tamburini et Massalongo.
Si l'abolition hypophysaire était la cause des phénomènes acromégaliques,
ceux-ci devraient être d'autant plus accentués que la destruction de la glande
est plus complète. Or on trouve de nombreux cas de tumeurs malignes, de
processus destructifs de la pituitaire, sans qu'il y ait eu, pendant la vie, appa-
rition du syndrome de Pierre Marie. Par exemple, Loth, Arnold, Wachsel-
BAUM, MOHR, AUDRY RAYMOND, HOFFMANN, BaTH, RoSCIOLI OUt trOUvé dcS
tumeurs atypiques; Weigert, Barbacci, Sokoi.off ont décrit des gommes;
352 CONSIDERATIONS CiENERALES ET PATHOGENIE.
Pour Rogowitch, par contre, Thypophyse, comme la thy-
roïde, serait destinée à neutraliser certaines substances dont la
rétention aurait une action toxique sur le système nerveux cen-
tral et entraînerait des troubles trophiques divers intéressant
surtout les tissus de soutien, le tissu conjonctif, le tissu cartila-
gineux, le tissu osseux. « Le système nerveux n'est-il pas,
comme le dit Brissaud, le régulateur de tous les phénomènes
trophiques? Nous en avons mille preuves. C'est lui qui est
investi du pouvoir suprême dans la fédération des éléments ana-
tomiques, c'est lui qui distribue la tâche à tous les appareils, à
tous les viscères, à toutes les cellules; c'est lui qui commande
le rôle et la destinée de chaque organe, qui arrête les empiéte-
ments des uns et secoue l'apathie des autres, en un mot, qui met
un frein à l'individualisme cellulaire, d'où résulterait infailli-
blement l'anarchie. » Comme on sait aujourd'hui que la trophi-
cité du tissu conjonctif est régie par la thyroïde, il n'est pas
irrationnel d'admettre, en se basant surtout sur les consta-
tations anatomo-pathologiques, que l'hypophyse, glande à
sécrétion interne, tient sous sa dépendance la trophicité des
tissus de soutien plus différenciés que le tissu conjonctif, comme
le sont le cartilage et l'os. Mais si, en pareil cas, la fonction de
l'hypophyse semble prépondérante, son action ne demeure pas
isolée; il y a le plus souvent une synergie fonctionnelle des
diverses glandes à sécrétion interne, synergie se traduisant par
une véritable suppléance. On peut même les voir toutes simul-
tanément plus ou moins modifiées, ainsi qu'en témoignent cer-
Bech, Wagner, des lésions tuberculeuses; Soemmering des cysticerqucs.
Dans tous ces cas, où il y avait destruction plus ou moins complète de l'or-
gane et abolition de sa fonction, on n'a pas noté d'hypertrophie des os, ni des
tissus connexes.
Ces faits plaidraient plutôt en faveur de la théorie de Tamburini, qui admet
riiyperfonction hypophysaire comme cause des manifestations acroméga-
liques ; mais on peut aussi faire à cette théorie des objections. Ea première
et la plus importante est basée sur la nature histologique de la tumeur hypo-
physaire qui n'est pas le plus souvent constituée par l'hyperplasie des cellules
fonctionnelles. Tamburini considère cependant que l'adénome est la variété
histologique la plus fréquente. De même Benda conclut, après une enquête
sérieuse, que la diversité est plutôt dans la dénomination que dans la consti-
tution des tumeurs hypophysaires, qui sont souvent bâties sur le même type.
Quoi qu'il en soit, il existe une relation étroite entre les manifestations acro-
mégaliques et la tumeur hypophysaire. Leur coexistence doit être considérée
comme la règle.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PATHOGÉNIE. 355
taines constatations nécropsiques et le fait suivant que nous
empruntons à la pathologie comparée.
Cunningham (') observa pendant plusieurs semaines, en 1895,
un chien mâtiné, du poids de 15''°,25, âgé d'un peu plus d'un
an, qui se faisait remarquer par son indolence et sa paresse. Il
présentait des modifications somatiques comparables à celles
qu'on observe chez les acromégaliques. Les membres anté-
rieurs, remarquablement agrandis, se terminaient par des pattes
élargies et épaisses, dont les phalanges très développées sup-
portaient des ongles trop petits. L'allongement n'est pas aussi
marqué au niveau de l'arrière-train. Les parties osseuses, de
même que les parties molles, participent également à l'hyper-
trophie. La face est large; les incisives inférieures surplombent
les incisives supérieures d'une façon très nette. Le rebord de
l'orbite, les os du nez, les os malaires se font remarquer plus
particulièrement par leur épaisseur. La fente palpébrale étroite
laisse apercevoir deux yeux qui semblent trop petits pour une
tête aussi volumineuse que l'est la sienne. L'animal mourut de
broncho-pneumonie; à son autopsie, on constata, entre autres
lésions, du côté du squelette, une hypertrophie avec éburna-
tion des extrémités inférieures du cubitus et du radius, des méta-
carpiens, des phalanges, un épaississement très marqué des os
du crâne. Les différents os, très compacts à la périphérie, sont
très vasculaires au centre; ils sont recouverts par un périoste
très épais et différent de ceux que l'on observe habituellement
chez les jeunes chiens rachitiques. Les recherches faites sur les
glandes à sécrétion interne donnèrent les résultats suivants : la
thyroïde atrophiée est le siège d'une sclérose interstitielle; le
lobe droit ne pèse que O®"",.^), le gauche l^'',i. Les corps para-
thyroïdes ne semblent pas exister. Le thymus persiste et est
hypertrophié; il pèse 10^'', 80; l'examen histologique démontre
qu'il est en plein développement. L'hypophyse, très vascula-
risée, est œdématiée; elle rappelle par ses caractères macrosco-
piques celle d'un chien qui aurait survécu pendant plusieurs
semaines à la suite de la Ihyroïdectomie.
Des données biologiques que nous avons rassemblées on peut, dès
(^) R.-H. Cunningham, Journal of comparative Medicine and Veterinary Areh
July, 1897.
LAUNOIS ET ROY. 25
554 COXSIDI^RATIONS (iENERALES ET PATHOGENIE.
mabiteuant, déduire quelques conclusions générales sur le rôle des
glandes à sécrétion interne [ihyroïde^ thymus, hypophyse, glandes
génitales). Le produit de leur élaborcition, encore inconnu dans sa
composition, est, comme celui des glandes à sécrétion externe, indis-
pensable au juste équilibre organique. Elles ont., entre autres fonc-
tions., celle de diriger, par V intermédiaire du système nerveux, la
trophicité de certains tissus, plus particulièrement des tissus d'ori-
gine mésodermique {tissu conjonctif, tissii cartilagineux, tissu
osseux). Les altérations diverses dont elles peuvent être le siège,
retentissent en effet tout particulièrement sur les éléments de soutien
et s'accompagnent de modifications caractéristiques, atteignant leur
apogée dans le myxœdème, le gigantisme et facromégalie. Il est
facile aussi dans ces différentes dystrophies de constater soit leur
synergie, soit leur suppléance fonctionnelles et de comprendre i im-
portance et la complexité du rôle qui leur est dévolu dans la nutri-
tion et le f^onctionnement de Vorganisme.
LIVRE QUATRIÈME
OBSERVATIONS ET DOCUMENTS
SUR LE
GIGANTISME
GROUPE 1
GÉANTS VIVANTS ^''
Observation I(-). (P. E. Launois et Pierre Roy.) — Le Grand Charles.
{Société de NeuroL, 6 novembre 1902 et Nouv. Icon. de la ScUpêtrière',
n° 6, novembre-décembre 1902, p. 540.)
Gigantisme et infantilisme. — Le « Grand Charles », 50 ans, 2", 04. Lut-
teur, puis phénomène forain (le seul géant parisien), actuellement
réduit à la misère. « Né très grand, n'a jamais cessé de grandir. Genu
valgurn apparu à 27 ans et ayant augmenté depuis cette date. Les
■membres inférieurs sont notablement plus allongés que ne le comporterait
sa taille. » Mains très grandes, mais par hypertrophie générale et assez
régulière. Asymétrie faciale ^ saillie de la pommette gauche. — « Le
développement de Vafjpareil génital est tout à fait incomplet » : deux testi-
cules rudimentaires, anaphrodisie absolue: figure imberbe, pas de
poils au pubis ni aux aisselles; infantilisnie urinaire par le volume de
l'urine et l'élimination exagérée des chlorures, du phosphate et d'urée.
— Persistance à 50 ans des cartilages de conjugaison aux os du genou, de
l'avant-bras, de la main, révélée par la radiographie. — Tendance à
« s'acromégaliser », manifestée par Vhypertrophie localisée du maxillaire
inférieur, dont la hauteur a augmenté notablement pendant les trois
dernières années, alors que, par ailleurs, la hauteur de la face restait
invariable. — Augmentation très évidente de la selle turcique, révélée parla
radiographie et s'accompagnant des autres altérations caractéristiques
dncrâne acromégcdique : épaisseur inégale des parois crâniennes, déve-
loppement exagéré des sinus frontaux, ressaut post-lambdoïdien.
Observation 11(5). (p._E. Launois et Pierre Roy.) — Anorchide hyper-
MACROSKÈLE DE 27 ANS. {Soc. de Biologie, 1" janvier 1905.)
Allongement des membres inférieurs (1"\05 pour une taille de 1",86) et
(*) Ou observés seulement pendant leur vie.
(2) Voir p. 55.
(5) Voir p. 82.
358 GEANTS VIVANTS.
persistance des cartilages de conjugaison, constatée par la radiographie,
chez un anovchide de 27 ans.
Observation \1(*). (Virchow.) — Le géant Winkelmeyer. [Zeitschrifi
fur Ethnologie, 1885, p. 469.)
Le géant Winckelmeyer, 20 ans, né dans la Haute-Autriche (fréquence
relative des géants autrichiens). Poussée de croissance à la puberté,
2^,59. Bien proportionné d'après Virchow; mais d'autres observateurs
notèrent chez lui V allongeraient disproportionné des membres inférieurs,
très apparent d'ailleurs sur toutes les photographies.
Observation VII (2). (Woods Hutchinson.) — La géante du Missouri,
MISS Ella EwiNG. {New-York mediccd Journal, 14 juillet 1900.)
Miss Ella Ewing, géante du Missouri, exhibée dans une foire;
2™, 25 environ, 23 ans, croissance encore inachevée (avait gagné un pouce
pendant les dernières ^années). Allongement « effrayant » des membres
inférieurs, ainsi que des membres supérieurs; « développement dispro-
portionné, même par rapport à la taille, de la grande envergure, rap-
pelant celui des singes anthropoïdes » . Hypertrophie des mains, des
pieds, delà mâchoire inférieure, du nez et des os malaires.
Observation 1X{^). (Brissaud et Henry Meige.) — Jean-Pierre Mazas, le
GÉANT DE Montastruc. (Joiim. de rnéd. et de c/iir. pratiques, 25 jan-
vier 1895.)
Gigantisme et acromégalie. — Jean-Pierre Mazas, géant de Montastruc,
-47 ans, vigoureux et colossal (2", 20), jusqu'à 57 ans. Son corps à cette
époque commence à se courber, le segment inférieur « se télescopant »
dans le supérieur (taille actuelle : 1",86). Allure d'anthropoïde, grande
envergure demeurée gigantesque. Double bosse acromégalique. Hyper-
trophie des extrémités des membres, du maxillaire inférieur, de la
langue.
Observation XI(*). (Brissaud et Henry Meige.) — Le géant Portugais
DA Silva. (Nouv. Icon. de la Salpétrière, 1897.)
Un cas d'acromégalo-gigantisme. — Géant portugais, 52 ans. Jadis
exhibé comme « hercule » ou comme « géant », cyphose réduisant sa
taille à 1"',78. Stigmates acromégaliques manifestes : hypertrophie du
maxillaire inférieur, de la langue, du nez; mains en battoir; varices
des membres inférieurs.
(*) Voir p. 147.
r^) Voir p. 151.
(3) Voir p. 216.
(*) Voir p. 255.
GEANTS VIVANTS. 359
Observation XII (*). (Byrom Bramwell.) — Une géante acromégalioue.
(Edinburgh med. Journal, ianviev 1894, p. 21.)
Gigantisme et acromégalie. — Femme, 28 ans, 6 pieds 2 pouces et demi
(1"',88). Poussée de croissance de 16 à 20 ans, âge auquel elle atteignit
sa taille définitive. Céphalée, douleurs névralgiques. Croissance exces-
sive des cheveux et de diverses parties du corps. Hémianopsie unilaté-
rale. Cyphose cervico-dorsale supérieure. Hypertrophie des extrémi-
tés : mains, pieds, maxillaire inférieur. Pas d'arrêt de la menstruation,
ni d'infantilisme. — Traitement thyroïdien resté sans résultat; amélio-
ration par traitement pituitaire (diminution de la céphalée, des sueurs,
de l'asthénie, du rétrécissement du champ visuel).
Observation XIV (2). (Woods Hutchinson.) — Le géant Caleb. {?\ew-
York med. Journ., 14 juillet 1900.)
Le géant Caleb, exhibé avec une troupe de nains, « les Lilliputiens »,
annoncé comme ayant 8 pieds 5 pouces (2™50). Hypertrophie caracté-
ristique de la face, des mains et des pieds. Face grosse et massive avec
expression de tête de cheval; front proéminent et surplombant les
yeux, par expansion énorme des sinus frontaux. Mains en ])attoir; une
pièce d'un demi-dollar passerait au travers d'une de ses bagues.
Observation XVIII (^). (Matignon.) — Acromégalo-gigantisme chez un
Chinois. (Méd. mod., 6 novembre 1897.)
Un cas d' acromégalo-gigantisme. — Chinois, 25 ans, mineur, 1™,85,
malgré une énorme incurvation de la colonne vertébrale, survenue à
l'âge de 19 ans, à la suite de fièvres probablement paludéennes. Hyper-
trophie caractéristique des pieds et des mains, du maxillaire inférieur
et de la langue. Verge petite, testicules microscopiques (haricocèles) :
n'a jamais eu d'érection.
Observation XIX(*). (Woods Hutchinson.) — Le chef de gare géant.
{New-York med. Journ., 14 juillet 1900.)
Géant K.-H... chef de gare, 32 ans, né dans le Missouri. Développe-
ment musculaire considérable pendant plusieurs années. Vers 18 ans,
incurvation progressive de la colonne vertébrale : hauteur primitive de 2", 23,
réduite à 1"\98. Hypertrophie disproportionnée des mains et des pieds.
Aspect d'anthropoïde.
(1) Voir p. 556.
(-) Voir p. 255.
(3) Voir p. 275.
(*) Voir p. 280.
360 GEANTS VIVANTS.
Observation XX(') (Pierre-Marie). — C, acromégaliouede haute taille.
{Noiiv. Icoii. de la Saipcfrière, 1888, t. I. obs. I, p. 174.)
Acromégalie. — C..., 45 ans. Poussée de croissance de 17 à 18 ans;
n'a pas cessé de grandir, dit-il, jusqu'à près de 40 ans, 1",90. Hypertro-
phie des extrémités ayant débuté vers 55 ans. Double bosse, antérieure
et postérieure, etc.
Observation XXII ("-). (Lombroso.) — Acromégalioue de haute taille.
[Annali xmiversall di Medicina, t. CCXXVII, p. 505, 1872.)
Un cas sinrjulier de gigantisme. — Homme 57 ans. l'".80; « face rappe-
lant dans sa monstruosité celle du gorille et du lion ». Hyperlrophie
des os malaires, du maxillaire inférieur, des pieds et des mains. Inap-
pétence sexuelle.
Observation XXIII (^). (P. -E. Launois.) — Une femme acromégalique
typique. (Inédite.)
Troubles oculaires et déformations du squelette caractéristiques.
Dilatation de la selle turcique à l'examen radiographique du crâne.
Observation XXIV (*). (P.-E. Launois et Taburet.) — Un acromégalioue
GÉANT. (Inédite.)
Déformations caractéristiques du scjuelette. Glycosurie.
Observation XXVII (''). (Henry Meige.) — Acromégalioue géant. (Arcli.
gén. de Méd., octobre 1902.)
Bert..., 59 ans, infirmier, entré le 4 mai 1898 dans le service de
M. Gilbert, hôpital Broussais.
Antécédents héréditaires. — Père âgé de 65 ans, atteint de bronchite
chronique et d'emphysème. Mère morte à 52 ans, d'un néoplasme.
Deux frères et une sœur plus jeunes, bien portants. Un grand-oncle
(frère du grand-père maternel), très grand, mesurait au moins 2 mètres
et était d'une force peu commune.
Dans la famille, on compte plusieurs aliénés.
Antécédents personnels. — Dans la première enfance, le malade eut
une fièvre typhoïde (?), à la suite de laquelle // grandit très vite. A 11 ans
et demi, au moment de sa première communion, il mesurait 1"',70 au
moins.
C) Voir p. 286.
(^) Voir p. 296.
(^) Voir p. 500.
(*) Voir p. 507.
<^) Observation recueillie par M. Lemailre, externe du service.
GEANTS VIVANTS. 361
Vers la même époque, il souffrit de « douleurs de croissance » dans les
os et les articulations; en même temps, il continuait à grandir beaucoup.
A 16 ans, violente attaque de douleurs rhumatoïdes pendant un mois
(genoux, poignets, chevilles).
A 20 ans, 2" attaque, plus vive, mais de môme durée.
A 20 ans, 5"^ attaque cjui dura 2 mois.
A 50 ans, 4" attaque pendant 6 semaines.
A 51 ans, 5" attaque qui se prolongea 5 mois.
A 55 ans, 6" et dernière attaque de douleurs qui durèrent 4 mois,
localisées surtout au voisinage des articulations.
Vers la même époque, des phénomènes pulmonaires et cardiaques
nécessitèrent la pose de ventouses scarifiées sur la base gauche du tho-
rax, et d'un vésicatoire à la région précordiale (?).
Le malade guérit et reprit son travail quïl n'a cessé que dernière-
ment, il y a huit jours, ayant éprouvé après un excès de fatigue une
courbature générale, des frissons, des maux de tête et de la fièvre.
Entré à l'hôpital le -4 mai 1898, on constate une toux légère, sans
crachats; auscultation et percussion normales, sauf une légère subma-
tité à la base gauche avec quelques frottements. Foie normal. Premier
bruit du cœur sourd et prolongé. Pouls : 75. Langue saburrale. Con-
stipation, inappétence.
Pas de paralysie, d'anesthésie, de tremblement, mais une faiblesse
générale, une atonie musculaire très grande.
Pas de sucre ni d'albumine dans les urines.
Le 7 mai. — La fièvre, qui était montée à 58'', 5, 39°, est tombée à 57°, 8.
Mais le malade se plaint toujours d'une grande faiblesse.
Le 13 mai. — Bien qu'il n'y ait plus aucun phénomène fébrile, le
malade a des sueurs très abondantes.
Examen du malade. — B... mesure 196 centimètres. Selon ses dires, sa
taille aurait diminué d'un centimètre depuis quelques années. 11 est
mince, élancé, peu musclé, se tient mal, les épaules portées en avant,
la tête baissée et inclinée à droite.
Le thorax n'est pas saillant. Il n'y a pas de disproportion notable
entre le tronc et les membres inférieurs.
Au crâne, pas de productions osseuses anormales.
Le visage ne présente pas les déformations caractéristiques de l'acro-
mégalie; cependant 'les arcades sourcilières font une saillie sensible;
le maxillaire inférieur déborde notablement le supérieur; mais il faut
remarquer que sur ce dernier les dents sont presque toutes tombées.
Le nez est un peu gros, la langue de dimensions normales, mais pré-
sente des sillons profonds. Oreilles frangées.
Le cartilage thyroïde fait une saillie très prononcée ; la voix est basse,
sourde, sans être très grave.
Les mains sont longues, mais non pas « en battoir » ; toutefois,
l'index et le médium gauches sont épaissis à leurs extrémités.
362
GEANTS VIVANTS.
Les pieds semblent proportionnellement beaucoup plus agrandis et
massifs. Le cou-de-pied est très gros.
Organes génitaux et poils normaux; mais le sujet déclare qu'il n'a
aucun appétit sexuel.
Ce sujet, dont la taille atteint presque 2 mètres, nous semble bien
pouvoir être rangé parmi les géants.
Il faut retenir surtout la fréquence des crises douloureuses rhuma-
toïdes qui ont débuté avec la période de croissance inusitée, et aussi
l'asthénie générale et les sueurs abondantes, enfin la coexistence d'un
individu de très grande taille dans
la famille, et de plusieurs aliénés, ^
ainsi que la frigidité sexuelle.
Nous verrons ces faits signalés
l)lusieurs fois dans le gigantisme
et aussi dans l'acromégalie.
Observation XXVIII. (Taruffi.) —
Le géant chinois Chwang-in-
siNG. (Bulletino délie scienze me-
diche délia soc. di Bologna, 1880,
VI, 110.)
55 ans, fils unique, né dans le
nord de la Chine (province de
Shantung), dont la population est
d'une taille médiocre, 2". 79 d'a-
près les journaux autrichiens ;
d'après Taruffi, et bien que le
géant n'ait pas voulu se laisser
mesurer, il ne mesurait guère
plus de 2'". 55. Voix profonde et
rauque, « rappelant le mugisse-
ment d'une vache après la perte
de son veau ». Faciès brutal, tête
relativement étroite et petite, hy-
pertrophie du maxillaire inférieur,
scoliose manifeste à convexité
droite.
Observation XXIX. (Bonardi.) —
Le géant Chinois Chwang-in-sing. AcROMÉGALIE ET GIGANTISME
(Taruffi.) AVEC TROUBLES GRAVES DU SYM-
PATHIQUE CERVICAL A GAUCHE.
(Contributi clinici ed anatomo-patologici alla conoscenza dell' acro-
megalia. — Il Morgagni., pog, 1899.)
Cecchini Pietro, âgé de 29 ans, de Borgo Mozzano, agriculteur. Ses
FiG. 93.
GÉANTS VIVANTS. 363
parejîts sont vivants et bien portants, de taille élevée et robustes,
surtout la mère; une sœur également est très grande et très forte de
poitrine. Mais aucun membre de la famille ne présente une augmen-
tation de volume des extrémités.
Le malade s'est marié à 21 ans et a eu trois fils, tous vivants et bien
portants. A part un exanthème mal défini dans la première enfance, il
n'a jamais été malade, ses parents affirment qu'à 14 ou 15 ans il était
déjà si grand, si robuste et si vigoureux qu'il semblait un homme fait.
Mais il n'y avait alors aucun symptôme de la maladie actuelle.
A l'âge de 22 ans, il commença à souffrir de maux de tète, qui, d'abord
légers et de courte durée, allèrent toujours en augmentant, pour de-
venir à la fin, surtout vers le soir, de véritables crises de céphalée,
persistant quelquefois pendant des jours entiers. Quelques mois après
le début de la céphalée, se montra l'augmentation des pieds, des mains,
de la mâchoire inférieure et de la langue. En même temps que ces
signes, il éprouvait un sentiment de faiblesse générale, et plus spécia-
lement d'amyosthénie, s'épuisant pour la plus petite fatigue.
L" aniyosthénie était surtout localisée aux jambes et aux muscles de la
gouttière vertébrale, de sorte qu'en se promenant il devait au bout de
quelques minutes s'asseoir et exécuter des mouvements répétés d'ex-
tension de la colonne vertébrale sur le bassin pour s'opposer à la ten-
dance du tronc à se courber en avant.
Depuis environ un an les troubles de la vue sont apparus. Le malade
dit que les globes oculaires sont devenus plus gros et plus saillants, avec
prédominance de l'exophtalmie à gauche. Avec les troubles visuels
existe une tuméfaction de la partie externe de la paupière supérieure.
Pendant les périodes les plus intenses de la céphalalgie les troubles
de la vue augmentent et s'accompagnent aussi de nausées et de vomis-
sements. Les vertiges ont toujours fait défaut. 11 sue facilement et
abondamment; les sueurs augmentent avec la fatigue et la céphalée ;
elles sont plus abondantes dans la moitié gauche du corps et surtout
de la tête et du cou que dans tout le reste de l'organisme. Ces sueurs
abondantes se sont montrées avec l'amyosthénie et, dès le début, ont
été localisées presque exclusivement à gauche.
Le malade affirme, sans jamais se démentir, que les sueurs sont an-
noncées par une sensation de chaleur, avec rougeur intense et presque
livide de la tête et du cou, tous symptômes qui ont toujours été pré-
dominants à gauche. Il dit encore être devenu depuis quelque temps
impressionnable et être préoccupé du fait de sa faiblesse générale, qui
va toujours augmentant, tandis que le poids et le volume de son corps
augmentent parallèlement. II dit avoir gagné 12 kilogrammes pendant
les trois dernières années, et le fait a été confirmé par ses parents.
Le malade fut reçu à l'hôpital le 7 novembre 1897 et y demeura jus-
qu'au 26 novembre.
Etat actuel (8 novembre). — Homme de taille gigantesque, d'un poids
de 93 kilos, d'une taille de l'°.94. Decubitus indifférent ; pas de
36k
GEANTS VIVANTS.
fièvre ; pouls petit, régulier, rythmique, d'une fréquence de 64 pulsa-
tions à la minute ; respiration régulière. La station debout et la démar-
che s'exécutent d'une manière normale. L'équilibre est parfaitement
maintenu avec les yeux fermés.
Tête. — Au point de vue subjectif, douleurs de tête violentes, avec
accès de véritable céphalalgie, s'accompagnant de nausées et parfois de
vomissements.
Les douleurs prédominent aux orbites et à la racine du nez ; l'orbite
gauche est plus douloureux que le droit. Pendant l'accès douloureux., le
visage devient rouge pourpre,
avec une prédominance frap^
peinte du phénomène à gauche
et propagation à la moitié
gauche du cou. Simultané-
ment, des sueurs profuses,
avec formation de véritables
gouttes, prédominent égale-
ment à gauche.
Le malade accuse une sen-
sation de chaleur également
plus manifeste à gauche. Pen-
dant l'accès douloureux, le
pouls devient plus frécjuent,
plus compressible et plus
expansif (de 64 battements à
la minute il arrive à 80-90).
Le malade, malgré son visage
aux traits massifs, asymé-
triques et peu mobiles, est
très intelligent, avec une mé-
moire excellente, une per-
ception exacte, une idéation
prompte et un jugement très
bon pour un paysan qui n'a
fait seulement que la seconde élémentaire. Dans son ensemble la tête
est très grosse ; à la face, la mâchoire inférieure prédomine ; le nez
aussi est très gros et charnu, la fente buccale large et les lèvres d'é-
paisseur notable, spécialement l'inférieure. Les globes oculaires sont
plus gros que normalement et le gauche fait une saillie sensible hors
de l'orbite (exophtalmie). La langue est très grosse, large et difficile-
ment mobile. Bon appétit, digestion régulière. Quant aux différentes
formes de la sensibilité générale de la face, tandis que la sensibilité
au tact et à la douleur sont normales, il y a une hypoesthésie élec-
trique nette sur la moitié gauche; et sur la même région la sensi-
bilité thermique montre tantôt de l'hyperesthésie, mais plus souvent
de la paresthésie variable (brûlure, piqûre très fine, etc). Du côté des
FiG. 94. — Acromégalie et gigantisme. (Bonardi.)
GÉANTS VIVANTS. 365
sens spéciaux on relève : hyjjoosmie à gauche et hypoagueusie^ spécia-
lement pour l'amer et l'acide, au tiers antérieur gauche de la langue.
Rien du côté de l'audition.
Aux yeux, très nette hémianopsie temporale bilatérale, prédominant
à gauche.
Mon collègue, le D' Del Carlo, oculiste de l'hôpital, m'a remis la note
suivante sur l'examen des yeux de ce malade.
Œil gauche. — Milieux optiques transparents. Notable diminution de
l'acuité visuelle, réduite à 5/20 (Echelle Albini). Sens chromatique très
incertain, surtout pour le rouge et le vert.
Champ visuel rétréci concentriquemeiit, mais réduit au 1/5 en dehors,
en haut et en bas. La moitié externe de la papille est atrophiée, l'interne
congestionnée. Les veines sont dilatées, les artères minces et pâles.
Œil droit. - Acuité et champ visuels normaux, sens chromatique in-
certain. Papille pâle en sa moitié externe, normale dans l'autre; vais-
seaux rétiniens normaux.
Tuméfaction de la paupière supérieure gauche vers l'angle interne,
par grossissement de la glande lacrymale.
La barbe et les moustaches sont formées de poils rares, blonds, courts
et minces.
Mesures de la tête.
Cenlimotres.
Diamètre antéro-postérieur (de la glabelle à la protubérance
occipitale) 20
Diamètre mento-occipital 2~>
— transversal bimastoïdien 14
— — bileniporal 15,5
— — biauriculaire 14
— — bifrontal 12
Circonférence maxima du crâne 59
Longueur de la i-acine des cheveux au menton 20,5
— — ^ du nez au menton 14,5
— de la partie inlerieure du vomer au menton ... 8,5
Diamètre bizygomatique 15,5
Hauteur du nez 6,8
Largeur du nez à la base 4,5
Contour de la mâchoire inférieure d'un angle à l'autre. . . 25
Largeur de la fente buccale 8
Épaisseur de la lèvre supérieure 0,6
— inférieure 1
Largeur de la langue 6
Longueur de la langue 0,7
Cou. — Gros et court, avec des veines légèrement turgescentes,
saillie non exagérée du cartilage thyro'ide. La glande thyroïde n'est
pas hypertrophiée. La phonation n'a pas le caractère âpre, guttural
et grasseyant, décrit dans les autres cas. Circonférence maxima du
cou : 42.
Thorax. — Ample, légèrement déformé par une cyphose dorsale bien
manifeste, mais à grande courbure. La circonférence maxima corres-
pond au niveau des mamelons et mesure 108 centimètres. La peau du
366 GEANTS VIVANTS.
thorax est plutôt lisse et imberbe. Les mamelons sont gros comme un
grain turc, brunâtres et entourés d'une aréole brune. Les côtes sont
médiocrement larges et les espaces intercostaux plutôt rétrécis.
Aucune saillie sur le manubrium du sternum. L'examen de l'appareil
respiratoire a été négatif.
La pointe du cœur bat dans le 5= espace et au niveau du mamelon
gauche. La percussion dénote une légère hypertrophie du cœur, avec
12 centimètres de diamètre oblique et 9 centimètres de diamètre trans-
versal. Les battements sont plutôt faibles et lointains en raison de
l'épaisseur notable de la paroi thoracique. Pas de souffle, mobilité nor-
male du cœur dans le décubitus latéral.
Durant les accès de céphalalgie, ily a d'ordinaire quelques palpitations.
Abdomen. — Rien d'anormal tant au point de vue subjectif qu'au
point de vue objectif. Les viscères abdominaux ont leurs limites phy-
siologiques. Un léger degré de dilatation de l'estomac pendant la
digestion est le seul fait digne d'être noté.
Les organes génitaux sont également de volume régulier.
Membres supérieurs. — Ils sont robustes, bien développés, bien pro-
portionnés avec la taille gigantesque du malade. Le volume extra-
ordinaire des mains, leur grosseur et leur largeur vraiment énormes
pour une longueur presque normale, ne frappent pas beaucoup dans ce
cas, à cause du gigantisme du sujet et des bras et avant-bras extra-
ordinairement musclés.
L'énergie musculaire est pourtant affaiblie, en rapport avec l'amyo-
sthénie générale, déjà mentionnée. Doigts ayant l'aspect classique en
boudin, avec des ongles plats, larges, plutôt petits, striés longiludina-
lement; têtes articulaires notal)leinent augmentées, perceptibles malgré
le développement des parties molles.
Voici quelques mesures :
A droite. A gauche.
Centimètres. Centimètres.
Circonférence maxima du bras 26 '25
— du coude 28,5 28
Circonférence maxima de l'avant-ljras, à 10 centi-
mètres de l'olécràne . 50 29,5
Circonférence minima de l'avant-bras 22 21,5
— au niveau du pouls 21 20
Longueur de la main, de l'interligne radio-carpien à
l'extrémité du médius 20 19
Longueur du médius, depuis le sillon interdigital. . 10 9,7
— de l'annulaire, depuis le sillon interdigital. 9 8,5
Périmètre maximum de la main, y compris le pouce. 50 29,5
de la phalangette du pouce 8,5 8
— — de l'index 7,4 7
— — du médius 7,9 7,5
Membres inférieurs. — Quant au volume des pieds, considéré en lui-
même, comme par rapport au volume des jambes et des cuisses, on
peut répéter à son sujet ce qui a été dit des mains par rapport aux bras
et aux avant-bras.
GEANTS VIVANTS. 367
Mais la difformité des pieds est relativement plus grande que celle
des mains, et, malgré le gigantisme, les pieds sont proportionnellement
plus gros que ne le comporterait la taille du malade.
L'hallux est particulièrement monstrueux. Le pied dans son ensemble
est nettement aplati. Les ongles, courts et larges, sont striés longitu-
dinalement.
L'augmentation des têtes articulaires est plus petite aux membres
inférieurs c{u'aux supérieurs. La peau est garnie de poils épars, non
rudes, quoique très gros aux pieds, surtout à gauche ; elle y est aussi
plus chaude qu"en aucun autre point du corps et couverte de sueur.
Quoique les masses musculaires soient aux membres inférieurs très
développées, beaucoup plus relativement que dans les autres régions du
corps, en sorte que la jambe et la cuisse du malade rappellent de loin
l'aspect de la paralysie pseudo-hypertrophique ou de la maladie de
Thomsen, Tamyosthénie est si accusée que le malade, en raison de son
excessive aptitude à la fatigue, non seulement a dû renoncer à toute
occupation inhérente à son métier d'agriculteur, mais même a dû cesser
de marcher à pied, si la course est un peu longue ou s'il y a une montée.
Voici quelques mesures :
A droite. A gauche.
Centimètres. Centimètres.
Longueur du pied, du calcanéum à rextrémité de
l'hallux 29 28,5
Circonférence maxima du cou-de-pied 54 55
Circonférence maxima du pied au niveau de la base
des doigts 51 50
Longueur de l'hallux 8 8
Largeur de l'hallux 5,5 3,5
La sensibilité générale est normale sur le tronc et sur les membres ; un
certain degré d'hypoesthésie électrique à gauche ne constitue pas un
fait aussi constant et certain qu'à la face et au cou. Sens musculaire
normal.
Les réflexes cutanés et tendineux sont bien conservés et égaux des
deux côtés du corps.
L'excitabilité électrique farado-galvanique présente un peu d'affaiblis-
sement, surtout l'excitabilité musculaire directe. Le fait est surtout évi-
dent aux membres inférieurs.
La miction et la défécation se font normalement.
Le sens génésique a subi chez le malade une atteinte notable. Indif-
férence pour les plaisirs vénériens; érection incomplète et fugace.
Examen de VuHne. — Quantité par jour : 2000 centimètres cubes ; poids
spécifique : 1014, réaction acide; coloration pâle; urée des 24 heures :
26 grammes. Ni albumine, ni sucre, ni peptone. Légère augmentation
des phosphates terreux et alcalins. Pour le reste, la détermination quan-
titative fait défaut, le malade n'ayant été traité que peu de jours à l'hô-
pital.
Le traitement consistait en galvanisation bitemporale, faradisation
368 GEANTS VIVANTS.
du sympathique cervical, particulièrement du ganglion supérieur gauche,
usage des préparations de thyroïde.
L'hyperidrose de la moitié gauche de la face et du cou, avec sensation
de chaleur et rougeur livide de la peau, me paraît la confirmation cli-
nique de l'expérience physiologique de Claude Bernard sur le sympa-
thique cervical. Bien que, je le répète, le malade ait voulu, pour des
motifs intéressés, retourner chez lui, au bout de 16 jours, l'amélioration
obtenue quanta la céphalalgie et aux troubles circulatoires, sensitifs et
trophiques du sympathique cervical fut très notable. 11 prit à l'intérieur
70 tabloïdes de thyroïdine Merk. Le poids tomba, en 16 jours, de 95 à
90 kilogrammes. On nota une amélioration certaine de l'amyosthénie.
Observation XXX. (Alihert.) {Tr. des maladies de la peau. 1822, t. II,
p. 317.)
Géant scrofuleux, 52 ans, 2"',05. Poussée de croissance à la puberté.
Figure oblongue, langue volumineuse, voix rauque. Soif intense.
Polyurie extraordinaire : « Il n'éprouvait aucun attrait pour le sexe
féminin. »
Observation XXXI. (Quételet.) [Anthropométrie. \%1\, p. 500).
Géant napolitain, exhibé à Bruxelles; 2"", 15; 18 ans et demi. Assez
régulièrement conformé; embonpoint en rapport avec sa taille. Accrois-
sement proportionné des pieds, des mains, des jambes. Développement
musculaire très prononcé.
Observation XXXII. (Klein.) Un cas de gigantisme. [Soc. méd. des Hop.
de Nantes. 20 juillet 1899 et Gazette méd. de Nantes. 4 novembre 1899.)
Caporal, 21 ans, engagé volontaire depuis 5 ans, d'une taille de 2'",02
d'après son livret militaire, ramenée à l'",98 à la toise. Se trouve actuel-
lement en congé de convalescence, pour fièvre typhoïde. Parents :
1 frère et 2 sœurs de taille ordinaire. La croissance s'est faite réguliè-
rement et sans à-coup. L'intelligence est moyenne; bonne instruction
primaire.
Taille rectifiée l'",98
Poids • . 85 kilogrammes.
Crâne : diamètre antéro-postèrieur \H"^,b
— diamètre transversal 15 centimètres.
Indice céphalique . 15 —
Périmètre tlioracique (au-dessus des saillies du
grand pectoral) 95 —
Circonférence de la cuisse gauche (partie moyenne). 49 —
— du mollet gauche (partie moyenne). . 56"". 5
— du bras droit (partie moyenne). ... 20 centimètres.
Muscles assez développés, sans exagération; vue normale.
Légers stigmates d'acromégalie; face disproportionnée par rapport
au crâne; hauteur du maxillaire inférieur (incisives comprises) 53 milli-
GÉANTS VIVANTS. 369
mètres (44 millimètres chez un sujet normal de 1",83) ; voûte palatine
un peu ogivale ;
Longueur du bras : de l'acromion à l'olécrane) ... 56 centimètres.
Longueur du l)ras : de l'olécrane à l'apophyse sty-
loïde du cubitus 50 —
Longueur de la main (1/9 de la taille) "22 —
Longueur du membre inférieur (du grand trochanter
au sol) 'i 108 —
Longueur du pied (1/6 de la taille au heu de 1/7) . . 55 —
Verge pas très développée. Varicocèle assez prononcé; quelques
varices aux deux mollets. Appétits génésiques peu marqués.
Observation' XXXIII. (W. Lackey.) [Philadelphia med. journ. 22 juillet
1890.)
Acromégalie, avec observation d'un cas présentant quelques carac-
tères inhabituels; taille du malade 8 pieds, 6 pouces.
Observation XXXn\ (?leasants.) (Maryland med. joura. Baltimore, 1900,
XLIII, p. 578.)
Un cas d'acromégalie chez un nègre associé avec un léger degré de
gigantisme.
Observation XXXV. (Hinsdale). (*) — Le géant Cooper. (Acromegaly.
Medicine, Détroit. 1898, p. 55.)
L'auteur a examiné un géant actuellement vivant, du nom de Henry
Alexandre Cooper, né dans le comté d'York, en Angleterre, le 12 mars
1860. Il est haut de 7 pieds 5 pouces avec ses souliers et la circonférence
de sa tête est de 25 pouces. Il n'y a ni prognathisme ni exophtalmie, ni
hémianopsie. Il eut autrefois des maux de tète assez graves et pendant
un temps souffrit des yeux et eut quelques troubles de la vue au moment
de la période de sa plus grande croissance. Les sourcils sont un peu
proéminents, le nez large ; le menton, toutefois, n'est certainement pas
proéminent en considérant les dimensions de la face. Celle-ci est de
forme ovale. Les mains et les pieds ne sont pas disproportionnés avec
la taille du squelette. L'abdomen n'est pas proéminent et il n'y a ni
soif, ni faim excessives. Le sujet semble avoir maigri. II ne fut pas pos-
sible d'avoir son poids exact. Ce géant n'est donc pas un cas d'acromé-
(') Nous reproduisons intégralement l'observation du géant Cooper d'aiirès
HiNSDALE. Mais il serait superilu d'indiquer les critiques nombreuses qu'on
pourrait adresser à la conclusion de l'auteur que ce géant n'est pas un
acromégaUque : l'obseryation est beaucoup trop sommaire pour emporter
la conviction; et il resterait d'ailleurs à démontrer que Cooper, même non
acromégalique au moment de l'observation, n'était pas apte à le devenir
(Noie des A.).
LAUNOIS ET ROY. 24
370 GEANTS VIVANTS.
galie. Il serait établi que l'intelligence de cet homme est parfaitement
lucide, ses manières plaisantes et sa voix agréable.
0)3SERVATiON XXXVI. (Nobl.) — (Gigantisme chkz un syphilitique
HÉRÉDITAIRE. Club inédical vleniiois. 1" mai 1895. Wlen. med. Presse.
1895, n"' 19-21.)
Homme 26 ans, syphilis héréditaire certaine (lésions nasales et pala-
tines caractéristiques, lésions des cornées et de l'appareil auditif, infan-
tilisme, avortements fréquents de la mère, mort en bas âge de 9 frères
ou sœurs sur 12). Diaphyse des os longs remarquable par sa longueur.
Développement considérable de tout le squelette, des épiph., poignet,
coude, phalanges terminales des doigls, mais pas comme dans Fosléo-
arthropathie hypertrophique de Marie.
Albuminurie : G grammes et demi par litre, depuis longtemps.
Améliorée par Kl, et salsepareille, sans doute de nature syphili-
tique.
Observation XXXVll. (Fuchs.) (•) — Hérédo-syphilis et gigantisme.
(Wlen. Klin. Wocheitsclir. 10 septembre 1895.)
Homme, 26 ans, 1"',88. Poids 88 kilos. Absolument imberbe. Pro-
venait d'une famille notoirement syphilitique et présentait lui-même
les stigmates de cette affection, tels que : exostoses multiples, perte
de la cloison nasale, ozène, opacités cornéennes résultant de la kéra-
tite interstitielle, surdité, lésions dentaires, etc. Néphrite, peut-être
hérédo-syphilitique, ayant bénéficié du traitement spécifique (dispa-
rition des cylindres, quantité d'albumine tombée de 4 pour 100 à 0,5
pour 100). Les membres sont inégalement développés (ceux du côté
droit sont plus forts).
Observation XXXVIIl. (Mossé.) — Un cas d'acromégalie associée au
GIGANTISME. {Soc. de Biolor/îe, 15 octobre 1895.)
Femme, bd ans; l^jSô. Mains et pieds énormes. Cyphose cervico-dor-
sale. Augmentation du maxillaire inférieur. Varices des membres infé-
rieurs. — Aucun des signes fonctionnels ou généraux de l'acromégalie
n'accompagne les déformations squelettiques caractéristicjues de cette
maladie. — Traitement thyroïdien resté sans résultat.
Observation XXXIX. (P.-E. Launois et Pierre Roy.) — Le géant lut-
teur Ant... (observation inédite et incomplète).
22 ans, né à Sarajewo. Taille : 2", 16. Poussée de croissance à la suite
d'une fièvre typhoïde, à l'âge de 11 ans. Menton haut et saillant en avant.
Augmentation du diamètre bimalaire, voix extrêmement grave. La
GEANTS VIVANTS. 371
radiofjrapkie du squelette de la main et de Pavant-bras a montré fjue
FiG. 95. — Le fléaiit liiUeur Ant..., 22 ans;
,16.
les carlilages de conjugaison étaient normalement ossi/iés (fig. 05 et UO).
Observation XL. — Le géant Hugo (inédite).
Hugo, 25 ans, 2™, 50, né à Saint-Martin-de-Vésubie (Alpes-Maritimes).
L'intérêt de cette observation, très incomplète et réduite aux notices
lournies par le géant, lors de ses exhibitions parisiennes (au « Vieux-
Paris » de l'Exposition universelle de 1900; — à l'Hippodrome, 1904),
réside dans ce fait que les photographies (fig. 97 et 98) suffisent à faire
soupçonner fortement chez le géant Hugo Facromégalie par l'aspect de
sa face, les dimensions de ses extrémités et l'ébauche du genu valgum.
372
GEANTS VIVANTS.
— Voici, à titre simplement documentaire, les renseignements tournis
par Hugo dans ses notices, reproduites par plusieurs journaux médi-
FiG. 915.
Radiographie de la main du goaiiL luH.eur Aul... — L'ossificalioii des carLilnges
s'est faite d'une manière et à une époque régulières.
eaux: 2™, 50; 201 kilos. Dans sa bague passe librement une pièce de
10 centimes. Il couvre facilement une pièce de 5 francs avec son pouce.
Avec sa main il atteint une hauteur de o mètres. Grande envergure :
2", 47. Pointure des souliers : 59. Tour de taille et de poitrine : l"\9r).
Son lit a 5 mètres de long sur '1"',50 de large. Hugo est bien propor-
GEANTS VIVANTS.
373
tionné, les traits réguliers, le visage éclairé d'yeux bruns très expres-
sifs, les oreilles sont plutôt petites. Carrure des épaules : 70 centi-
FiG. 97. — Le séaiil Huoo, 25 ans, i"\ôO.
mètres. Longueur du pied: 41 centimètres. La main ouverte développe
5') centimètres. Le géant Hugo a toujours eu des proportions extraor-
dinaires, il pesait, en venant au monde, lo livres; à làge de 6 ans il
374 GEANTS VIVANTS.
mesurait déjà l'",23; à 10 ans, J'",70; à 15 ans, 2 mètres; à 20 ans,
2"^", 25. et aujourd'hui (1902), mesurant 2"', 29, il s'est encore aperçu qu'il
avait grandi de 2 centimètres l'année der-
nière. — Parents, frères et sœurs de taille
moyenne.
Observation XLI. (Lancet, 24 décembre
1898, p. 1748.)
Le géant de Cunéo (Piémonl), 22 ans,
2", 25. Circonférence du thorax: l^.BO. Lon-
gueur du pied : 45 centimètres, « lenteur
éléphantine des mouvements, le rendant
impropre au service militaire. N'est bon
qu'à se montrer en public ».
Observation XLII (communiquée par
P. Marie). — La plus grande femme du
MONDE. {Arch. orient, de méd.)
Vu:. 98. — LeyéanL Hiioo.
Wassiliki Calliaudjî, jeune fille de 22 ans, originaire d'un petit
village de la province de Corinthe (Grèce), a une taille de 2'°,50. « Ses
yeux sont aussi gros que des œufs! Sa tête a un volume double de celle
des femmes ordinaires, les mains et les pieds à l'avenant. »
Observation XLIII (The Manchester Weekly Times, 25 avril 1902, extrait
envoyé par D'' Love, de Glascow (communiqué par P. Marie).
Victor Featherstone, 19 ans, mort subitement. Sergeant Brown a
mesuré son corps qu'il a trouvé long de 7 pieds 2 pouces; il aurait été
plus long sans une légère courbure de la colonne vertébrale. Chaque
pied mesurait 5 pouces de long et les mains étaient aussi de taille extra-
ordinaire. Le D'Schmitz, qui soignait le malade depuis 2 ans, déclare
qu'il était atteint d'une maladie très rare appelée l'acromégalie, carac-
térisée par un affaiblissement avec augmentation des os. La mort est
due à la faiblesse cardiaque.
Observation XLIV. (D'après Lissauer et v. Luschan.) — Le géant
Machnow (Zeitschrift fvr Ethnologie, 1005, Heft 2j(').
Machnow est le dernier géant qui se soit exhibé en Allemagne et en
Hollande. Bien que les documents recueillis sur lui soient incomplets,
on peut cependant, en se basant sur les détails fournis par Lissauer et
V. Luschan, résumer de la façon suivante son observation.
Il est né à Witeàsk, en Ricssie, et appartient à une famille dont tous
(') Nous remercions sincèreraenl le D" Lorand auquel nous sommes rede-
vables de la plupart des documents concernant le géant Machnow.
GEANTS VIVANTS.
375
les membres sont de taille ordinaire; lui-même, jusqu'à l'âge de 4 ans,
ne dépassait pas celle de ses camarades. A partir de cet âge, sans
qu'on ait ]mi en reconnaître la cause, il se mit à grandir subitement et
FiG. 'Jit(')- — T.e gjant Machnow avec, à ses côlés, le professeur Luschan,
le squelette d'un Boschimaii de petite taille et celui d'un Patagon de haute stature.
rapidement. Il dormait beaucoup, souvent pendant 24 heures consécu-
tives, et n'avait qu'un appétit très modéré. A l'âge de 15 ans, il mesu-
rait 1™,57. Actuellement, il a atteint Page de 22 ans et mesure 2™, 58.
En raison môme de cette taille exagérée, il se classe parmi les plus
grands géants connus. Il dépasse, en effet, le géant Henoch de Sah-
(') Extraite du Journal des Voyages, 1903, p. 416.
^
376 (lEANTS VIVANTS.
hourg, qui prétendait mesurer, à l'âge de 24 ans, ^''^jO, mais qui, d'après
la rectilication faite par v. Luschan, n'atteignait en réalité que 2™, 15. Il
est plus grand aussi que le géant Winkelmeyer (voir Obs. VI, p. 147^,
qui, à làge de 20 ans, était grand de 2", 17. Toutefois il n'aurait pas
atteint les proportions du géant finlandais Cajanus qui, d'après Topi-
NARD (Anthropologie), aurait atteint 2", 85.
Les mensurations laites sur Machnow par v. Luschax sont incom-
plètes, parce que le géant n'a pas consenti à se déshabiller; elles n'en
sont pas moins intéressantes à rapporter. V. Luschan, comme Lis-
SAUER, estime que la taille deMACHNow correspond assez exactement à
2'", 58. « En donnant ce chiffre, dit-il, je n'oublie pas c|ue cet homme,
examiné après cjuelques journées de repos au lit (il avait été obligé de
garder l'immobilité à cause d'une brûlure au pied), au moment du
lever, devait mesurer 5, 4 et même 5 centimètres de plus qu'à la fin
d'une journée de fatigue; je n'oublie pas non plus Cju'il se redressait
autant qu'il le pouvait faire et cependant je considère mon apprécia-
tion comme répondant à la mesure exacte. »
Quant aux autres mensurations elles ont donné les résultats suivants :
Longueur la plus grande de la tète ■ • ■ '^^0 niillimètrcs.
Largeur — 175 —
Longueur de la base, environ 155 —
Hauteur de l'oreille, environ 160 —
Largeur la plus petite du Iront 128 —
Hauteur de la l'ace (de la racine des cheveux au
menlon) 222 —
Hauteur de la lace (de la racine du nez au menton). 154 —
Hauteur de la face (de la racine du nez à la lente
de la bouche) 99 —
Hauteur du nez (de la racine à la poinle) 70 —
Largeur du nez 50 —
Largeur des arcades zygomatiques 167 —
Dislance des angles des mâchoires 12i) —
— des angles internes des ycu^ 40 —
— — externes des Aeu\ 118 —
Largeur de la bouche 65 —
Hauteiu" des lèvres 27 —
Longueur de l'oreille 74 —
Largeur de l'oreille 44 —
Hauteur du ccrj^s assit 1150 —
— totale du corps debout 2380 —
— du sternum à terre 2000 —
— des épaules à terre 1980 —
— des hanches à terre 1450 —
— de la symphyse à terre, environ 1260 —
— du bord inférieur de la rotule 600 —
Longueur du bras pendant , 1046 —
— de l'avant-bras 640 —
— de la main 251 —
Largeur de la main 109 —
Longueur du médius (en dedans) 107 —
— (en dehors) 457 —
Circonférence de la tète 620 —
GEANTS VIVANTS.
377
Circonférence de la poiti-inc l'iOO inilliuièlres.
Circonférence la plus ]>etito de la partie inférieure
de la cuisse 290 —
Circonférence la plus grande de la cuisse 410 —
Longueur du pied 570 —
Largeur du pied 149 —
Dans un second tableau annexé à sa communication, v. Luschan a
rapporté ces mensurations à une hauteur corporelle moyenne de
1000 centimètres et les a rapprochées d'autres, empruntées à l'ouvrage
de Carl Langer {La croissance du squelette humain, surtout en ce qui
concerne les géants. Wiener Akadem. Denkschriften., 1871, XXXI) et à
ses propres mémoires {Ethnolocjie des possessions allemandes dans les
pays exotiques. Berlin, 1897). Ce tableau comprend les mensurations
faites sur 11 individus de tailles différentes : il commence 1" par Faykje
Banks, petite femme rachitique de l'Afrique du Sud et se termine par
Machnow. Il comprend de plus: 2" Hambo Bell, homme dont la taille
est petite en comparaison de celle de ses compatriotes du Kamerun;
5° TiTTi, homme de petite taille de Togo; A" un squelette normal mesu-
rant Ki^O millimètres; 5° Ferdinand Demoudscha, Ilerero, d'une gran-
deur et d'une vigueur extraordinaires; 6° un individu représentant le
type d'un grand homme; 7°Mschungo, Massai très svelte et très mince;
S" le Grenadier, de C. Langer; 9° le géant de Saint-Pétersboicrg, d'après
C. Langer; 10° le géant dlnnsbruck, d'après C. Langer; 11° le géant
Machnow.
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1857
18(311
2087
21::5
222 ')
2380
Réduction pour une haute kp
corporelle de l(jÛO cm. :
Longueur de la lêle ....
158
120
121
(115)
106
109
91
92
S8
'il
Largeur de la tête
9-i
88
90
97
81
—
77
70
75
71)
75
HauLeurde la lêle (oreille).
92
8o
85
(7i)
71
—
70
_
67
Hauleur A de la ligure. . .
12-2
111
115
(150)
110
(115)
lOi
(115)
dOi'
(102)
9i
Ilauleur B de la ligure. . .
70
66
75
(69)
67
62
—
—
65
Taille assise
U8
510
512
(5U)
177
—
1-89
—
—
178
h lafterwelte
1060
1(1,5(1
lOiO
(107Ô)
1060
(1117)
1050
lOiO
1165
918
Longueur des bras
-1.1)9
157
i.50
m
458
467
457
-125
-187
i")9
Bras
1(59
17-7
150
165
173
157
182
165
194
156
177
168
15-J
ISM
179
16.1
170
165
Avanl-bras
196
172
16!»
180
^lain
111
115
11"'
111
11 1
117
112
101
118
105
Ilauleur de la cuisse. |j1u-.
hauteur du pied
2)fi
255
245
271
27i
2;i5
281
270
289
2>3
290
Longueur du pied
12!) 117 iU
(Ui)
liO
15ii
—
—
—
155
378 GEANTS VIVANTS.
Dans ce ta]:)leau comparatif des tailles, les chiffres placés entre paren-
thèses n'ont pu être comparés à d'autres, soit parce qu'ils n'ont pas
été recueillis, soit parce c[ue les mensurations ont été faites sur des
squelettes.
Quoi qu'il en soit, la lecture de ce tableau est très instructive : elle
met en évidence la disproportion qui existe entre la croissance du
crâne, du cerveau et celle des autres parties du corps. Elle met de plus
en valeur, chez Machnow, la petitesse du visage, l'allongement par
contre plus marqué des membres inférieurs et le contraste qui existe
entre les dimensions de ceux-ci et celles des membres supérieurs et du
torse.
En raison même des dimensions de ses pieds, qui ont une longueur
de 57 centimètres, une largeur de 15 centimètres, de celles de ses
mains, de celles de son corps, il est clair que Machnow est obligé de
faire confectionner sur mesures ses vêtements comme ses chaussures
et ses gants. Par contre, la circonférence de sa tète n'étant que de
02 centimètres, il est certain de trouver un chapeau à sa convenance
« surtout s'il s'adresse à un chapelier ayant l'habitude de coiffer des
clients occupant une haute situation ».
On sait jusqu'à présent peu de choses sur la santé, la vigueur de
Mach.xow. Cependant, C{uand Lissauer l'examina, il constata un certain
état de faiblesse et d'anémie, en même temps que de la faiblesse du
cœur et du pouls. Les démêlés, cjuil eut avec son barnum et que
viennent de conter les journaux allemands, nous ont appris qu'il est
tout à la fois gros mangeur et gros buveur. On ignore s'il est dia-
bétique.
Il est à souhaiter qu'une étude minutieuse soit faite de Machnow et
vienne permettre d'ajouter son observation à celle des géants infantiles
et acromégaliques, comme on peut, dès aujourd'hui, le supposer en se
basant sur les données que nous venons de résumer.
GROUPE II
GÉANTS AUTOPSIÉS
Observation III ('). (Woods Hutchinson.) — Un cas d'acromégalik chkz
UNE GÉANTE, LADY x\ama. [Aiueylcait jouvii. of ined. sciences, août I81f5,
p. 190.)
Un cas (raci'omt'fjalie cJiez une géante. — Lady Aama, née dans le
Jura, morte en Amérique, à 17 ans; 2'",02. Alïaiblissement permanent
et progressif des forces, alDOutissant à la mort par syncope. Défi-
cience intellectuelle. — Autopsie : Retard d'ossification des cartilages
épiphysaires. Allongement disproportionné des membres inférieurs.
Atrophie des glandes mammaires. Glande pituitaire très augmentée de
volume. Hypertrophie du clitoris (pseudo-hermaphrodisme). Atrophie
da vagin., de Vutérus des trompes, des ovaires. Déformations acromé-
galiques du scfuelette. Développement excessif et forme spéciale des
mains, des doigts, des pieds, de la mâchoire, des os du nez et des
sinus frontaux.
Observation IV('-). (Buday et Jancso.) — Un cas de gigantisme patho-
logique, Simon Botis. (Deittscli.es Archiv fiir Klin. Med., 1898, p. 585.)
Un cas de gigantisme pathologique. — Simon Botis, porcher, commença
à grandir d'une manière anormale à 20 ans, à la suite d'excès géné-
siques, ayant abouti en 2 ans à l'impuissance. Continua à grandir
jusqu'à 55 ans ('i", 02). Déformation caractéristique de l'acromégalie ;
face, membres, thorax. Genu valgum droit. Faciès imberbe. Intelli-
gence conservée. Carie tuberculeuse du tibia droit.
Dicdjète. Tuberculose pulmonaire. Mort à 57 ans dans le marasme. —
Autopsie : tumeur de rhypophyse, plus grosse qu'un œuf de poule. {An-
giosarcome.) Gigantisme viscéral. Tuberculose pulmonaire, néphrite
parenchymateuse; atropjhie testiculaire : canaux séminifères petits et
sclérosés. Déformations acromégaliques du squelette.
<») Voii- p. 114.
(-) Voir p. 1^22.
380 (iEANTS AUTOPSIES.
OiîSKRVATiox MIl(i). (Achard i:t Lœper. — P.-E. Launois et Pierre
Roy, 190").) — Le géant K., tambour-ma.jor. (Xouv. Icoa. de la Solpc-
h'ière, lUOO et 1905.)
déaut acroméyalique et (Uabéiujue. — K..., ancien tambour-major, mort
à 50 ans, le 29 mai 1902. Hauteur 2", 12. Poussée de croissance à 18 ans.
Hérédité paternelle du gigantisme. Diabète sucré koi ans. Malformations
acromégaliques des extrémités et surtout de la face (saillie très exa-
gérée des pommettes). Douleurs névralgicjues multiples. Mort brusque
avec convulsions épileptiformes. — Autopsie : développement dispro-
portionné du thorax par rapport à l'abdomen. Gigantisme viscéral (foie,
rate, reins, pancréas, etc.). Tuberculose pulmonaire. £'Hor?ne /iyj:»(?/'/ro-~
phie du corps thyroïde (250 grammes). Epaississement considérable des
os du crâne, élargissement des sinus frontaux. Pas d'augmentation de
poids du cerveau. Enorme épitliélioma du corps pituitaire, ayant dilaté
notablement la selle turcique (diamètre transversal : 40 millimètres) et
se prolongeant en haut par un pédicule cfui passe entre les deux nerfs
optiques, sans les comprimer, s'enfonce dans la scissure interhémi-
sphérique et pénètre dans l'intérieur du lobe frontal, où il remplit
entièrement la cavité très agrandie du ventricule latéral.
Observation X (-). (Dana, 1895; Woods Hutchinson, 1900.) — Saxtos
Mamaï, le géaxt péruvien. (Journ. of itcrrous and nieidal Diseases,
novembre 1895. p. 725; — Xew-Vork tncd. journ., 28 juillet 1900,
p. 154.)
Gi(jantis)ne etacronié(jalie. — Le géant péruvien Santos Mamaï, 50 ans,
2 mètres. Mandibule très développée et thorax énorme; légère cyphose;
hypertrophie des extrémités. Légère débilité mentale ; force musculaire
très faible. — Autopsie : Gigantisme viscéral. Hypertrophie de la
glande pituitaire.
Examen histologique de la glande pituitaire par Woods Hutchinson,
]\ew-York médical journal, 28 juillet 1900, page 154.
« Furieux effort dliyfjertropjJiie glandulaire excessive, effort relative-
ment heureux dans la portion corticale de la glande, moins heureux
dans la zone intermédiaire, échouant en un désordre chaoticiue de cel-
lules néoformées et aboutissant à un simple exsudât hémorragique au
centre de la glande, et qu'on retrouve à un degré plus faible dans la
formation de la pituitaire normale. »
Observation XV(3). (Dana, 1895; — Lamberg. 1896; — Villers, 1898; —
Peter Bassoe, 1905.) — Le géant du Minnesota, Wilkins.
I. Dana (Journ. of nervous and mentcd Diseases, novembre 1895, p. 754.)
— Somatomégcdie avec hémiacromégcdic de la tête. Géant professionnel,
Cj Voir p. 15t».
(^) Voh' p. 2-27.
(^) Voir p. 234.
GÉANTS AUTOPSIÉS. 381
Lewis Wilkins, 19 ans, né dans le Minnesota; 2™, 25. Assez bien propor-
tionné, mais pieds et mains énormes; développejneitl renia reliai île d'une
moitié de la face, portant sur Tos frontal et les maxillaires supérieur et
inlérieur, hypertrophie correspondant exactement à la distribution du
trijumeau.
II. Lamberg. (Soc. des médecins de Vienne, 24 avril 189(». Wien. klin.
Woc/iensc/ir., t. XLVI, n° 19, 1896, p. 559.) — 22 ans, 2"", 45. Voussure
énorme de la moitié gauche du front et de la face accompagnée d'un
rétrécissement de la fosse nasale à gauche ; asymétrie du bassin.
III. E. ViLLERS, Bull. Soc. d'Anthvopolofjie de Bruxelles, 1898, XVII, 174.
Géant scaphocéphale. Rachitisme. Continence génitale.
IV. Peter Bassoe {The Journ. of nervous and mental diseases, se[»t. et
oct. 1905). — Un cas de gigantisme avec Leontiasis ossea. — Cécité
double, mort par iléo-colite nécrotique et ulcérative. Sarcome dans la
région de V hypophyse, avec propagation de la tumeur aux tissus sous-
cutanés. Hypertrophie du corps thyroïde. Gigantisme généralisé.
Observation XVI (M. (Woods Hutchinson.) — Le géant Me Indoo. {Xew-
York med. journ., 14 juillet 1900.)
James Me Indoo, 18 ans, 2'", 04, 508 livres. Intelligence retardataire.
Grande vigueur musculaire, mais mouvements lents et mal coordon-
nés. Appétit énorme. Retard du développement sexuel. Augmentation
de la partie faciale du crâne, des mains et des pieds. Développement
excessif des sinus malaires et frontaux.
Observation XVII (-). (Fritsche et Klebs.) — Le géant Peter Rhyner.
(Ein Beitrag zur Pathologie des Riesenwuchses. Klin. und Pathol.
anat. Untersuchuncjen, Leipzig, 1884.)
44 ans. Début de l'acromégalie à 56 ans : céphalée, névralgies, hyper-
trophies localisées, cyphose lentement progressive, T",60. Impuissance,
atrophie testiculaire. Mort par syncope. — Autopsie ; gigantisme viscé-
ral. Déformations acromégaliques du squelette. Tumeur de Vliypophyse.
Observation XXIII (S). (Huchard et P.-E. Launois.) — [Bull, de la Soc.
méd. des Hôp., 1905.)
Homme, 60 ans. Gigantisme (l'",96) et acromégalie (mains et pieds
énormes, développement anormal du thorax, saillie exagérée des os
malaires et des arcades sourcilières, ressaut post-lambdoïdien). Mort
par gangrène pulmonaire. — Autopsie : Élargissement de la selle tur-
cique, sans doute par hypertrophie primitive de l'hypophyse, ayant fait
place, par la suite, à une atrophie scléreuse (examen microscopique), si
(») Voir p. 'ie.J.
(2) Voir p. 269.
(^) Voir p. COl>.
382 (;ea>jts autopsies.
bien qu'à FaLitopsie le corps pituitaire apparaissait comme une petite
cerise dans une cavité faite pour loger au moins une noix.
Observation XXVI (M. (Dufrane, P.-E. Launois ht Pierre Roy.) — Le géant
Constantin. {Bull, de la Soc. méd. des IIôjj., mai 1905.)
Observation XLV. (Bourneville et Félix Regnault.) — Acro.mégalique un
TYPE GÉANT. (Dull. Soc. (uiat. de i-'a/'/.s, 51 juillet 189G.)
r",88. Aveugle dès les premiers mois de sa vie (conjonctivite i)uru-
lente). Chélifet de petite taille jusqu'à 20 ans, grandit et grossit déme-
surément de 20 à 25 ans. Entré à Bicêtre le 27 juillet 187y (accès d'épi-
lepsiej;mort le 5 mars 1881, par syncope consécutive à une hémorragie
abondante. — Autopsie : Tumeur du corps pituitaire. Gigantisme vis-
céral : encéphale, 1550 grammes; poumons, chacun 1250 grammes;
cœur, 750 grammes; rate, 870 grammes; foie, 4500 grammes; reins,
chacun 450 grammes; testicules : gauche, 50 grammes; droit. 40 gram-
mes. Signes acromégalicfues : augmentation de la face par rapport au
crâne; dilatation de la selle turcique (diamètre antéro-postérieur :
2S millimètres); hypertrophie du maxillaire inférieur.
Observation XLVI. (Henrot.) — Hypertroppiie générale progres-
sive. (Notes de cUidque inédirale, Reims, 1877, p. 56.) {^)
Adénie cervicale ; diabète léger ; hypertrophie des mains, des pieds, de la md-
choive inférieure et de la langue; exophtaimie ; affaiblissenient de la vue;
hypertrophie du corps pjituitaire, de la glande pinécde., du grand sympa-
thique, du foie, de la rate et des reins ; atrophie du cœur et des artères.
Le nommé D. Alphonse, âgé de 56 ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 20 jan-
vier 1877; il est placé au n° 20 de la salle Saint-Rémi.
Les antécédents ne révèlent rien de spécial du côté de ses ascen-
dants, il n'a jamais eu la syphilis ; il est marié, père de deux enfants
bien portants.
En l'interrogeant avec soin, il nous apprend qu'il porte depuis l'àgc
de 6 ans un engorgement des glandes sous-maxillaires qui a toujours
été en augmentant; il n'a jamais eu d'abcès du cou, il ne porte pas de
cicatrices strumeuses; l'accroissement glandulaire s'est fait lentement
d'une façon continue, sans jamais déterminer de douleurs.
Depuis l'âge de 15 ans, il remarque une augmentation progressive
des pieds et des mains.
A 20 ans, le conseil de revision l'accepte, on le place dans un régi-
ment de dragons, il y reste pendant six ans et demi.
Depuis cinq ans il travaille dans les caves(3); il interrompt son tra-
(') Voir p. r)17.
(-) Par la suilo. cette observation a été reproduite par P. Marie, puis par
Souza-Leite, comme cas typique d'acromégalie. {Note des A.)
(^) Détail complénienlaire retrouvé dans les noies de notre interne d'alors,
GEANTS AUTOPSIES.
383
vail à la fin de Tannée J87G, pour entrer à rilôlel-Dicu, il passe plu-
sieurs semaines dans la salle Saint-Thomas; en dehors de l'aspect exté-
rieur, on ne constate aucun autre symptôme qu'un très grand appétit,
et une soil" très dil'ficile à satisfaire; je n'ai pu savoir si à ce moment
les urines avaient été analysées.
État ou malade le 29 janvier 1877. — Ce [malade présente un faciès
tellement repoussant qu'il attire le regard de toutes les personnes qui
passent dans la salle :
la partie inférieure de
la face présente un
développement inso-
lite; elle se confond
sans ligne de démar-
cation avec la partie
supérieure de la poi-
trine.
Les lèvres sont
boursouflées; l'inle-
rieure forme un véri-
table bourrelet de la
grosseur du doigt;
elle est renversée en
bas, et laisse la bou-
che entr'ouverte : la
langueayantau moins
le double de son vo-
lume normal emplit
toute la cavité buccale
et vient faire saillie
au dehors; elle pré-
sente la coloration et
le degré de consis-
tance ordinaires ; ce
n'est pas de l'œdéma-
ciation de la pointe, mais bien de l'hypertrophie portant sur la tota-
lité de l'organe.
L'arcade dentaire supérieure est normale, elle porte toutes ses dents;
l'arcade dentaire inférieure appartient à une circonférence beaucoup
plus grande que la supérieure; on dirait la mâchoire d'un géant appli-
quée contre le maxillaire supérieur d'un adulte; on peut, lorsque la
mâchoire inférieure est aussi rapprochée que possible de la supé-
rieure, passer le bout de l'indicateur entre les arcades dentaires.
^I. Launois, actuellement interne des hôpitaux de Paris : A cette époque, le
malade est pris de douleurs rliumatismales très aiguës dans les membres
supérieurs, les membres inférieurs et les reins. PendanI, o ans, son travail
dut être souvent interrompu, il était devenu très irrégulier depuis 4 ans.
FiG. 100. — Le oéant de Iii:>r,oT.
(Dessin de F.-E. Launois, interne du service.
384 GEANTS AUTOPSIES.
Les dents du maxillaire inférieur présentent une hypertrophie dans
tous les diamètres : elles sont plus longues et plus larges que les supé-
rieures; quand on lait rentrer la langue et que Ton rapproche pour un
instant les mâchoires, il est facile de constater que les incisives infé-
rieures, légèrement encroûtées de tartre, sont d'un quart ou d'un cin-
quième plus larges que les incisives supérieures correspondantes.
Les globes oculaires font une saillie considérable : le regard manque
de vivacité, il semble à demi éteint; les paupières, sans être oedéma-
tiées, présentent un gonflement spécial : la supérieure recouvre la
moitié de la cornée; on dirait qu'elle est trop longue. Les pupilles sont
égales, modérément dilatées, peu impressionnables à la lumière; dans
certains moments, il y a peut-être un peu de loucherie, ce n'est pas
constant, ni assez accentué, pour qu'on puisse indiquer l'œil dévié.
Le nez est extrêmement développé.
L'élargissement de la face est considérable; d'une région paroti-
dienne à l'autre, on constate au moins 6 ou 7 centimètres de plus que
dans l'état normal. Tout le pourtour du maxillaire inférieur aussi bien
au niveau des branches montantes que des branches horizontales con-
tient d'immenses paquets ganglionnaires, confondus en une seule
masse semblant faire corps avec l'os lui-même; ces masses, uniformé-
ment arrondies, ont une consistance telle que, dans beaucoup de points,
il est impossible de dire si c'est la surface de l'os ou la surface de la
tumeur qu'on a sous la main ; ces tumeurs qui ont développé les régions
parotidiennes et sous-maxillaires d'une façon uniforme, se continuent
sans ligne de démarcation avec la partie supérieure de la poitrine. Le
corps thyroïde hypertrophié se confond dans la masse commune.
Le front est normal; il ne présente, ainsi que le crâne, aucune défor-
mation; à première vue, il semble atrophié à cause du développement
énorme de la face, mais un examen plus attentif permet de reconnaître
que la face seule est hypertrophiée.
Le teint est d'un blanc mat.
Le faciès présente à la fois le type du scrofuleux, du leucocythé-
mique et de l'idiot; comme expression, c'est un mélange d'avachisse-
ment et de basse sensualité.
La poitrine et les épaules sont larges.
La partie inférieure du thorax est renversée en dehors comme cela
se présente chez les personnes qui ont beaucoup maigri après avoir
eu un abdomen très volumineux.
Le ventre est souple, il est encore chargé de graisse, la verge et les
bourses sont normales.
Les membres supérieurs et inférieurs ont leur volume ordinaire; ils
semblent plutôt amaigris si on les compare à l'ensemble de l'individu;
la peau est saine, blanche, fine, anémique, sans œdème.
Comme contraste, les mains et les pieds sont phénoménaux; la forme
de ces extrémités n'est pas sensiblement modifiée; il y a de l'hypertro-
phie totale; la longueur, la largeur, l'épaisseur des doigts et de la
GEANTS AUTOPSIES. 385
main ont subi un accroissement proportionnel ; les ongles présentent
une large surface plane.
Le système veineux superficiel ne présente rien de spécial, il n'est
nulle part variqueux. Les lymphatiques ne sont enflammés d'aucun côté;
les ganglions de l'aisselle, de Faîne, du creux poplité sont normaux..
11 n'y a pas de paralysie; le malade peut remuer bras et jambes,
cependant les mouvements sont lents; il faut un certain effort pour
soulever les mains et surtout les pieds : y a-t-il de l'affaiblissement
musculaire, ou est-ce le poids des extrémités qui rend les mouvements
pénibles? il est vraisemblable que ces deux causes agissent dans le
même sens, toujours est-il qu'il garde dans son lit une immobilité à
peu près complète; on dirait un homme de cire.
La sensibilité cutanée semble un peu obtuse, il n'y a nulle part danes-
thésie.
Le malade n'a pas de fièvre, le pouls est petit, régulier ; la tempéra-
ture du corps est normale, les fonctions digestives se font bien; il n'a
ni constipation, ni diarrhée; il a peu d'appétit depuis une quinzaine de
jours, la soif est toujours très vive.
La miction est facile, les urines ne sont pas albumineuses; elles con-
tiennent une petite quantité de sucre.
La respiration se fait librement, rien de particulier au cœur.
L'intelligence est lourde ; il entend sans que l'on soit obligé d'élever
notablement la voix, il répond avec assez de précision aux questions
qu'on lui adresse; il se plaint constamment d'une céphalalgie profonde
sans irradiation périphérique. La vision est très incomplète; dans cer-
tains cas il éprouve des difficultés à saisir les objets qu'on lui présente,
surtout quand ils ont un petit volume.
En un mot, ce malade est étendu dans son lit comme une masse
inerte; il ne cause pas avec ses voisins, et ne semble prêter qu'une
attention très distraite à tout ce qui se passe autour de lui, il faut le
questionner, l'exciter pour obteuir une réponse.
L'examen microscopique du sang nous permet de constater que nous
n'avons pas affaire à une leucocythémie; il y a seulement 2 ou 3 glo-
bules blancs sous le champ du microscope, les globules rouges sont
pâles, non déformés.
Le 25, cinq jours après son entrée, un grand affaiblissement et des
vomissements verdâtres se produisent; le m.alade devient gâteux. Le
26, les vomissements verdâtres continuent, le pouls devient très petit, le
râle trachéal s'entend à distance, le malade connaît encore; il meurt le
27 au matin par suite de l'accroissement de la gêne de la respiration.
Autopsie. — Une main et un pied sont conservés.
Peau. Partout elle est saine; elle n'est nulle part adhérente aux tissus
sous-jacents; celle qui recouvre les parties hypertrophiées ne présente
rien de spécial.
Les veines, les vaisseaux et les ganglions lymphatiques, excepté ceux
du cou, sont sains.
LAUN^OIS ET ROY, . 25
386 GEANTS AUTOPSIES.
Poumons. — Sains, bien développés, un peu de congestion aux bases.
Cœur. — Le cœur est très petit, il a subi un degré d'atrophie consi-
dérable, il ne présente guère que les 2/5 du volume de mon poing, et
celui-ci ne représente pas la moitié du poing de notre sujet.
Pas de sérosité dans le péricarde, quelques plaques laiteuses sur le
péricarde, particulièrement le long de l'aorte et de l'artère pulmonaire.
Les parois du ventricule droit sont très amincies, celles du ventricule
gauche sont peu épaisses; le muscle n'a pas subi de dégénérescence.
Il y a un caillot fibrineux dans le cœur droit.
Le foie est volumineux, mou, flasque; il ne présente rien de spécial à
la coupe.
La rate a au moins le triple de son volume normal; la consistance est
normale, on trouve dans son épaisseur une petite tumeur du volume
d'une noisette, d'une dureté pierreuse.
Le pajicréas, Vestornac et les intestins sont sains.
Les reins sont volumineux, sains.
Le corps thyroïde est très développé ; il a 4 ou 5 fois son volume normal.
La langue est hypertrophiée, les papilles gustatives sont très sail-
lantes; elles sont manifestement hypertrophiées.
Les glandes sous-maxillaires sont perdues dans d'immenses masses
ganglionnaires qui ont renversé le bord libre du maxillaire inférieur, à ce
point que la face antérieure de cet os est devenue presque horizontale;
l'os a un aspect tout particulier; ses déformations symétriques pour,
raient faire croire qu'il provient plutôt d'un singe géant que d'un
homme.
Les glandes parotides sont saines; il ne nous a pas été possible de
retrouver les glandes sous-maxillaires.
Les tumeurs sous-maxillaires et péri-parotidiennes sont constituées
par des amas ganglionnaires appliqués les uns contre les autres; elles
sont formées par un tissu homogène, dur, très cohérent et n'ayant
aucune tendance à subir la dégénérescence graisseuse, caséeuse ou
tuberculeuse.
La plupart des nerfs, le pneumogastrique, le glosso-pharyngien, le
plexus brachial ont subi une notable augmentation de volume.
Deux organes méritent de fixer notre attention d'une façon toute par-
ticulière : le cerveau et le nerf grand sympathique.
Encéphale. — Les parois du crâne ne sont ni épaissies, ni déformées ;
la base est normale dans toute son étendue, excepté au niveau de la
selle turcique; là, nous trouvons des modifications considérables; la
lame quadrilatère du sphénoïde et les apophyses clinoïdes postérieures
sont très élargies ; elles présentent beaucoup moins d'épaisseur que
dans l'état ordinaire; elles sont complètement déjetées en arrière de
façon à agrandir la fosse pituitaire; celle-ci en effet, au lieu de pouvoir
contenir une noisette, a pris des dimensions telles, qu'elle peut loger
un petit œuf de poule.
La paroi antérieure de la fosse, au lieu de présenter une saillie, est
GEANTS AUTOPSIES.
387
loitcment excavce. Quoique amincie, la lame quadrilatère est encore
assez solide pour résister au scalpel.
En enlevant le cerveau, M. Launois, mon interne, éprouve une cer-
taine difficulté à détacher le corps pituitaire; malgré les précautions
qu'il prend, l'adhérence est telle qu'il coupe la partie la plus saillante
de l'hypophyse; il s'écoule quelques gouttes d'un liquide noirâtre, légè-
rement visqueux (1).
Le cerveau, examiné par sa face supérieure, ne présente rien de par-
ticulier; l'hémisphère gauche est peut-être un peu plus volumineux que
le droit, mais la différence n'est pas assez sensible pour qu'on puisse
rien affirmer à cet égard.
A la base, on constate sur la ligne médiane, au lieu et place du
corps pituitaire, une tumeur ovoïde du volume d'un petit œuf de poule;
FiG. 101. — Face inférieure du cerveau
(géant de IIenrot).
FiG. 102. — Coupe médiane du cerveau
(géant de Henrot).
le diamètre longitudinal mesure 30 millimètres, le diamètre transversal
le plus grand mesure 42 millimètres; elle est limitée par les organes
suivants : en avant le chiasma des nerfs optiques qui est complètement
aplati, et forme une large bandelette rubanée, ayant plus d'un centi-
mètre et demi de largeur; son épaisseur est réduite à un ou deux mil-
limètres; elle forme une vaste concavité en rapport de configuration
avec la tumeur. Sur les côtés, les lobes sphénoïdaux du cerveau se sont
excavés; en arrière, elle repose sur les pédoncules cérébraux.
Quoique régulière dans son ensemble, elle présente en avant et à
gauche une petite saillie arrondie qui semble surajoutée. C'est dans
ce point que la section a laissé une partie de la tumeur adhérente à la
selle turcique.
(1) Comparer avec les détails de l'autopsie, rendue également difficile, dans
notre observation du géant tambour-major (page 172). — [ISote des A.)
388 GEANTS AUTOPSIES.
La consistance est demi-molle ; à la coupe on constate une partie
antérieure, et une postérieure ne présentant pas le même aspect.
En la soulevant avec précaution, on voit ses connexions intimes avec
la base du cerveau; elle se continue directement par l'infundibulum
jusqu'au tuber cinereum c{u'on tiraille lorsqu'on exerce sur elle une
égère traction. L'unfundibulum est résistant, il est beaucoup plus
développé que dans l'état normal. La glande pinéale a au moins le dou-
ble de son volume ordinaire.
Le cerveau, le cervelet, l'isthme de l'encéphale, la moelle ne présen-
tent extérieurement rien d'anormal, ils sont placés dans de l'alcool
pour être ultérieurement examinés.
Nerf grand sympathique. — Le sujet étant réclamé, il ne nous a pas
été possible de pousser l'examen aussi loin c{ue nous l'aurions désiré;
après avoir enlevé le maxillaire inférieur et les paquets ganglionnaires,
nous avons disséqué et examiné sur place le grand sympathique, puis
nous l'avons, non sans peine, détaché en coupant toutes ses communi-
cations avec la moelle; nous l'avons étendu sur une planche et nous en
avons fait un dessin de grandeur naturelle, les dimensions de chaque
organe, leur rapport ont été scrupuleusement respectés.
Ce qui frappe tout d'abord, c'est une hypertrophie considérable de
tous les ganglions et de tous Jes nerfs qui constituent le sympathique.
Nous allons successivement décrire les portions cervicale, dorsale et
abdominale.
Portion cervicale. — Le ganglion cervical supérieur gauche est très
volumineux; il a conservé sa forme et mesure -45 millimètres de longueur
sur 15 millimètres de largeur.
Le filet carotidien a 5 ou 4 fois le volume normal; nous regrettons
bien vivement de ne pouvoir le suivre jusque dans le sinus caverneux,
mais la destruction qu'il aurait fallu faire n'aurait plus permis le réta-
blissement du cadavre. En avant nous trouvons trois grosses anasto-
moses avec le pneumogastrique; en arrière trois gros filets vont se jeter
dans l'anse formée par la première et la deuxième paires cervicales; de
l'extrémité inférieure partent plusieurs rameaux; le plus volumineux
aboutit au ganglion moyen qui est placé très bas immédiatement au-
dessus du ganglion cervical inférieur; ce dernier, étalé transversalement,
mesure 15 millimètres de largeur sur 40 millimètres de longueur.
Portion dorsale. — Le grand sympathique, dans toute cette région,
forme un cordon présentant au niveau des ganglions de légers renfle-
ments; il mesure 5 millimètres de largeur dans certains points, 6 milli-
mètres dans d'autres. En avant, on suit parfaitement les branches qui se
rendent à l'aorte.
Vers la partie inférieure, il se partage en deux branches qui ant elles-
mêmes la même importance que le tronc, 0 millimètres : le grand
splanchnique et la continuation du sympathique. Ces cordons sont plus
volumineux que le pneumo-gastrique dans la région cervicale, ne mesurant
que 4 millimètres. Au lieu de trouver une succession de ganglions réu-
GEANTS AUTOPSIES. 389
nis par des filets nerveux plus ou moins importants, nous ne trouvons
qu'un gros tronc nerveux, irrégulièrement bosselé.
Portion abdominale. — Le grand nerf splanchnique gauche, après
avoir traversé les piliers du diaphragme, vient se jeter à l'angle supé-
rieur gauche du ganglion semi-lunaire; il se continue à plein canal à sa
sortie du ganglion avec une branche volumineuse du pneumogastrique
droit.
Le ganglion serai-lunaire et le plexus solaire mesurent 45 millimètres
de largeur sur 50 millimètres de hauteur; ils ne donnent aucune branche
par leur bord supérieur concave, mais par leur bord inférieur convexe,
ils fournissent de nombreux rameaux cjui suivent les artères mésenté-
rique supérieure, coronaire stomachique, splénique, etc.
Le grand sympathique du côté droit, quoique n'ayant pas été disséqué
avec le même soin, est aussi hypertrophié c[ue celui de gauche dans toutes
les parties que nous examinons.
Observation XLVII. (Sirena.) — Observation anatomo-patiiologioue
DU CADAVRE d'ux GÉANT. Contribution à la macrosomie et à la syphilis
héréditaire tardive. [Riforma medica, 1804, vol. Il, p. 785.)
Aboul-Hool naquit à Assuan, dans la Haute-Egypte, de parents de
taille normale. Quatre frères et deux sœurs sont également de taille or-
dinaire.
Aboul-Hool était ennemi de la fatigue et ne dormait pas moins de
huit heures. Il était très glouton et mangeait en moyenne 14 kilos de
vivres par jour, buvait 2 litres de lait, 5 à 6 litres d'eau ; loin d'être attiré
par la femme, il la fuyait au contraire. A l'Exposition de Paris, en 1889,
ce fut le plus grand des géants exhibés : il mesurait 2"', 40 et avait une
force musculaire considérable, soulevant du sol un poids de 200 kilos,
exécutant des exercices de gymnastique avec des massues ou des bou-
lets de 100 kilos; son aspect était horrible, olivâtre, chauve avec très
peu de poils; il avait la tète monstrueuse, les yeux petits et vifs, la
face difforme, le nez camus, et proportionnellement petit, la bouche
oblongue, les dents d'un très petit enfant, le menton large et aplati. Le
thorax était ample, les épaules carrées et le corps bien conformé, quoi-
qu'un peu courbé en avant.
Après avoir souffert quelque temps, il mourut célibataire à l'âge de
20 ans, de néphrite parenchymateuse, à Palerme, le 27 avril 1802, et son
imprésario remit le cadavre à l'Institut d'anatomie pathologique de l'Uni-
versité de Palerme.
A l'autopsie, le cadavre pesait 218 kilos. La tête, détachée au niveau
de l'articulation occipito-atloïdienne, pesait 8'"', oOO. Le corps était long
de 2-,40.
Stature 2400 millimètres.
Longueur du cou 537'»'", 57
— du tronc 681-"'",81
— de la tète 250""-\82
3S0 GEANTS AUTOPSIES.
Longueur des menibres thoraciqucs (de la léle de
riiumérus à rexlrémilé du [médius) 1000 millinièlrcs.
Longueur du bras 4i5 —
de l'avanl-bras 557
— de la main 220 —
De l'extrémilé inférieure du grand Irochanter au
bord externe du pied. . 1150 —
Longueur de la cuisse 559"", 81
— de la jambe 498™'",67
Hauteur du pied 0l"™,52
Longueur de la plante du pied (du calcanéum à
l'extrémité de l'hallux) 550 millimètres.
Largeur du bord interne de l'articulalion métatarso-
pbalangienne de l'hallux au bord externe de l'ar-
liculation du 5" orteil 150 —
Circonférence du thorax 1220 —
Distance biacromiale 490 —
Diamètres de la tête.
Occipito-mentonnier 275 —
Bipariétal 250
Bilemporal 190 —
Mento-frontal ou facial 250 —
Fronto-occipital 280 —
Sous-occipito-frontal 170 —
Circonférence 790 —
On notait en outre sur ce cadavre : le développement considérable du
tissu adipeux sous-cutané et très faible des organes génitaux; une mus-
culature flascfue et pâle; un éléphantiasis des Arabes s'étendant du tiers
inférieur de la jambe juscju'aux orteils, plus marqué à la jambe et au
pied droits; un cerveau déformé, petit, avec des lobes frontaux réduits,
presque disparus; un cœur énorme (poids: 890 grammes), avec un
liquide séreux dans le péricarde et l'abdomen (la cavité abdominale con-
tenait environ 20 litres de liquide); des poumons présentant une conges-
tion par stase œdémateuse ; une rate énormément augmentée (875 gram-
mes) avec trois gros infarcTus hémorragiques de date différente ; des reins
très augmentés (le droit pesait 470 grammes et le gauche 400) offrant
les caractères de la néphrite parenchymateuse; un foie énorme ayant
tous les caractères du foie muscade (4050 grammes).
Sur le squelette, en dehors d'un développement énorme de tous les
os qui le composaient, on nota : une cyphose angulaire légère au niveau
des 5% G" et 7" vertèbres dorsales avec lordose de la portion sus-jacente
et scoliose de la portion lombaire ; synostose de la 5" avec la 6" vertèbre
dorsale, ainsi que de la 6° avec la 7'; graves lésions d'ostéo-périostite
poreuse diffuse, en particulier au frontal, au temporal droit, à l'occipital,
au sphénoïde, aux maxillaires (supérieur et inférieur) aux os du nez, aux
5", 4°, 5% 8% 9= côtes droites, aux I'", 4", 7" côtes gauches, à l'os iliaque,
au fémur droit; ostéomes spongieux et exostoses à la tête des o", A" et
5" côtes droites et de la ¥ côte gauche; renversement des dents, micro-
dontisme; agrandissement des troncs et canaux des os du crâne et de
GEANTS AUTOPSIÉS. 391
la l'ace, spécialement des canaux nasaux et du conduit auditif externe
gauche; rétrécissement du trou occipital; agrandissement très notable
des apophyses mastoïdes, surtout à droite, ainsi que des épiphyses ou
saillies des insertions musculaires; synostose de la suture temporo-
pariétale droite.
Dans ce cas, on ne peut dire avec toute certitude quand a commencé
l'accroissement, puisque l'imprésario ne le savait pas. Mais on peut dire
qu'il débuta peu après ou quelques années après la naissance, en raison
des altérations des os du crâne, de l'aspect du frontal et du sphénoïde
et de la réduction du cerveau par suite du défaut de capacité du crâne;
les lobes antérieurs étaient à peu près entièrement disparus, n'ayant
pu se développer dans le sens antéro-postérieur à cause de la néofor-
mation osseuse originaire de la surface interne du frontal et de l'ethmoïde,
néoformation paraissant s'être développée por?' passa avec le développe-
ment du cerveau; celui-ci s'était donc accommodé delà capacité réduite
du crâne, et l'on peut dire accommodé parce que Aboul-Hool, ainsi c^ue
le confirmèrent l'imprésario et le D' Fileti, qui l'assista dans sa dernière
maladie, ne ressentit jamais aucun trouble des facultés intellectuelles;
moi-même, lorsque parmi les nombreuxcurieux j'allai le visiter en public,
je pus m'assurer qu'il parlait correctement, voyait, sentait et mangeait
de même, cju'il avait une sensibilité normale au tact et à la douleur et
qu'il montrait une intelligence discrète. Conduit à Paris un an avant sa
mort, il apprit en peu de temps la langue et s'exprimait correctement
en français; il savait également un peu d'italien.
D'autre part la forme dolichocéphaliciue très accusée du crâne, le dia-
mètre longitudinal du frontal, la projection en arrière des deux parié-
taux, viennent confirmer mon opinion que le cerveau, ne pouvant se
développer en avant, où il trouvait la forte résistance de la néoplasie
osseuse du sphénoïde et du frontal, ni non plus transversalement en
raison de la synostose des sutures temporo-pariétales, se développa
en arrière; et ainsi, la pression endocrânienne s'exerçant de préférence
dans le sens antéro-postérieur, se produisit la forme dolichocéphalique
très accentuée du crâne. Au contraire, si la néoplasie susdite avait
débuté à l'âge adulte, il n'aurait pas eu le même accommodement, et, par
le seul fait de la compression, le ci'âne ne pouvant grandir, le patient
serait mort, ou, en tout cas, n'aurait pas conservé l'intégrité de ses or-
ganes des sens et de ses facultés intellectuelles.
En ce qui concerne la nature de cette altération, nous n'hésitons pas
à déclarer c[ue c'est une tâche difficile que de l'établir. Un fait qui nous
paraît de la plus grande évidence est c{ue des altérations osseuses géné-
ralisées, comme celles qui s'observent chez ce sujet, ne peuvent s'ex-
pliquer que par une véritable infection. Or, l'infection cjui explique le
mieux ces altérations, soit pour leur siège, soit pour leur étendue, est la
syphilis. Mais cette hypothèse que nous trouvons fondée, à ne regarder
que le squelette, et en particulier le crâne, ne s'appuie sur aucune autre
observation. D'après son imprésario, notre sujet n'eut jam.ais d'acci-
392 .GBANTS AUTOPSŒS.
dents syphilitiques primaires ou secondaires; à l'autopsie on ne trouva
non plus ni plaques, ni cicatrices pigmentaires aux organes génitaux, à
la région périnéale, à la commissure des lèvres, à l'isthme du gosier; ni
engorgement des ganglions lymphatiques électifs, ni gommes, ni cica-
trices de gommes au foie ou dans aucun autre organe. D'autre part,
dans la syphilis héréditaire, d'après Fournikr, il y a plutôt arrêt de déve-
loppement et infantilisme, que développement considérable du squelette
et de tout le corps en général, comme nous l'observons ici.
Mais l'hypothèse de la nature syphilitique garde pour elle le siège, la
forme (exostoses ou ostéo-périostite poreuse) des altérations osseuses,
la possibilité de trouver des lésions osseuses syphilitiques accompa-
gnées de lésions semblables des parties molles, l'anémie profonde du
malade, la marche lente avec laquelle se sont produites ces altérations,
et, par-dessus tout, l'existence de la triade d'HuTCHiNSON, presque au
complet : renversement des dents, microdontisme, lésion d'un des
organes de l'audition, à droite le rocher est le double de la normale; il
est manifestement altéré; le conduit auditif externe est presque complè-
tement oblitéré. Il manque la kératite parenchymateuse ou ses traces.
La syphilis étant la seule infection cfui puisse donner l'explication de
ces diverses lésions, il me paraît très vraisemblable de les attribuer à la
syphilis héréditaire, bien c{ue nous manquions de tout renseignement
sur les ascendants, frères, sœurs, etc., d'ABOUL-HooL.
Observation XLVIll. (Dallemagne.) — Le géant Goliath. {Arch. de méd.
expérim. 1895, obs. 1, p. 58',)).
Clinique. — Dol...., Jone, âgé de -47 ans, présentait depuis plus de
là ans le faciès acromégalique. Il portait, parsemant presque tout le
corps, des petites tumeurs d'allure xanthomateuse. Il était diabétique ;
il existait en outre un notable abaissement de la vue avec atrophie
papillaire. Toutefois le malade, qui, outre les manifestations acromé-
galiques, était énorme, circulait dans les salles sans trop se plaindre.
Sa haute stature lui avait valu de notre maître M. le professeur Rom-
MELAERE, à la bienveillance duqucl nous devons de publier cette note, le
surnom de Golialh. 11 mourut assez brusquement, dans un accès de coma
diabétique. En dehors des troubles dus au diabète et des altérations de
la vue, Goliath n'accusait aucune souffrance. Les renseignements cli-
niques ne dénotent point qu'il se fût jamais plaint de céphalalgie.
Autopsie. — Sur la table d'autopsie, la taille mesure l'°,78 ; le tronc
0",95 ; le crâne 0'",'2] et 0", 105. A l'ouverture de la cavité thoracicjue
on ne constate pas d'épanchement pleural ; à gauche, les plèvres sont
libres ; à droite, il existe des adhérences nombreuses et assez fortes
reliant les deux feuillets de la plèvre.
Le poumon droit est un peu affaissé. Outre les brides pleurales si-
gnalées ci-dessus, on constate dans le parenchyme un foyer hémorra-
gique enkysté et des traces de pneumonie hypostatique à la base.
GEANTS AUTOPSIES. 393
Le poumon gauche présente des lésions de pneumonie au stade
d'hépatisation rouge; en certains points ces noyaux hépatisés tendent
vers le gris.
Le cœur, volumineux, pèse 885 grammes, il mesure 15,18,7 centimè-
tres, le ventricule gauche, notablement hypertrophié, présente, vers sa
partie moyenne, une épaisseur de 5 centimètres. La mitrale, un peu
épaissie, est légèrement adhérente à ses bords libres, ce qui con-
stitue un faible rétrécissement. La valvule aortique et l'aorte sont in-
tactes. 11 existe un peu d'hypertrophie du cœur droit, mais elle est
moins considérable que celle de gauche. Le myocarde brunâtre paraît
plus consistant que normalement.
Le foie est énorme : il mesure 59,55,11 centimètres et pèse
5,900 grammes. La capsule est lisse et ne présente que quelques fîcelures
linéaires superficielles sans rétraction. Le parenchyme est brun, de
coloration uniforme assez gorgé de sang ; la consistance est à peu près
normale ; l'examen macroscopique laisse soupçonner cependant une
sclérose très légère avec un peu d'infiltration graisseuse.
La rate mesure 25,15,6 centimètres et pèse 920 grammes. Elle est
d'une consistance assez ferme; la capsule est lisse, transparente et sans
exsudât : la pulpe est brunâtre, parfois même pigmentée de noir ; elle est
très résistante et accuse un certain degré d'hypertrophie de la trame.
Le pancréas pèse 220 grammes. Il est injecté, sans toutefois présenter
d'induration ni de néoplasie. Au niveau de la tête, on constate la pré-
sence d'un ganglion assez développé.
Les reins sont très volumineux ; ils pèsent : le droit 550 grammes, le
gauche 620 grammes ; ils mesurent respectivement 18-8 et demi, 4 et demi,
et 19-9,4 et demi centimètres.
Le cerveau pèse 1,400 grammes. Dans le cerveau on constate, enclavée
dans la selle turcique, la présence fîune tumeur du voh.tme d\in œuf de
pigeon. Cette tumeur présente à sa surface plusieurs petits noyaux
secondaires logés dans des dépressions creusées aux dépens des
parties encéphaliques voisines. Cette tumeur, ainsi que ses noyaux
secondaires, a exercé une compression particulièrement visible au
chiasma ainsi que sur les nerfs optiques. Cette compression commence
à peu près à un centimètre environ de la partie antérieure du
chiasma. A ce point les nerfs optiques sont atrophiés assez unifor-
mément; ils sont réduits d'un tiers environ, et leur section est nette-
ment pyramidale. A partir de ce point les traces de la compression
a{)paraissent un peu différemment sur chacun des nerfs. Le nerf gauche
continue à s'atrophier et à porter l'empreinte des noyaux secondaires de
la tumeur ; mais le nerf droit surtout se déforme plus considérablement :
au lieu d'une réduction atrophique, c'est une réelle lamination qu'il
subit, de telle façon que le nerf est relié à ce qui subsiste du chiasma
par une bande de tissu nerveux très amincie, de 7 millimètres de long
et de 5 millimètres de large. Cette lamination est due à la compression
très visible d'un gros lobule complémentaire silué à droite, au sommet
394 GÉANTS AUTOPSIÉS.
delà tumeur principale; ce qui subsiste du chiasnia n'est plus repré-
senté que par une sorte de moignon. Ce moignon duchiasma est reporté
vers la droite et semble séparé du point d'union des deux nerfs optiques
par un sillon linéaire dans le fond duquel est logé un vaisseau.
La tumeur enclavée dans la selle turcique a créé là une petite cavité
de 6 millimètres de profondeur environ tapissée par une sorte d'apo-
névrose épaissie et très résistante; cette tumeur est blanchâtre, assez
friable et présente l'allure sarcomateuse.
Le cerveau paraît plutôt petit ; les circonvolutions semblent peu
développées ou atrophiées; les sillons sont très nombreux, mais ils sont
peu profonds et même sur certains points ne marquent que superficiel-
lement la partie cérébrale.
Examen du squelette. — Des circonstances spéciales nous ont permis
de conserver le squelette de D.... Nous y avons relevé entre autres les
particularités suivantes.
Le crâne nous a donné les mensurations que voici :
Projection antérieure 8,8
Projection postérieure . 10,9
Indice céphalique 73,5
Indice frontal 78,8
Indice stéphanique 87,0
Les os du crâne sont remarquablement épaissis. Aucune des grandes
sutures n'est ossifiée ; elles sont peu compliquées, et, aux environs de
l'obélion, elles affectent même une allure rectiligne. L'orifice et le canal
auriculaire sont très enfoncés, à direction oblique en haut ; le fond
très rétréci est à peine visible. Les apophyses styloïdes mesurent 5 cen-
timètres. Les sinus frontaux sont énormes et remontent dans le frontal
jusqu'au delà de la demi-hauteur de cet os. Le pariétal mesure au
niveau de la bosse G à U millimètres. La distance entre le sommet de
l'apophyse occipitale intérieure est de 5"'", 2. L'intérieur du crâne pré-
sente comme particularité remarquable l'élargissement de la selle tur-
cique : le diamètre antéro-postérieur mesure de L",9; le transversal
2"", 5; la profondeur est de 1"'",5 : la lame postérieure est refoulée en
arrière, amincie, même perforée. La gouttière optique notablement
déformée présente, au lieu de sa régularité habituelle, une convexité
vers la gauche et un aplatissement à droite. L'apophyse crista-galli et
les deux rebords externes des gouttières olfactives sont développés au
point de ne laisser persister qu'une simple fente. Du reste on a l'im-
pression d'un développement osseux très intense, de nature à gêner,
à comprimer les origines des nerfs sensoriels.
La face présente, comme le crâne, des modifications et un dévelop-
pement considérable de certaines de ses parties. Ce développement
porte tout particulièrement sur la projection antérieure. Cette projec-
tion dépasse la nasion de 5 centimètres et présente du prognathisme
maxillaire. La face mesure de l'ophrion au point mentonnier 10 centi-
GEANTS AUTOPSIES. 395
mètres. Reposant sur un plan liorizontal, elle dépasse la nasion de
9 centimètres. La mâchoire inférieure, énorme^ se porte fortement en
avant. Le crâne reposant sur le plan alvéolo-condylien, la limite anté-
rieure du menton dépasse le bord alvéolaire de 16 millimètres. La plus
grande largeur aux deux angles mesure 11"°, 2. La hauteur sur la ligne
médiane est de 4 centimètres; elle mesure sur les côtés 4"", 5; la hau-
teur verticale prise au sommet de l'apophyse coronoïde donne 8""", 5.
Les mains et les pieds sont lourds, massifs, uniformément augmentés
de volume. La main dans sa plus grande longueur (de l'interligne arti-
culaire au sommet du médius) mesure 20 centimètres. Le pied mesure
24 centimètres. Les crêtes des os sont rugueuses, moussues; le cin-
quième métatarsien présente notamment ces crêtes et ces rugosités
d'une manière remarquable.
Les autres os, sans offrir de caractères analogues à ceux indiqués
précédemment, paraissent avoir subi un développement plus accusé
que normalement, et leurs extrémités participent de l'allure spéciale
relevée aux pieds et aux mains.
Analyse histologique. — La peau, dont nous avons relaté les altéra-
tions dues au œanthome diabétique, présente à l'examen microscopique
■le détail de cette lésion. Les petites nodosités sont constituées d'une
manière identique par des réactions prolifératives siégeant dans la
partie superficielle du derme; ces réactions finissent par engendrer un
noyau de nécrose et une sorte d'exsudation sous-épidermique, qui se
termine fréc|uemment par une petite ulcération.
Les poumons ne présentent Cfue les caractères de pneumonie remar-
qués lors de l'autopsie; ils sont le siège d'une hypostase considérable.
Le cœur ne présente aucune altération bien marquée; il n'y a guère
à indiquer qu'un léger effacement des striations de la fibre musculaire,
mais pas de sclérose en dégénérescence graisseuse; toutefois la fibre
musculaire est véritablement hypertrophiée en la plupart des points;
son volume paraît souvent doublé.
Le foie est légèrement infiltré de graisse à la périphérie des lobules;
cette périphérie est un peu sclérosée; les contours des lobules sont
accusés par de petites bandes de tissu conjonctif les circonscrivant
incomplètement; les espaces portes ne sont guère épaissis ; toutefois les
vaisseaux sont frappés d'artério-sclérose d'une manière assez généra-
lisée et assez notable. La rate ne présente qu'un peu d'hypertrophie
de sa trame; les corpuscules sont un peu plus développés que nor-
malement.
Les reins sont très altérés tant à droite qu'à gauche, et cette altéra-
tion est généralisée à la totalité de chacun des deux organes. Les
lésions portent à la fois sur les vaisseaux et sur les épithéliums des
canalicules contournés. Les épithéliums sécréteurs sont gonflés, trou-
blés; la délimitation cellulaire est souvent impossible et, dans bien des
cas, par suite de cette tuméfaction trouble, légèrement vitreuse, la
lumière du canal a disparu.
396 GEANTS AUTOPSIES.
Les vaisseaux sont épaissis, enchâssés dans des plaques de sclérose
jaune; ces plaques semblent occasionnées par la nécrose des territoires
voisins due à l'oblitération des petites branches artérielles éntanées
des vaisseaux frappés de périartérite; le processus relève à la fois de la
périartéiite et de l'endartérite. Il existe en même temps et particuliè-
rement dans la substance corticale une stase sanguine très prononcée
allant même parfois jusqu'à la formation de petites hémorragies micro-
scopiques.
Le pancréas est envahi par d'épais et nombreux tractus conjonctifs;
les veines glandulaires sont comme étouffées dans des gangues de tissu
fibreux qui les séparent presque complètement les unes des autres ; les
conduits excréteurs sont peu altérés, mais les vaisseaux présentent de
l'artério-sclérose.
Les capsules surrénales, sauf leur développement, ne présentent qu'un
peu de sclérose avec des plaques de périartérite.
La glande thyroïde est frappée, et à un haut degré, de dégénérescence
kystique colloïde ; les kystes sont petits, assez uniformes, et leur dimen-
sion, à l'œil, ne dépasse guère les dimensions d'une tète d'épingle. La
plupart ne sont plus formés que par une mince membrane fîbroïde
enserrant une substance amorphe présentant les réactions de la sub-
stance colloïde. Mais en dehors de ces endroits complètement transfor-
més on peut suivre toutes les transitions qui mènent de la proliféra-
tion cellulaire primordiale à la régression colloïde définitive. 11 n'existe
presque plus de cavité glandulaire intacte; les moins atteintes attestent
néanmoins déjà de la prolifération endothéliale; les vaisseaux ne pré-
sentent guère d'altération.
La glande pituitaire est, comme l'indique l'autopsie, notablement
augmentée de volume; nous l'avons analysée en différents points, et
partout les caractères ont été analogues : la glande semble transformée
en une masse sarcomateuse pourvue d'une forte capsule fibreuse. Elle
est formée en grande partie de capillaires circonscrivant des mailles
dans l'intérieur descpielles on ne constate que de petites cellules sphé-
riques à protaplasma peu abondant, mais à noyaux très avides des
matières colorantes.
Les recherches concernant le système nerveux ont porté sur les nerfs
optiques, le moelle et le bulbe.
Les nerfs optiques sont nettement atrophiés et présentent des lésions
de sclérose consécutives à la compression; le tissu nerveux est remplacé
presque complètement en certains points par du tissu fibreux. La moelle
n'a point présenté de lésion systématique; les cordons, tout comme les
cornes, n'offrent aucune altération décelable sous le microscope; nous
avons employé la méthode de Pal et la coloration consécutive par le
carmin aluné. Les vaisseaux sont normaux. La seule modification nota-
ble à indiquer dans la moelle consiste dans la prolifération du canal
épendymaire ; l'épithélium de ce canal n'a plus en aucun point son aspect
cylindrique normal; la lumière du canal est presque partout obstruée
GEANTS AUTOPSIES. 397
par des amas de petites cellules à noyaux apparents et se colorant très
fortement par le carmin; la prolifération a même envahi la substance
gélatineuse de Rolando, dans l'intérieur de laquelle on retrouve de petits
amas cellulaires qui semblent comme émigrés des masses prolifératives
qui encombrent le canal central.
Le bulbe nous a fourni des altérations qui, quoique d'apparence dif-
férente, pourraient bien procéder d'une même origine. Le canal est
intact dans ses parties inférieures, ou en tout cas la prolifération épen-
dymaire y est très peu marquée; elle cesse au niveau du plancher
ventriculaire ; mais à ce niveau nous trouvons dans l'intérieur
de la substance nerveuse des productions gliomateuses spéciales;
elles sont formées de noyaux non visibles extérieurement, c'est-à-dire
ne déterminent aucune modification interne. Ces noyaux, au nombre de
deux, sont situés à droite, superposés et proches du rebord du sillon
du plancher ventriculaire; sur la coupe vue à l'œil nu par transparence
ce sont de petites masses arrondies ayant à peine un millimètre de
diamètre. Elles sont uniformément formées d'une enveloppe de tissu
d'allure conjonctive très mince, de tissu lamelleux. Cette gangue enserre
une matière amorphe, granuleuse, dans laquelle sont disposées, comme
enroulées parfois en tourbillons, de petites cellules à noyaux développés
et se colorant fortement parle carmin. Ces cellules ressemblent à celles
qui remplissent le canal central. On a l'impression de masses cellulaires
d'origine épendymaire émigrées et enkystées dans la substance ner-
veuse. Quant à cette substance nerveuse, elle ne paraît guère avoir
souffert de la présence de ces petites masses gliomateuses ; tout au
plus peut-on supposer qu'elles ont dû exercer une certaine compres-
sion, mais dont les traces ne sont guère appréciables.
Observation XLIX. (Caselli.) — Acromégalie avec Gigantisme com-
pliquée DE sarcome du maxillaire INFÉRIEUR ET DE MYXOME DE LA
FOSSE ILIAQUE (•). {Stucli anatomici e sjyerimentali sulla fisiopatologia
delta glandola piluùaria. Reggio-Emilia, 1900, p. 189.)
Ivo L., né en 18G6. Père alcoolique et perverti. Deux frères et une
sœur normaux, ayant des enfants normaux, et de taille moyenne. Un
frère plus petit et de taille si faible qu'il s'en fallut de peu qu'il ne fût
exempté du service militaire.
A 5 ans scrofule (cicatrice de l'incision à angle droit de la mandibule),
à 4 ans scarlatine, puis rachitisme avec déviation en X des membres
inférieurs. D'ailleurs développement physique et mental très régulier
jusqu'à l'âge de 17 ans.
A 17 ans le malade qui fréquentait l'école et ne se distinguait en rien
de ses camarades, était haut de 1",75, mais pas encore monstrueux
(*) Les premières périodes de la maladie ont été décrites par Tanzi, Due
casi di acromegalia. Archivio italiano di clinica medica, 1891. L. Ivo fît égale-
menL l'objet d'une leçon clinique de Mokselli.
398 GEANTS AUTOPSIES.
(fig. 22). Un jour il eut un évanouissement et comme une sensation
d'aura de Féchine jusqu'au front, avec larmoiement, mais sans perte de
connaissance ni de l'équilibre.
Il était tailleur. De sa patrie, Boccaleone de Ferrare, il émigra à
Marseille, puis à Uyon, où il rencontra le D' Rodin, fut engagé à se
rendre à Paris, pour se faire redresser les jambes. Il accepta, subit
l'opération et guérit. Puis il vint à Gênes, où peu à peu ses jambes se
remirent à fléchir, non plus en X, mais en O. La tête du fémur gauche
était située très en dehors et en haut, la diaphyse extraordinairement
oblique, d'où résultait une déformation notable de tout le bassin. A la
fin de cette même année 1884 le malade fut pris d'un second évanouis-
sement avec perte des matières fécales.
En même temps son corps s'accrut, en particulier, à la tête, à la face,
aux mains et aux pieds, et devint rapidement démesuré. En 7 ans il
s'accrut en hauteur de 18 centimètres, s'élevant de I",7o à l'",95, quoi-
que l'obliquité des jambes et une scoliose notable, qui allait toujours
augmentant, aient diminué la taille apparente. Le malade ne trouvait ni
chapeaux, ni souliers s'adaptant à sa taille; il les commandait grands
à dessein et devait les renouveler. Il ne portait ni gants, ni bague,
mais il voyait ses mains croître à vue cVœil. La paume ouverte mesurait
50 centimètres.
Durant ce processus d'hypertrophie, la vue de l'œil gauche se troubla
et s'altéra gravement (diplopie) jusqu'à se perdre tout à fait. Une
céphalée intense à gauche ne cessa plus de le tourmenter. La cuisse
gauche était douloureuse et le grand trochanler faisait saillie sous la
peau comme la garde d'un poignard. Au tibia gauche on sentait des
grosseurs et des aspérités indolentes, qui changeaient de place tous
les mois. La jambe était très gonflée et de la peau sortait une matière
jaunâtre, liquide et sans odeur. Mais ces phénomènes furent de courte
durée. Il s'y ajouta bientôt des battements de cœur.
En même temps la voix devenait extraordinairement grave, le champ
visuel se rétrécissait aussi à Fœil droit, et la langue, bien que de volume
normal, était mal contenue dans la cavité buccale, encombrée par une
tumeur intérieure de la mandibule. On dut extraire toutes les dents de
la mâchoire droite, où siégeait la tumeur, tant en haut qu'en bas.
En 1892, le malade n'avait jamais eu de rapports sexuels et ne se
rappelait pas avoir eu ni éjaculation, ni érection, ni sensation ero-
tique d'aucune espèce. Du reste il était très intelligent, conscient de
sa difformité et capable de fournir des renseignements exacts sur
son compte. Il se trouvait à l'Hôpital de Gênes plus par charité que
pour subir l'opération de la tumeur osseuse. En effet, le malade était
dans l'impossibilité de travailler ou de trouver un emploi. Sa diffor-
mité était telle qu'il ne pouvait sortir de la maison sans attirer une
foule curieuse qui lui montrait sans retenue son étonnement mêlé
d'horreur.
Aspect infantile, qui contrastait avec l'âge (25 ans), avec la taille
GEANTS AUTOPSIES. 399
gigantesque et la voix très grave. Peau livide, pâle, jaunâtre, tout à fait
glabre, élastique, ni ridée, ni tendue. Muscles peu développés.
Muqueuses pâles.
Corps gigantesque, mais faible et difforme. Bassin irrégulier, jambes
énormément arquées et asymétriques, scoliose de la colonne verté-
brale, hypothricose générale : absence de toute trace de barbe, absence
de poils aux aisselles.
Poids du corps . 93 kilogrammes.
Grande envergure .■ 1",98
Taille apparente 1",93
Têle difforme, très grande, très asymétrique, c'est-à-dire aplatie à la
région pariétale droite, saillante sur toute la moitié gauche. Front
monstrueusement saillant à la glabelle, enfoncé vers la région tempo-
rale. Occipital régulier. Apophyses mastoïdes très proéminentes. Un
peu en avant du bregma un enfoncement profond de 15 millimètres de
forme arrondie, plus étendu à droite qu'à gauche, d'un diamètre de
55 millimètres. Paupières flasques, longues, plissées, tombantes avec
un bord externe sur le bulbe oculaire, avec le tarse normal.
ISez cornu, mou, fluctuant en bas et sans résistance cartilagineuse;
ayant en haut un squelette très dur et extraordinairement élargi. 11 est
situé sur un plan vertical postérieur de 2 ou 5 centimètres à celui du
front. De la racine du nez partent de chaque côté, oblic|ues en bas et
en dehors, deux crêtes symétriques formant sur les joues deux plateaux
osseux qui altèrent la figure des maxillaires, hypertrophiés comme les
os propres du nez. Oreilles régulières, petites. Lèvres grosses, mais
bien dessinées. Langue plutôt petite que grande.
Tumeur osseuse endo-orale de la mandibule droite, du volume d'une
pomme, couverte d'une muqueuse normale. La langue était repoussée
à gauche, mais n'était pas encore projetée hors de la bouche. Pronon-
ciation difficile spécialement pour l's. Cette tumeur est douloureuse à
la pression même légère et ne permet pas au malade de toucher à sa
joue correspondante. La mastication s'accomplit assez bien. L'extraction
des dents ne donna pas lieu à une hémorragie extraordinaire, ni à des
douleurs, ni à une augmentation rapide de la tumeur, ni à quelque
autre indice de malignité du néoplasme.
Circonférence de la tète 69'2 millimètres.
Courbe bi-auriculaire 465 —
— antéro-postérieure 405 —
Demi-com'be antérieure 210 —
— postérieure 195 —
Diamètre antéro-postérieur 240 —
— bipariétal 185 —
Hauteur de la face 146 —
Diamètre bizygomatique 140 —
Cou faible, sans goitre, sans dépression au-dessus du sternum, de
400 GEANTS AUTOPSIES.
forme régulière, mesurant 57 centimètres de circonférence. Larynx
augmenté. Voix extraordinairement grave et gutturale.
Thorax sans lordose antérieure, petit, cylindrique. Scoliose dorsale
à convexité droite. Moitié inférieure droite très saillante.
Circonférence thoracique au niveau des mamelons, 965 millimètres.
Bassin déformé. Le trochanter du fémur gauche, déplacé en bas, se
voit et se sent sous la peau. Les viscères abdominaux ne semblent pas
hypertrophiés à la percussion. Ventre tendu, proéminent.
Ceinture, 825 millimètres.
Humérus, radius, cubitus normaux, de longueur proportionnée. Bras
et avant-bras très grêles.
Circonférence du bras 225 millimètres.
— de favant-bras 168 —
Fémurs à courbure de convexité externe, le droit luxé. Tibias recour-
bés, avec exostoses.
Circonférence du mollet, 510 millimètres.
Mains énormes, bien faites, mais aux doigts énormes, assez allongés,
bien séparés et mobiles comme à l'ordinaire. Ongles en rapport avec
les doigts, ni petits, ni amincis. L'empreinte palmaire de la main remplit
la page d"un volume in4°.
Longueur de la main, de l'articulalion à rextrémité
du médius 285 millimètres.
Longueur du médius 115 —
Circonférence de la main droite 250 —
du pouce gauche 80 —
Ongle de l'annulaire gauche : longueur 22 —
— — largeur 21 —
Pieds très grands, plus gros que longs, spécialement au. cou-de-pied,
avec gros orteils.
Circonférence du pied à la région métatarsienne. . 270 millimètres.
Circonférence de l'hallux 110 —
Longueur du pied 265
Testicules de volume normal, venje non hypertrophiée.
Vue pour ainsi dire perdue à gauche, où la pleine lumière solaire est
distinguée à peine des ténèbres. L'examen ophtalmoscopique donne :
Atrophie grise complète du nerf optique gauche. Atrophie grise
commençante du nerf optique droit, légère concavité de la papille, sans
anomalie des vaisseaux papillaires. Le champ visuel droit est limité à
la moitié interne, tandis que l'externe est à peu près entièrement
abolie (professeur Lecondi).
Audition, olfaction, goût conservés, et même très bien développés
également des deux côtés.
Réflexes de la pupille à la lumière, à l'accommodation, à la douleur
normaux.
GEANTS AUTOPSIES. 401
Réflexes rotuliens abolis.
Voix irès grave, gutturale, légèrement nasillarde, avec prononciation
défectueuse des .s.
Langue normale.
Boulimie, palpitations, céphalée gauche. Ni polyurle. ni albuminurie,
ni peptonurie, ni glycosurie.
Mémoire, intelligence et facultés 'affectives intactes. Impjuissance,
absence du sens erotique.
Tel était l'état du malade à la fin de 1891. Depuis cette époque, il fut
recueilli dans un Institut de bienfaisance, où j'ai pu suivre le progrès
de la maladie.
Le malade à cette époque était toujours très intelligent, de caractère
doux et bon; en raison de la gravité de sa maladie, il passait tristement
ses jours sans occupation d'aucune sorte. Son aspect avait perdu le
caractère infantile qui le distinguait antérieurement. Mais toute la tête
était énormément augmentée de volume et la face particulièrement
déformée au niveau de la mâchoire inférieure. Le crâne, asymétrique,
était plus développé à droite qu'à gauche. Le front était aussi plus
saillant; le nez, camus et énorme. La tumeur saillante hors de la bouche
ouverte donnait au sujet un aspect des plus monstrueux.
La taille apparente était diminuée (1°',90). Ce fait était dû à l'augmtîîi-
tation très notable de la déformation des genoux en varus. Le poids
était de 95 kilogrammes (2 kilogrammes d'augmentation depuis 1892).
Grande envergure : 2", 02.
La tumeur endo-orale a atteint le volume d'une pomme; recouverte
en dehors d'une muqueuse normale, elle présente en dedans, à l'inté-
rieur de la cavité buccale, une solution de continuité d'une largeur de
5 centimètres et demi. Cette solution de continuité a des bords irrégu-
liers, recouverts de granulations. La tumeur se projette hors de la
bouche, que le sujet tient ouverte à demi, sans que les lèvres soient
recouvertes complètement; elle est douloureuse à la pression. Lalangue
est devenue volumineuse. La prononciation est assez difficile et c'est à
peine si l'on entend la voix profonde. Les aliments durs ne peuvent
être mastiqués et le malade préfère ingérer des aliments liquides,
versés dans la bouche au moyen d'une pipette.
Les principales mesures crànio-frontales sont les suivantes :
Circonférence de la tète 728 millimètriis.
Courbe biauriculaire 473 —
— antéro-postérieure 422 —
Demi-courbe antérieure 221 —
— postérieure 201 —
Diamètre antéro-postérieur . . . . . . ... . . , . 262 —
— bipariélal 197 —
Hauteur de la face 153 —
Diamètre bizygomatique 148 —
Le bassin est déformé. A la palpation les organes abdominaux sem-
LAUNOIS ET ROY 26
402 GEANTS AUTOPSIES.
blent normaux. Dans la fosse iliaque droite, on sent un corps un peu
plus volumineux qu'une pomme, indolent, fixe, mou, qu'on diagnostique
tumeur en voie de développement.
Les mains sont énormes, les doigts mobiles, les ongles développés.
Mesures de ta main.
Longueur de la main 522 millimèlres.
— du médius 152 —
Circonférence de la main droite 261 —
— du pouce gauche 91 —
Ongle de l'annulaire gauche : longueur 24 —
— — largeur 15- —
Les pieds sont proportionnellement encore plus augmentés de vo-
lume. Circonférence du pied à la région métatarsienne : 278 milli-
mètres. Circonférence de Fhallux : 110 millimètres. Longueur du pied :
273 millimètres.
Les testicules et la verge sont atrophiés. Impuissance. Vue perdue
complètement à gauche : à droite hémianopsie temporale. Audition
assez compromise à droite. Voix grave, gutturale, profonde. Langue
hypertrophique. Boulimie. Palpitations. Abolition des réflexes rotu-
liens. Polyurie et glycosurie : glucose, dosé parla méthode deFehling :
20 grammes par litre.
A l'époque où il me fut donné de pratiquer cet examen, Lug. passa
d'un Institut de bienfaisance dans un autre, son état général continuant
à s'aggraver. Complètement aveugle, incapable de se mouvoir, il alla
déclinant progressivement. L'incurvation de la colonne vertébrale
s'accentuant toujours, la taille diminua jusqu'à 1"',82. La tète n'aug-
menta plus de volume, mais la tumeur du maxillaire alla en grossissant
jusqu'à atteindre le volume d'une tête de petit enfant. L'ulcération
mentionnée ci-dessus, qui s'était élargie et creusée, saignait aisément
et en abondance.
Les membres s'étaient incurvés encore davantage. En raison de la
grosseur de la tête et de l'état des membres inférieurs, la marche était
à peu près impossible.
La mort survint avec des phénomènes d'adynamie le 10 juillet 1896.
Examen nécroscopioue. — {Autopsie pratiquée ^0 heures après (a mort).
— Aspect extérieur : cadavre de développement squelettique anormal,
avec des masses musculaires et un pannicule adipeux médiocres.
Ni œdèmes, ni signes de putréfaction : taches brunes, livides, à
l'épaule, au bras et à la jambe gauches. Courbure manifeste des fémurs,
avec déviation de la jambe. Pénis peu développé; testicules atrophiés
pour ainsi dire.
Mensurations :
Longueur du cadavre •1™,82
Circonférence de la tète au niveau de la glabelle. . 728 millimètres.
GEANTS AUTOPSIES. 403
Diamètre biacromial 45 centimètres.
Circonférence du thorax au niveau de l'appendice
xiplioïde 88 —
Diamètre biiliaque 55 —
Distance intercondyiienne interne 25 —
Largeur du pied au niveau de l'extrémité antérieure
des métatarsiens 12 —
Longueur de la main 52 —
Largeur au niveau de l'extrémité antérieure des
métacarpiens 11 —
Longueur du médius 152 millimètres.
Diamètre vertical de l'ouverture buccale M centimètres.
— transversal 12 —
Tête. — On est frappé par l'énorme développement du crâne, lequel
est en outre notablement déformé : les arcades sus-orbitaires sont assez
proéminentes, le pariétal gauche est saillant en dehors et le droit
aplati; par suite, le bregma reste un peu sur la gauche de la ligne
médiane. Les os du nez sont aplatis et déviés, en sorte que les narines
régardent en avant plutôt qu'en bas, les cartilages du nez ayant en
même temps disparu presque complètement.
Les conjonctives bulbaires sont sèches et bien conservées : oedème
sous-conjonctival à droite.
L'ouverture buccale est notablement déviée : la lèvre supérieure est
retournée en haut et en dehors, l'inférieure en dedans et en bas; de la
cavité buccale est projetée une masse énorme exulcérée, rouge brun,
globuleuse, pédonculéeet de consistance fibreuse presque uniforme. En
écartant les lèvres, on observe un déplacement dans le sens vertical en
bas des deux petites molaires, de la canine et des deux incisives gauches ;
à la première incisive gauche correspond le commencement du pédon-
cule de la tumeur saillante hors de la bouche, tandis qu'à la partie infé-
rieure de ce pédoncule se trouvent disséminées et mobiles cinq autres
dents.
La langue est intacte, repoussée à gauche. Tout le bord externe du
pédoncule de la tumeur fait corps avec une énorme masse, de consis-
tance éburnée, siégeant sur une partie de la branche montante du
maxillaire inférieur, sur toute la portion horizontale et la portion
correspondant à la symphyse mentonnière.
En pratiquant une coupe dans l'épaisseur de la tumeur, on note que
la superficie est homogène, fibreuse, pauvre en vaisseaux, blanchâtre, et
qu'on obtient en raclant avec un couteau un suc dense et blanchâtre.
Crâne. — Épaisseur énorme des os du crâne; la distinction des deux
tables et du diploé a disparu, laissant une surface de section homo-
gène, poreuse, spongieuse. L'épaisseur est de -4 centimètres au niveau
de l'occipital, de *2 à 5 sur le temporal, et atteint son maximum sur
le frontal, dont l'apophyse orbitaire est constituée par une grosse
masse poreuse, large de 6 à 7 centimètres, au milieu de laquelle se
creuse une excavation de 4 centimètres de longueur sur 1 centimètre de
largeur, où s'enfonce l'apophyse crista-galli de l'ethmoïde.
kOk GEANTS AUTOPSIES.
L'examen de la voûte crânienne par sa face interne permet de relever:
le grand développement des gouttières ramifiées de l'artère méningée.
Dans la fosse occipitale droite, une protubérance osseuse arrondie
mesure 2 centimètres de diamètre à la base et, siégeant à peu près au
centre de la fosse, élève son niveau d'un centimètre environ.
Face. — L'examen du maxillaire inférieur montre que la branche
horizontale et une partie de la branche montante à droite sont énor-
mément augmentées et donnent implantation à la tumeur susdite; la
branche ascendante gauche à sa partie inférieure est augmentée de
volume d'une manière régulièrement fusi forme. Les condyles sont
aplatis, la branche montante est plus petite à gauche qu'à droite.
Cerveau — Absence de l'artère vertébrale gauche; augmentation de
volume de la vertébrale droite. Au niveau du sillon bulbo-protubé-
rantiel la basilaire se continue par la vertébrale droite qui se pour-
suit, sur la ligne médiane du pont de Varole, pour se diviser en deux
cérébrales postérieures.
Espace interpédonculaire. — Tout cet espace est occupé par une masse
qui représente indubitablement le corps pituitaire; fortement augmenté
de volume, ce corps ne présente plus sa forme caractéristique, ni sa
position, parce cjne, en raison de son volume, il est dévié pour une
bonne partie sur le côté gauche. Il s'étend beaucoup en avant, au point
d'entrer en rapport avec le chiasma des nerfs optiques, et en arrière il
atteint presque l'angle de convergence des deux pédoncules cérébraux;
il présente en outre en avant une petite lame de connexion avec le
chiasma, vestige du tuber cinereum et présente encore sur le côté droit
un sillon qui le divise en deux portions : l'une, plus grande, presque
médiane ; l'autre, petite, à gauche, qui se moule sur le pédoncule
cérébral correspondant et qui répond à la face latérale du corps du
sphénoïde et au sinus caverneux.
Cette lobulation spéciale de gauche est traversée d'avant en arrière
par l'artère communicante postérieure et comprime la bandelette
optique correspondante. Il ne reste pas trace de la tige pituitaire; le
tuher cinereum est réduit à une mince lame qui pénètre dans le ù" ven-
tricule.
Nerfs optiques. — Mous, particulièrement le gauche; atrophie du
chiasma; les bandelettes opticjues, d'aspect jaunâtre, ramollies, sont à
peine reconnaissables sur leur trajet.
Bulbes olfactifs. — On n'en trouve trace ni dans le crâne, ni dans le
cerveau ; seul un reste très atrophié de la bandelette olfactive persiste
à l'extrémité postérieure de la scissure olfactive; après un trajet de 7 à
8 millimètres, cette bandelette olfactive se perd dans l'espace perforé de
gauche. ,
Circonvolutions. — Pas de modifications notables dans la confor-
mation, le trajet, le volume, à l'exception des lobes frontaux qui
présentent un léger aplatissement de haut en bas et sont un peu
acuminés.
GÉANTS AUTOPSIÉS. 405
Cou. — La thyroïde semble normale. Pas de traces de thymus.
Cavitr thoracique. — Pas de changement dans la disposition et les
rapports des viscères. Les poumons ont une surface lisse, régulière; un
peu d'oedème des bases. Muqueuse bronchique lisse et nette; ganglions
du hile parfaitement normaux. Cœur normal.
Cavité abdominale. — Les viscères se trouvent en position normale.
Pas d'altérations du foie, des reins, de la rate, non plus que de l'estomac
et de l'intestin, de la vessie, des uretères.
Membres. — L'examen des membres a permis de reconnaître, derrière
le grand trochanter gauche, la présence d'une tumeur d'aspect et de
consistance fibreux, de forme sphéroldale, d'un diamètre d'environ
8 centimètres. Près de celle-ci, une autre tumeur d'aspect semblable et
de 2 centimètres environ de diamètre. La section de cette tumeur
montre l'existence à la périphérie d'une couche plus épaisse, fibreuse,
presque capsulaire, qui renferme vers l'intérieur une masse uniforme,
gélatineuse et rosée.
L'examen histologique des différentes pièces m'a donné les résultats
suivants :
Cerveau et moelle. — Rien de notable.
Hypophyse. — • Formée d'un stroma conjonctir réticulaire et d'élé-
ments qui rappellent les cellules normales de la pituitaire. Elles sont
de forme polygonale, ou subrondes, avec un protoplasma pourvu de
grosses granulations. En quelques points elles sont disposées d'une
manière un peu désordonnée; en d'autres, elles se groupent pour
former de véritables acini, entre lesquels est accumulée de la substance
colloïde. A la périphérie, où la glande est ramollie, elle est constituée
par un grand nombre d'éléments prenant mal les couleurs habituelles,
peu adhérentes entre elles, de forme presque toujours arrondie, avec
des bords un peu découpés. En raison de ces caractères la tumeur de
l'hypophyse doit donc être considérée comme un adénome de cette
glande.
Thyroïde. — Rien de notable, si ce n'est une quantité de substance
colloïde un peu supérieure à la normale.
La tumeur du maxillaire inférieur était un ostéosarcome fuso-cellulaire.
La tumeur de la fosse iliaque fut reconnue être un myxome.
Testicules. — H y a des altérations de la paroi des conduits sémi-
nifères. Il existe une hyperplasie des éléments conjonctifs de cette
paroi, qui, en certains points, présente une dégénérescence hyaline
évidente. L'hyperplasie conjonctive et la sclérose consécutive ont
notablement rétréci la lumière des canaux séminifères.
Foie. — Dégénérescence graisseuse.
Reins. — Dégénérescence graisseuse très avancée.
Cœur. — Dégénérescence graisseuse.
GROUPE III
SQUELETTES DE GÉANTS
Observation V(*). (Lortet.) — Allongement des membres inférieurs
DU x\ LA CASTRATION CHEZ UN EUNUQUE ÉGYPTIEN. {Arcli. cP Anthropologie
criminelle, Lyon, 1896.)
Observation XIII (-). (Cunningham.) — Le squelette du géant irlan-
dais Magrath. (Transact. of the Royal Irish Academy, 26 janvier 1891,
vol. XXIX, p. 555.)
Cornélius Magrath (squelette du musée de Dublin), 2"^, M; né en 1756,
mort en 1760, à l'âge de '24 ans. Diagnostic rétrospectif d'acromégalie
basé sur les déformations caractéristic{ues des extrémités des membres,
du thorax et de la face, le double genu valgum, le retard d'ossification des
cartilages épiphysaives et la dilatation de la selle turcique.
Observation XXI (^). (Taruffi.) — Squelette d'un acromégalique de
HAUTE TAILLE, MaRGHETTI.
Observation L. (Lemolt.) — Le géant Louschkin. (Bull, de VAcad. do
Méd. de Paris, 1846-1847, XII, p. 412.)
Kalmouck, tambour-major du régiment de Préobrajensky, mort tuber-
culeux à 55 ans. La longueur des bras et des jambes indique chez- lui une
hauteur de 9 pieds; mais une gibbosité postérieure réduisait cette hauteur
à 2"", 54. — Moulages conservés au musée Orfila (Paris). — Portrait au
musée Tussaud (Londres).
Observations LI à LUI. (Langer). — (Wachsthum des Menschlichen
Skelettes mit Bezug auf den Riesen. Denkschriften der Kaiserl. Acadé-
mie der Wissenschaften in Wien. Mathemat. Naturw. classe, Bd. XXXI,
1872, S. l,p. 91.)
LI. LoLLY, géant poméranien. Squelette conservé au Muséum anato-
(') Voir p. 157.
(-) Voir p. 257.
(3) Voir p. 295.
SQUELETTES DE GEANTS. 407
inique de Saint-Pétersbourg. 2'", 19. Mort à Saint-Pétersbourg en 181(3.
Genu valfjum à droite.
LII. Le géant d'Innsbruck. Squelette au Muséum d'Innsbruck, 2"", 22.
Trouvé lors de la reconstruction de la crypte de la cathédrale. Incom-
plet : les mains, les pieds et quelques autres os font défaut. « Des
notices historiques et la comparaison du squelette avec un portrait
de la collection du château d'Ambras, à Innsbruck, ne laissent presque
aucun doute que ces restes ne soient ceux du fameux porte-armure de
l'archiduc Ferdinand du Tyrol, le fondateur de la célèbre collection
Ambras, où est aussi conservée l'armure du géant. » (Cunningham.) Lan-
ger reproduit le portrait du géant dans son Mémoire.
LUI. Cajanus, Finnois, l'un des fameux gardes de Frédéric II, dont
le fémur est conservé au Leyden Muséum. 2™, 22. Mort en 17-49. Topinard
lui donne 2"85, ce qui est assurément inexact, car le fémur mesure
615 millimètres (Langer), ce qui permettait de calculer une taille de 2™, 22.
Observation LIV. (Langer.) — (Anatomie der Forrnen des m. Korpes, p. 81.)
Squelette dune Lapone géante (2", 03), d'autant plus remarquable
qu'elle appartient à une race très petite. Musée de Stockholm.
Observations LV et LVI. (Topinard.) - {Élém. d'Anthropologie gén.,
1885, p. 436.)
LV. Un Autrichien de l'Exposition. 2", 55. (Soc. Anfhrop. de Paris.)
LVI. Squelette d'un garde suédois de Frédéric II. (2™, 52.)
Observations LVIl à LXV^ (Taruffi.) — Caso délia macrosomia. {Annali
universali di rnedicina, 1879, t. 247 et 249.)
9 observations de géants, mais d'une taille assez peu élevée (I'",8I,
1",85, etc.).
Observations LXVI à LXX. (Tamburini.) — Communication au Congres
international de Neurologie de Bruxelles, septembre 1897.
5 squelettes de géants : 1 dans le musée anatomique de Rome; 2 dans
celui de Florence; 2 dans le musée anatomique de l'Institut Psychia-
trique de Reggio-Emilia. — Chez tous, « agrandissement de la selle
turcique, beaucoup plus considérable et bien différent de celui qui
aurait été produit par le simple accroissement gigantesque du crâne».
Observation LXXl. (Cunningham.) — (Transaction of the Royal Irish
Academy, 27 janvier 1891, vol. XXIX. p. 555.)
Le squelette de Charles Byrne(').
(') Voir p. 241.
408 SQUELETTES DE GEANTS.
Observation LXXII. (Buhl.) — Un géant avec iiyperostoses des os,
DE LA FACE ET DU CRANE. (M'ittheUuiKjen (lus dem 'patliologiscJt.en Insti-
tiite su Mûnchen, 1878, S. 301.)
Le 28 juin J87G, je reçus de Giniund, près du Tegernsee, la lettre sui-
vante, en date du 27 juin : « Je vous annonce que Thomas Hasler,
l'homme grand, se rendra à Munich, le vendredi 50. » Th. Hasler.
Le 29, je reçus un télégramme du médecin de district, D' Rosner, à
Tegernsee :
« Thomas Hasler est décédé ». On me demandait, en môme temps,
si je désirais, dans un but scientifique, le cadavre.
Le 30, par conséquent le jour même oîi Th. Hasler devait se présen-
ter devant moi, arrivait son cadavre, à l'Institut pathologique.
Je connaissais cet homme antérieurement; il avait été présenté au
point de vue anatomi((ue, attendu qu'il avait des hyperostoses crâ-
niennes et faciales.
Mon collègue Rosner n'a pu, malgré de nombreuses recherches,
obtenir cjuelque chose de fort précis sur les antécédents : ce qu'il a pu
apprendre se restreint aux quelques données qui suivent :
Son pèi^e est mort de phtisie pulmonaire à 56 ans, sa mère est encore
en vie. Son frère aîné s'est pendu en prison. Celui-ci mis à part, il
existe encore quatre enfants, tous bien conformés. Thomas eut un déve-
loppement normal jusqu'à sa neuvième année.
A cette époque, il reçut un coup de pied de cheval à la joue gauche.
Bientôt après il se mit à croître considérablement. Il mangeait beau-
coup, de préférence surtout du beurre et desgiaisses, alimentation qui
est habituelle dans nos montagnes. A 11 ans, il était si gros, qu'on dut
le renvoyer de l'école, parce qu'il ne pouvait plus prendre place sur les
bancs. A 12 ans, il mesurait déjà 6 pieds. A U ans, il tomba dans sa
chambre et se fit une fracture de cuisse.
A partir de ce moment, à part une pneumonie, dont la guérison fut
parfaite, il ne se produisit plus aucun incident notable; mais les os de
la face et du visage s'épaississaient jusqu'à la monstruosité, et non pas
exclusivement sur le côté où il avait reçu le coup de pied de cheval.
Depuis que sa croissance s'était accomplie, il mangeait relativement
peu. La couleur de sa peau devenait pâle.
H était appliqué et bien vivant. Cependant chaque mouvement lui
était pénible et fatigant. De temps à autre, il se plaignait de mal à la
tête.
Le jour qui précéda sa mort, il était encore gai et bien portant.
Le 29 au matin, il se mit à respirer difficilement; il eut de la raideur
tétanic|ue de la nuque qui alternait avec des secousses convulsives. On
pratiqua le cathétérisme vésical, parce qu'il y avait de la rétention
d'urine. A midi, il était déjà mort. Il était âgé de 25 ans.
Le cadavre, transporté pendant la nuit, arriva dans un état de décom-
position très avancé, ce qui, sous le rapport de la conservation des
SQUELETTES DE GEANTS. 409
organes internes, est très regrettable. Je suis cependant arrivé à con-
server le cœur.
Avant l'autopsie, nous avons pris quelques mensurations et pesées.
Le poids absolu du corps est de 155 kilogrammes; le cadavre dépas-
sait donc (si nous acceptons comme poids moyen de l'homme celui
donné par Hoffmann de 6I''i^.55) 94'^'=, 65, ou, ce qui revient au même, il
avait atteint 2 fois et demie le poids normal.
D'après les pesées entreprises dans notre Institut, le D"' Hermann a
calculé que le poids moyen pour un homme de 19 à 2'J ans était de
67''s,06; même encore Th. Hasler dépasse ce poids de 87''°,4; il pèse
donc 2,5 fois la normale.
La longueur du corps atteignait 2", 27. Attendu que la colonne verté-
brale était d'une façon assez appréciable scoliotique, nous devons
ajouter au moins 8 centimètres, ce qui donne ime Itauteur totale de 2™, 55.
Hoffmann calcule, comme moyenne de la longueur du corps de
l'homme, 1",678; d'après Th. Hasler nous trouvons donc 642 centi-
mètres en plus. D'après la statistique d'HERMANN, la longueur pour
l'âge de 19 à 29 ans est de r",654. Ce nombre retranché des 2", 55 donne
69 centimètres.
J'aurais désiré pouvoir déterminer le volume corporel. Mais la cuve
à eau destinée à cet usage dans l'Institut n'est pas construite pour de
pareilles tailles, et il ne nous resta plus qu'à prendre pour base le
volume moyen pour cette période de la vie (d'après Hermann 69''«,4j,
et de calculer celui de Th. Hasler.
On note ainsi 159,1 livres, c'est-à-dire 89,7 livres au-dessus de la nor-
male.
En raison de la putréfaction considérable, déterminer autre chose que
la longueur et le poids du corps n'était guère possible; nous passâmes
le plus vite possible à l'ouverture du cadavre. Les mensurations que
nous avons rapidement prises, du pourtour de l'extrémité supérieure du
bras (46 centimètres), de la partie supérieure de la cuisse (79 centimètres)
et du mollet (50 centimètres), sont sans valeur bien considérable.
A l'ouverture, il apparut avant tout que la grosseur des poumons, du
cœur, du foie, de la rate et des reins, etc., correspondaient à peu près
à la grosseur du corps et que, dans aucun organe, ne se montraient
des changements pathologiques. C'est là tout ce que la putréfaction
permit de constater.
Le cerveau, tout aussi putréfié, ne présentait aucun changement patho-
logique.
Le squelette fut conservé et monté. Il se trouve maintenant dans notre
collection anatomo-pathologique.
Ce squelette en impose, non seulement par sa taille, mais des recher-
plus précises montrèrent des points intéressants pour l'anatomie nor-
male; ainsi, par exemple, toutes les épiphyses et non seulement celles
des extrémités articulaires, mais aussi celles des attaches des gros
muscles, par exemple les trochanters, sont fortement marquées.
410
SQUELETTES DE GEANTS.
Je veux cependant ne faire mention que des particularités patholo-
giques.
Les disques intervertébraux, qui pendant la macération disparurent,
furent remplacés par du cuir; mais ceux-ci sont trop minces, de sorte
FiG. 105. — Le squeleLle du géant Thomas Ilasler comparé à un squclelle
d'aciulle normal (Buhl).
que la hauteur du squelette, par rapport à la taille pendant la vie, a
perdu 10cm. 5.
Du reste, le crâne excepté, le squelette était parfaitement propor-
tionné, mettant à part l'influence de la fracture de cuisse.
Le fémur droit (non fracturé) mesurait, de l'extrémité de la tête fémo-
rale jusqu'au milieu des deux condyles, 67 centimètres, et, du sommet
SQUELETTES DE GÉANTS. 411
du grand trochanter, 50 centimètres ; donc 15 centimètres de plus qu'un
fémur normal. Le tibia mesurait 48 centimètres, le péroné 47'-", 5, une
différence de 8 à 9 centimètres, en comparaison avec la longueur des
mêmes os normaux. De l'articulation tibio-tarsienne jusqu'au sol, nous
trouvons 9""', 5.
Cela fait pour le membre inférieur droit 114''", 5.
Par contre, en raison de la fracture du col du fémur gauche, la lon-
gueur de l'extrémité supérieure de la tète du fémur au milieu des con-
dyles n'est plus que de 51 centimètres. La distance du grand trochanter
au même point est la même que pour le fémur droit.
On voit d'après cela que le col du fémur, au lieu de former un angle
oblique avec le corps, forme un angle droit.
Le péroné gauche, fortement épaissi dans son tiers supérieur par le
cal de la fracture, attendu que le tibia est intact, ne présente aucune
autre anomalie.
La conséquence de ce changement de forme du col du fémur est une
direction plus oblique en dedans du fémur gauche et un raccourcisse-
ment du membre inférieur gauche.
Aussi le bassin se présentait nécessairement oblique, la moitié gauche
inférieure à la moite droite de 9 centimètres. Ceci ne peut malheureu-
sement être vu sur le squelette monté ; le bassin se montre horizontal,
le pied gauche n'atteint pas le sol(i).
Le bassin a subi peu de changements, malgré son obliquité. L'os
iliaque gauche est quelc|ue peu plan, le droit plus courbe^. Les mensu-
rations, dont je ne donne que les principales, sont plus considérables
que d'ordinaire. Distance entre les deux épines iliacjues antérieures :
55 centimètres; diamètre transversal au détroit supérieur : 17 centi-
mètres; diamètre antéro-postérieur : 12 centimètres; de la crête iliac]ue
à l'ischion : 27 centimètres; distance des deux ischions: 12 centimètres.
La colonne vertébrale présentait en raison de la conformation du
bassin une cypho-scoliose.
Examinant de plus près les corps vertébraux, nous trouvons que de la
6° à la 10° vertèbre dorsale le côté droit est plus petit que le côté
gauche; la colonne vertébrale devait donc présenter une scoliose
à convexité gauche en même temps qu'une rotation correspondante des
corps vertébraux à gauche.
De plus, les corps vertébraux de la 6° à la 8° dorsale sont sur la face
antérieure moins élevés que sur les faces latérale et postérieure,
(1) La longueur de la plante du pied du calcanéum jusqu'à l'extrémité du
gros orteil donne, mensuration le long du bord interne, 50 centimètres; le
long du bord externe, mensuration jusqu'à l'extrémité du petit orteil, 24"'", 5.
Le gros orteil mesure 15 centimètres, le métatarsien 8 centimètres, la
l"'" phalange 4 centimètres, la i", 3 centimètres.
Le petit orteil mesure 14 centimètres, le métatarsien 9 centimètres, la
!'■'= phalange 3 centimètres, la 2^, 2 centimètres.
Le 2° orteil mesure la'", 5, le métatarsien 9'-'". 5, la 1"= phalange 3"'", 5, la
2°, 1 centimètre, la 3". l'"'',5.
412 SQUELETTES DE GEANTS.
ce que montre clairement la flexion cypliotique de la colonne vertébrale.
La sixième vertèbre dorsale paraît rongée sur sa face antérieure, de
sorte que la courbure postérieure a dû être ici au maximum. Il est fort
difficile de décider si la cause de cette destruction, analogue à la carie,
était une fracture produite au même nipment de la fracture du col du
fémur. Il y a ce fait qu'il n'existe pas seulement une simple courbe, mais
un déficit de substance, à côté des formations d'ostéophytes, ce que l'on
peut interpréter comme une réaction inflammatoire. Si l'on met la frac-
ture en cause, ceci est alors très important pour la présente formation des
os, en ce sens que Ton doit compter comme allant de pair la croissance
gigantesque et la fragilité exagérée (•).
Le crâne est vraiment digne d'intérêt. Par ses formes colossales, il
fait véritablement- une impression effrayante.
Tandis que le reste du squelette se montre seulement gigantesque,
proportionné dans ses rapports, harmonie troublée seulement par la
fracture du col du fémur, le crâne est mal conformé, surtout à gauche
par ses massives et lourdes hyperostoses.
Ces hyperostoses se montrent particulièrement sur les os suivants :
Maxillaire inférieur (fig. 101 et 102). 11 est augmenté de volume dans
tous les sens et très irrégulièrement conformé. En hauteur, dans sa partie
antérieure, sur le milieu du menton, il mesure 12 centimètres; en épais-
seur, 9 centimètres; à gauche, il est quelque peu plus épais qu'à droite.
(') Voici des mensurations plus précises :
H" vertèbre dorsale :
Face antérieure. . . . 0'^^'",5. Face laléro-postérieure . . . ^■"'.SS.
7= et S*" vertèljres dorsales :
Face antérieure. . . . l'"\5. Face latéropostérieure . . . 2"", 25.
■ U" et 10'^ vertèbres dorsales :
Face antér. à droite. . 2"", 5. Face latéro-postcr. à gauche. 2 cm
Vertèbres dorsales de 1 à 5, pourtour 2"">,.5
11'' vertèbre dorsale, pourtour 2""", 5
12" — — 5 centimètres.
Hauteur des 2 premières vertèbres lombaires. . o centimètres.
— de la 5"= vertèbre lombaire ~j'"\o
— des 4= et 5= vertèbres lombaires .... 4 centimètres.
"1" côte 40 centimètres.
Clavicule 19""', 5
Bord postérieur de l'omoplate. 19 centimètres.
Bord supérieur 15'"", 5
Bras 40 centimètres.
Avant-bras 52 —
De l'avant-bras à l'extrémité du médius 25 —
5"= métacarpien 7 —
1'° phalange du médius 5'=", 5
2'^ phalange 5'''",5
5'' phalange 2''",5
Longueur du pouce 15 centimètres.
— du petit doigt 15 —
SQUELETTES DE GEANTS
413
On note, du condyle à l'extrémité du menton, 21 centimètres; la distance
entre les 2 angles maxillaires égale 51""', 5.
On ne peut distinguer un rebord alvéolaire; cependant se montrent
dans les masses osseuses encore deux incisives médianes et la 5° inci-
sive droite, quelque peu cariée. Loin en arrière, profondément située
en pleine éruption, se trouve une canine. Elle est déplacée par les masses
osseuses qui l'entourent et se trouve située à 2 centimètres en arrière
de l'incisive médiane gauche. La macération a produit au menton de
F:g. lOi. — Le crâne (face) du géant
Thomas Hasler (Buiir.).
FiG. 103. — Le crâne (face postérieure)
du géant Thomas Hasler (Buiil).
grosses excavations. Elles n'étaient pas encore ossifiées, mais remplies
de masses fibreuses sans cellules cartilagineuses.
Maxillaire supérieur, très hyperostosé. Épaisseur : 5 centimètres;
au contraire du maxillaire inférieur, il est plus épais à droite et en ar-
rière qu'à gauche.
Le maxillaire inférieur proémine assez sur le maxillaire supérieur.
De la racine du nez jusqu'au rebord alvéolaire mal dessiné on note
10 centimètres.
Les dents sont disparues jusqu'à la canine droite et la 1'" molaire.
Le processus frontal gauche est extraordinairement épaissi ainsi que
414 SQUELETTES DE GEANTS.
l'os nasal, l'os malaire, l'etlimoïde e l'os lacrymal. Le pourtour de
la cavité orbitaire gauche est épaissi aux dépens de cet espace, son
plancher porté vers le haut; la cloison nasale gauche est de môme
portée à droite aux dépens des cavités nasales; le vomer porte à droite,
les fentes orbitaires du côté gauche sont presque fermées. Le canal
lacrymal seul est large, même au-dessus du diamètre moyen.
Le temporal, surtout du côté de l'apophyse mastoïde, l'occipital et le
pariétal du côté gauche participent également pour une bonne part à
l'hyperostose. Le temporal gauche mesure 1,5 d'épaisseur, le droit seu-
lement 1 centimètre. Encore plus épaissi se montre le frontal; son épais-
seur est de 6 centimètres, sur un plan sagittal. Il est soudé avec le sphé-
noïde non moins gros et non moins massif et celui-ci avec le temporal.
De plus, grâce à ce développement puissant, les sutures du crâne,
tout autant cju'elles subsistent (et c'est le cas pour la suture coronale
et sagittale, en partie pour la moitié droite de la suture lambdoïde), sont
déplacées ; la suture coronale gauche est repoussée en avant, la sagittale
à droite.
Sur la face externe du frontal, ainsi que sur les deux pariétaux, on
remarque, de préférence sur les deux bosses pariétales et la partie
médiane du frontal, des îlots de porosité superficielle.
On doit s'attendre, après ce que nous venons de mentionner, à ce c[ue
la cavité crânienne soit profondément influencée par lesépaississements
des os qui la composent. En effet, du côté gauche, le rapetissement est
considérable.
La fosse crânienne postérieure gauche, par suite de l'épaississement
des os est moins profonde que la droite. Le sinus Iransverse c{ui la
parcourt présente une gouttière étroite et peu profonde. L'os basilaire
proémine fortement avec des saillies; les rochers, surtout le gauche,
sont massifs et se dressent semblables à une crôte de montagnes.
L'épaisseur du pariétal et du temporal est de 1 "^"^S à gauche, à
droite de 1 centimètre. La gouttière de l'artère méningée moyenne est
plus profonde à gauche qu'à droite ; de la crête du rocher jusqu'à la
protubérance occipitale interne, on note à gauche 7 centimètres, à
droite 9 centimètres.
La fosse crânienne moyenne gauche estencore bien plus diminuée. Grâce
à l'accroissement considérable de volume de la grande aile du sphénoïde
gauche, le plancher a été fortement repoussé en haut, et, grâce à l'épais-
sissement encore plus considérable et au boursouflement de la petite
aile du sphénoïde gauche, la limite antérieure a été repoussée d'avant
en arrière, elle mesure 7 centimètres, à droite 9 centimètres.
La fosse crânienne antérieure gauche manque complètement ; elle a
disparu dans les puissantes masses osseuses qui ont transformé l'os
frontal. A droite, cette fosse a subi peu de changements. L'apophyse
crista-galli fait une saillie de la grosseur d'une cerise.
La distance antéro-postérieure à la base du crâne est à gauche de
14 centimètres, tandis qu'à droite nous notons 18 centimètres, le pour-
SOUEI.ETTKS DE GEANTS.
415
tour interne de la moitié du crâne à gauche est de là centimètres, à
droite de 25 centimètres.
Le cerveau devrait donc, d'après cela, en avant et à gauclic, être dé-
primé en arrière et à droite. La selle turcique se trouve déplacée par
cette poussée fortement à droite. Dans ce déplacement scoliotique de
la selle turcique vers la droite se trouve la meilleure preuve que ce
n'est pas l'hémisphère gauche qui était primitivement atrophié et que
secondairement se montrait, remplissant l'espace libre, l'épaississement
des os du crâne, car alors la selle turcique eût été déplacée plutôt à
gauche. Pour obtenir un moulage et une mensuration de la cavité
crânienne, et ainsi une idée approximative de la conformation du cer-
veau, nous limes remplir la cavité crânienne d'une masse faite de cire
et d'huile. Nous pûmes ainsi déterminer le volume de la cavité crâ-
nienne ; nous obtînmes 1500.
Si je ne savais rien du poids du cerveau de Tii. Hasler et si, me fon-
dant seulement sur la mensuration obtenue de la cavité crânienne, je
voulais représenter le volum.e et le poids absolu du cerveau, je trouvais,
FiG. lOG. — Moul;igc du cerveau, base du crâne et caloUe crânienne du géant
Thomas Ilasler. (Buiil.)
d'après le tableau de Bischoff, un volume de 1080 et un poids de 1150.
En un mot, le géant Hasler avait un cerveau qui correspondait à un
des plus petits cerveaux de femme.
Nous aurions par le rapport du poids moyen du cerveau au poids du
corps y-p-TTj (d'après TiEDEMAM et Huschke) ; chez Hasler nous trouvons
j^, 5 fois autant par conséquent.
J'ai pris le poids du cerveau, bien que la iiutréfaction ne permît
guère la conservation et j'ai trouvé 1465 grammes. C'estdoncun rapport
1
de -jr-, ; donc le cerveau de Hasler était plus encore C{u'une fois trop faible.
Ce poids mentionné correspond à une cavité crânienne de 1650 et à un
volume cérébral de 1400, attendu que j'ai trouvé 1500, donc 550 en moins,
416 SQUELETTES DE GEANTS.
ce qui signifierait que le volume du cerveau devait être de 100 centi-
mètres cubes plus considérable que la cavité crânienne ; il résulte
clairement de ce rapport que le cerveau a été fortement comprimé. Le
volume du cerveau calculé de son poids absolu est de 140 ; par contre
celui que Ton obtient en partant de la cavité crânienne est de 1080 seu-
lement ; cela signifie donc que le cerveau est comprimé sur un espace
trop petit de 520 centimètres cubes.
Cette grandeur de compression progressive doit être envisagée comme
un maximum de possibilité de vie. A la vérité il n'y a aucune preuve
expérimentale permettant de la démontrer.
Cependant on serait en droit de soutenir que la limite pourrait être
placée dans une compression moins considérable et que chez un homme
normal la limite donnée eût pu être dépassée. Un événement insigni-
fiant, la congestion la plus légère, l'œdème le plus léger de la substance
cérébrale devraient être accompagnés de troubles de l'innervation
très dangereux pour la vie.
On peut donc s'imaginer comment un catarrhe, soit au niveau des
muqueuses nasales, bronchiques, ou digestives, pourrait amener fièvre,
convulsions et la mort. Attendu que, dans les autres organes, il ne se
montrait aucune lésion pathologique, il ne nous reste plus que d'ex-
pliquer la mort et sa rapidité de la manière suivante : Th. HASLERCst
mort d'étroitesse de la cavité crânienne.
Quant à expliquer le développement squelettique gigantique, on peut
émettre plusieurs hypothèses, mais on ne peut se baser sur aucune
donnée scientifique. A la vérité, après le coup de pied se sont développées
non seulement les hyperostoses des os du crâne et de la face, mais
aussi celles du squelette entier. Les premières se laisseraient expliquer
par l'irritation du traumatisme ; mais comment expliquer la formation
du squelette gigantique, comment, à l'exception du cerveau, les organes
ont correspondu à cet accroissement?
On peut accepter que la tendance à la croissance gigantique se trou-
vait chez Th. Hasler ; elle se montra en un moment où le corps commence
à croître plus rapidement et coïncide avec l'avènement du coup de pied
de cheval. Mais on ne peut nier que le traumatisme est seul coupable
et ait eu une action loin de son point d'immédiate application; je veux
dire par là qu'il incita la formation squelettique entière à une crois-
sance considérable. De quelle manière? Aborder cette question ne
serait possible qu'après la solution de nombreuses questions préalables.
Observation LXXIII. (Hinsdale.) — Squelette d'un géant (Acrome-
galy, p. 60, Medicine, 1898).
Sur le sujet dont je vais décrire le squelette, on ne sait rien, sinon
qu'il naquit dans le Kentucky, Û. S. A. En 1877, le professeur Joseph
Leidy fut informé par le professeur A. E. Foote qu'un corps de géant
était à vendre, à la condition qu'aucune question ne fût posée pour
SQUELETTES DE GÉANTS.
417
établir son identification. Des arrangements furent aussitôt établis avec
le D' William Hunt et le corps fut transporté à Philadelphie, où le
squelette fut préparé et monté par M. R. H. Nash.
Toutes ces personnes sont maintenant mortes. Elles ne furent jamais
capables de fixer les antécédents ou, du moins, pensèrent quïl était
prudent de ne pas faire d'enquête sur ce géant, dont le squelette, le
plus long et le plus intéressant d'Amérique, fait aujourd'hui Forne-
ment du Mûtter Muséum du Collège des médecins de Philadelphie.
11 sera intéressant de faire une comparaison de ce squelette pour l'en
FiG. 107.
SqueleUe du géant américain comparé à un squelette d'aduUe normal.
(HlNSDALE.)
semble et pour les différents os qui le composent, avec quelques-uns
des fameux géants dont nous avons l'observation, et en particulier avec
les squelettes de géants de Dublin et de Londres, et avec le squelette
acromégalique d'Edimbourg, qui fut l'objet de l'attention universelle.
L'auteur est redevable au professeur Cunningham des mesures de ces
derniers squelettes et s'est efforcé de disposer sa description confor-
mément au modèle donné par le professeur Cunmjngiiam. Aucun nom
(!) Hwnan Skeleton, 1858, Table IV, p. 108.
LAUNOIS ET ROY.
27
418 SQUELETTES DE GEANTS.
n'ayant été fourni pour le sujet dont je décris le squelette, je rappellerai
le Géant américain.
Hauteur. — Il est probable que le géant américain avait atteint l'âge
de 22 ou 24 ans au moment de sa mort. Les os semblent avoir atteint
leur entier développement, quoique les jonctions épiphysaires soient
encore visibles sur tous les os longs.
La colonne vertébrale est le siège d'une cypho-scoliose qui diminue
considérablement la hauteur qui dut exister autrefois. Tel que nous le
trouvons, le squelette a sept pieds six pouces (2™, 295). Dans cette mesure
sont compris les disques intervertébraux artificiels, indispensables à la
préparation. Il y a une règle formulée par le professeur Sir George
HuMPHREY par laquelle nous pouvons considérer la hauteur d'un indi-
vidu quelconque, en circonstances normales, comme étant par rapport
à la longueur du fémur comme 1000 est à 275. Mais dans notre cas,
comme dans les autres squelettes anormaux, cette règle peut nous
égarer. Quoique l'erreur puisse exister dans les petits squelettes ou
dans ceux de taille moyenne, dans les cas de géants la longueur dis-
proportionnée des os longs, particulièrement de ceux des membres
inférieurs, prise comme base de calcul, peut nous induire à une esti-
mation légèrement exagérée de la hauteur totale. Quoi qu'il en soit, en
,. . .. - 1 ■ i ... 275 650
appliquant cette règle au géant americani, nous avons rrrrr?: = -':?r-7^ ■=■
7 pieds et 5/4 de pouce avec le fémur droit (fig. 107) et 7 pieds et
M pouces avec le fémur gauche.
Aussi les mesures données dans la table suivante, prises sur le
squelette lui-même, dépassaient sans doute la taille du géant, avant que
la cyphose ne devînt excessive.
Mètres. Pieds. Pouces.
T. Un Autrichien (Colleclion de la Société an-
thropoloi^ique de Paris) 2,550 8 4 1/4
R. Marianne Wehde 2,550 8 4 1/4
T. Un Kalmouck, musée Orlila 2,550 8 5 1/2
T. Un Suédois, i^avde de Frédéric II 2,520 8 5 1/8
R. Chang. . . .^ 2,360 7 8 5/4
C. Byrne, R. G. S. E 2,510 7 7
R. Drasal (Olmutz) 2,500 7 6 1/2
A. The American Giant 2,295 7 6
V. Winkelmeier, né en Autriche 2,278 7 5 5/8
R. Thom. Hasler, Bavière (acromégalique?). . . 2,270 7 5 i/4
A. Henry Alexander Gooper, géant du York-
shire 2,250 7 5
L. Le géant d'Innshruck 2,226 7 5 5/8
V. Murphy (Irlandais), musée de Marseille. . . 2,220 7 3 3/8
L. Berlin (Gat. n° 5040), un des fameux gardes
de Frédéric II ." . . . 2,220 7 2 1/2
L. Lolly, Poméranien, Saint-Pétersbourg . . . 2,195 7 2 5/8
G. Magrath (géant Irlandais), Dublin. ..... 2,177 7 2 1/4
Crâne. — Le crâne du géant américain est en bonne proportion avec
la taille du squelette. Il y a eu des discussions parmi les cràniolo-
SQUELETTES DE GÉANTS
419
gisles sur la proportion habituelle de la taille du crâne avec celle
du squelette chez les géants. Vircmow soutient que la circonférence
horizontale et les différents diamètres du crâne dépassent la moyenne.
Il déclare, toutefois, que la base du crâne est relativement étroite.
Langer soutient que la règle est que la tête des géants soit relativement
petite (').
MESURES DU CUANE.
Capacité cubique
Longueur glabelle-occipital. . .
Longueur intérieure
Hauteur de la base au bregnia .
Hauteur binaurale avec bregma.
Index vertical
Largeur maxinia .
Largeur minima frontale. . . .
Index céphalique
Circonférence horizontale . . .
Longueur du foranien magnum.
Largeur du foramen magnum .
Largeur interzj-gomatique . . .
Largeur intermalaire
Index facial
Largeur de l'orbite
Hauteur de l'orbite
Index orbitaire
Longueur palato-maxillaire. . .
Largeur palato-maxillaire . . .
Index palato-maxillaire
GEAXT
AMÉRICAIN.
2020
2.j4
\m
)>
5.^1
78,5
145
OiO
51
147
lô.ï
XO
GEANT
IRLA^'rJAI^
1600
198
ry.)
»
70,2
1.55
78,5
508
40
»
150
BYRNE
R. (',. S. E
1520
215
148
»
08,8
151 '
j)
70,2
595
148
01 ,5
55,4
44
42
45
54
97,7
81
50
01
05
02
50
101,0
SQUELETTE
ACROMÉGALIQUE
D'EDIMBOURG.
1580
200
»
71
148
1)
74
5Gt
150
126
54
45
50
80
07
70
104,
Les mesures montrent donc que nous avons affaire à un crâne vrai-
ment gigantescjue, sa capacité intérieure étant encore de près de moitié
plus large cfue dans les cas des squelettes de Londres, Dublin et Edim-
bourg. Cette augmentation de la capacité est due surtout à l'augmenta-
tion de la longueur, qui fait que le crâne est classé comme dolichocé-
phale. Le diamètre interzygomatique est un peu au-dessous de celui des
trois crânes avec lesquels je Lai comparé. La largeur intermalaire,
d'autre part, est supérieure, ce qu'elle doit surtout au grand dévelop-
pement de l'autre. Les sinus frontaux ont les diamètres suivants (repré-
sentent 2 ou 0 fois la taille normale, d'après Woods Hutchinson) :
Tranp verse ,, 7,5
Vertical 7
Antéro-postérieur, supra-orbital 2.4
(') T. Topixard; C. Cunningham; L. Langer; R. Ranke; V. Vircuow;
A. Auteur.
420 SQUELETTES DE GEANTS.
GéanL Squcletle
Fosse piUiii.aire ('). américain. Magralh. d'Edimbourg.
Longueur -11 58 22,5
Profondeur 17 28 28
Largeur 52 — 21
Face. — La face est grosse, même en proportion du gros crâne. Les
sinus aériens sont vastes et donnent la grande dimension intermalaire,
FiG. 108. — Crâne (face) du géant américain comparé à un crâne d'adulte normal.
(IIlnsdale.)
et le maxillaire inférieur, présentant un léger prognathisme, est massif.
PROFONDEUR VERTICALE DE LA FACE (dU NASION AU MENTOX)
Longueur
de la face.
Géant américain 148
Géant irlandais 156
Winkelmeier 149
Acromégalique d'Edimbourg. 148
Mui-phy 145
Bvrne,"!!. G. S. E 137
Normal 120
Rf
ipport de la taille
Taille.
à la face.
2285
6,48
2177
7,16
2278
6,54
1851
8,08
2220
0,4i
2287
5,09
1710
7,01
I
(') D'après Woods Hutchinson, les diamètres normaux de la fosse pituitaire
sont de 12 millimètres d'avant en arrière et de 8 transversalement. Ici ils
sont donc plus que doublés. [IS'ole des A.)
SQUELETTES DE GEANTS.
421
Longueur
naso-alvéolairc.
Géanl américain (10
Géant irlandais 9()
Byrne, R. G. S. E.. 8^2
Acromégalique d'Edimbourg . . SI
Normal 70
Rapport (le la laiUe
à l'Index naso-alvéolalre.
7., 95
4,40
5,58
4,4-2
4,'26-
La mandibule est très grande, ainsi qu'on peut le voir d'après les
dimensions suivantes : intercondyloïde, 141 millimètres; intergonial,
115 millimètres; mento-alvèolaire, 40 millimètres; largeur à l'angle,
53 millimètres; largeur de la branche, iO millimètres; angle, '140°(*).
L'apophyse coronoïde s'élève plus haut que le condyle. La mâchoire
FiG. 1G9. — Crâne (profil) du géant américain comparé à un crâne d'adulle normal.
(IJiNSDALE.)
inférieure est en prognathisme, de telle sorte que les quatre dents inci-
sives sont projetées un peu en avant des dents du dessus. Toutes les
dents des deux mâchoires sont en place et presciue toutes recouvertes
de tartre.
Longueur de là face
du nasion au menton,
comparée avec
la taille du crâne.
Circonférence : lUO.
Géant américain . .
Géant écossais. . .
Crâne d'Edimbourg.
Byrne, R. C. S. E.\
Moyenne
25 1
27,4
20.5
25,1
22,8
Longueur
naso-alvéolaire
comparée avec
la taille du crâne.
Circonférence : lUO.
14,0
10,8
14,4
15,8
15.8
Ces rapports montrent qu'il y a une légère augmentation dans les
(') D'après "Woods Hutciiinson, la distance de l'angle du maxillaire à la
symphyse (15 centimètres) est en excès de S"", 7 sur la normale (9,5), soit de
près de 42 pour 100; tandis que l'excès de la taille totale sur la normale est
seulement de 8 pour 100. {Nule des A.)
k22 SQUELETTES DE GEANTS.
deux mâchoires et les portions mandibulaires de la face. Les portions
alvéolaires des mâchoires sont parfaites et n'ont subi aucune résorption.
Rapport du maxillaire aux portions mandibulaires de la face; hauteur
symphysaire, 100 millimètres : géant américain, 44 millimètres; géant
FiG. 110. — Base du crâne du géant américain comparé à la base du crâne
d'un adulte normal. (Hinsdale.)
écossais, 47""", 9; Byrne, R. C. S.E.,50 millimètres; crâne d'Edimbourg,
56""',4.
Les cavités orbitaires sont extrêmement vastes.
Colonne vertébrale. — Les vertèbres sont l'objet de remarquables alté-
rations, mais elles ont été montées de manière à donner une représen-
tation correcte des courbes existant pendant la vie. Comme c'est la
règle dans l'acromégalie, nous trouvons une cyphoscoliose, à laquelle
toutefois les vertèbres cervicales ne prennent pas part.
Sur une vue d'avant en arrière, nous trouvons une courbe aiguë à la ré-
giondorsale etlombaire, dontlaconvexitéestàdroite. La cyphose atteint
son maximum à la 9° vertèbre thoracique, le corps de cette vertèbre
étant comprimé et résorbé. Les mesures de la surface antérieure des
corps vertébraux sont les suivantes : 2" thoracique, oO millimètres ;
")" thoracique, 28 millimètres; 7° thoracique, 25 millimètres; 9" thora-
cique, 10 millimètres; 11° thoracique, 51 millimètres; 1'" lombaire,
56 millimètres ; 2' lombaire, 45 millimètres ; 5" lombaire, 45 millimètres ;
4° lombaire, 47 millimètres; b" lombaire, 50 millimètres. La plus grande
largeur s'observe sur la 1"" vertèbre thoracique, 97 millimètres (5 pou-
ces 75). De l'atlas au promontoire du sacrum, 820 millimètres ; de l'atlas
au sommet du coccyx, le long des bords antérieurs des vertèbres,
1030 millimètres.
Vue de côté, nous trouvons les épines des quatre premières ver-
SQUELETTES DE GÉANTS. 423
tèbres thoraciques formant la saillie de la convexité ; puis l'apophyse trans-
verse droite des 6% 7% 8", 9% 10° et 11° vertèbres; enfin les apophyses
épineuses de la 12" thoracique et des vertèbres lombaires. Le grand
déplacement latéral des vertèbres porte le bord postérieur de l'omoplate
du côté droit 7 centimètres en arrière du bord correspondant du côté
g-auche, et au niveau de l'apophyse transverse droite de la 7° vertèbre
thoracique.
Les vertèbres lombaires sont massives. Le sacrum est composé de
4 vertèbres, au lieu du nombre habituel, 5. Sa largeur est de 16 centi-
mètres; sa longueur, 13'^°", 2.
Le coccyx comprend o vertèbres, au lieu du nombre habituel, 4.
Les côtes sont longues et étroites, et relativement droites. Les 7" et
8° côtes droites, mesurées le long de leur bord inférieur, ont 45 et
A'ô"^,^ de longueur; la 6" côte du côté gauche, sur sa face extérieure,
mesure 45"", 5; la 7°; mesurée le long de sa face inférieure, a 45"°, 8 de
long.
Le sternum a une longueur totale de 25"", 5. C'est un os grand et bien
proportionné.
Longueur Largeur
en centimètres. en centimètres.
Manubrium 6,7 8,4
Corps, 1"'' segment 4 4
— le reste 8,9 5,8
Cartilage ensiforme 2 —
Le thorax est vaste, mais étroit en proportion de sa profondeur.
Circonférence, 109"", 7 (45 pouces 1/4); diamètre antéro-postérieur,
45 centimètres; diamètre latéral, 28 centimètres.
Ce sujet vient donc à l'appui de l'observation de Langer que les
individus de grande taille ont le thorax relativement étroit. Sous ce
rapport, le géant américain diffère du géant écossais, Magrath, dont la
large poitrine et les côtes bien courbées donnent une circonférence de
152 centimètres (52 pouces 1/8).
Bassin. — Le bassin est vaste et en rapport avec la taille du squelette.
Les os sont épaissis à leurs bords et portent les marques d'une inflam-
mation périostique, particulièrement visible sur les crêtes iliaques et
sur l'acétabulum, qui est probablement de nature arthritique. La con-
formation est du type rachitique, si on en juge d'après l'augmentation
des dimensions entre les épines antérieures et supérieures et les crêtes.
Centimètres.
Entre les épines antérieures et supérieures 55.5
Entre les crêtes . 53,5
Entre les points médiaux des ischions . 1.5,5
Diamètre antéro-postérieur du détroit inférieur .... 14
— oblique antérieur droit du détroit inférieur. . 17,5
— — gauche du détroit inférieur. 17,7
Profondeur de la cavité pelvienne —
Hauteur du pelvis —
Le bassin est donc un peu plus petit que celui de Magrath (Dublin)
i24
SQUELETTES DE GÉANTS.
et de Byrne (R. C. S. E.). Ces derniers ont une largeur respective de
58"", 6 et 58 centimèlres.
La cavité du bassin est considérablement augmentée par les convexités
qui marquent la position des cotyles, surtout le cotyle gauche. Les
cavités cotyloïdes sont très profondes et séparées par une mince
couche osseuse de la cavité pelvienne. Les corps des os iliaques sont
excessivement épais.
Membres supérieurs. — Les clavicules : longueur, 212 millimètres. Les
omoplates : longueur, de l'acromion à l'angle, à droite 268 millimètres,
à gauche 68; largeur, à droite 144 millimètres, à gauche 150.
Les humérus. — L'humérus droit est long de 47°", 5 et a une perforation
circulaire dans la fosse olécranienne de 16 millimètres de diamètre.
Géant américain . . .
Géant irlandais ....
Byrne
Squelette d'Édinibouri:
LONGUEUR
DE l'humérus.
Droit.
47,5
43,1
45,0
54,8
Gauche.
RAPPORT DE L HUMERUS
A LA TAILLE
(Taille =100).
45,0
55,1
Droit.
19,7
19,0
19,6
Gaiiclie.
19,8
18,1
18,8
Cubitus. — Droit, 57°'", 8; gauche, 57°'", 5 de long.
Radius. — Droit, 554 millimètres; gauche, 560.
Main{^). — Longueur du scaphoïde à l'extrémité du médius, 25 centi-
mètres.
Longueur Rapport avec la taille,
de la main. (Tailie : 100.)
Géant américain . 25,0 10,9
Géant écossais 25,8 11,8
Byrne (R. G. S. E.) 26,3 11,3
Membres inférieurs. — Fémurs. — Les fémurs, quoique élancés, en
proportion de la grande taille du corps, sont symétriques, et les corps
sont bien formés et non indûment incurvés. Ils diffèrent de 11 milli-
mètres en longueur; le droit a 65°"", 5 de long; le gauche, 66°"', 6. Les
corps fémoraux ont 84 et 85 millimètres de circonférence pour les côtés
droit et gauche respectivement, et 20 millimètres de diamètre. Les
corps ne sont donc pas plus épais que chez des individus ordinaires.
Les hanches sont notablement arthritiques. Les têtes fémorales sont
déformées, de môme que les cols. Les cols, au lieu d'avoir une section
circulaire en forme de croix, sont semi-lunaires, avec la face antérieure
(') Ces proportions sont un peu au-dessous de la normale (Woods IIut-
chinson). Mais, ajoute cet auteur, il faut tenir compte, avec Cunningham, de
la participation des parties molles à l'augmentation des extrémités, pendant
la vie. {Note des A.)
SQUELETTES DE GÉANTS.
k^b
aplatie; ils sont courts, et, au lieu d'être placés obliquement, forment
presque un angle droit avec le corps. La circonlerence et le plus grand
diamètre des cols sont les suivants : circonférence, à droite, lo^'^jS; à
gauche, 15 centimètres. Le plus grand diamètre, à droite, 5 "',7; à gauche,
Les condyles sont bien conformés et en rapport convenable avec les
tibias. Le tissu compact est très épais aux extrémités.
Géant américain
Géant irlandais (Magrath)
Byrne, R. G. S. E
Squelette d'Edimbourg. .
LONGUEUR DU FEMUR.
Droit. Gauche.
65,5
66,6
60,5
Gti,4
62,5
6i,2
47,9
48,7
CIRCONFERENCE DU CORPS.
Droit
84
Gauche.
85
Tibias et Péronés. — Les péronés sont courbés, ayant leur convexité
en arrière ; la laerpendiculaire à la corde de l'arc serait de kl millimètres.
La portion moyenne du corps dans les deux cas est tout à fait en arrière
des tibias.
Géant américain
Géant irlandais (Magratli)
Byrne, R. G. S. E. .'". . .
Squelette d'Edimbourg. .
LONGUEUR
DU TIBL\.
Droit.
50,6
54,1
40, 2
Gauche.
56,5
50,4
5.j,7
59,2
RAPPORT DU TIBIA
A L.\ TAILLE
(Taille = 100).
Droit.
'i4 , o
25,2
25 ,6
21,9
Gauche.
24, -7
25.1
25,4
21.4
LES PIEDS
Géant ainéricain
Géant irlandais (Mauratb)
Byrne, R. G. S. E.. ! .
Murphy ,
.-■P V i • mesures
NA/inkelmeier } i i • ,
n 1 T AA' A^- 11 \ tle leur vivant
Cas de J. W. ^\ alker . )
LONGUEUR EFFECTIVE.
Cm.
506
500
517
510
558
560
Pouces
12
11,75
12,50
12,25
14,12
14,15
COMPAREE
AVEC
LE SQUELETTE
(Tnine = 100).
15,4
15', 7
15, S
15.9
15,7
18,5
426 SQUELETTES DE GÉANTS.
Observation LXXIV {Inédite). (R. Verneau)(\). — Le géant du Muséum
d'histoire naturelle de Paris.
L — Le géant dont le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède le
squelette, est né le 20 décembre 1847, dans une commune du départe-
ment d'IndreTct-Loire, située à la lisière de l'Anjou; il est décédé le
21 janvier 1875, à l'âge, par conséquent de 27 ans et un mois. 11 était fils
unique de parents normalement constitués. Nous n'avons pas de rensei-
gnements sur les premières années de sa vie; ce que nous savons, c'est
que lorsqu'il commença son apprentissage de sabotier, il était d'une
taille bien supérieure à celle des enfants de son âge. Son état de santé
laissait déjà à désirer; cependant il put terminer son api3rentissage et
il entra comme ouvrier chez un fabricant d'un chef-lieu de canton de
l'arrondissement de Tours.
Louis R..., à cette époque, avait singulièrement dépassé la taille
moyenne. Les établis qui servaient à son patron se trouvaient trop bas
pour lui, et, afin de lui permettre de les utiliser sans l'obliger à se cour-
ber trop fortement, on dut lui creuser un trou dans le sol de l'atelier.
La force musculaire de notre géant était loin d'être en rapport avec
sa taille; la somme de travail qu'il pouvait fournir n'était pas suffi-
sante pour lui assurer un gain raisonnable, et il fut souvent obligé de
réduire sa nourriture. Son appétit était, en effet, formidable : il était
atteint à la fois de boulimie et de polydipsie. On nous a souvent raconté
que, lorsqu'il lui était possible d'acheter 12 livres de pain, il faisait tout
disparaître dans son estomac avant la fin de la journée. Quand il se mon-
trait dans une fête, il excitait, naturellement, la curiosité générale; on
lui offrait à boire, et, s'il se décidait à accepter, il ingurgitait parfois
d'un trait un litre de liquide.
Louis R... était d'une grande timidité; au lieu d'être fier de sa taille,
il se sentait gêné d'attirer tous les regards. A diverses reprises, on lui
avait conseillé de s'exhiber en public, en lui assurant qu'il aurait une
existence facile; il résista longtemps, mais, à la fin de l'Empire, il se
décida néanmoins à quitter son pays. Il se lassa bien vite de son exis-
tence nouvelle et il ne tarda pas à aller rejoindre ses parents et à re-
prendre son ancien métier. A partir de ce jour, la vie devint de plus en
plus difficile pour lui; sa santé, depuis longtemps chancelante, s'altéra
davantage et il ne put travailler c[ue d'une façon intermittente.
De bonne heure, sa charpente osseuse avait été le siège de lésions.
Nous avons sous les yeux une photographie de notre géant exécutée à
Angoulême lorscju'il avait 20 ans : il présente une forte voussure de
la colonne vertébrale. Ce n'était pas seulement de cyphose qu'il était
atteint; les gens qui l'ont vu fréquemment prétendent qu'il ne grandis-
sait que d'un côté à la fois. Il était incliné, affirme-t-on, tantôt à droite
(') Nous remercions bien sincèreinenL M.le D' Verneau de nous avoir donné
la primeur d'une description aussi intéressante que précise du squelette d'un
géant, dont l'histoire n'avait pas encore été rapportée.
SQUELETTES DE GÉANTS. 427
et tantôt à gauche. Sans doute, longtemps avant sa mort, avait com-
mencé la scoliose prononcée que nous allons retrouver sur le sque-
lette.
Louis R.,. avait une intelligence plutôt bornée. D'humeur triste, il
était généralement doux, mais il entrait dans de violentes colères lors-
qu'on le taquinait; il perdait alors toute mesure. L'affection filiale
était très développée chez lui, beaucoup plus qu'elle ne l'est chez un
grand nombre de paysans.
IL Taille et Proportions du corps. — Notre géant avait atteint, au mo-
ment de sa mort, la taille de 2"", 14; il n'y avait guère que deux ans qu'il
ne grandissait plus. Il avait cessé depuis longtemps, avons-nous dit,
d'être d'aplomb; et, en effet, le squelette dénote un notable excédent
de longueur pour tous les os du membre inférieur gauche. Il en est
de même pour les os du membre supérieur, qui offrent également, à
Lexception du radius, une longueur moindre du côté droit. Voici les
chiffres que nous avons obtenus :
Côlé flroil.
Fémur (en position) . . 566 mm.
— (en projection) . 575 —
Tibia (sans l'épine) . . 471 —
Péroné 480 —
Humérus 405 —
Cubitus 5Ô9 —
Radius .517 —
Si nous ajoutons à la différence des fémurs la différence moyenne des
tibias et des péronés, nous voyons que le membre inférieur gauche était
de 15 millimètres plus long que le droit. En même temps, le fémur droit
était dirigé plus obliquement en bas et en dedans {genu valgum) c{ue
celui de l'autre côté, car l'écart entre la longueur maxima et la longueur
en position, qui n'est que de 5 millimètres pour le fémur gauche, s'élève
à 9 millimètres pour l'autre. Cette obliquité plus grande à droite, jointe
aune réduction notable de la longueur absolue des os de ce côté avait
forcément pour conséquence une déviation du centre de gravité.
Lorsqu'on calcule la taille à l'aide des chiffres qui précèdent, en em-
ployant les coffîcients de M. Makouvrier, on arrive à des résultats qui
ne manquent pas d'intérêt; aussi me paraît-il utile de les donner inté-
gralement dans le tableau qui suit :
TAILLE CALCULÉE A l'aIDE DES OS LONGS.
Mètres.
A l'aide du fémur droit 1,996
— — gauclie 2,026
— du tibia droit 2,0.55
— — gauclie 2,069
— du péroné droit 2,098
— — gauclie 2,124
Difîérence
en faveur
Côté gauclie.
cl
u côté gauche
574 mm.
8 mm.
577 —
2
479 —
8 —
486 —
6 —
407 —
2 —
545 —
6 —
517 —
0 —
428
SQUELETTES DE GEANTS.
A l'aide de l'humérus droit
— — gauche. . . .
— du cuhitus droit
— — gauche
— du radius droit
— — gauche
Moyenne.
Me
très.
1
IHIG
•■)
OOG
9
,122
2
,160
'2
,124
2
,124
2,07-
Tous les chiffres ainsi obtenus, à l'exception de celui c[ue donne le
cubitus g-auche, sont donc au-dessous de la vérité, et la moyenne est
erronée de près de 7 centimètres. Il est certain qu'avec un sujet aussi
mal conformé, on ne saurait en conclure que les coefficients de M. Ma-
NouvRiER ne permettent pas de calculer la taille d'une manière satisfai-
sante. Néanmoins, plusieurs opérations du nK'me genre que nous avons
tentées sur des hommes de haute stature nous portent à croire cfue
ces coefficients sont un peu trop faibles pour les individus de taille
élevée. C'est là, d'ailleurs, un point ciu'il convient de vérifier et sur
lequel nous n'avons pas à insister pour le moment.
Ce qui est plus intéressant, c'est de constater que les segments proxi-
maux, tant des membres supérieurs que des membres inférieurs, sont
relativement plus courts c|ue les segments distaux, disposition que l'on
constate dans les races inférieures. Les indices tibio-fémoral et anti-
brachial feront ressortir d'une façon bien nette les analogies dont il est
question. Nous empruntons les chiffres qui nous servent de termes
de comparaison à l'ouvrage de M. Topinar» intitulé : Eléments d'an-
thropologie générale.
INDICES ANTIBUACHIAL ET TIBIO-FÉMORAL
Indice antibrachial .
— libio-fémoral.
w u
»
u]
g d
« r^
u
2
■Sg5
O 2
Y<
2 ."^
2 3
X
~
74.05
79,0
76,0
78,7
81,1
82 , 9
83,1
8">,6
GEANT
COTE DROIT.
78,4
85.2
COTli GAUCHE.
77,9
85,4
Nous savons, d'un autre côté, que le grand développement relatif de
l'avant-bras chez le nègre reproduit une disposition normale chez l'em-
bryon et l'enfant européens; les recherches de M. Hamy(') ne laissent
aucun doute à cet égard. Et si nous comparons aux chiffres donnés par
(') E.-T. Hamy, Becherehes sur les proportions du bras et de l'avant-bras aux
différents âges de la vie. Bull, de la Soc. anthrop. de Paris, 2" série, t. VII, 1872.
SQUELETTES DE GÉANTS.
429
cet auteur ceux que nous avons obtenus sur notre géant, nous voyons
que son indice antibrachial correspond à celui d'un fœtus de 5 à 7 mois.
Par suite, nous pouvons dire que Louis R..., comme les nègres, présente,
au point de vue du rapport des deux segments de ses 'membres supérieurs,
un véritable arrêt de développement.
Si nous calculons le rapport de la longueur totale du membre supé-
FiG. 111. — Squelellr «lu '^i .ml du Muséum à ciu -i|i
(if Luille moyenne (l'",66 eiivu-dii)
d'un Flamand
rieur ou celui de la longueur du membre inférieur à la taille, nous ver-
rons que notre sujet se rapproche au contraire des Européens adultes.
Nous avons encore emprunté à M. Topjnard les chiffres qui nous ser-
vent de termes de comparaison; il nous a fallu, pour que les nôtres
430
SQUELETTES DE GÉANTS.
leur fussent comparables, opérer comme cet auteur, c'est-à-dire addi-
tionner les longueurs maxima des os de chaque segment. En procédant
ainsi nous avons obtenu les résultats suivants :
riAPPOriT DE LA LONGUEUR TOTALE DES MEMBRES A LA TAILLE
XTi
z
GEANT
u
NEGRES
■K
c ?-.
C
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D AFRIQUE.
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CÔTÉ DliOlT.
COTK GAUCHE.
s
Membre
supérieur.
55,0
55,0
55 .5
53,7
55,8
—
inférieur .
49,4
51,0
51,7
48,8
49,5
Tandis que le membre inférieur gauche présente à peu près le même
développement relatif que chez l'Européen adulte, le membre inférieur
droit est proportionnellement un peu plus court. Mais la diminution de
longueur s'accentue bien plus au membre thoracique, de sorte que,
chez notre géant, comme chez celui étudié par le D' Papillault, « le
membre inférieur s'est accru davantage que le supérieur »('), tout en
n'offrant que des dimensions relativement faibles.
Les extrémités sont plutôt petites. Voici les chiffres absolus que nous
avons obtenus sur le squelette :
Longueur de la main droite 217 millimètres.
— — gauche 216 —
— du pied droit 279 —
— — gauche 278 —
Si nous calculons le rapport qui existe entre ces mesures et la taille
= 100, nous trouvons 10,1 pour la main et 15 pour le pied. Or, HuiMphry
admettait que, chez l'homme, ces rapports atteignent respectivement
11,8 et 16,9. Il est probable que les chiffres donnés par cet auteur sont
trop élevés, car M. Topinard, en utilisant de nombreuses mesures
prises sur le vivant, a dû les ramener à 11,6 et 14,8. Or, ces rapports
devraient être encore réduits si l'on tenait compte du squelette, puis-
qu'ils ont été obtenus à l'aide de mesures comprenant la longueur de la
charpente osseuse et des parties molles.
Examinons un dernier rapport, celui de la longueur de la clavicule à
la longueur de l'humérus. La clavicule droite de notre géant, contraire-
ment aux os de ses membres, est plus longue que la gauche; elle me-
sure, en effet, 222 millimètres, tandis que la seconde ne dépasse pas
(*) G. Papillault, Mode de croissance chez un géant. Bull, de la Soc. d'anthrop.
de Paris, i" série, t. IV, 1809. (Voir notre obs. I : Le grand Charles.)
SQUELETTES DE GEANTS. 431
2J2 millimètres. Le rapport qu'on obtient de chaque côté est intéres-
sant à rapprocher du rapport que Broca a obtenu chez les Européens
et chez les nègres.
rapport.de la longueur de la clavicule a la longueur de l'humérus^ 100
Européens Nègres. Géant.
Moyenne 44,.) 45 9 55,.') (à gauche)
Maximum 48,1 h'ijO 54,8 (à droite).
Notre géant s'écarte donc sensiblement, à ce point de vue, de l'Euro-
péen et il se place bien au-dessus du nègre par la longueur relative de
sa clavicule.
En résumé, V étude des proportions du squelette montre que Louis R... a
les membres relativement courts, ainsi que les extrémités. En revanche,
ses clavicules sont d'une longueur exagérée.
Le membre supérieur est fjroportionnellement plus réduit que le membre
abdominal.
Dans chaque membre, le segment proximal présente un développement
relatif moindre que le segment distal, ce qui rapproche noire géant des
nègres, comme l'en rapproche aussi le rapport de la clavicule à l'humérus.
Le squelette offre, au point de vue de la longueur des os, une asymétrie
très marquée. A l'exception des radius, qui sont égaux, tous les os des
membres accusent un excédent de longueur à gauche. Par contre, les ex-
Irém^ités, et surtout les clavicules, sont moins développées à gauche qu'à
droite.
III. Comparaison du côté droit et du côté gauche. — En dehors des lon-
gueurs, nous avons pris sur l'humérus, le fémur el le tibia, quelques
mesures qu'il nous paraît utile de reproduire ici.
A droite. A gauche.
Humérus :
Millimètres. Millimètres.
Diamètre antéro-postérieur de la diaphyse
au V deltoïdien 49 59
Diamètre transv. de la diaphyse au V del-
toïdien 56 56
Largeur max. de l'extrémité inférieure. . . 72 70
— de la surface articulaire inférieure. 55 51
Fémur •
Distance max. du grand trochanter à la tète. 116 113
Hauteur de la tête 57 59
Largeur — 58 58
Diamètre antéro-postérieur de la diaphyse,
au-dessous du petit trochanter 46 49
Diamètre transv. de la diaphyse, au-dessous
du petit trochanter 49 45
Indice supérieur 95,8 108,9
Diamètre ant.-post. max. delà diaphyse. . 49 49
— — delà diaphyse à 4 cent.
au-dessus des condyles 57 36
432
SQUELETTES DE GÉANTS.
A droite.
Millimètres.
A gauche.
Millimètres.
Diamètre transv. de la diaphypc à 4 cent
au-dessus des condyles 49,5 48
Indice inférieur 74,7 75
Largeur max. de l'extrémité inférieure. . . 92 89
Tibia :
I>argeur max. de l'extrémité supérieure . . 88 86
Diamètre antéro-postérieur de la diaphyse
au trou nourricier 40 46
Diamètre transv. de la diaphyse au trou
nourricier 55 Zô ---
Indice 76,1 7.s,3
En comparant les chiffres fournis par le côté droit à ceux obtenus
sur le côté gauche, on remarque que l'asymétrie que nous avons signalée
plus haut à propos des longueurs s'accuse également dans les diamètres
transversaux et antéro-postérieurs. Mais, tandis que l'humérus, le fémur
et le tibia gauches sont plus longs que ceux du côté opposé, ils sont
moins développés en largeur et d'avant en arrière. Cette inégalité est
très apparente sur l'humérus, celui de droite offrant au niveau du V
deltoïdien, un excédent de 40 millimètres dans le sens antéro-posté-
rieur. Toutefois, le diamètre antéro-postérieur de la diaphyse fémorale,
mesuré au point choisi par M. Manouvrier pour évaluer l'indice de la
platymérie, est sensiblement plus grand à gauche qu'à droite, de telle
sorte qu'il surpasse le diamètre transverse ; mais cela tient aux lésions
osseuses dont il sera question plus loin.
Notons C[ue les deux fémurs ne sont nullement platymériques et que
la platycnémie n'existe ni sur un tibia, ni sur l'autre.
IV. Omoplate. — L'omoplate ne nous arrêtera pas longtemps. La diffé-
rence entre celle de droite et celle de gauche est assez minime, ainsi
qu'on peut en juger par les chiffres ci-dessous :
DIMENSIONS DE l'oMOPLATE (1)
A droite. A gauche.
Millimètres. Millimètres.
Longueur totale 212 210
Largeur (de la base de l'épine au bourrelet
glénoïdien) 156 159
Hauteur de la fosse sous-épineuse 171 168
Longueur du bord axillaire 178 177
— de l'épine et de l'acromion . . . 180 180
— de l'acromion 69 64
Largeur — 58 40
Hauteur de la cavité glénoïde 45 45
Largeur max. — 54 55
Indice scapulaire 64,15 66,19
— sous-épineux 79,55 82,74
(*) Les points de repère qui nous ont servi sont ceux adoptés par le D"" Livon.
SQUELETTES DE GEANTS. 433
Nous constatons encore une asymétrie marquée entre les deux côtés.
D'une façon générale, les hauteurs sont plus grandes à droite et les
largeurs plus petites. Il en résulte une différence très notable dans les
indices, qui aboutit à cette singulière conséquence que l'omoplate
droite affecte, dans ses proportions générales, le type masculin, tandis
que l'omoplate gauche rappelle le type féminin par son indice scapu-
laire. D'ailleurs, ni à droite, ni à gauche, nous n'observons aucun
caractère qui puisse écarter Louis R... des Européens pour le rappro-
cher des individus de race inférieure.
Il est même curieux de noter que son indice sous-épineux est moins
élevé que chez les « Français et Européens » dont le D' Livon a étudié
le scapulum; et cet auteur nous a montré que la hauteur de la fosse
sous-épineuse décroît dans tous les autres groupes humains et que, par
suite, l'indice s'élève, comme il augmente dans la série mammalogique
envisagée en général. Nous ne voudrions pas en conclure, néanmoins, que
notre géant ait plus évolué que la moyenne des Européens eux-mêmes
au point de vue de l'omoplate. La faiblesse de son indice sous-épineux
tient uniquement à ce que l'épine scapulaire est placée très haut et que
la fosse sous-épineuse a acquis de grandes dimensions verticales aux
dépens de la fosse sus-épineuse. Il nous semble beaucoup plus juste de
dire que, là encore, la charpente de notre géant accuse une anomalie
dans le développement.
V. Bassin. — Le bassin présente, lui aussi, des caractères tout à fait
exceptionnels, que nous n'avons jamais rencontrés chez les nombreux
individus que nous avons étudiés autrefois. Nous allons essayer de
faire ressortir ces caractères après avoir donné les dimensions princi-
pales du pelvis. En regard des chiffres cjue nous avons obtenus sur
Louis R..., nous faisons figurer les moyennes que nous ont fournies
jadis 65 bassins d'Européens adultes ('), normalement conformés.
PRINCIPALES DIMENSIONS DU BASSIN
1" Dimensions transversales.
Européens (moy.) Géant.
Largeur maxima 279 579
Distance max. des crêtes iliaques (lèvre profonde). 255 535
— desépincis iliaques postéro-supérieures . 72 121
— — — antéro-supérieures. . 251 527
— — — antéro-inlerieures . . 191 256
— des échancrures ilio-pubiennes 160 259
— des trous ischio-pubiens 51 78
— des échancrures ischio-pubiennes .... 129 215
— ilio-sciatiqucs 197 282
(Cf. De Fomoplate et de ses indices de largeur dans les races humaines. Thèse de
médecine, Paris, 1879).
(') R. Verneau, Le Bassin dans les sexes et dans les races. Paris, J.-B. Bail-
lière et fils, 1875. , . ...
LAUNOIS ET ROY. 28
153
2i5
90
155
25
46
434 SQUELETTE>^ DE (ll'AXTS.
Européens (moy.). Géanl.
Distance max. des ischions
— des épines scialiques
— du trou sous-pubien à la symphyse pub.
— de l'épine sciatique au sommet du sacrum. 49
2° Dimensions verticales.
Hauteur maxima
— de la fosse iliaque interne
Distance de l'épine antéro-supérieure à l'échan-
crure ilio-pub
— del'éminenceilio-pectinéeà l'épine sciatiq.
— — — à l'ischion . . .
— de l'épine ant.-sup. à l'épine sciatique. .
— — — à l'ischion
— de l'épine sciatique à la crête iliaque (max.)
3' Dimensions anléro-poslérieures
Diamètre antéro-postérieur maximum
Distance de Tépine antéro-supérieure à la sym-
physe sacro-iliaque
— de l'épine antéro-supérieure à l'épine pos-
léro-supérieure
4° Détroit supérieur
Diamètre antéro-postérieur
— transverse
— oblique
Distance de l'articulation sacro-iliaque à la sym-
physe pubienne 117 148
5" Détroit inférieur.
Diamètre sacro-pubien
— transverse maximum
220
275
104
154
80
97
77
90
107
127
150
189
182
218
167
207
171
239
92
126
164
221
104
140(?'
150
189
128
176
6" Sacrum.
Largeur en arrière
— à la base
— au détroit supérieur
— en bas
Hauteur
Flèche
7" Mesures diverses.
r -, ■ , 1 ■ 1 \ Hauteur
Cavité cotiitoiae \ -,
■^ ( Largeur
( Largeur de la por-
Grande cchancrure sciatique . ) tion iliaque. . . .
( Profondeur . . . .
\ Longueur
.argeur
Concavité de la fosse iliaque interne
Éi^aisseur max. de la crête iliaque
— min. de l'os —
Trou ischio-nulnen ] j
' I Lai
Angle de l'arcade pubienne
109
143
12-2
202
93
125
118
159
108
156
92
139
105
139
27
26
58
68
56
66
50
51
40
42
57
69
35
48
9
14
19
28
60O
d"-
gcho
5
6
90"
SOTIKLETTKS [iR CITANTS. 435
Européens fmoy.) Géant.
8" Indices.
Horizontal (Diam. A. P.: Diam. Tr. max.) 0,62 0,6."
Transverso vertical (Haut, max.: Diam. Tr. max.). 0,79 0,73
Du détroit supérieur 0,80 0,74(?)
Ce qui frappe, au premier abord, c'est l'aspect féminin que présente
le bassin de notre géant. Si l'on n'examinait que la marge, on pourrait
méconnaître sa caractéristique à cause de l'épaisseur des os. Par
exemple, la crête iliaque atteint, au niveau du tubercule du moyen
fessier, une épaisseur de 28 millimètres, soit 9 millimètres de plus que
chez la moyenne des Européens. Mais nous avons démontré, en 1875.
que ce n'est pas dans le grand bassin qu'il faut aller chercher les diffé-
rences sexuelles; elles résident essentiellement dans le petit bassin et
sont en corrélation avec la présence de l'utérus. Pour loger cet organe
supplémentaire, l'excavation se dilate dans tous les sens chez la femme
et cette dilatation se fait aux dépens de la hauteur. C'est précisément
ce que nous montre le pelvis de Louis R....
Cette réduction relative des dimensions verticales de la région sous-
pubienne devient très manifeste lorsqu'on étudie certains rapports.
Ainsi la distance de l'éminence ilio-pectinée à l'ischion représente chez
les hommes normaux de race blanche -49 pour 100 de la hauteur totale
du bassin et 47 pour 100 seulement chez la femme; chez notre sujet, le
rapport tombe à 46 pour 100. Si l'on compare cette même distance
ischio-pectinée, non plus au diamètre vertical maximum, mais à la
hauteur de la fosse iliaque interne, on constate que la diminution rela-
tive du bassin de notre géant dans le sens vertical a réellement pour
cause une réduction proportionnelle de la région sous-pubienne. En
effet, chez les individus normaux, la hauteur ischio-pubienne est plus
grande que celle de la fosse iliaque interne; le rapport, qui est, chez
l'homme, de 1,03, s'abaisse légèrement chez la femme (1,02); chez notre
sujet, il tombe à 0,95.
Par suite de la diminution relative des dimensions verticales de son
petit bassin, Louis R... nous a donné un indice pelvien transverso-
vertical (Hauteur : Diam. Tr. max.) extrêmement faible. Cet indice
fournit une bonne caractéristique sexuelle, et nous voyons que notre
géant exagère encore ici le type féminin. Un simple coup d'œil jeté sur
les trois chiffres qui suivent le démontre surabondamment :
INDICE TRANSVERSO-VERTICAL
Européen (moy.) 0,79
Européenne (moy.) 0,74
Géant 0,75
L'indice du détroit supérieur conduit à des conclusions toutes sem-
blables. Il suffît, pour être convaincu, de rapprocher les chiffres sui-
vants :
436 SQUELETTES DE CEANTS.
INDICE DU DÉTROIT SUPÉRIEUR
Européen (moy.) ' 0,80
Européenne (moy.) 0,77
. Géant !. .......... 0,74 (?)
Nous ne donnons le dernier chiffre qu'avec doute, parce que la partie
supérieure de la symphyse pubienne a été brisée et réparée; mais l'er-
reur qui peut en résulter est tout à fait insignifiante, et il est permis
d'affirmer que l'indice du détroit supérieur n'atteignait pas celui de la
femme blanche.
L'énorme écartement des épines sciatiques est encore un caractère
féminin.
Pour avoir une idée de la dilatation du bassin dans sa partie infé-
rieure, nous avons calculé le rapport du diamètre transverse maximum
du détroit inférieur, tel qu'on peut le mesurer sur le squelette, à la
largeur maxima de la marge. Là encore, nous voyons notre géant se
rapprocher beaucoup plus de la femme que de l'homme, et même exa-
gérer les caractères de la première; voici les chiffres que nous avons
obtenus :
RAPPORT DU DIAMÈTRE TRANSVERSE MAX. DU DÉTROIT INFÉRIEUR
A LA LARGEUR MAX. DU BASSIN
Européen (moy.) 0,45
Européenne (moy.) 0,515
Géant 0,55
C'est avec juste raison qu'on a attribué, pour la distinction des sexes,
une grande importance à l'angle d'ouverture de l'arcade pubienne. Or,
avec son angle-de 90°, Louis R... surpasse, non seulement la moyenne
féminine que nous avons obtenue sur des bassins d'Europe, mais
encore la moyenne que nous ont fournie les femmes de toutes les
races humaines.
Et, si nous examinons le sacrum, nos conclusions se trouveront une
fois de plus confirmées. Quoi qu'en disent encore quelques auteurs
classiques, la courbure du sacrum est moindre chez la femme que chez
l'homme. A priori, on pouvait penser qu'il devait en être ainsi, car
une grande courbure a forcément pour résultat de reporter en avant le
sommet du sacrum et, par suite, de diminuer le diamètre antéro-
postérieur du détroit inférieur; si la femme avait un sacrum très
concave en avant, l'opération de l'accouchement serait rendue plus dif-
ficile. Mais les raisonnements a priori étant souvent dangereux en
science, le véritable moyen de trancher la question était d'évaluer la
courbure de la face antérieure du sacrum en mesurant la longueur de
la flèche, c'est-à-dire de la perpendiculaire élevée sur une ligne passant
par le milieu de la base et du sommet et allant aboutir au point le
plus éloigné de la face concave. C'est ce qu'a fait le D' Bacarisse, et
voici la conclusion à laquelle il a été amené : « Quoi qu'en aient dit les
SQUELETTES DE GÉANTS. kZl
auteurs, dans toutes les races le sacrum de rhomme est plus fortement
courbé que celui de la femme ('). » Nos propres recherches n'ont fait
que confirmer ce qu'avait dit notre confrère; nous avons trouvé que
« chez la femme, le sacrum et le coccyx sont moins élevés et plus
aplatis (2) ».
Or, chez notre géant, la flèche du sacrum ne mesure que 26 milli-
mètres, tandis que chez l'Européen elle atteint, en moyenne, 27 milli-
mètres. L'écart est minime, sans doute; mais si l'on tient compte de la
différence de hauteur (139 millimètres chez le premier, 105 millimètres
chez le second), on devrait trouver un rapport inverse.
Le rapport de la hauteur du sacrum à la largeur maxima ■=■ 100
donne les indices suivants : ;
INDICE DU SACRUM (lIAUT. : LARGEUR A LA BASE)
Européen (moy.) 0,89
Européenne (moy.) 0,87
Géant 0,87
Quels que soient les rapports pu les dimensions que l'on compare, on
aboutit toujours à cette conclusion : Par tous ses caractères, le bassin de
notre géant reproduit exactement ou exagère même les caractères du pelvis
féminùi.
Par certaines particularités de sa ceinture pelvienne, Louis R... est
en même temps un infantile. C'est ce que montre la crête iliaque qui
n'est pas encore soudée au reste de l'os dans sa moitié postérieure;
c'est ce que montre également le cartilage de l'arcade ischio-pubienne
qui n'étant qu'incomplètement ossifiée a disparu dans une grande
partie de son étendue. Par suite de cet arrêt de développement, le
tubercule ischio-pubien interne est réduit à son minimum et les deux
branches de l'arcade pubienne offrent une apparence grêle qui con-
traste avec l'aspect massif du reste du bassin.
VI. Colonne vertébrale, sternum et côtes. — Les vertèbres présentent
pour la plupart une asymétrie marquée par suite de la déviation du
rachis dont il sera question plus loin. Aucune d'elles n'a sa face supé-
rieure ou sa face inférieure complètement soudée au corps.
Au point de vue de leurs dimensions, elles n'offrent aucune régula-
rité, comme il est facile de s'en convaincre en jetant un coup d'oeil sur
le tableau suivant. Les mesures qui y figurent représentent la hauteur
du corps vertébral et sa largeur prise au milieu de la hauteur :
■ (*) Bacarisse, Du sacrum suivant le sexe et suivant les races. Paris, 187.5.
(^) R.- Verneau, op. cit., p. 73.
k38
SOUELETTES DE GEANTS.
DIMENSION!* DES CORPS VERTEBRAUX
HAUTEUR.
LARGEUR.
HAUTEUR.
LARGEUR.
inillimètres.
inilliinélres.
millimt'li'cs.
millimètres.
2'' cervicale .
21»
.51
7'' dorsale. .
25
4i
0" —
22
29
8^ —
27
44
i- —
21
27
9" —
29
46
5° —
ÏH
51
10= —
28
49
G- —
16
50
11= —
50
55
7c _
10
41
12- —
52
56
1"= dorsale. .
21
m.
1'- lombaire.
52
:)4
2c
22
57
2c
52
57
5'' —
25
58
5° —
40
65,
4c _
26
58
.-Je
51
67
5^ —
20
58
5- —
m.
m.
& —
26
42
Le sternum ne comprend que les deux pièces habituelles (manubrium
et corps); mais ses proportions sont intéressantes à noter, car cette
partie du scjuelette, comme le bassin, nous offre des caractères fémi-
nins. C'est ce qui ressort très nettement de l'examen du petit tableau
suivant sur lequel nous avons fait figurer, à côté des chiffres obtenus
sur notre géant, ceux que le D' H. Weisgerber a trouvés chez des Euro-
péens et Européennes (')•
DIMENSIONS ET INDICE DU CORPS DU STERNUM
Longiieiir. Largeur. Indice.
Européens (moy.) 101 mm. 42 mm. 26
— (max.) " — 58 — 58 ^
Européennes (moy.) 155 — 41 — 50
— (max.) y — .. — 48
Géant 158 — 62 — 45
Ce qui caractérise la femme, c'est la brièveté relative du corps du
sternum, d'où résulte un indice sensiblement plus élevé que chez
l'homme. Or, à ce point de vue, Louis R... se rapproche des Européennes
qui ont fourni à notre confrère les chiffres les plus exagérés.
Le manubrium mesure 68 millimètres de hauteur et 79 millimètres de
largeur; lui aussi est d'une largeur relativement considérable pour sa
hauteur, car Sappey lui attribue, chez les Européens normaux, 50 milli-
mètres dans le sens vertical et 50 à 60 millimètres dans le sens trans-
versal.
Les côtes ne sont pas de la même longueur à droite et à gauche. A
droite, la septième et la huitième mesurent environ 492 millimètres; à
gauche, la septième est la plus longue, mais elle n'atteint pas les
(') IL Weisgeiîcer, De L'indice thoraciqiie. Tiièse de médecine. Paris, 1879.
SQUELETTES DE GEANTS. 439
dimensions de sa congénère (7' côte gauche = 485 millimètres; 8° côte
gauche = 482 millimètres).
Dans son ensemble, le thorax affecte une forme tout à fait anormale :
il est extrêmement dilaté en travers et aplati dans le sens antéro-
postérieur. La monture en est un peu défectueuse, le cartilage sternal
artificiel qu'a employé le naturaliste ramenant trop le sternum en arrière.
Nous en avons mesuré cependant les dimensions au niveau du plan
horizontal passant par l'extrémité inférieure du corps du sternum et
nous avons trouvé les chiffres suivants :
Diamètre antéro-postérieur du thorax 2i8
— transverse 597
Indice thoracique 160
Cet indice n'a jamais été rencontré que chez quelques nègres. En
■Europe, il ne dépasse pas, en moyenne, 112 chez l'homme et 115 chez
la femme. En faisant même la correction que réclame la monture
défectueuse du sternum, on obtiendrait encore un chiffre tout à fait
insolite pour un Européen.
Vil. Tête. — La tête n'est pas la partie la moins intéressante du
squelette de notre géant. La morphologie faciale, principalement,
offre des bizarreries qui attirent l'attention des visiteurs de nos gale-
ries les moins versés en anatomie.
Dans son ensemble, cette tête est néanmoins harmonique, c'est-à-dire
que le crâne étant très dolichocéphale, la face est très développée dans
le sens vertical.
A. Crâne. — Le crâne est d'une capacUê plutôt médiocre, lorsqu'on
tient compte de la taille du sujet; elle atteint 1755 centimètres cubes. Si,
à l'exemple de M. Manouvrier, nous multiplions la capacité par le
coefficient 0,87 pour obtenir le poids de l'encéphale, nous trouvons que
le cerveau de Louis R... devait peser 1509 grammes. On sait que le
poids moyen du cerveau du Parisien est d'environ 1557 grammes.
Mais, la quantité de substance encéphalique augmente quand la taille
s'accroît, dans la proportion de 50 grammes environ pour 10 centi-
mètres de taille en plus. Par suite, notre géant, dont la taille l'empor-
tait d'à peu près 49 centimètres sur la stature moyenne des Parisiens,
aurait dû avoir 244 grammes de cerveau de plus que ceux-ci, et, en
réalité, l'excédent se réduisait approximativement à 152 grammes. Par
conséquent, nous sommes en droit de dire que sa capacité crânienne est
plutôt médiocre.
Vindice céphalique horizontal (70,55) accuse une dolichocéphalie très
prononcée. Les indices verliraux dénotent un faible développement
relatif du crâne dans le sens vertical. En effet, l'indice transverso-
vertical (Diam. basilo-bregmatique : largeur) ne dépasse pas 96,57 et
range notre sujet parmi les mésosèmes. L'indice de hauteur-longueur
(68^08) le classe parmi les microsèmes.
4^0 SQUELETTES DE GEANTS.
C'est dans les régions pariétale et frontale postérieure que la tète se
montre surtout rétrécie, car le diamèlre transverse maximum (140 miUi-
jnètres) est sensiblement le même que chez la moyenne des Parisiens
^1 45mm 9^ d'après Broca). Au niveau de la suture coronale, le crâne est
étroit d'une façon absolue, puisque le diamèlre frontal maximum de
notre géant reste un peu au-dessous de la moyenne des Parisiens nor-
maux. En revanche, le diamètre frontal minimum est relativement
élevé (110 millimètres), de sorte que l'indice fronto-pariétal atteint le
chiffre très rare de 75,54.
Il ne faudrait pas en conclure que Louis R... eût des loges frontales
d'une amplitude remarquable. Le front n'est large qu'en avant; en
arrière, nous venons de le dire, il est étroit, et cette étroitesse n'est
pas compensée par un excédent de développement antéro-postérieur.
En effet, ses courbes frontales médianes, tant cérébrale que sous-céré-
brale, n'arrivent pas aux chiffres obtenus par Broca sur une série de Pari-
siens contemporains. 11 conviendrait encore de lenir compte de l'énorme
développement des sinus frontau.r.
La région pariétale n'offre pas des dimensions plus considérables
que chez les individus de taille normale. Nous avons vu que le dia-
mètre transverse maximum est sensiblement le même dans les deux cas;
la courbe pariétale de notre géant (['21 millimètres) est, on peut le dire,
identique à celle du Parisien (120™"", 5).
C'est donc la région occipitale qui s'est développée chez Louis R... et
c'est à l'exagération de ses dimensions transversales et verticales qu'il
doit l'accroissement de sa capacité crânienne. Les chiffres démontrent
qu'il en est bien ainsi, car le diamètre occipital maximum atteint
129 millimètres (au lieu de M 2'"™, 5) et la courbe occipitale totale arrive à
158 millimètres (au lieu de 119""°, 4). Étant donné ce que nous savons de
l'intelligence paresseuse de notre sujet, on est tenté de croire, avec
beaucoup de savants d'ailleurs, que la portion postérieure de l'encé-
phale ne joue pas un grand rôle dans les phénomènes intellectuels.
Le trou occipital est relativement très peu développé en largeur; son
indice tombe à 70,92 (au lieu de 84,9 chez l'Européen). Sa position va
nous montrer que Louis R... s'éloigne encore à ce point de vue des
Européens pour se rapprocher des nègres, dont il exagère même les
caractères.
En effet, si nous comparons à la projection totale de la tête (sur le
plan alvéolo-condylien) la projection postérieure, la projection crâ-
nienne antérieure et la projection faciale, nous voyons que le trou
occipital est reporté en arrière, plus même que chez les nègres
d'Afrique. Voici les rapports que nous avons obtenus :
RAPPORT DES PROJECTIONS PARTIELLES DE LA TÈTE A LA PROJECTION TOTALE
I
Européens
Nègres
Géant.
(Broca).
(Broca).
Projection postérieure: projeclion totale.
52,5
50, t
48,2
— crânienne ant.: — —
40,9
36,1
55,5
— faciale : — . —
0,4
15,7
18,5
SOUELETTES DE GEANTS.
kkl
Ces chiffres prouvent, en outre, que le crâne antérieur est fort peu
développé, tandis que la face se projette en avant de l'ophryon d'une
manière excessive.
La courbe antéro-postérieure nous montre un front très fuyant; mais,
à partir du bregma, la courbe se poursuit régulièrement, sans autre
accident qu'un très léger ressaut de l'écaillé occipitale au niveau du
lambda.
Les sutures offrent des particularités qu'il convient de noter. La
<ioronale est simple et complètement ouverte. Sur les côtés elle est
longée en avant par un sillon assez étroit et en arrière par une dépres-
sion plus large, de sorte que la partie suturale elle-même forme un
bourrelet saillant. — La suture sagittale est synostosée dans toute son
étendue, et, à sa place, se voit une crête qui va du bregma au lambda.
— La lambdoïde est ouverte, comme la coronale, mais elle est beau-
coup plus compliquée. Elle renferme, de-ci delà, quelques os wor-
miens de très petit volume. Tout le long de cette suture, l'écaillé occi-
FiG. 112. — Tète du géanl du Muséum (profil).
pitale déborde légèrement les pariétaux, de sorte qu'il existe un petit
ressaut, fort peu accentué, d'ailleurs.
Par suite de la grande largeur du crâne au niveau de l'ophryon et de
son étroitesse au niveau du bord postérieur du frontal, les lignes
courbes temporales vont en convergeant jusqu'à la suture coronale.
Sur les parties latérales, les parois du crâne sont planes et des-
cendent verticalement jusqu'à la racine de l'arcade zygomatique. Les
diamètres transverse maximum (146 millimètres), le temporal (145 milli-
mètres) et bi-auriculaire (145 millimètres) sont sensiblement égaux.
442
SQUELETTES DE GEANTS.
Toutes les surfaces d'insertions musculaires sont bien marquées. Les
apophyses mastoïdes sont énormes (hauteur = 57 millimètres) et très
rugueuses. La région iniaque est bizarrement conformée : la protubé-
rance occipitale exterit.e fait défaut; elle est remplacée par deux fortes
saillies (celle de gauche, d'un volume exagéré) qui siègent au niveau
des lignes courbes occipitales inférieures, de chaque côté de la crête
médiane.
Notons encore, sur le tempoi'al, la grande profondeur de la cavité
glénoïde et la saillie de l'apophyse styloïde gauche, qui mesure 55 milli-
mètres de longueur.
Nous n'avons pu étudier l'endocrâne, car la calotte crânienne n'a
pas été sciée. Toutefois, grâce au trou pratiqué au niveau du bregma
pour monter le squelette, et qui per-
met un certain éclairage de la cavité
encéphalique, nous avons constaté
quelques particularités que nous de-
vons signaler : 1° le plan de la gout-
tière occipitale est beaucoup plus
relevé qu'il ne l'est d'habitude; 2° la
selle turcique est d'une profondeur
inusitée; 5° à gauche, l'apophyse cii-
noïcle antérieure est reliée à l'apo-
physe clinoïde postérieure par un
pont osseux.
B. Face. — La face est relative-
ment fort allongée; son indice s'élève
à 78,81. Les orbites sont, au con-
traire, très développées en largeur
et donnent un indice franchement
microsème (70,09). Quant au nez,
malgré sa grande largeur (50 milli-
mètres), il est leptorhinien (indice
nasal = 46,87), car il atteint une lon-
gueur remarquable (64 millimètres).
Les hauteurs de la pommette (57 mil-
millimètres) et de V intermaxillaire
(55 millimètres) présentent des dimensions tout à fait exceptionnelles.
Dans son ensemble, la face offre quelque chose de tout particulier.
Par suite du volume énorme des sinus frontaux et maxillaires, qui sont
limités par des parois d'une extrême minceur, elle semble, pour ainsi
dire, soufflée. La glabelle est complètement arrondie et malgré le relief
qu'elle forme, la racine du nez est à peine indiquée. L'ophryon se trouve
reporté en haut et en arrière, tandis que la portion moyenne des maxil-
laires supérieurs est renvoyée considérablement en avant. Aussi, quoi-
que la région alvéolaire soit plutôt réduite dans ses dimensions trans-
versales et qu'elle ne se projette guère en avant, le prognathisme général
FiG. 113. — Tôle du géaiiL du Muséum
(face).
limètres), orbito - alvéolaire (65
SQUELETTES DE GEANTS. kkS
est-il très exagéré : l'angle facial sous-nasal n'atteint que 67 degrés;
l'angle alvéolaire tombe à 61 degrés et le dentaire à 02 degrés. La jy^o-
jection faciale atteint le chiffre insolite de 41 millimètres.
Nous venons de dire que la portion alvéolaire ne participe guère au
mouvement de projection de la face en avant. En effet, bien que la hau-
teur de l'intermaxillaire s'élève à 35 millimètres, la différence entre
l'angle sous-nasal et l'angle alvéolaire n'est que de 0 degrés.
L'arcade dentaire supérieure, relativement réduite, porte des dents
petites, qui n'offrent pas de traces d'usure; mais plusieurs sont forte-
ment cariées. Ainsi, les deux prémolaires droites et la première prémo-
laire gauche ont leur couronne détruite ; les deux incisives médianes
sont également atteintes de carie. Les incisives s'inclinent en avant
pour rejoindre les incisives inférieures. Quant aux petites et aux grosses
molaires, elles sont implantées verticalement.
Les deux premières molaires vraies de chaque côté montrent un qua-
trième tubercule (postéro-interne) complètement isolé des autres par
un sillon profond. C'est là une disposition qui existe dans les races
inférieures et que M. Gaudry a retrouvée sur le jeune sujet quaternaire,
à type négroïde, que le prince de Monaco a découvert dans une des
grottes des Baoussé-Roussé(').
La voûte palatine, dont l'indice est élevé (80), présente une forme
triangulaire des plus accentuées et une grande profondeur.
11 nous reste à dire quelques mots de la inandibule qui offre tous les
caractères des maxillaires inférieurs d'acromégaliques. Nous donnons
plus loin les mesures intrinsèques qu'elle nous a fournies.
Comme chez tous les géants acromégaliques, la branche montante du
maxillaire est extrêmement oblique: Vangle mandibulaire atteint 150 de-
grés. Le menton se projette en avant au delà de toute expression : Vangle
symphysien ne dépasse pas 51 degrés (au lieu de 72 degrés chez le Pari-
sien). La largeur de la branche montante est de 39 millimètres à gauche
et de 56 millimètres à droite; mais son épaisseur est plutôt faible
(12 millimètres à gauche, 11 millimètres à droite). Cette branche se ter-
mine en haut par une apophyse coronoïde d'une longueur inusitée et
par des condyles extrêmement minces; dans leur partie la plus épaisse
(en dedans) l'épaisseur de la surface articulaire ne dépasse pas 8 milli-
mètres. — Les angles du maxillaire rentrent fortement en dedans, de
sorte que la distance biangulaire (107 millimètres) est en rapport avec
l'étroitesse relative de la face et du crâne. L'arcade dentaire est, elle-
même, étroite quoiqu'un peu plus large que l'arcade dentaire supérieure ;
aussi les dents du bas débordent-elles un peu celles du haut. Les inci-
sives et les canines sont fortement obliques en arrière, et les prémo-
laires un peu moins. A gauche, la deuxième molaire s'incline, au con-
traire, très notablement en avant, de sorte qu'il ne restait pour la pre-
(*) Alb. Gaudry, Contribution à l'Iiisloire des liommes fossiles. U Antliropo -
logie, t. XIV, 1905.
444
SQUELETTES DE GÉANTS.
mière molaire, délruile par la carie, qu'un espace triangulaire à sommet
supérieur. Comme celles du haut, toutes les dents du bas offrent un
volume très réduit; plusieurs sont fortement cariées.
Par suite de la projection énorme du menton, la hauteur de la man-
dibule, au niveau de la symphyse, s'élève à 44 millimètres. En môme
temps, la branche horizontale s'épaissit et présente l'aspect empâté que
nous avons déjà signalé à propos de la région supérieure et moyenne
de la face (épaisseur à la symphyse = IG millimètres). — Les apophyses
géni sont fusionnées en une masse unique, volumineuse.
à
Nous donnons, dans les tableaux suivants, les principales mesures du
crâne et de la face de notre sréant.
PRINCIPALES MESURES DE LA FACE ET DU CRANE
CRANE.
Capacité crânienne . . .
Projection l totale .
anlérieure . . /faciale.
Projection postérieure .
Diamètres :
Antéro-postérieur max. .
Transverse niax
Bitemporal
Biauriculaire
Bimastoïdien . . . - . .
Frontal max
— min .
Occipital max ......
Vertical basilo-bregm. .
Co urbes :
Horizontale totale. . . .
^— préauriculaire
Transverse totale. . . .
— sus-auriculaire
Frontale cérébrale. . . .
— totale
Pariétale
Occipitale .
Longueur du trou occi-
pital
Largeur du trou occipital.
Ligne naso-basilaire. . .
Indices :■
Céphalique liorizontal. .
Vertical
Transverse-vertical . . .
Fronto-pariétal
1755
115
41
107
207
44t3
145
145
MO
120
MO
129
141
577
276
485
517
104
126
127
158
59
50
122
70,53
08,08
96,57
75,34
FACE.
Largeurs :
Biorbitaire externe . . .
125
Interorbitaire
51
Bizygomatique max. . .
151
Bimaxillaire min
78
Orbites :
Largeur
4G
Hauteur. .
55
Nez :
Largeur ( supérieure .
17
des <min . . . .
15
os propres, (inférieure .
25
Largeur maxima de l'ou-
verture
50
Longeur totale . . . . .
04
Hauteurs :
Sous-cérébrale du front.
22
Intermaxillaire
35
Totale de la face ....
119
De la pommette
57
Orbito-alvéolaire ....
65
De l'apophyse mastoïde.
57
Voûte palatine :
Longueur totale
60
Largeur postérieure . .
48
Distance au trou occipital
52
Angles :
Facial sous-nasal ....
67»
Alvéolaire. . . . . . . .
610
Dentaire
520
Indices :
Facial
78,81
Orbitaire
76,09
Nasal
46,87
1
SQUELETTES DE GEANTS. 4^15
PRINCIPALES MESURES DE LA MANDIBULE
Géant.
Distance biangulairc 107
— angulo-symphysaire 152
Hauteur de la branche montante 64
à droite. . . 36
Largeur — — ^ - i ^n
a gauclie . . o9
Hauteur à la symphyse 44
T-, . 111 1 11 " y à droite. . . i\
Epaisseur de la branche montante. ... - , ,u>
' ( a gauche . . v2
— de la symphyse 16
Angles.
Mandibulaire 150^
Symphj'sien . 51°
Vin. Caractères anormaux et pathologiques. — Jusqu'ici, nous avons
envisagé les caractères de notre géant presque uniquement au point de
vue anthropologique; toutefois, nous avons signalé en passant quel-
ques traits pathologiques. Il ne sera peut-être pas superflu de consa-
crer un petit paragraphe aux anomalies et aux lésions que présente
le squelette.
1° Asymétrie. — La charpente osseuse, principalement celle des mem-
bres, est grandement asymétrique; les mesures que nous avons données
plus haut le démontrent suffisamment, et il serait oiseux d'y revenir.
2" Infantilisme. — Louis R... était un infantile. Quoique sa voix fût
grave, il n'avait pour ainsi dire pas de barbe, et son squelette nous
montre, en nombre de points, un développement inachevé. Cependant
les épiphyses des os longs sont partout soudées, mais la synostose
s'est accomplie peu de temps avant la mort pour les extrémités supé-
rieures des humérus. A droite, le point d'union de la tête à la diaphyse
est encore indiqué par un sillon profond qui occupe environ le quart
de la circonférence de l'os. A gauche, une trace semblable existe sur
une longueur de 8 millimètres.
Tous les cartilages qui devaient former les faces supérieure et infé-
rieure du corps vertébral, incomplètement ossifiés, sont encore déta-
chés des corps des vertèbres.
La moitié postérieure des crêtes iliaques n'est pas soudée au reste
ide l'os et le cartilage marginal de la branche ischio-pubienne, qui était
loin d'être entièrement ossifié, a presque totalement disparu.
La clavicule, enfin, est dépourvue de la plaque de son extrémité ster-
nale. L'ossification n'en était pas achevée et la plaquette engendrée par
le point complémentaire a disparu.
3° Féminisme. — Le bassin et. le sternum de notre géant présentent
des signes de féminisme extrêmement accentués. Les détails dans les-
446
SQUELETTES DE GÉANTS.
quels nous sommes entrés suffisent à prouver que, à beaucoup de points
de vue, le pelvis et le sternum exagèrent les caractères féminins.
•4° AcROMÉGALiR. — Malgré les dimensions exagérées des pieds et des
mains, on ne saurait dire que les extrémités soient frappées d'acromé-
galie, car il manque aux métacarpiens, aux métatarsiens et aux pha-
langes l'épaisseur exagérée que l'on considère comme le signe classique
de Talfection. Voici, d'ailleurs, la longueur et la largeur (mesurée au
milieu) de chacun de ces os.
Main.
DlMEN?iIONS DES MÉTACARPIEXS ET DES PHALANGES
MAIN ]
DROITE
LARGEUR.
MAIN G
LONGUEUR.
AUCHE
LONGUEUR.
LARGEUR.
i" métacarpien . .
58
19
57
17
2=
78
10
79
10
3= —
76
10
78
9
■i' —
63
9
67
8
b' —
62
12
64
9
4'e phalange. . . .
39
11
59
10
2e
52
13
50
13
3° —
55
15
55
14
4e —
51
14
52
13
5e —
m.
m.
41
12
2" phalan^ine . . .
m.
m.
28
9
3e —
39
Il
58
11
4» —
58
11
57
11
I
La cinquième phalangine manque aux deux mains et toutes les pha-
langettes font défaut.
Pied. — Dimensions des métatadsiens et des PiiAL.\Nr.ES
PIED
DROIT
PIED GAUCHE
y
-- ^
' y
V — —
LONGUEUR.
LARGEUR.
LONGUEUR.
LARGEUR.
1''^ métatarsien. .
73
14
72
14
2e
90
10
90
10
3e
81
9
81
9
4e —
82
10
78
10
5e • — ■
90
13
89
12
1 '" phalange ....
40
9
38
10
2e
50
4
53
4
3° —
m.
m.
52
4
4e —
m.
m.
29
4
5e
27
4
27
3
2e phalangine . . .
m.
m.
18
5
i
SQUELETTES DE GEANTS. 447
Les autres os des orteils font défaut.
Il n'est pas besoin d'établir des comparaisons entre ces chiffres et ceux
que fourniraient des sujets normaux ou acromégaliques pour être con-
vaincu que la largeur des os n'a rien d'exagéré. Il nous suffira de dire
que le naturaliste qui a monté le squelette a complété les mains et les
pieds à l'aide de phalanges choisies dans ses magasins et que toutes
celles qu'il a ajoutées sont plus larges que les phalanges de notre
géant.
Mais la profondeur de la selle turcique('), l'énorme volume des sinus
de la face et la forme, aussi bien que les dimensions de la mandibule
sont autant de caractères qui doivent faire classer notre sujet parmi les
acromégaliques. Nous serions tentés de rattacher à la même cause cer-
taines des lésions dont il nous reste à dire deux mots.
5° Lésions osseuses. — En parlant de la face, nous avons mentionné
son aspect bizarre : elle semble, en quelque sorte, soufflée. Beaucoup
d'autres os du squelette offrent la même apparence. Les humérus et les
fémurs présentent une boursouflure identique dans leur tiers supérieur
ou même dans leur moitié supérieure. Le tissu compact est partout
réduit à une mince couche qui se brise en maints endroits avec la plus
grande facilité.
Sur les fémurs, la ligne intertrochantérienne antérieure forme un
véritable bourrelet saillant, très marqué à droite, où il va en s'élargis-
sant depuis le grand trochanter jusqu'au bord interne. La lamelle de
tissu compacte qui recouvrait ces bourrelets était d'une telle minceur
qu'elle a disparu par place et qu'on voit très nettement le tissu spon-
gieux.
A leur extrémité inférieure, les deux fémurs présentent des troubles
d'ossification fort apparents. La surface articulaire des condyles est
limitée en haut et en avant par un véritable sillon, large et profond à
gauche.
Nous avons noté, sur le fémur droit, une différence de 9 millimètres
entre la longueur en projection et la longueur en position, d"où genu
valgum qu'on observe aisément lorsqu'on met en contact les surfaces
articulaires du fémur et du tibia.
Les tibias, principalement le gauche, offrent, dans leur tiers inférieur,
une courbure à concavité interne.
Les péronés sont aussi fortement incurvés et tordus. Du côté droit,
on constate une convexité postérieure qui siège sur presque toute la
diaphyse; de l'autre côté l'incurvation est surtout manifeste sur le
tiers supérieur.
La colonne vertébrale, enfin, montre une scoliose bien marquée avec
déviation à droite de la région dorsale. La cyphose qu'on remarque sur
(*) En voulant mesurer avec l'endocràne l'épaisseur des os de la voûte crâ-
nienne, nous avons touché la gouttière basilaire qui a cédé immédiatement
et nous avons pu Juger ainsi qu'elle est d'une minceur remarquable.
448 SQUELETTES DE GÉANTS.
la photographie de l'individu vivant nest pas apparente sur le sque-
lette, ce qui tient sans doute à un défaut de montage.
En résumé, notre géant présente des signes très manifestes d'infan-
tilisme, de féminisme et à'acromégnlie. Sa charpente osseuse, fortement
asymétrique, laisse voir une foule d'anomalies et de lésions qui parais-
sent dues à une ostéoporose particulière. C'est ce que l'on a constaté
maintes fois dans des cas de gigantisme. Noti-e sujet rentre donc dans
la règle commune à ces divers points de vue, comme il y rentre par le
développement relativement plus considérable de ses membres infé-
rieurs que de ses membres thoraciques. Mais il se distingue de beau-
coup de géants par le rapport des membres et des extrémités à la
taille. Ce rapport dénote une brièveté relative de ces parties, même du
membre abdominal. La réduction porte principalement sur les segments
proximaux, de sorte que Louis R..., sous ce rapport, rappelle le nègre
ou l'embryon humain, ce qui ne saurait surprendre chez un individu
dont le développement a été fortement retardé. 11 se rapproche, d'ail-
leurs, du nègre par beaucoup d'autres caractères, notamment par les
proportions de sa clavicule et de son thorax et par la projection en
avant de la partie supérieure de sa face. C'est, en somme, un dégénéré,
dont la charpente osseuse présente de nombreuses anomalies et des
lésions multiples.
I
INDEX ALPHAliÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS
AciiAnD et Lul;i»er, 150, lor», 164, ]().'),
170, 208, 580.
Alemdert (d"), h.
Alibert, 195, 508.
Amicis (de), 155.
Am.mon (Otto), 110, 151.
Apollinaire Sidolne, 17.
Arnold. 186, 545, 550, 551.
AuDRY (Raymond), 551 .
Babinski, 151, loi, 198.
Baccarisse, 457.
Bachaumont, '21.
Bailey, 187, THi.
Ballance, 54i.
Barbacci, 551.
Baruch, 187.
Bassoë, 258, 25U, 580.
Batii, 5i5, 551.
Bauiiin, 220.
Beadles (('..), 180, 544,
Beaunis, 258.
Bech, 552.
Becker, 85, 8^, 140.
Béclère, 81, 192, 500,
Benda, 252.
Berkley, 2.55. 285.
Bérillon, 5i8.
Bernard (Claude). 201.
Bernhardt, 198.
Bevan, 259.
Bl\nchi Giovanni, 241.
Bischoff, 415.
Blair(W.). 29.
Blanc (Charles), 58.
BOLTZ, 189.
Bonardi, 112, 180, 519, 5i4, .550, 502.
5H4.
Bonnet, 87.
BouDTN, 285, 501.
BOUGAINVILLE, 24.
BOULLENGER, 540.
r.TURNzviLLE et Regnault. 184, 191,
541, 342, 582.
BoYCE et Beadles, 146, 544, 549.
Breschet, 14.
Brian. 154.
\W.
.500.
Brigidi, 187.
Brissaud et Henry Meige, 2, 10, 155.
206, 207, 208, 209, 214, 215, 210, 217
218, 219, 225, 2.54, 2.35, 252, 285,' 520'.
527, 558.
Brissaud, 10, 12. 25, 54. 77, 154. 159. 181.
209, 212, 251, 279. 520, .550, 552.
Brooa, 554. 440.
Broky et Bai!uch, 187.
Brooks, 189, 2.55.
Brouardel, 81.
Brown-Séouard, 257.
Bruns et Greudler, 545.
Bryan Robinson, 258.
BuDAY et Jancso. 78, 80, 81, 85, 91 115
122, 125, 150, 151, 182, 185, 184.' 189^
190, 191, 195, 208. 579.
BuFFON, 25, 24, 220.
Buhl, 258, 408, 415.
BuRR, 198.
BuRY, 189.
Byrom-Bramwell. 250. 559.
Campbell (Henry), 220.
Candiscii, 25.
Capitan, 72, 75, 74, 70. 90, 99.
Caporiacco, 187, 454.
Carnot (Paul), 199.
Carron de la Carrièiîe et ÎMonfet. 67.
Caruette, 557.
Caselli, 115, 180, 189, 190, 191, 195. 195
198. 200, 205, 20i, 208. 515, 545, 540.'
54S, 549, 597.
Caton et Paul, 1^7, 189.
Cepeda, 189.
Ciiangeux, 52, 112.
Ciiadbourne, 194.
Chauffard et Ravaut, 184, i90.
Chenev, 195.
Ciivostek, 194.
Claudien, 17.
Claus et Stricht, IS'.j.
CoLLiNS, 187, 189, 545.
Combe, 542.
CoMiNi, 544.
Comte. 180, 190, 5i5.
COOLEV, 195.
LAUNOIS et ROV,
29
450
INDEX AI.PlTAr.ÉTTQCK Dl^S XoMS IVALTKUnS.
C^^•^^INGHAM, 2, W, 4"), 80, .^5, !)1.
207, 257, 258. 242, 245, 2ii. 2W,
550, 555, 401). 407, 419.
CuRATULLO et Tor.nELM, 558.
CURSCHMANN, 54 'k
CUVIER, 21.
CvoN (de), 546.
18'.), 100, 105,
108.
2iS.
100.
149,
228,
151,
252.
Dallemagxe, 184,
502.
Dalton, 180.
Dana, 2, 15, 27, 70. 110, 112.
185, 187, 189, 190, 208, 227
255, 251, 254, 257, 287, 580.
D.\STRE, 545.
Deguv, 550.
Delbet, 557.
Delisle (F.), 7.
Delrio (M.), 226.
Deîviker, 11, 12, 25, 151.
Denis (Cj, 540.
Desaguliers, 286.
Diderot, 7, 14.
Diemerbrock, 220.
Dieudonné-Thibault. 151.
Doxaggio, 547.
Donnât Marcel, 29.
Duchenne de Boulogne, 07.
Duchesneau, 182, 188, 558.
DuFRANE,115, 182, 101,215, 2 M-. 518. 520.
524, 581.
DUAIESNIL, 195.
DuPRÉ (E), 529.
Durer (Albert). 5S.
DuvAL (MatiiiasI. 55'),
Ecker, 85, 150.
Eckhardt. 201.
Eiselsberg, 5il.
Erb, 292. 545.
Esterre (d"), 544.
Fairfax, 54.
Falkenberg, 205.
Feindel, 22.
Ferrand, 190.
Ferrier, 545.
FiNzi, 182, 194, 108. 208, 250.
Foc hier, 558.
FOSTER, 255.
Fr.ï:nkel (.I.-lî.), 147.
FR.r^NKEL (A.), I9i.
Featnicii, 515.
Freund, 111, 5i4.
Freud et Versti!Oi;ten. 558.
Freycinet (L.), 25.
Friedmann et Maas, 545.
Friedreich et Arnold, 180.
Frit^^ciie. 115, 185, 207.
Fritsciie et Klebs. 185. 190. 207. 2i5.
270, 271, 272. 274, 275. 276. 581.
FucHS, 570.
l'URNlVALL, 545.
Galloway, 25.
Garnier, 16, 19, 24, 26. 27, 28, 29, 50.
.55, 151, 210, 255, 269.
Garnier et Poupine l, 81.
Garnier (S.) et Sautenoiise, 115.
Gastou et Brouardel, 81.
Gauchery (Paul), 8.
Gaudry (Albert), 445.
Gauthier, 191, 192.
Gehuchten (Van), 545.
Geoffroy St-hilaire (Isidore). 1, 7. 15.
15,22. 50,52. 78, 111, 112, 527.
Géraudel, 157.
Gerdy, 58, 59.
GiBSON, 81.
Gilbert, 81, 112, 100.
Gleghorn, 259.
Gley, 205, 559, 544. 545.
Godard, 155.
GoDiN (Paul), 47, 158.
GODLEE Lawrance, 187, 180. 5i5.
GOLDSMITH, 544.
GoMÈs, 458.
GouLARD (Simon), 28, 29.
GouLD et Pyle, 26, 51. 241, 255.
Grasset, 12.
Grundler, 545.
GuiNARD, 154, 559.
GuiNON (Georges), 205, 206.
GuizoT, 54.
Guyot-D AUBES, 10. 26, 148.
Guy-Patin. 52.
IIabicot, 21. 22.
IIadden, 544.
Madrianus-Berlandus, 51, 252.
IlAMY (E.-T.), 428.
1I.\NSEMANN, 180. lOi, 108. 100.
Marris, 25.
ITaskovec, 544.
IIawkins, 25.
IIenrion. 18.
Henrot, 182. 187. 188, 190. 292, 555.582,
585, 587.
Hektoen, 258, 259.
IIermann (G.), 8, 409.
Hérodote, 51.
Mertoghe, 542.
Hésiode, 17.
Hikmet et Regnailt, 155.
HiNSDALE. 79, 85. 111.104. 515.545. 560.
415.
IIlTSCHMANN. 91.
INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS.
hbl
HoLSTi, 187, 188, 189.
Hoffmann, 551. 409.
hofmeister, 541.
IIOfiSLEY, 545.
IlucHARD, 510, 514, 550, 581.
iiumpiiry, 257.
Hunt (William), 417.
Monter (John), i'ii.
liUTINEL, 155.
Jancso, 78, 80. 81, 85, 91, 115, i'22, 125.
128, 150, 151, 182, 185. ISi. 189. 190,
191, 195, i'08, 579.
.Iainin, 542.
.lOFIROY, 151. 157.
.IuLiEN (Alexis), 47.
.lUVÉNAL, 15.
Kalindeiu), 194.
Kevtler, 52.
KlMWEL, 25.
Klebs, 115, 185, 190, 207, 2
272, 274, 275, 270,559.581.
Klein, 508.
Klippel et Lefas, 175.
KoENiG, 225.
KonsAKOw, 155.
270,
Laradie-Lagrave et Deguy,
Lacassagne, 159.
Lacondamine (de), 24, 159.
Lakey, 109.
Lamberg, 251, 255, 259.
Lambert, 580.
Lancereaux, 194, 515.
Landouzy, 156.
Langer, 2, 20, 57, 45, 78, 90.
'190, 207, 240, 249. 2.50. 252
575, 407, 419, 425.
Larcher, 8, 9, 220.
Laveran, 142.
Lefas, 174, 175, 177.
Lejars, 107.
Lemaire, 23.
Lemaitre, 260.
LÉPINE, 201.
Linsmay'er et Regnault, 184-5*4
LiNSMAY'ER, 544.
LissAUER et V. LusciiAN. 574.
LissAUER, 576.
LOEB, 195, 199, ^.00,
259.
LOEPER, 159, 105j 16
208, 580.
LoMBROso, 251, 298, 500.
Littré, 14.
LORAIN, 151.
LoRAND (Arnold), 199. 200.
148,
5L5.
149.
517'
201
165,
202, 205, 204.
166, 170. 185.
LoREAu (Mme H.). 26.
Lortet, 25, 85, 155, 150, 157, 158. 406.
Loth, 551.
Love, 574.
lucas-champi0nniè1!e (g.), 72, 74, 76, 90.
106, 216.
Lucrèce, 15.
LuscnAN, 574, 575.
Maag, 240.
Maas, 545.
Macalister, 258.
Mac-Alpin, 229.
Magellan, 25.
Malacarne, 15.
Mallory, 195.
Manouvrier. 1 i.
22, 25, 55, 56, 40, 41.
44, 45, 46, 49, 107, 155, 286, 459.
Marie (Pierre), 55, 54, 59, 72, 110,
182, 186, 187, 191», 194, 195, 204,
206, 207, 209, 210, 211, 215, 252,
268, 270, 28 i, 288. 296, 501, 505,
517, 518, 526, 527, 550, 340. 544.
551, 560, 574.
Marinesco, 81, 194, 545, 548.
Martin, 8, 9.
Massalongo, 208, 559.
Matignon, 112, 155, 208, 275, 278.
559.
Maty, 24.
Mauban, 299, 501.
Maurel, 185.
Meige (Henry), 9, 10. 15, 14, 20. 50
90, 91, 112, 131, 155, 204, 269,
519, 560.
Mello-Rreymer (de), 25}.
Melotti, 296.
Mendel, 548.
Merschejewski, 141.
Middleton, 91.
minko^^'ski, 545.
Mohr, 551.
Molyneux, 22.
Momus (J.-P.), 89.
Monfet, 67.
MoRACzE^vsKI (Von). 558. 54". 551.
MosETTi, 547.
Mosler (R.), 78.
MossÉ, 570.
MuLON, 175, 170, 545.
MuRPiiY, 250.
Nash, 417.
Naunyn, 201.
Neuville (de), 26.
Newton, 285.
NoBL, 570.
NODAL, 25.
159.
205',
267,
515.
548,
279,
.52.
■•11,
452
INDEX ,\,M'IIAIii:TlnUE DES NOMS D'AUTEUHS.
N'ORDEN. 2'2.
Olliei!. 5")0.
OrBIGNV ((]'), IS. Vi: iM.
OsBORXE, 91, 189; ".id.
PACKAno, 187, 198.
Papillault, 50, iO, 41. 'l'I. i"). 4i, 49,
(58, 7i>, 92, 105, 197, 108, 109, 'i5(i, 450,
Paiîhon, 558. 551.
Pari\ald, 292.
Parona, 185, 190.
Paul, 187, 189.
Pausanias, 17.
péci1arde, 266, 545.
Pelikax, 141.
Peter Bassoë, 254.
PlERSOLL, 255.
PiGAFETTA, 25, 24.
PiN'ELES, 195, 199, 545.
PiRONE, 547.
PiRSCiiE, 85, 87, 88. 154. 155, 158, 557.
PiTTARD (E.), 142.
Platter, 19, 255.
PLEAfiANT, 519.
Pline. 19.
Plutarql'e, 19.
Poirier, 97, 145.
PoN'CET, 87, 88, 155, 1.54, 151, 557.
poupinel, 81.
Pyle, 36, 151, 241, 255.
pvtiiagore, 57, 58.
OUAIN, 116.
OuÉNU, 545.
OuÉTELE']-. 1, 7, 11. 27, 59, 59, 18 i. 56S.
Raiion, 22, 25.
Ranke. 419.
Ranvier. 554.
Ravaut, 184, 185, 190.
Reclus (Elisée), 24.
Reclus (Paul), 545.
Regnault et Bourneville, 155. 184,
191, 582.
Rendu, 166, 185.
Riciier (P.), 57, 59, 225, 227.
RiciiET et Maurel, 185.
RiCKMANN GODLEE, 2i6.
RiESMANN, 198.
RiOLAN, 15.
RiOLAN et Haricot, 20, 2L
Robin (Albert), 72, 1.56.
RoBiNsox (Robert), '.'58.
Rocher (Charles), 40, 154.
RoGOwiTCH, 205, 244, 552.
ROLLESTOX, 187, 189.
RoLLET (Étienxe), 44, 150, 157.
ROMJIEL.\ERE, 592.
ROXTC.EN, 107.
RoscjOLi, 551.
RosEXTiiAL. 19:., 198.
ROSEWELL PaRK, 91.
RosxER, 408.
Rossix, 155.
ROTHMELL. 187.
RoxBUP.G, 187, 5i5.
Roxni RG et Collixs. 187, 189.
RUEDIGER, Y65.
RUTLE et DUCHESXEAU, 558.
Sacchi, 158, 545. 546.
Saemisch, 202.
Saint-Paul (Yves), 7.
Saixton. 182.
Saxtexoise. 115.
Sarbo, 186.
Sarmexto, 25.
SCHADOW. 58.
Schaffer, 194.
ScHECii, 205.
ScHiFF, 201, 558, 541.
SCHLESIXGER, 198, 258.
SCHMIDT (C), 58.
SCHULTZE, 91, 187.
ScnwEixFURTH (Georges), 26.
Sebald de Noort, 25.
Sellheim, 87, 89, 154.
Sertorius, 19.
SiGURixi et Capriacco, 187, 54i.
SiLVESTRi DE EXRICO, 540.
SiREXA. 115, 185, 285, 584, 589.
Smith. 545.
S.MYTH, 187.
SOEMMERlXi;. 552.
SOKOLOFF, 551.
SOMERS, 544.
Souz.vLeite, 206, 28 4, 582.
Spilberg, 25.
Staté, 182.
Sterxberg, 2, 110. 198, 207. 210, 21 E
215, 257, 5i.8.
Stewart. 241.
Stroebe, 187, 5ii.
Stricht, 189.
Stroxg, 229.
Strû.mpell, 187, 199, 202.
Strzemixski, 544.
Taburet, 508, 560.
Tamburixi, 187, 189, 20S, 552, 407.
Taxszk et B. Vas, 558, 551.
Taruffi, 2, 7, 15, 208, 295, 296, 297. 562.
407.
Teixturier (E.). 140.
Terriex, 505.
Théodoret, 18.
IXDKX Al.l'îlAP.l'niQnK DES NOMS D'AUTEURS.
453
TlIIUAULT, loi.
TiiiKOMinoF, 544, ô'iO.
TiioMsox, 187, lus, tiU.
TiEDEMANN Cl IIl'SCIIKE, 41").
TrssoT (Jacques), '20, "22.
ToPiNAUD, 2, 12, 24, 25, 4S, 78. 1^5
259, 241, 247, i'50, 419, 429. 45!).
torcelli. 358.
Traîna. 205.
TRACIlEWPKr. 5i0.
Truzzi, 55^.
TuLOT, 55.
UFFENnECIv, 226.
UllTflOFF, 189.
USCIIKE, 415.
Van der Linden, 223.
Vassale et Donaggio, 547.
Vassale et Sacchi, 545, 54(i.
Verneau, 426, 455, 450.
Verstraeten, 558, 545.
Villers, 255, ?58, 580, 581.
ViRCiiow, 147. 207. .558. ilO.
Vire Y, 25.
118.
Virgile, 15.
VlTIiUVE, 5S.
X'laming, 25.
Vos (B.), 558. 551.
Waciiselral M , 55 1 .
Waddel, 198.
Wadsworth, 544.
Wagner, 552.
Walton, Cheney et Mallory. 195.
Weigert, 550.
Wells, 265.
W"idal. 549.
Wiesgerrer, 458.
WlLKS, 198.
WiNKOWSKI, 240.
WOIMANT, 518.
WoLF, 545.
Woods Hutciiinson, 2, 27, 79, 110, 111.
115, 11 i, 118, 119, 151, 147, 148, 151^
155, 185, 187, 188, 190, 191, 192, 195,
208, 212, 215, 214, 227, 228, 2.52, 254,
265, 264, 266, 281. 285, 286. 515, 527,
.529. 558, 559, 579. .580. .58], 420, 421.
TABLE DES MATIERES
Inthoductio^ de M. le pi'ofesseur Brissaud vu
Introduction. — Im phase médicale du gigantisme i
LIVRE PREMIER
Chapitre I. — Définition 7
Sens courant du mot géant 7
Définitions des dictionnaiies usuels et scientifiques 7
Distinction du gigantisme vrai avec le gigantisme endémi(iue. le
gigantisme passager, le gigantisme partiel (S
Le géant harmonieusement idéal n'existe jjas '.•
Notre définition pathologique du gigantisme : dysharmonie morpho-
logique et fonctionnelle 10
Objections à cette détinition : 10
1" objections courantes : géant ou homme grand? combien faut-il
de centimètres pour faire un géant? 10
'2° objection anthropologique : l'homme moyen et la loi des grands
nombres M
5° objection philologique 15
Réfutation : notre définition pathologique ne fait (jue préciser des
faits indiqués depuis longtemps et déjà prestfue implicitement
contenus dans les définitions les plus usuelles ii
Chapitre II. — Étude historique et critique 15
Croyance antique à la décroissance dégénérative continue de la taille
humaine I.j
Persistance contemjjoraine de festivités urbaines célébrant des
géants 16
Géants de la Bible 17
Gigantomachies 17
Henrion (1718) : décroissance continue de la taille humaine d'AoAM
(40 m.) au Messie et à Jules César (l"/)^) 18
Les faux ossements de géants 10
Teutorochus et la polémique entre Biolan et Haricot '■10
Les vrais ossements de géants : Cuvier, Manouviuer, Raiion. . . . 2'2
Les Patagons et les autres populations géantes (Il n'existe pas de
gigantisme endémique) '24
Le gigantisme sporadique est accidentel et morbide 2()
456 TAr.l.l'; DKS MATIKP.ES.
(léanls de l'Ilisloirc el géaiils (le l;i Fnl)l<' '28
Les tares pliysiques el iiienlalcs îles Ljéaiits e(Mèbres 55
Chapitre III. — Étude anthropologique 53
Comment distinguer riioinme grand du géant 55
« Deux statures égales peuvent être dissemblables quant à leur
composition numérique » (Manouvrier) 55
Entre l'homme grand et le géant il y a les mêmes et aussi impré-
cises frontières qu'entre l'état sain et l'état moi'bide 50
Le type humain normal, archétype idéal, aux proportions invarial)les,
n'existe pas 57
Les canons des proportions du coqts humain, artistiques ou antln-o-
pologiques, ont surtout une valeur mnémotechnique 58
Le mémoire de Papillault : les proportions du tronc, des membres
et de la tête chez les hommes grands i\
Le mémoire de Manouvrier: accroissement variable des différentes
parties du corps à mesure que la taille s'élève 44
Brachyskèles et raacroskèles 45
Mégasomie et microsomie 45
Macroplastie et euryplastie 45
Piusticité des proportions 4(')
Le mémoire de Godin : les lois de la croissance noi'male aux diffé-
rents stades de l'adolescence 47
La persistance anormale de certains caractères de la croissance pu-
bérale normale constitue le gigantisme infantile 50
LIVRE DEUXIÈME
PREMIÈRE PARTIE. — GIGANTISME ET INFANTILISME
Olixervatioii I. (P.-E. Launois et Pierre Rov). — Le grand Charles
(1902) ^ 50
Observation du même sujet par Capitan (1895) 75
Observation du même sujet par .1. Lucas-Championxière (1899) . . 74
Chapitre I. — La persistance de l'ossification dans les cartilages de
conjugaison 77
Gigantisme par accélération du développement et gigantisme par
prolongation de la croissance au delà de son terme normal. . . 78
Non-soudure des épiphyses des os longs sur les squelettes de
géants 79
Radiographie du squelette des géants vivants 82
Observation II. (P.-E. Launois et Pierre Roy). — Anorchide hyperma-
croskèle de vingt-sept ans 82
Non-soudure des épiphyses sur trois squelettes d'eunuques (Lois-
tel, EcKER, Becker) 85
Chez les animaux, la castration retarde la soudure des éiîijihyses
à la diaphyse des os longs (Sellheim, Poncet, Pirsche, etc.) . . 87
TAlîLI^ DES MATII'HKS. 457
Chapitre II. — La croissance gigantesque et ses anomalies Si)
Proloni^ation de la croii^s;ancc à un agi» aiionnal 89
Le genu valgum 1)0
1° chez les géants !)0
2" chez les acromégaliques ill
5° chez les inlanliles Ul
Croissance inégale des différcnls segments du squelette '.)2
Le mémoire de Papillault : le mode de croissance du grand
Charles en 1899 02
Analogie entre les conclusions de Papillault, particulières au
grand Charles, et les lois générales de Manouvrier sur les va-
riations dans le propoi'lionnement des membres à mesure que
la taille s'élève 107
De 1899 à 1905, le grand Charles a vu sa taille augmenter encore,
de vingt-sept à trente ans, par allongement disproportionné des
membres inférieurs 108
Chapitre III. — Atrophie génitale et infantilisme 110
L'atrophie génitale dans l'acromégalie : arrêt des règles, impuis-
sance, perte de l'instinct sexuel, atrophie des testicules, stérilité. 110
L'atrophie génitale dans le gigantisme 111
Les géants impuissants 112
Observation III. (Woods Hutchinson). — Un cas d'acromégalie chez
une géante (lady Aama) 114
Observation IV. (Buday et Jancso). — Un cas de gigantisme patholo-
gique (Simon Botis) 122
L'infantilisme chez les sujets de taille élevée 151
Les modifications du squelette consécutives à la castration de
convenance des animaux domestiques 152
Les modifications du squelette consécutives à la castration expé-
rimentale (Poncet, Pirsche, etc.) 155
Le gigantisme des eunuques 155
Observation V. (Lortet). — Allongement des membres inférieurs dû à
la castration chez un eunuque égy})tien 157
Même disproportion étonnante des membres inférieurs par rapport
à la taille sur les squelettes d'eunuques d'EcKER et de Becker. 159
Le gigantisme des Skoptzys : même allongement spécifique des
membres inférieurs (Pittard) 140
Le grand Charles, vérital)le castrat congénital, est grand à la façon
d'un chapon, d'un bœuf ou d'un eunuque 146
Observation VI. (Virchow). — Le géant Winkelmeier 147
Observation VII. (Woods Hutchinson). — La géante du Missouri . . . 151
Définition du gigantisme infantile 155
Sa fréquence relative 155
Le gigantisme passager de l'âge ingrat 150
Le gigantisme infantile est le gigantisme des sujets adultes aux
épiphyses non soudées 158
DEUXIÈME PARTIE. — GIGANTISME ET ACROMÉGALIE
Observation VllI. (Achard et Loeper. P.-E. Lauxois et Pierre I'ov
Le tambour-major K
458 TAIiM-: DKS MATIERES.
Obsci'valioii (•liiii(|nc <l"A(;iiAiii) (M, LoKPEiî (llidO) 150
CompléiiieiiLs à roh^^cM'v.'ilioii clinique (P. !■;. Lainois eL Pii;i!r,i:
Rov) (190Ô) l(i()
Autopsie du géant acioinéiialiquc cl (liahclique PiionnE K. (P. -11.
Launois el PiEHiuî Roy) (190')) 109
Particularités concernant le géant K., Iy])e de géant acroniégalique
à tumeur hypo])liysaire : lï^l
1" plaques osseuses méningées spinales 182
2" tuberculose pulmonaire 182
.> liypertroj)hie énorme du corps lliyinïde (2r)U grannnes) . . . 182
4° épithélioma primitif du corps pituitaire 182
5' gigantisme viscéral (splanchnomégalic des aeromégaliqucs) . 183
(•)» diabète .' '. 185
Chapitiu: I. — L'hypophyse dans l'acromégalie et le gigantisme acro-
mégalique 185
Presque constante dans l'acromégalie, l'hypertrophie de l'hypo-
physe ne fait presque jamais défaut dans le gigantisme acroiné-
galique 18()
Poids, volume, dimensions, forme, consistance de l'iiypophyse
acroniégalique, compression des parties voisines 187
Nature histologique de la tumeur hypophysaire 189
Dilatation disproportionnée de la selle lurcique constatée par l'exa-
men direct sur les squelettes de géants (Langer) et par la
radiographie du crâne chez les géants vivants (BÉCLÈRE) 191
Le gigantisme acroniégalique, comme l'acromégalie, constitue un
syndrome hypophysaire 193
Chapitre IL — Glycosm-ie et hypophyse 195
Fi'équence de la glycosurie chez les acvomégaliqucs et aussi chez
les géants 194
Dans 16 observations d'acromégaliques diabétiques avec autopsie.
la tumeur de l'hypophyse a toujours coexiste avec la glycosurie. 19(3
Observations de lésions hypophysaircs, sans acromégalie ni gi-
gantisme, s'accompagnant, ou non, de glycosurie 198
Pathogénie de la glycosurie oljservée dans les tumeurs de l'hy-
pophyse : 199
1" coexistence d'une lésion panciéatique ou du quatrième ven-
tricule (Dallemagme, Hansemann, Pineles) 199
2" trouble de la fonction glandulaire de l'hypophyse (Lorand) :
hyper- ou hypo-fonctionnement 199
5" compression exercée par la tumeur pituitaire sur les parties
voisines de l'encéphale, peut-être le tuber cinereuni (Loeb) . 200
Chapjtp.e III. — Historique du gigantisme acromégalique 201
Les deux théories sur les rapports de l'acromégalie et du gigan-
tisme : 204
1° les dualistes : Pierre Marie, Georges Guinon, Souza-
Leite, Sternberg, etc 205
2" les unicistes : Langer, Cunmngham. Taruffi, Brissaid e!
Metge, Woods Hutcuinson, etc 207
Chapitiu: IV. — Description du gigantisme acromégalique 215
Observation IX. (Brissaud et IIenp.v Meige). — Jean-Pierre Mazas,
géant de Montastruc 210
TABLE DES MATIERES. 459
Oùtiervalioii X. (Dana, ISUô; Woods Huïciiinson, 11)00). — Santos ÎNIamaï,
le géant péruvien 'i'-iS
(ïbservalion XL (Brissaiid oL MiiiOE). — Le géant portugais da Silva. tiôi
0/jservaiio)i Xll. (Byram Bramwell) : une géante acromégaliqne .... 25G
Observation XIII. (Cunningham). — Le squelette du géant irlandais Con-
NELius Magrath i!57
Les déformations acromégaliques chez les géants : face mon-
strueuse, mains et pieds énormes '251
Observation XI]\ (Woods Huïchinso\). — Le géant Calki; 254
Observation XV. (Dana. 1895; Lamberg, 1896; Villers, 1898: Peter
Bassoë, 1905). — Le géant du Minnesota Wilkins 255
Observation XVI. (Woods Hutchinson). — Le géant Me Indoo 204
Les géants bossus (cyphose acromégalique) 269
Observation XVII. (Eritscue et Klebs). — Le géant Peter Rhynei!. . . 270
Observation XVIII. (Matignon). — Acromégalo-giganlisme chez un
Chinois 277
Observation XIX. (Woods IlLTcniNSON). — Le chet de gare géanl. . . . 282
Les signes subjectifs de l'acromégalie chez les géants 284
L'asthénie acromégalique et la prétendue vigueur des géants . . . 285
Observation A'A. (Pierre Marie). — C.., acromégalique de haute taille
(l-",90) ^ 288
Observation XXI. (Taruitt). — Squelette d'un acr()inégaU(|ue de haule
taille 295
Observation XXII. (Lombroso). — Acromégalique de haute taille. . . . 298
Valeur diagnostique de la radiographie du crâne dans l'acromé-
galie et le gigantisme acromégalique (Béclère) 5tl0
Observation XXIII. (P.-E. Latnois). — • Une femme acromégalique ty-
pique 501
Observation XXIV. (P.-E. Lalnois et Taburet). — Un acromégalique
géant 508
Observation XXV. (Huciiard et P.-E. Launois). — Gigantisme acroiné
galique, élargissement de la selle turcique, hypertrophie primitive
et sclérose consécutive de l'hypophyse 510
TROISIÈME PARTIE. — GIGANTISME, INFANTILISMi:, AClîOMÉGALlE.
Les faits de passage entre les géants infantiles et les géants acro-
mégaliques : la distinction, vraie dans l'espace, n'est pas irré-
ductible dans le temps 515
Le grand Charles {Observation /), type de géant infantile, est en
train de s'acromégaliser 517
Observation XXVI. (Dufrane, P.-E. Launois et Pierre Roy). — Le géant
Constantin 518
Si tous les géants ne sont pas des acromégaliques. tous ceux du
moins qui ne le sont pas déjà sont aptes à le devenir, 527
L'état menlal des géants 527
460 TAI'.LI': l)|':s MATlKliKS.
LIVRE TROISIÈME
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PATIIOGÉNIE
Ln croissance normale des os : croissance cartilagineuse et crois-
sance périosUque "tù
Ilypercroissance par continuité d'un processus normal au delà de
de ses limites habituelles ôriG
Rôle des glandes à sécrétion interne : ^'57
1° Glandes génitales oô7^
2" Thymus 5")'.)
')" Corps thyroïde ")40
4" llypopliyse 7>H
Synergie et suppléance des glandes à sécrélion inlerne dans les
diverses dystrophies du squclelle ")r)4
LIVRE QUATRIEME
OBSERVATIONS ET DOCUMENTS SUR LE GIGANTISME
Groupe I. — Géants vivants.
Observation 1. (P.-E. Lauxois et Pierre Roy). — Le Grand Charles. . 557
Observation IL (P.-E. Launois et Pierre Roy). — Anorchide hyperma-
croskèle de 27 ans ' o57
Observation VI. (Vircuow). — Le géant Wi^îkelmeyer 558
Observation VIL (Woods Hutchinson). — La géante du Missouri, miss
Ella Ewing 558
Observation IX. (Brissaud et Henry Meige). — Jean-Pierre Mazas, le
géant de Montastruc 558
Observation XL (Brissaud et Henry" Meige). — Le géant portugais
DA SiLVA 558
Oljservalion XII. (Byram Bramwell). — Une géante acromégalique. . . . 551)
Observation XIV. (Woods Hutchinson). — Le géant Caler 559
Observation XVIIL (Matignon). — Acromégalo-gigantisme chez un Chinois. 559
Observation XIX. (Woods Hutchinson). — Le chef de gare géant .... 559
Observation XX. (Pierre Marie). — C, acromégali(iue de haute taille . . .500
Observation XXII. (Lombroso). — Acromégalique de haute taille 500
Observation XXIV. (P.-E. Launois). — Une femme acromégalique typique. 500
Observation XXV. (P.-E. Launois et Taburet). — Un acromégalique géant. 500
Observation XXVII. (Henry Meige). — Acromégalique géant 500
TABLE DES MATIÉKES. 461
0^.sc'*'Utt/iou A.VI 77/. (TAiiUFFi). — Le géani chinois CiivvAi\G-iN-siN(; . . . 3(W
Observation AA7A'. (Boxardi). — Acromégalie et gigantisme avec troubles
graves du sympathique cervical à gauclic 3(W
OliservnLlon A'A'A'.( Aluîert) ")68
Observalion A'A'AY. (Oiételet) .KiS
Observation XXXIJ. (Klein). — L'n cas de gigantisme 508
Observation A'A'AY//. (W. Lackey) 569
Observation A'A'AY!'. (Pleasants) 369
Observation A'A'AT. (IIinsdale). — Le géant Cooper 56!)
Observation XXXVJ. (Nobl). — Gigantisme chez un syphilitique hérédi-
taire 570
Observation XXXVII. (Fucus). — Hérédo-syphilis et gigantisme 570
Observalion XXXVIII. (MossÉ). — Un cas d'acromégalie associée au
gigantisme 570
Observalion A'A'A7A'. (P.-E. Launois et Pierre Roy). — Le géant lutteur
ÀNT 570
Observation XL. — Le géant Hugo 571
Observalion XLl. — Le géant de Cunéo 574
Observation XLII. — Wassiliki Calliaudji 574
Observalion XLIII. — Victor Featherstone 574
Observalion XLIV. (Lissauer et v. Luschax). — Le géant Machnow . . . 574
Groupe II. — Géants autopsiés. ^
Observalion III. (Woods Huïchinson). — Un cas d'acromégaUe ciiez une
géante, lady Aama 579
Observalion IV. (Buday et Jancso). — Un cas de gigantisme patholo-
gique, Simon Botis 579
Observalion VIII. (Achard et Loeper; P.-E. Launois et Pierre Roy). —
Le géant K., tambour-major 589
Observalion X. (Dana, Woods Hutciiinson). — Santos Mamaï, le géant
péruvien 589
Observalion XV. (Dana, Lamderg, Villehs, Peter Bassoi-:). — Le géant
du Minnesota, Wilkins 589
Observalion XVI. (Woods Hutchinson). — Le géant Me Indoo 581
Observalion XVII. (Fritsche et Klebs). — Le géant Peter Ruyxer . . . 581
Observation XXIIl. (Huciiard et P.-E. Launois) 581
Observation XXVI. (Dufrane. P.-E. Launois et Pierp.e Roy). — Le géant
Constantin 58"2
Observation XLV. (Bourneville et Félix Regnault). — Acromégalique
du type géant 58'2
Observation XLVI. (Henrot) 582
Observalion XLVII. (Sirena) 589
O/j.seraai/oji A'LIY//. (Dallemagne) — Le géant Goliath 592
Observalion XLIX. (Caselli) 597
462 TABLE DES MATlKlîES.
("iiîoi PE m. — Squelettes de géants.
Obseroalion V. (Lortet). — L'eunuque égyplien 4015
Observation XIII. (Cunningham). — Le géani irlandais Cornemus Magiï.vtm. 40G
Observation XXI. (Taruffi). — • Marchetti 400
Observation L. (Lemolt). — Le géant Louschkin 400
Observations LI à LUI. (Langer). — Lolly, Ca.ianus et le géant d'innshruck. 40(')
Obsen^ation 7./^!'. (Langer). — Lapone géante 407
Observations /,!' et lA'l. (Topinard) 407
Observations LVfl à LXV. (Taruffi) 407
Ohservaiions LXVI à LXX. (Tamburini) 407
Observation LXXl. (Cinningham). — Charles Byrne 407
Observation LXXII. (Bihl). — Thomas Hasler 408
Observation LXXIIl. (Hinsdale;. — Le géant américain 410
Observation LXXIV. (Verneai). — Le géant du Muséum 420
IXDEX ALPHARÉTKU E DES NOMS d'aUTEURS 440
olfldO. — PAP.IS. IMIT.IMERIR (iKMT.ALE LAIILIRE
9, rn(^ f]o Fleunis, 0.
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